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Billet de blog 10 févr. 2018

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Militer ? Quand ? Pour quoi faire ?

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Militer.

Ca fait plusieurs mois que je pense à écrire ce texte, ça fait une dizaine de jour que je l'ai écrit, et c'est en ce samedi 10 février 2018, autour de 20h que je le publie.
En introduction,  je tiens à rendre hommage à toutes les personnes, qui ont luttées, ici ou ailleurs, peu importe la manière, contre l’oppression. Je n’oublie pas toutes les personnes qui nous ont quittées, qui n’ont pas eu l’occasion de voir les fruits de leur lutte, aussi minime ait-elle été, car en vrai, aucune lutte n'est minime. C’est important pour moi de partir de là, de se dire que beaucoup ont lutté bien avant nous, avant moi, et ont lutté pour que j’ai la « l’opportunité » de lutter. Ces personnes, des esclaves, des colonisés, des mères, des pères, des oncles, des tantes, des cousines, des frères et soeurs, des tirailleurs, des soldats de l’AOF, des Chibanis …

Selon moi, le militantisme d’une personne n’est pas inné.  Il existe tout le temps un élément déclencheur, encore plus chez les personnes issues de l’immigration post-coloniale. On ne nait pas militant, on le devient. L’élément déclencheur peut être nous, notre frère, notre soeur, subissant des violences ou de l’injustice de la part de l’institution policière, judiciaire ou scolaire, nos parents qui ayant subi des injustices, etc. La liste peut être longue mais, il y a toujours quelque chose qui nous motive, nous fait lutter jour après jour.

Or, une chose que je vois, qui ne me dérange pas, mais m’interroge profondément : ce sont les gens qui n’ont pas eu ce « déclic » mais qui militent. Le  problème, c’est que derrière, on ne sait pas pour quelle raison ils/elles le font. Militer par simple altruisme n’existe pas. On a toujours une source de motivation. 

Ce qui me dérange par contre, ce sont les personnes qui tirent des bénéfices matériels du militantisme. Car oui, le militantisme permet de faire avancer des combats, de travailler sur des problématiques précises etc., mais il permet également de faire monter des gens, de construire des carrières, de tirer des bénéfices matériel et financier. Militer implique des sacrifices, des efforts et du travail, mais le travail militant doit il servir à s'enrichir ?

Car oui, militer, c’est des sacrifices. Oui il y a la mémoire collective. Mais pour moi, la mémoire collective n’est, pour la personne, pas un déclic. Sauf si elle écrit un livre sur la mémoire collective, livre qui lui permet de gagner en notoriété et en pouvoir, sûrement ce qu’elle cherchait quand  parlait de mémoire collective. Encore une fois, plus tu as les moyens (matériels) de lutter, moins ta lutte est sincère, et plus tu te permets de monétiser l’oppression qu’autrui subit. 

La sincérité, sur les motivations de la lutte,  c’est essentiel, c’est la chose qui fait que tu as foi en une personne et tu n’as pas peur de taffer avec elle. C’est sûrement pour cela que c’est plus simple de bosser avec des gens d’un quartier, prioritairement le tien mais pas que car en vrai : à vécu similaire, à socialité similaire, TU SAIS. 

Donc je répète : au départ, notre désir de rentrer dans la lutte est motivée. Il peut l’être par la recherche de points précis, de réponse face à des situations d’injustice, d’inégalité, pour l’amélioration des conditions matérielles d’existence, pas pour « combattre la négrophobie structurelle » ou « abolir la police ». Je connais une petite, elle a 14 ans et elle a déjà commencé à militer. Sa sincérité n'est même pas remise et à remettre en cause car : son frère s'est fait tuer et elle est en quête de justice. Derrière, elle luttera peut-être pour l'abolition de la police, pour plus de moyens dans les cités (...) mais le point de départ de sa lutte est clair.

Car oui le problème, ce sont les personnes qui ont commencé à militer car elles ont vu un plafond de verre blanc et qu'elles ne pouvaient plus percer, les personnes qui suivent la mode du militantisme parce que c'est bien de militer. 

Je pourrai faire plus long comme texte, mais je n'en ai pas envie car en vrai, si vous vous sentez viser par ce texte, vous êtes potentiellement un problème pour beaucoup de non-militants, issus de quartiers populaires. 

Abdoulaye T. Noir (afrodescendant) 1m80. Taille 44. Originaire de la ZDH - Le greco. 

Ps : si toi, qui a découvert le racisme à 23 ans et qui milite à Paris contre la négrophobie structurelle, tu trouves que ce texte est déplacé, Ma3lich, Ton dos, notre dos.

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