Atenco
Abonné·e de Mediapart

29 Billets

1 Éditions

Billet de blog 5 déc. 2012

La biologie de synthèse, entre sciences et société

Atenco
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Diffusé par Pièces et Main d'Oeuvre (PMO)

« Avec la biologie de synthèse, vous avez un avantage,
c’est que le grand public pour le moment ne connaît pas. »

D. Raoul, Sénateur, Vice-président de l’Office Parlementaire d'Evaluation des Choix Scientifiques et Techniques
Annexe au Rapport de février 2012, Les enjeux de la biologie de synthèse
 
« LA BIOLOGIE DE SYNTHÈSE ENTRE SCIENCES ET SOCIÉTÉ »
Préparer l'acceptabilité des « OGM de demain », dès aujourd'hui au CNAM

Aujourd'hui, 4 décembre 2012, se tient au CNAM une conférence organisée par le Génopole®, centre de recherche en génomique qui vise à « favoriser l'essort des biotechnologies », et l'Institut Francilien Recherche Innovation Société (IFRIS), qui réunit plus de 1000 chercheurs en sciences sociales qui étudient les sciences, les technologies et leur contestation.
Cette bande de tristes lurons passera la journée à mijoter le prochain ravage bio-industriel : la biologie de synthèse. Ce mariage transgénique entre monde biotech et sciences sociales profitera du soutien de Geneviève Furioso, « Miss(nistre) Dollars »[1] de la recherche. La pasionaria du nucléaire et des nanotechnologies ajoutera toute son ardeur personnelle à ces cogitations de synthèse qu’ils nous régurgiteront d'ici peu. Mais, à 120 euros l'entrée, la recette est encore bien gardée.
« Biologie de synthèse », de quoi s’agit-il ?
On sait qu'avec les OGM, l'industrie a appris à intervenir sur le code génétique d'un organisme existant pour le doter d'une fonctionnalité donnée – rendre un maïs résistant à un pesticide par exemple. On sait qu'avec les développements conjoints de l'informatique et des nanotechnologies, elle se dote de moyens toujours plus puissants pour agencer la matière, construire des objets et traiter des informations à l'échelle du nanomètre. La suite logique, pour aller vite, c'est la biologie de synthèse, soit rien de moins que ce que son nom indique : par croisement de l'ingénierie génétique, des nanotechnologies et de l'informatique, ingénieurs et techniciens peuvent maintenant synthétiser ex-nihilo un code génétique entièrement nouveau. Autrement dit : programmer un ordinateur pour donner vie à des choses artificielles, des organismes vivants qui n'ont rien à voir avec ce que crée la nature. Et puisqu'ils le peuvent, ils le font. Oublions la référence romantique au monstre de Frankenstein. Ceux du XXIe siècle seront innombrables et minuscules, et sans doute bien plus réels : virus synthétiques, bactéries-machines, nano-robots à hélice d'ADN[2]. Avec les promesses d'un « progrès » techno-écolo, les profits seront juteux et les ravages certains. Arrivent les nouveaux OGM et la privatisation du vivant, les bactéries génétiquement modifiées relâchées dans la nature comme pseudo-solution environnementale aux saccages industriels, et le tout avec des codes ADN nouveaux pour nous assurer que ces organismes-machines ne se mélangeront pas avec les autres êtres vivants. « Et si ça se mélange quand même ? », demandez-vous. Oui, ça fait peur. Mais, comprenez la logique : les dégâts, c'est la ressource du progrès de demain.
Vous ne connaissez pas encore la biologie de synthèse ? C'est normal, ses promoteurs nous y préparent très en avance.
N'ayez crainte, ils sont quelques dizaines réunis aujourd'hui à veiller à votre ignorance. Car si ces machines-vivantes n'ont pas encore envahi nos vies biologiques et politiques, les sociologues de l’IFRIS préparent déjà leur acceptabilité sociale. Parce qu’ils ont échoué avec les OGM, cafouillé avec les nanos, il serait terrible pour nos techno-furieux de reculer à nouveau sur la biologie de synthèse. Et, c'est bien pourquoi le gratin techno-scientifique se réunit aujourd’hui : l'anticipation facilite l'acceptation, affaiblit les résistances et prépare l’invasion de la dernière innovation dont nous n'avons ni besoin, ni envie. Cette canaille interdisciplinaire étudie les précédentes oppositions aux technologies, afin de repérer leurs failles et de les exploiter pour nous faire avaler le poison. Ils nous préparent une fois de plus des pseudo-débats publics dans le seul but de nous acclimater à la biologie de synthèse. Ils nous diront évidemment qu'il n’y a pas de risque-zéro (mais, bien sûr, « sans risque, pas de progrès ») et nous barbouilleront d'éthique. Avec un peu de chance, ils nous offriront même un atelier de « biologie de garage » : des bactéries synthétiques ludiques et participatives pour nous faire oublier que demain, c’est celles de Monsanto qui nous seront imposées.
Vous, là-dedans ! Nous n'avons ni question, ni incertitude. Notre position est déjà figée : nous n'acceptons pas.
John Kaltenbrunner
Paris, 4 décembre 2012
[1] La ministre confiait au Journal des Entreprises en octobre 2009 : « À un moment, ils m'appelaient Miss dollar, s'amuse-t-elle. C'est vrai. Ça ne sert à rien de chercher à faire le top du top si on ne le vend pas ». http://www.lejournaldesentreprises.com/editions/38/actualite/rencontre/genevieve-fioraso-la-star-de-la-mise-en-reseau-02-10-2009-78224.php
[2]  Je tire cette présentation d'un texte récent de Frédéric Gaillard, à lire pour qui voudrait en savoir plus : « Innovation scientifreak : La biologie de synthèse ». http://www.piecesetmaindoeuvre.com/spip.php?page=resume&id_article=395

