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Billet de blog 20 novembre 2025

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Nous refusons que l’avenir de nos enfants soit sacrifié

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Guerre à la guerre nous refusons que l’avenir de nos enfants soit sacrifié sur l’autel des ambitions militaristes.
Par Augustin VINALS Militant CGT, depuis 50 ans et PCF 40 ans d’engagement.

Il y a des phrases qui ne passent pas. Des phrases qui heurtent quelque chose de fondamental dans la conscience humaine, dans l’histoire de nos luttes, dans ce que notre pays prétend être.
La déclaration prononcée par le général Fabien Mandon lors du 107ᵉ Congrès des maires « accepter de perdre nos enfants » en cas de guerre prochaine avec la Russie est de celles-là.

Je suis militant CGT depuis 50 ans, métallurgiste, formateur, passé par la lutte contre l’amiante, les prud’hommes, les CSE, les combats syndicaux les plus essentiels. Et ce que j’ai entendu dans ces propos ne relève pas d’un simple dérapage.
C’est un déplacement de frontière, un pas de plus vers une banalisation de la guerre dans l’espace public, un conditionnement mental du peuple français à accepter l’hypothèse de la mort comme horizon politique.

Ce n’est pas seulement grave c’est un tournant.

Ceux qui manipulent aujourd’hui les mots manipuleront demain les corps. Et ils commenceront, comme toujours, par les corps des fils et des filles du peuple.

Dans l’histoire, les classes dominantes ne préparent jamais les guerres dans la lumière. Elles préparent d’abord les esprits. Elles tracent l’idée d’un danger imminent, d’un ennemi extérieur qui menacerait nos valeurs , notre mode de vie ,  notre civilisation .
Et lorsque la population doute, refuse, interroge, on agite la seule arme qui marche encore la peur.

Ce que dit ce général, avec sang-froid, devant les maires de France, ce n’est pas une analyse technique, ce n’est pas un rapport stratégique.
C’est un discours d’embrigadement.

Accepter de perdre nos enfants ».
Qui est ce « nous » ?
Ce n’est pas le  nous  du peuple.
Ce n’est pas le «nous  des travailleurs, des retraités, des chômeurs, des étudiants.
Ce n’est pas le «nous »des familles qui galèrent, des infirmiers débordés, des ouvriers qui ne voient plus leurs gosses à cause des horaires coupés, des agents territoriaux épuisés.

Ce nous , c’est celui d’une caste dirigeante qui prépare une économie de guerre, qui banalise des budgets militaires jamais vus depuis 70 ans, qui réarme l’inconscient collectif comme elle réarme ses arsenaux.

Lorsque la plus haute autorité militaire du pays dit publiquement : « Préparez-vous à ce que vos enfants meurent », quelque chose se fracture dans ce qui reste de culture démocratique.Ce n’est pas son rôle.
Ce n’est pas sa place.
Ce n’est pas acceptable.

Les travailleurs n’ont jamais eu à gagner dans les guerres impériales.
Jamais dans l’histoire. Pas en 14-18, où des millions de paysans et d’ouvriers ont été sacrifiés pour l’honneur de monarchies et de bourgeoisies rivales.
Pas en Algérie, où l’armée française fut instrumentalisée pour maintenir un ordre colonial injustifiable.
Pas en Afghanistan, en Irak, en Libye, où les interventions occidentales ont semé le chaos au nom de prétextes mensongers.

Les peuples ne gagnent jamais.
Les multinationales, si.
Les industries d’armement, oui.
Les spéculateurs, évidemment.
Ceux qui font carrière dans la guerre, encore plus.

Ceux qui meurent, par contre, ce sont : les fils des ouvriers, les filles des employés, les jeunes des quartiers populaires, les enfants des petites villes de province, où l’armée recrute toujours davantage.

Ceux qui envoient à la mort n’envoient jamais les leurs.

Un général peut bien dire  nos enfants , mais jamais un enfant de général n’est mort pour défendre les intérêts d’un actionnaire ou les gesticulations diplomatiques d’un président en mal de stature gaullienne.

Je parle ici en tant que militant du PCF, 40 ans d’engagement .
Mais je le dis avec conviction : la question de la paix doit redevenir centrale dans le combat communiste.

Dans son ADN, dans son histoire, dans son héritage moral et politique, le PCF est le parti de la paix. C’est le parti qui a combattu la guerre d’Algérie, qui s’est opposé aux aventures militaires coloniales, qui a bataillé contre l’arme atomique, qui a soutenu les luttes anti-impérialistes partout dans le monde.

Alors oui, il faut le dire clairement : Aujourd’hui, le PCF doit être en première ligne contre la logique de guerre, contre l’OTAN, contre le glissement militariste de la France, contre cette folie qui se répand dans les sphères dirigeantes.

Et il doit le faire avec courage, pas du bout des lèvres.
Pas avec des communiqués timides.
Pas avec des positions opportunistes.

Il doit le faire en rassemblant largement :
les syndicalistes, les militants de la paix, les mouvements écologistes, les associations progressistes, les enseignants, les jeunes, les travailleurs, les victimes de l’amiante, tous ceux qui savent ce qu’est la violence d’État, directe ou indirecte.

