café vraiment équitable...

RESEAU SOLIDAIRE DE DIFFUSION DU CAFE

DES COOPERATIVES ZAPATISTES

 

Chiffres, informations et propositions. Actualités et perspectives 2009

 

QUELQUES CHIFFRES…

 

Le Mexique produit annuellement une quantité de café à peu près équivalente à la consommation française, soit environ 300 000 tonnes (6ème rang mondial). Cette activité occupe 280 000 familles, et fournit un travail temporaire, pendant la cueillette, à près de trois millions de personnes. Le café mexicain est à 97 % de l’arabica. Paradoxalement, le pays importe du robusta, essentiellement destiné au marché local.

La consommation des Mexicain-e-s est peu importante : moins d'un kg par habitant et par an. Et à l’instar de la majorité des régions productrices, elle concerne les résidus et les produits de moindre qualité. Aux USA, on consomme 4,6 kg par habitant, en France plus de 5 kg, en Finlande presque 11 kg. Le café représente l’un des principaux postes du commerce mondial.

Le système des « dosettes », coûteux en énergie et polluant, permet aux entreprises de « fidéliser » leurs clients tout en leur vendant leurs produits à des prix astronomiques1.

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UN PEU D’HISTOIRE .. .

 

La production du café a été longtemps synonyme de spoliation et de violence pour les populations indigènes, au Mexique comme ailleurs. On assiste dès la fin du XIX siècle à de nombreuses et brutales expropriations au profit des gros planteurs. De dures conditions de travail, frôlant l’esclavage, sont imposées aux paysans pauvres ou sans terre, assujettis par la force et un système retors d’endettement. Cette situation change en partie dans la seconde moitié du XXème . Le café connaît en effet un développement important, particulièrement entre les années 1970 et 80. Le contexte mondial d’augmentation de la consommation pousse de nombreux petits agriculteurs à se lancer dans la production. L’Organisation Internationale du Café (OIC) et des organismes étatiques dans les pays producteurs (Inmecafé au Mexique) s’emploient à stimuler les cultures, et à réguler les volumes et les prix, même si leurs interventions ne sont pas sans dangers pour les paysans (incitation à la monoculture, à l’utilisation de fertilisants et de pesticides). Les chiffres sont éloquents pour le Mexique : en moins de 20 ans, on assiste à un accroissement de 60% des surfaces cultivées, de 75% du tonnage récolté, de 100% du nombre de producteurs. Cependant, au cours des années 1989-1994 une très grave crise, mondiale, détruit cette prospérité relative. La chute rapide des cours, liée à l’augmentation de la production, mais aussi et surtout, dans le contexte de la «globalisation», à une dérégulation drastique du commerce international et des politiques intérieures (suppression des accords de l’OIC, fermeture de l’Inmecafé…) entraîne de lourdes conséquences dans toutes les régions de culture, et la ruine de millions de petits caféiculteurs. C’est là de toutes façons un des objectifs de la mondialisation néo-libérale : faire chuter les cours des matières premières par cette dérégulation et le jeu du marché, dégager ainsi des profits fabuleux pour les grandes entreprises commerciales, « libérer » des terres pour des cultures ou des activités plus rentables pour les trusts, et enfin disposer d’une réserve croissante de main d’œuvre très peu chère pour les industries et l’agriculture intensive…

Au Chiapas, de nombreux indigènes qui s’étaient lancés dans la production du café, et appartenaient souvent à des villages reconstitués depuis 20 ou 30 ans, rejoignent les rangs des zapatistes. La crise, ainsi que la suppression en 1992 d’un article de la Constitution mexicaine garantissant le caractère inaliénable (impossibilité de vendre) des terres collectives (les ejidos), va peser sur la décision de soulèvement prise par les communautés sympathisantes de l'EZLN, le premier janvier 94.

