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Billet de blog 14 oct. 2010

Extrait de mon mémoire écrit avec Edouard Zarifian : Le marché des Antidépresseurs

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« l’urgence n’est plus sanitaire mais industrielle »

Le marché des antidépresseurs est très vaste en France mais tout marché est fait pour être augmenté à l’infini dans les limites des contraintes légales.

Et c’est dans cette logique précise que l’Industrie Pharmaceutique va élargir son emprise à travers de nouveaux « concepts », et tabler sur la nouveauté thérapeutique[1].

Mais on peut également se poser la question de savoir quelles sont les limites du sanitaire ?

Quelles sont-elles puisqu’il apparaît clairement que la notion de bien vivre est à présent du ressort des affaires sanitaires ?

L’objectif décrit par les laboratoires est de sans cesse faciliter encore plus cette aspiration commune. Et cela passe par de nouveaux antidépresseurs pas plus performants mais en tous cas beaucoup plus « supportables » et aux indications élargies.

La Commission de transparence se réunit toutes les semaines pour juger du service médical rendu et du taux de remboursement des nouveaux antidépresseurs. Une note qui varie entre 1 et 5 est alors attribuée aux médicaments suivant l’importance du service médical rendu. Dans les Avis de la Commission, il est systématiquement écrit que « les épisodes dépressifs majeurs (…) se caractérisent par une évolution vers un handicap et/ou vers une dégradation de la qualité de vie »[2]. On considère alors que les antidépresseurs répondent à cette nécessité.

Pourtant, on peut se demander si l’Industrie Pharmaceutique répond encore réellement à cette attente (soigner des épisodes dépressifs majeurs c'est-à-dire caractérisés) puisque il est également noté dans ces avis de la commission qu’un antidépresseur de la dernière génération ne va traiter spécifiquement qu’entre 65 et 80% de la dépression dite majeure.

Ce sont des chiffres encore importants, heureusement, mais qui tendent à s’abaisser avec l’extension toujours plus grande des indications des antidépresseurs.

De même peut-on réellement parler de « nouveauté thérapeutique » lorsque l’on sait que la plupart des 300 à 500 nouveautés enregistrées par les laboratoires sont en réalité déjà commercialisées, mais sous une autres forme (injectables etc.) ?

La priorité est-elle toujours de guérir au mieux une pathologie délicate ou d’enregistrer sur le banc des médicaments les plus vendus, des antidépresseurs aux vertus identiques?

S’agit-il alors toujours d’une priorité sanitaire ?

le mot d’ordre est la transparence

Il y a peu, l’Industrie Pharmaceutique pouvait encore pavoiser et était assurée de son utilité publique. Ces derniers temps, les grands laboratoires se sont faits traités d’empoisonneurs, de tricheurs par la presse et par l’opinion publique.

Ainsi, récemment, Outre-Atlantique, le grand groupe pharmaceutique GlaxoSmithKline s’est fait conduire en procès pour dissimulation frauduleuse sur l’antidépresseur Deroxat, par le procureur général de l’Etat de New York Eliott Spitzer[3]. On a su par la suite, que GSK avait payé 2,5 millions de dollars pour faire cesser les poursuites. Peu de temps après, la FDA ( Food and Drugs Association) imposait la célèbre Black Box, comme pour les cigarettes.

Presque simultanément, en Grande Bretagne, l’incident du Paxil (l’équivalent du Deroxat en France) et ses risques suicidaires élevés ont mené à l’interdiction de l’ensemble des antidépresseurs de dernière génération (ISRS) aux moins de 18 ans. La même décision est ensuite prise par le Canada peu de temps après les faits.

Face aux derniers incidents, les laboratoires sont à présent vivement incités à rendre public les résultats de leurs essais cliniques. Les grands groupes pharmaceutiques comme Lilly ou encore GSK ont donc ouvert un nouveau site internet[4] sur lequel tous les résultats sont en principe en ligne.

Cette nouvelle exigence s’inscrit dans une réelle crise de confiance qui s’est installée de plus en plus , et ce depuis cinq ans environ. En effet, les sujets douloureux sont régulièrement repris et mettent en évidence des études discordantes.

Le schéma semble alors le suivant : suites aux problèmes, l’Industrie Pharmaceutique fait souvent le dos rond et parallèlement, les pouvoirs publics qui n’ont pas assez de poids pour réagir, cherchent alors à rassurer l’opinion publique. Philippe Pignarre explique qu’il s’agit là « de la pire des stratégies car l’Industrie Pharmaceutique est obligée de prendre une décision dans la pire des conditions et dans un contexte de suspicion généralisée »[5].

La conséquence de tout cela est qu’il peut y avoir un discrédit total des antidépresseurs qui restent néanmoins des médicaments très importants dans le traitement de la dépression.

Rendre public vise notamment à redonner confiance dans une industrie censée apporter « le mieux-être » et qui est accusé de manière répétitive d’avoir non seulement minimisé les effets secondaires, mais aussi surestimé leur bénéfice.

On peut se demander alors si un tel dispositif permettra de lever l’ensemble des suspicions qui pèsent sur l’Industrie Pharmaceutique.

Ce discrédit ne serait-il pas également le résultat d’un fonctionnement opaque de la santé pour le citoyen ? Il s’agit pourtant d’un domaine qui touche celui-ci au plus près.

Cette opacité est en totale contradiction avec les recommandations d’UPPSALA. Celles-ci émanent d’un groupe de décisions officielles concernant les médicaments, et qui est constitué de pharmacologues de différents pays qui devraient éditer, chacun, des bulletins sur l’efficacité des médicaments et indépendants de l’Industrie Pharmaceutique. L’une des recommandations souligne que l’accès complet aux informations est essentiel pour tous les acteurs de la santé publique, pour que les patients jouent efficacement leur rôle dans l’intérêt général[6].

Il faut souligner que jusqu’à récemment, le Ministère de la Santé n’avait pas accès aux données de la boite privée, le GERS, qui dispose quand même de chiffres importants concernant le domaine de la santé en général ( volume des ventes d’antidépresseurs des laboratoires aux pharmacies etc.)…


[1] Moinyhan, « No disease », The British Médical Journal.

[2] Avis de la Commission de la Transparence du 18 décembre 2002 concernant la demande de renouvellement de l’inscription du Prozac sur la liste des médicaments remboursables aux assurés sociaux.

[3] Cécile Prieur, « Beaucoup d’essais cliniques sont biaisés et mal conçus, voire falsifiés », Le Monde, 21 décembre 2004.

[4] www.lilly.fr; www.gsk.com, etc.

[5] Pignarre, Philippe. Le grand secret de l’Industrie Pharmaceutique, Paris : Editions La Découverte, 2004, 192 p.

[6] Cassou Bernard, Schiff Michel, Qui décide de notre santé ? Le citoyen face aux experts, Paris : Editions Syros, 1998, 324 p.

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