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Billet de blog 4 déc. 2012

Notre-Dame des Landes : qui sont les violents ?

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Alors que l'on s'attend dans les prochains jours à une nouvelle offensive policière contre les occupants de la ZAD, habitants et volontaires de la résistance au projet d'aéroport, un médecin dénonce la violence des méthodes et pratiques de la gendarmerie. Les armes qu'elle utilise sont destinées à faire très mal, et même à blesser gravement. Les lésions de l'ouïe provoquées par les grenades assourdissantes, les possibles atteintes de nerfs ou vaisseaux sanguins dues aux éclats de plastique dur, la puissance des gaz lacrymogènes employés, tout cela démontre que le gouvernement et son ministre de l'Intérieur se moquent royalement des droits humains. Les intérêts de Vinci passent avant tout le reste. L'article ci-dessous a été publié par le journal l'Express, et repris sur le site internet "zad nadir".

NOTRE-DAME-DES-LANDES - Le Dr Lévêque, qui tenait l'infirmerie à proximité du site de Notre-Dame-des-Landes assure avoir examiné une quarantaine de blessés du côté des manifestants. De son côté, la préfecture n'en compte que deux.

afp.com/Frank Perry

Douze blessures de flashballs, sept causées par l'explosion de bombes assourdissantes, des dizaines de points de suture, des fractures... En se portant volontaire pour tenir l'infirmerie de Notre-Dame-des-Landes lors des manifestations du week-end du 24 et 25 novembre, le Dr Stéphanie Lévêque était à mille lieu de s'imaginer ce qui l'attendait. "J'ai proposé mon aide car j'habite juste à côté du site. Avec un autre médecin, nous avons transformé une petite salle en infirmerie", raconte la praticienne. Alors qu'ils pensaient que les journées seraient rythmées par des petits bobos, ils se sont retrouvés à pratiquer "une médecine d'urgence".  

>> Consulter la lettre du Dr Stéphanie Lévêque 

Choquée par le nombre et la gravité des cas, elle a envoyé dès le lendemain une lettre au préfet de Loire-Atlantique ainsi qu'aux parlementaires de sa région. "En ma qualité de médecin, je souhaite attirer votre attention sur la gravité des blessures infligées par l'utilisation des armes des forces de l'ordre et cela en dehors de toute considération partisane", écrit-elle dans son courrier de trois pages. Elle assortie son courrier d'une dizaine de photos prise pendant ces deux jours. 

Au total, une quarantaine de personnes, exclusivement des manifestants, se sont pressées dans l'infirmerie de fortune, assure la praticienne. Bien loin des deux blessés (côté opposants) dénombrés le samedi par la préfecture. "Depuis le mois d'octobre, les services de secours ont été sollicités à Notre-Dame-des-Landes une trentaine de fois mais il s'agissait dans 28 cas de blessures du côté des forces de l'ordre", assure la préfecture, jointe par L'Express.  

"J'insiste sur la gravité des blessures par explosions"

Un débris de bombe assourdissante

Dr Lévêque

Certaines blessures examinées ce jour-là ont pourtant demandé des soins poussés. Un manifestant, blessé par un tir de flash-ball a "une probable lésion dentaire ou maxillaire". Un autre, qui a reçu dix impacts de bombes assourdissantes dans la jambe a une "probable lésion du nerf sciatique". "J'insiste sur la gravité de ces blessures par explosions, écrit la médecin. Les débris pénètrent profondément dans les chairs risquant de léser des artères, nerfs ou organes vitaux. Nous avons retiré des débris de 0,5 à 1 cm de diamètre, d'aspect métallique ou plastique très rigide et coupant. D'autres, très profondément enfouis, ont été laissés en place et nécessiteront des soins ultérieurs. Impossible de prévoir les lésions secondaires!" 

Deux des cas ont même nécessité une hospitalisation. Mais là encore, la prise en charge n'est pas simple. "Samedi, mon collègue a appelé le Samu pour un blessé mais la voiture de pompier a mis énormément de temps à arriver, ralentie à cause des forces de l'ordre", raconte la praticienne. Selon la préfecture, ces ralentissements sont nécessaires pour garantir la qualité des soins. "Nous devons organiser un cortège pour escorter les pompiers jusqu'au lieu de l'incident. C'est pour cela que cela a pris du temps. C'est pour améliorer la prise en charge des soins et non pas pour la ralentir que nous faisons cela". Qu'importe, c'est trop long pour la praticienne qui décidera le lendemain de conduire elle-même à l'hôpital un blessé.  

Dr Lévêque

Le Dr Lévêque, qui se défend de tout militantisme, a envoyé sa lettre à la préfecture le lendemain des manifestations. Son but: ouvrir un dialogue avec la préfecture pour, si ce n'est limiter le nombre de blessés, en tout cas améliorer la qualité des soins. Pour l'heure, la préfecture ne lui a pas répondu. "Nous n'avons pas du tout le même constat qu'elle, assure la porte-parole. Il nous est donc impossible de dire que nous allons faire évoluer nos méthodes". 

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