Cette crise mondiale s’accroît en 2001/2002, avec une surproduction et l'arrivée de nouveaux pays (le Vietnam, notamment, où d’énormes plantations ont été créées, au prix de l’expulsion des populations des hauts plateaux), et les cours s’effondrent à nouveau, se retrouvant à la moitié des prix de l’année précédente : moins de 0,45 dollars la livre de café vert. En 2003, ils remontent à 0,70 US$. Quelques chiffres montrent le résultat de ces crises des années 90, de l'accélération de la fameuse « globalisation » : au cours de cette décennie, la production a augmenté de plus de 20 % (mais la consommation de 10 % seulement), tandis qu’au contraire le revenu des producteurs diminue de 12,5 à 5,5 milliards de dollars. Par contre, les multinationales du café des pays industrialisés ( des filiales de Philip Morris, Procter & Gamble, Nestlé…) ont vu leur chiffre d’affaire passer de 30 à 60 milliards de dollars.

D’autres facteurs aggravent la situation : dans la plupart de ces pays, des intermédiaires (les coyotes mexicains, par exemple) imposent aux producteurs des prix inférieurs aux cours officiels. C’est ça ou le refus d’achat, et les agressions perpétrées par des paramilitaires à leur service.

Un autre danger se profile à l’horizon : l’arrivée des OGM. Les «cerises» de café ne mûrissent pas toutes en même temps, et l'on ne cueille que les mûres pour avoir un café de qualité. L’incorporation d’un antibiotique à la chaîne génétique de la plante bloque dans un premier temps la maturation, qui plus tard est déclenchée simultanément par un arrosage chimique. Cette technique permettra de généraliser la mécanisation de la cueillette, et donc la suppression de dizaines de millions d’emplois de par le monde. De plus, comme pour les autres OGM, on ignore les conséquences réelles pour la santé humaine et l’équilibre des écosystèmes.

 

LE CAFE DES ZAPATISTES DU CHIAPAS

 

C'est une des régions où l’on trouve les meilleurs cafés. Ils poussent en montagne, dans les forêts humides des Altos. Mais le Chiapas est l’enjeu d’un conflit majeur.

Le pouvoir fédéral, celui de l’Etat chiapanèque, les gros propriétaires et les multinationales développent d’importants efforts pour tenter de réduire et écraser le soulèvement zapatiste. Ce déploiement considérable (militaire, policier, financier) répond à un double objectif :

  1. L’Etat du Chiapas est très riche, notamment dans la forêt Lacandone et les cañadas (pétrole, uranium, réserves en eau, 60% de la production hydroélectrique du Mexique, bois précieux, biodiversité, l’une des plus importantes de la planète). Les populations indigènes, refoulées dans les régions les plus inhospitalières par les colonisateurs, les éleveurs, les exploitants forestiers et les planteurs de canne et de café, sont à nouveau devenues gênantes. Pour l’Etat et les multinationales, il faut qu’une partie importante de ces indigènes « misérables » quitte la région et rejoigne les périphéries urbaines, ou les maquiladoras2.

  2. La rébellion des indigènes zapatistes du Chiapas est un très « mauvais exemple », que pourraient bien suivre les autres communautés amérindiennes du pays (au total, près de 15 millions de personnes). Cette rébellion est d’autant plus dangereuse qu’elle est fondamentalement pacifique, que ses revendications concernent le respect de la culture et de l’autonomie des indigènes, la reconnaissance de leurs droits sur les terres dont elles ont besoin pour vivre. La création de 38 municipios autonomes, initiée au Chiapas et s’étendant à d’autres Etats du pays, démontre que ce mouvement ne se contente pas de déclarations de principes, et qu'il est capable de construire, par en bas, un véritable auto-gouvernement.

Une des conséquences de la guerre de basse intensité livrée par l’Etat mexicain contre les indigènes zapatistes et leurs alliés est la division entre les communautés. Une fraction de la population est encore fortement encadrée par les partis traditionnels (PRI, PAN, PRD), avec des méthodes de clientélisme, de corruption, d’intimidation. Des groupes paramilitaires ont pris le contrôle, avec l’aide de gros propriétaires et de dirigeants politiques (parfois avec un passé «révolutionnaire»), de plusieurs coopératives. Certaines3 ont obtenu, grâce à leurs soutiens, une certification « commerce équitable ». Pour l’agriculture biologique, la situation est identique. Face à l'«équitable», que certains labels et une partie croissante de la grande distribution ont adopté dans leur marketing, il convient d'être très vigilants. Les dommages causés par le développement de la monoculture, au détriment des cultures vivrières, sont très graves. Les paysans du « tiers monde » n’ont pas besoin d’être assistés, mais de voir reconnu le droit à cette terre dont on continue de les spolier, essentiellement au profit de l’agro-industrie des pays occidentaux. De plus, il serait bon qu’entreprises et associations publient des informations précises sur ce qu’elles paient au producteur, les différents prix de revient, sur les bénéfices et leur utilisation.

