« Attention danger télétravail ? »

Au turbin! s'intéresse à différents acteurs de la prévention des risques professionnels, à celles et ceux qui contrôlent, analysent, observent les conditions de travail. Inspecteurs du travail, médecins du travail, syndicalistes ou encore sociologues… comment mènent-ils leurs missions et quels liens maintiennent-ils avec les travailleurs et travailleuses en télétravail?

Pour écouter : https://travailleraufutur.fr/podcast/au-turbin-attention-danger-teletravail/

Episode 1 : https://travailleraufutur.fr/podcast/attention-danger-teletravail-1-4/

Nous voilà plus d’un an après le 17 mars 2020 où les pouvoirs publics ont décidé de recourir à un confinement massif de la population, entrainant une mise en place forcée du télétravail à 100% pour des millions de salariés. Le télétravail a alors été la solution permettant de concilier la poursuite de nombreuses activités économiques tout en tentant de limiter la propagation du virus. Fin mars 2020, selon une étude de la Dares (La Direction de l’Animation de la recherche, des Études et des Statistiques), un quart des salariés était en télétravail alors qu’en 2017 seulement 3% de salariés pratiquaient le télétravail au moins un jour par semaine. Rappeler ces données permet d’avoir en tête que le télétravail reste une pratique peu répandue et davantage pratiquée par les cadres. C’est donc un bouleversement des pratiques et des collectifs de travail qu’ont connus des millions de salariés. Ils ont dû alors s’adapter. Transformer leur salon en espace de travail, abandonner leur chaise à roulette pour leur canapé, troquer leur bureau pour une table basse et échanger leurs collègues avec leurs enfants, leur conjoint ou encore avec personne, hormis des visages aux fonds d’écran de mauvais gouts quand ça n’est pas tout simplement des écrans noirs. 

Je me suis alors demandée mais qui veillent aux conditions de travail de ces millions de télétravailleurs et télétravailleuses et comment mènent-ils leurs missions ? Pour ce premier épisode on va s’intéresser à l’inspection du travail et aux agents de contrôle qui se rendent dans les entreprises pour contrôler les employeurs, rappeler les règles et le droit du travail. Ils sont environ 2 000 agents de contrôle répartis sur tout le territoire pour faire respecter le code du travail dans les entreprises de toute taille, soit environ 2 millions d’établissements et 19 millions de salariés. Pour rappel ces dernières années ont été marquées par des réformes de l’inspection du travail qui ont eu pour effet de diminuer les effectifs et ainsi de limiter leurs actions de contrôle. Autant dire que Covid ou non leurs missions ne semblent ni essentielles ni prioritaires… Pourtant, depuis le début de cette pandémie et à plusieurs reprises, le gouvernement a parlé des inspecteurs du travail, soit pour freiner leurs interventions de contrôle dans les Ephad par exemple, en raison d’une pénurie de masque pour le personnel et d’un non-respect des protocoles sanitaires, soit récemment pour les mobiliser afin qu’ils fassent la chasse aux salariés qui se rendent de nouveau sur leur lieu de travail. Mais qui s’inquiètent des conditions de travail des télétravailleurs et télétravailleuses, de la totale confusion entre sphère privée et sphère professionnelle que cela implique et plus globalement sur les conséquences en termes de santé physique et psychique ?   

Pour tenter de répondre à ces questions, j’ai interrogé deux inspectrices du travail qui vont nous présenter leurs missions et nous raconter la manière dont elle travaille depuis plus d’un an. Nous entendrons Carole et Aurore, toutes deux inspectrices du travail en Ile de France et à Paris intra muros. Nous verrons comment le tététravail non encadré et généralisé, en plus de bouleverser les pratiques, d’exposer les salariés à des risques psychosociaux, échappe complètement aux organes de contrôles de l’inspection du travail. 

Episode 2 : https://travailleraufutur.fr/podcast/attention-danger-teletravail-2-4/

Pour ce second épisode consacré au télétravail j’ai interrogé des médecins du travail. Vous savez la médecine du travail, celle qui vous convoque désormais une fois tous les 5 ans, à laquelle vous vous rendez avec grand enthousiasme, rendez-vous que vous attendez avec impatience. Fin du cynisme. Les parents pauvres de la médecine c’est bien eux. Les médecins du travail n’échappent pas à la pénurie que l’on constate au sein du corps médical français. Ils sont en effet une espèce menacée. En France, il en existe deux catégories, évoluant dans deux environnements différents : ceux qui exercent en service autonome, c’est-à-dire qu’ils sont salariés de l’entreprise et ils font partie d’un service interne de santé au travail, souvent ce sont de très grandes entreprises, et il y a ceux qui exercent en interentreprises, c’est-à-dire dans une structure privée qui propose son offre de service aux entreprises bien souvent de moins de 500 salariés.

Dans les deux cas on y trouve des médecins du travail, des infirmières, des psychologues… qui ont pour rôle de conseiller les salariés, la direction, les représentants du personnel afin d’éviter toute altération de la santé des travailleurs du fait de leur activité.  

