Aurore Martin, que cherche le Parti Socialiste ?

On ne s'en souvient plus très bien:  l'arbitraire et la mémoire ne font pas bon ménage.

Entre 1983 et 1987, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol, au pouvoir en Espagne, a créé et utilisé contre l'E.T.A. une organisation terroriste, baptisée "G.A.L. "(groupes antiterroristes de libération). Composés de policiers espagnols, d'anciens membres de la PIDE (police politique de la dictature portugaise) et de truands français, informés de façon non-officielle, mais régulière et efficace, par des fonctionnaires de l'intérieur aux ordres des gouvernements Pierre Mauroy et Laurent Fabius, les G.A.L. ont commis sur le territoire français une trentaine de meurtres, et divers attentats à la bombe, mitraillages et incendies criminels.  Il faudra attendre le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac, et la politique de collaboration ouverte entre Charles Pasqua et le ministère espagnol de la "Gobernación" pour que cessent ces activités. Si les tribunaux espagnols ont fait en partie la lumière sur les responsabilités des dirigeants du PSOE (et notamment celle du ministre José Barrionuevo, qui agissait directement sous les ordres de Felipe González), la trame officielle française est demeurée largement inconnue.

Pour quiconque s'est intéressé à la situation au Pays Basque, il est plus qu'évident que les actions des G.A.L., combinées avec la perpétuation des pratiques de torture dans les locaux de la police ibérique, une politique judiciaire très dure à l'égard des détenus indépendantistes, de leurs parents et sympathisants, ont lourdement contribué à renforcer au sein de l'E.T.A. les courants les plus déterminés à poursuivre coûte que coûte la stratégie de lutte armée.

A plusieurs reprises déjà, et par la suite, une recrudescence de ces pratiques et provocations avait mis un terme aux espoirs de trêves et possibilités de dialogues, nés d'aspirations convergentes dans la société basque comme dans le reste de l'Etat espagnol.

Il n'est pas dans le propos de ce billet de revenir de façon précise sur cette histoire douloureuse. Mais, au moment où les dirigeants historiques de l'E.T.A. ont annoncé et mis en oeuvre l'arrêt définitif de l'action armée, on est en droit de se demander ce que cherche le gouvernement français. L'extradition d'Aurore Martin, française et militante d'une organisation légale dans notre pays, Batasuna, relève d'un mélange de cynisme et d'aveuglement politique qui font froid dans le dos.

Il nous appartient de soutenir Aurore Martin. Et la meilleure façon de le faire, c'est aussi de réfléchir, débattre et intervenir concrètement sur quelques questions de fond : pour vivre et décider au pays, que ce soit en Euskal Herria, dans le bocage de Notre-Dame des Landes ou la vallée du Tescou dans le Tarn, qu'il s'agisse de nos conditions de vie, d'accueil et d'hospitalité à l'égard des "étrangers", de souveraineté alimentaire, de logement, de sécurité environnementale, etc., il est impératif et urgent que nous prenions nous-mêmes les choses en main.

 

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