 

MUT VITZ ( montagne aux oiseaux) et YACHIL XOJOBAL CH'UL CHAN (lumière nouvelle du ciel).

 

Ces coopératives, situées dans la région des Altos font partie des organisations zapatistes du Chiapas. Elle possèdent des fonds de solidarité à destination de leurs membres (environ 2000 familles à l’été 2005). Le président et ses adjoints sont choisis par les coopérateurs, selon les modalités du système traditionnel des charges (cargos) communautaires. Il restent en fonction pendant trois ans, sans être rétribués, coordonnent la collecte, le beneficio seco4, le tri et l’acheminement jusqu’au quai d’exportation, organisent un réseau dans le pays, etc.). La culture du café n’est pas l’activité principale des adhérent-e-s, avant tout des paysan-ne-s produisant leur alimentation : maïs, haricots, courges... Mais sa vente permet l’achat de médicaments, les frais divers dans ces communautés qui, du fait de leur rébellion, refusent toute « aide » gouvernementale. La production annuelle de Yachil se situe entre 5 et 600 tonnes.

 

LE RESEAU REGIONAL

 

L'objectif de notre réseau est de nous procurer ensemble ce café. L'adhésion à l'une des associations qui le composent permet de participer à l'achat collectif et à la distribution.

Cette année le café vert (café oro ) sera acheté par Américasol et MutVitz31 3,50 € le kilo à Yachil (nous retournons 4 € par kilo torréfié aux zapatistes, ce qui nous fera « débourser » environ 7,50 € pour un kilo de café) . En comparaison, le cours mondial de l’arabica (non « bio ») est en mars 2009 d’environ 1,15 US$ la livre. Le « commerce équitable » paye pour le « bio » 1,45 US$ (environ 2,30 € le kilo). Les « coyotes » paient généralement beaucoup moins, mais parfois, suivant les spéculations, bien au-dessus des cours. Cela donne une idée des marges bénéficiaires fabuleuses réalisées par les intermédiaires, surtout les multinationales de l’alimentation. Quant au commerce dit « équitable », il achète donc depuis plusieurs années à des prix à peine supérieurs aux cours officiels, en fait souvent inférieurs à ceux pratiqués par les négociants spéculateurs. De plus, il ne reverse généralement rien ou presque aux coopératives et producteurs. Les films publicitaires diffusés en boucle, montrant des paysans heureux de leur sort, ne sont qu'une habile propagande5.

 

Le réseau diffuse actuellement le paquet de 500 gr de café torréfié, moulu ou en grains (la perte à la torréfaction concerne 18 à 20% du poids du café vert) à 6,10 €, qui se décomposent à peu près comme suit :

2,60 € = matière première + taxes + transport Veracruz > Marseille > Midi-Pyrénées.

1,50 € = torréfaction, mouture, emballage, transport local…

2,00 € = bénéfices, reversés aux « Juntas de Buen Gobierno » zapatistes ( reçus à l'appui )...

Les membres du réseau de distribution sont bénévoles, il n’existe aucune rétribution pour la participation aux activités, et le fonctionnement est assuré par les cotisations (nos associations n’excluent pas l’idée de la création d’un emploi au niveau de la torréfaction du café).

Il nous semble fondamental de savoir et dire comment se déroule tout le processus, depuis la culture, la cueillette… jusqu’à la torréfaction et la distribution. A tous ces stades, les données chiffrées et les critères concernant le respect des individus, de la terre, etc , doivent être claires.