Je parle ici comme militant CGT depuis 50 ans.
J’en ai vu des offensives patronales.
J’en ai vu des trahisons politiques, des reculs sociaux, des attaques contre le code du travail, des suppressions de CHSCT, des réformes destructrices de l’hôpital, de la retraite, de l’assurance chômage.

Mais je n’ai jamais vu une chose aussi dangereuse que ce tournant vers l’économie de guerre.

Parce que l’économie de guerre n’est pas une économie d’investissement social.
C’est une économie de destruction des droits, de militarisation des budgets, d’écrasement des dépenses publiques utiles.

Quand un pays se met en ordre de guerre :

  • il ferme des lits d’hôpitaux pour ouvrir des lignes de production d’armement,

  • il réduit les budgets de l’école pour augmenter ceux de la Défense,

  • il sacrifie la culture, la jeunesse, la recherche, pour financer des drones,

  • il restreint les libertés publiques,

  • il criminalise la contestation.

Toute guerre extérieure commence par une guerre intérieure : une guerre contre les droits sociaux.

Il n’y a jamais eu, dans l’histoire, de pays en guerre qui soit resté démocratique.
Jamais.

La phrase « accepter de perdre nos enfants » n’est pas seulement une provocation.
C’est une invitation à la résignation.
C’est un renoncement à la vie.

Ce général parle comme si la guerre était une fatalité.
Comme si la France n’avait plus aucun rôle diplomatique.
Comme si le monde était condamné à s’embraser.

Or c’est faux.
C’est une construction.
Une stratégie.

Depuis des mois, tout concourt à pousser l’opinion vers l’acceptation de la guerre : les discours alarmistes, les budgets militaires démentiels, les prises de position pro-OTAN assumées, les déclarations présidentielles irresponsables, l’absence totale de débat public sur la paix.

Et voici maintenant qu’un général annonce que la mort de nos enfants doit être envisagée comme un destin national.

Je dis NON.
Nous disons NON.
La CGT doit dire NON.
Le PCF doit dire NON.

La France n’est pas condamnée à devenir la première puissance européenne à « accepter de sacrifier sa jeunesse ».
Ce n’est pas cela, la France.
Ce n’est pas cela, notre peuple.
Ce n’est pas cela, notre histoire.

Il existe un mouvement social profond dans ce pays, même s’il est fragmenté : les luttes pour les salaires, les combats contre les réformes des retraites, les mobilisations pour l’hôpital, les actions contre la casse de l’école, les luttes écologistes, les mobilisations pour Gaza, les combats pour la justice sociale, les mobilisations contre les violences policières.

Toutes ces luttes ont un point commun : elles refusent la logique de mort.

Elles refusent que notre société soit dirigée par la brutalité, par la peur, par l’autoritarisme.

Ce que propose ce général, c’est exactement l’inverse c’est la normalisation de la mort comme horizon politique.
La militarisation de la société.
L’acceptation de l’inacceptable.

Nous devons être à la hauteur de ce moment.
Nous devons dire : PAS EN NOTRE NOM.

Aujourd’hui, la seule ligne politique digne du peuple, digne de notre histoire, digne des luttes sociales, c’est : Ce n’est pas un slogan poétique.C’est un programme politique.

Cela veut dire : Refuser toute logique d’escalade militaire. Exiger le retour de la diplomatie. S'opposer à l’OTAN et à ses stratégies de confrontation. Mobiliser l’opinion publique contre les discours de sacrifice. Dénoncer les budgets militaires obscènes. Défendre chaque euro investi dans la santé, l’école, les retraites, les services publics. Refuser d’habituation psychologique à la mort. Créer des fronts larges, unitaires, populaires.

Cela veut dire rappeler une vérité simple :  la paix n’est pas un luxe. La paix n’est pas un idéal. La paix est une nécessité vitale.

Je termine avec cette conviction profonde, forgée dans cinq décennies de militantisme CGT, dans les ateliers, dans les luttes, devant les prud’hommes, auprès des victimes de l’amiante, dans les combats pour la santé au travail, dans les formations, dans les mobilisations sociales :

Nous n’avons qu’une seule dette envers nos enfants : leur transmettre un monde où la paix est possible.

Et cette paix ne tombera pas du ciel. Il faudra la défendre. L’arracher. La construire.

Face aux discours de guerre, nous devons opposer la force des travailleurs.
Face aux généraux qui préparent la mort, nous devons opposer les syndicats qui défendent la vie.
Face aux dirigeants qui fantasment la guerre, nous devons opposer un mouvement populaire qui réclame la paix.

Car au bout du compte, l’histoire tranchera entre deux projets de société : celui de la guerre, du sacrifice, de la destruction et celui de la paix, du progrès social, de la dignité humaine.

Guerre à la guerre nous refusons que l’avenir de nos enfants soit sacrifié sur l’autel des ambitions militaristes.

Retraité de la Métallurgie Militant CGT depuis 50 ans et PCF 40 ans d’engagement.

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.