Tout comme avec les inspecteurs du travail dans le 1er épisode, je me suis demandée comment cette fois-ci les médecins du travail ont exercé leurs missions et comment ont-ils gardé le lien avec les salariés massivement obligés de télétravailler. J’ai rencontré virtuellement deux médecins du travail, fervents défenseur de la prévention des risques physiques et psychiques. Tous les deux ont mis en avant la forte pression psychologique qu’a engendré le télétravail. Isolement, surcharge du travail, sur sollicitation manageriale et ceux à tous les niveaux hiérarchiques, interrogations quant à la nature et au sens de son activité, autant de questions à laquelle les médecins du travail doivent faire face.   

On entendra tout d’abord un médecin du travail exerçant en service autonome au sein de l’entreprise EDF. Ce sont 1200 salariés majoritairement en plateau d’appel qu’il accompagne et suit à distance depuis plus d’un an. Avec lui, on reviendra sur cette année et on s’interrogera notamment sur le déploiement de la télémédecine. Enfin, j’ai échangé avec Marielle Dumortier, qui exerce dans le même service interentreprise depuis 35 ans. Dans ce service c’est plutôt 7000 salariés qu’un médecin du travail suit avec l’aide des infirmières. Elle se définit comme une militante de la santé au travail et a notamment publié en 2020 « Le monde du travail est devenu fou » ou encore sous pseudo en 2006 « Journal d’un médecin du travail ».

Episode 3 : https://travailleraufutur.fr/podcast/attention-danger-teletravail-3-4/

Acteurs clés de la prévention des risques physiques et psychosociaux, les représentants du personnel ont été sur-mobilisés depuis le début de cette crise. Veiller au respect des protocoles sanitaires, alerter la direction sur les conditions de mise en place du télétravail, être à l’écoute des salariés pour faire remonter les difficultés individuelles et organisationnelles, conseiller les salariés sur leurs droits, être à l’affut de toutes les décisions prises pouvant avoir des conséquences sur les conditions de travail et la santé des salariés … autant de missions qui incombent aux élus représentants des salariés. 

Ces missions de prévention sont d’autant plus difficiles à tenir depuis les ordonnances Macron de l’automne 2017 puisque que celles-ci ont tout simplement décidé de supprimer l’instance consacrée aux conditions de travail et à la santé des salariés : les CHSCT, les Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail. Cette décision a eu pour effet de créer le CSE le comité sociale et économique qui regroupe les prérogatives des CHSCT et des CE pour les questions économiques. Moins d’instances, c’est moins d’élus ! Les représentants du personnel sont alors moins nombreux pour jouer leur rôle d’alerte en termes de santé.

Quelle que soit la couleur syndicale, cette crise a rendu difficile le rôle de proximité des représentants du personnel aurpès des salariés en télétravail, toutefois les élus ont été en 1ère ligne, le tout à distance, pour veiller aux conditions de travail.

Pour bien saisir le rôle et l’utilité des représentants du personnel dans cette période de télétravail massif et imposé, j’ai rencontré Chantal, élue CGT à Pole emploi. Avec elle, nous saisirons la difficulté du rôle d’élu dans un secteur de mission de service public : accueillir les demandeurs d’emploi, tout en étant vigilant à la santé des salariés et des usagers. Nous prendrons alors la mesure de l’investissement des élus et de la difficulté de se faire entendre auprès d’une direction. Enfin, j’ai interrogé Mathilde, élue CFE CGC dans une association d’environ 100 salariés. Avec ses collègues élus, ils étaient déjà mobilisés sur des problématiques de risques psychosociaux avant la crise. Elle reviendra sur cette année difficile et nous verrons avec elle, comment le télétravail a pu être une échappatoire et qu’il est alors incontournable d’analyser les organisations de travail et de réfléchir aux espaces avant même de penser à un accord télétravail. »

Episode 4 : https://travailleraufutur.fr/podcast/attention-danger-teletravail-4-4/

Après avoir entendu des inspecteurs du travail, des médecins du travail et des syndicalistes nous faire part de la manière dont ils ont continué à veiller aux conditions de travail, à prévenir les risques psycho sociaux et à garder le lien avec les salariés en télétravail, nous allons entendre deux sociologues nous livrer leurs analyses du télétravail.

Nous entendrons d’abord Marie Benedetto Meyer Maitresse de conférence en sociologie à l’université de technologie de Troyes, elle a récemment co-écrit avecAnca BobocSociologie du numérique au travail chez Armand Colin. A partir de ses entretiens de recherche elle nous fera part de ses analyses du télétravail pendant cette période où il a été massif et imposé. Comment des collectifs ont tenté de se recréer ? Comment les manager ont continué à jouer leur rôle ? Nous verrons également comment le télétravail sous couvert de flexibilité participe à rigidifier l’organisation. 

Enfin, j’ai échangé longuement avec Nicolas Spire sociologue du travail au sein du cabinet Aptéis où il réalise des expertises pour les représentants du personnel élus au CSE le comite sociale et économique. Avec lui nous verrons ce que le télétravail dit du travail. Il rappellera l’importance des collectifs qui se trouvent fragilisés, atomisés par la diffusion du télétravail. On reviendra sur la nécessité de penser les organisations de travail, de réfléchir au rôle des managers, d’interroger ces organisations si pyramidales… nous verrons aussi dans quels paradoxes et contradictions sont prises les organisations syndicales avec la problématique du télétravail.

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