Un café cultivé et/ou ramassé par des paysan-ne-s surexploité-e-s, transporté sur des navires dont les équipages n’ont pas de statut clair (nous ne maîtrisons pas du tout cet aspect, mais il faut y penser), vendu dans des magasins qui font l’essentiel de leur chiffre d’affaires sur la base de la spoliation de petits agriculteurs locaux ou d’ailleurs, d’une activité contaminante pour les sols et les produits, du travail d’employé-e-s sans droits ni salaires dignes, ne saurait être qualifié d’«équitable ». Encore moins de solidaire.

Dans chaque département, le réseau pourra se construire en s’appuyant sur une ou plusieurs associations, du type loi 1901 (nous pouvons donner un coup de main), qui géreront chacune l’achat collectif et la diffusion, tout en participant au contrôle, à la réflexion, aux décisions, etc. Dans notre région, le réseau s'étend : des associations existent sur 5 départements…

Enfin, ce réseau contribue à (re)nouer des liens et des échanges entre individus, collectifs, etc., autour de valeurs et d’objectifs concrets visant à construire des parcelles d’autonomie et des espaces solidaires (mise en place de tontines, participation à des achats collectifs de terres, etc).

 

POUR LES PROCHAINES COMMANDES (2009-2010)

En novembre 2008 nos associations ont fixé la quantité à commander pour 2009 (et payé 50% du prix à Yachil ). Cette commande est de 12,42 tonnes pour Midi-Pyrénées. Les personnes et collectifs intéressés (adhésion obligatoire de 3 euros/an) établissent leurs prévisions d’achat, sachant que leur commande correspondra à un an de consommation, grosso modo de juin 2009 à mai 2010. La livraison se fait chaque mois, à partir du deuxième vendredi.

 

 

Hte-Garonne : asso MUT VITZ 31 - 24, avenue Guillaumet - 31500 - Toulouse

Tarn : asso AMERICASOL - Poudéous Bas - 81500 – Lavaur

Lot : asso SOL QUERCY - Ferme de Nouelle, 46230 Escamps

Gard : asso MUT VITZ 30mutvitz30@laposte.net

d'autres groupes existent dans les Hautes-Pyrénées, le Gers, etc

 

 

 

1Un torréfacteur de la région toulousaine envoie son café torréfié jusqu'en Belgique pour qu'il soit mis en dosettes. Aller-retour en camion : entre le Grenelle de l'environnement et les soucis de rentabilité économique, il n'y a pas photo... Par ailleurs, tant d'emballage pour 6,5gr de café est une aberration pure et simple.

2 Le Plan Puebla Panama, entre autres, prévoit la création de couloirs de transports, de « puits de carbone », de zones d’ « écotourisme », ainsi qu’une exploitation accrue de la biodiversité, notamment par les trusts pharmaceutiques, la construction de grands barrages et de « maquiladoras », usines de montage dans le secteur du textile ou de l’électronique, très gourmandes en main d’oeuvre habile, bon marché et si possible « docile »...

3 Consulter à ce propos le site www.zapata.com (le scandale de la certification...)– Un autre groupe « bio et équitable », Cafés de la Selva , est actuellement (2007) lié à de nouveaux groupes paramilitaires, dont le rôle consiste à tenter de déloger les paysans zapatistes des terres récupérées depuis 1994.

4 Le café subit plusieurs transformations après la récolte (dépulpage, fermentation -le beneficio húmedo- et séchage), assurées par le paysan. Le café est alors appelé pergamino. L’élimination de la dernière enveloppe (le parche) s’appelle le beneficio seco. Il ne faut pas confondre le prix payé à la coopérative, sur le port, qui concerne le café oro (et se règle normalement en dollar par livre anglaise) et le prix payé au paysan, réglé en pesos par kilo de pergamino...cette année, à la demande de Yachil, nous paierons au kilo de café en euros.

5 Sur ce thème, on peut voir sur l'internet la brochure réalisée par les « renseignements généreux », ou encore lire le livre de Christian Jacquiau, Les coulisses du commerce équitable (éd. les mille et une nuits).

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