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
Un chirurgien de l’AP-HP cherche à vendre aux enchères la radio d’une blessée du 13-Novembre
Le chirurgien Emmanuel Masmejean a mis en vente sur un site d’enchères pour 2 700 dollars la radio d’une survivante du Bataclan, sur laquelle on voit une balle de Kalachnikov. Après l’appel de Mediapart, il a retiré le prix dans son annonce. L’AP-HP qualifie la publication du professeur Masmejean de « problématique, choquante et indécente ».
par Matthieu Suc
Journal — Gauche(s)
Le Titanic Hidalgo fait escale à Aubervilliers
Dans une salle à moitié vide, la candidate socialiste à la présidentielle a estimé que le combat n’était pas perdu, même si la voie est « ardue et semée d’embuche ». En interne, certains la jugent déjà sans issue.
par Mathieu Dejean et Pauline Graulle
Journal
Le PS et les quartiers populaires : vingt ans de trahison
Le Parti socialiste poursuit sa lente dislocation dans les quartiers populaires. En Île-de-France, à Évry-Courcouronnes et Aulnay-sous-Bois, les désillusions traduisent le sentiment de trahison.
par Hervé Hinopay
Journal
Les défections vers Zemmour ébranlent la campagne de Marine Le Pen
Le départ de Gilbert Collard, après ceux de Jérôme Rivière ou Damien Rieu fragilise le parti de Marine Le Pen. Malgré les annonces de prochains nouveaux ralliements, le RN veut croire que l’hémorragie s’arrêtera là.
par Lucie Delaporte

La sélection du Club

Billet de blog
Entre elles - à propos de sororité
Sororité, nf. Solidarité entre femmes (considérée comme spécifique). Mais du coup, c'est quoi, cette spécificité ?
par Soldat Petit Pois
Billet de blog
La parole des femmes péruviennes
Dans un article précédent, on a essayé de comprendre pourquoi le mouvement féministe péruvien n'émergeait pas de manière aussi puissante que ses voisins sud-américains. Aujourd'hui on donne la parole à Joshy, militante féministe.
par ORSINOS
Billet de blog
Malaise dans la gauche radicale - Au sujet du féminisme
L'élan qui a présidé à l’écriture de ce texte qui appelle à un #MeToo militant est né au sein d'un groupe de paroles féministe et non mixte. Il est aussi le produit de mon histoire. Ce n’est pas une déclamation hors-sol. La colère qui le supporte est le fruit d’une expérience concrète. Bien sûr cette colère dérange. Mais quelle est la bonne méthode pour que les choses changent ?
par Iris Boréal
Billet de blog
Romani Herstory : réinscrire les femmes roms dans l’Histoire
Objets de tous les fantasmes, les femmes roms se voient sans cesse privées du droit à la parole. Les archives Romani Herstory montrent pourtant que beaucoup de ces femmes ont marqué nos sociétés de leur empreinte. (Texte d'Émilie Herbert-Pontonnier.)
par dièses