Pierre Robineau

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Billet de blog 26 avril 2017

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PETIT MANUEL DE CAMPAGNE ou quelques principes de rhétorique démagogique et populiste

Quelques principes nécessaires pour bien construire une rhétorique démagogique et populiste par Auguste Flastair dit MONSIEUR

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

  • Donner des solutions simples : jouer avec la paresse de l'interlocuteur, une solution simple paraît plus vraie qu'une solution qui nécessite des explications développées. Faire croire que le complexe est compliqué (« on ne va pas embêter l'auditeur/ téléspectateur avec des questions trop techniques »)
  • Faire appel à l'histoire. Inventer des légendes, la fiction est plus intéressante qu'une réalité dérangeante. Faire parler les morts quitte à les faire voter : un mort ne peut pas remettre en question vos propos.
  • Si on est obligé de changer d'avis, expliquer que cela correspond à une cohérence d'ensemble. Ne pas hésiter à assumer même ses revirements et ses erreurs : la constance apparaîtra comme du caractère et de la volonté.
  • Toujours détourner la conversation, faire des ponts analogiques pour changer de sujet.
  • Donner des chiffres, même fantaisistes. Ils ont force de preuve.
  • Affirmer/affirmer/affirmer que vous dites la vérité : les autres forcément se trompent.
  • Renvoyer l'interlocuteur à ses fiches. Opposer chiffres à chiffres et laisser l'auditeur/ téléspectateur seul juge.
  • Appliquer le principe de vérification, inviter les gens à vérifier : jouer sur le temps, personne ne prend le temps de vérifier, à part quelques journalistes mais on sait bien qu'ils disent n'importe quoi. Un mensonge non vérifié devient facilement une vérité : « le peuple jugera ».
  • Se poser comme celui qui a tout compris, tout prévue, tout annoncé avant les autres « cela fait des années que.. » « ce dont on ne parle jamais » « On n'a pas de leçon à recevoir » « Nous vous l'avions bien dit ».
  • Se présenter comme celui qui parle des vrais problèmes.
  • Utiliser la menace. Le sentiment de revanche : « ça commence à devenir insupportable » « il va falloir que ça change ».
  • Mettre en avant le principe de victimisation (« on nous empêche de parler », « la liberté d'expression est bafouée ») et la figure du traitre (« vous avez trahi le peuple »).
  • Etablir des généralités.
  • S'appuyer sur le jugement du groupe/ faire appel aux autres, « ils voient bien », « eux savent ». S'appuyer sur le bon sens « du peuple ». Utiliser les formules : « c'est une évidence »,  « tout le monde le sait », « personne n'est dupe », « tout le monde le voit ».
  • Construire son propos sur le principe du stéréotype, du vague, du raccourci érigé en réalité absolue. Faire de l'anecdote une vérité générale. N'analyser les problèmes que sous un seul angle, toujours le même, simplifier.
  • Utiliser le principe de la sentence.
  • S'inscrire dans une temporalité de l'éternité, du permanent : il va falloir que ça change pour rester au même endroit ou même mieux pour revenir en arrière (l'avant qui appartenait déjà au « de tout temps », alors que le temps présent est décadent).
  • Faire en sorte que votre interlocuteur ne puisse pas répondre immédiatement ou mettez le au défi de répondre : utiliser alors son silence ou son hésitation comme la preuve que vous avez raison.
  • Dire n'importe quoi mais le dire avec constance.

ET AU FINAL

  • Quand on n'a de solution à aucun problème, faire croire qu'on a réponse à tout.

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