Amiante : des décennies de silence, des victimes abandonnées dans la Loire
« Les gouvernements successifs ont fermé les yeux sur l’exposition des travailleurs à l’amiante. Aujourd’hui, des victimes de cancers rares restent sans reconnaissance ni indemnisation, victimes d’une injustice institutionnelle prolongée. »
Augustin VINALS, Président du CAPER AMP 42 LOIRE
Une tragédie industrielle oubliée
Dans la Loire, comme dans de nombreux bassins industriels français, des générations de salariés ont travaillé au contact de l’amiante, matériau cancérogène reconnu depuis les années 1970. Dans les entreprises de métallurgie, de mécanique, de traitement thermique ou de maintenance industrielle, l’exposition a été massive et prolongée. Pourtant, malgré l’interdiction de l’amiante il y a plus de 25 ans, les conséquences sanitaires continuent de frapper, souvent sous la forme de cancers rares et invalidants.
Ces pathologies ne figurant pas dans les tableaux officiels de maladies professionnelles, les victimes se heurtent à un mur administratif, laissant certaines personnes sans réparation et sans soutien, même lorsqu’elles ont travaillé toute leur vie dans des conditions d’exposition évidentes.
Une victime exemplaire, symbole des oublis de l’État
Notre association accompagne aujourd’hui une victime ayant exercé près de 30 ans comme conducteur de four, poste fortement exposant aux fibres d’amiante, dans plusieurs entreprises industrielles locales :
⇒ ROCKWELL SVI, Saint-Étienne (5 ans)
⇒ SOME CAB – traitement thermique, Beauzac (8 ans)
⇒ SRL THERMI LOIRE, Andrézieux-Bouthéon (11 ans)
⇒ SA SOMA EUROPE TRANSMISSIONS (5 ans)
« Malgré une exposition professionnelle avérée, prolongée et documentée, cette personne atteint aujourd’hui d’un cancer rare s’est heurtée à des refus répétés de reconnaissance et d’indemnisation. »
Ces refus proviennent de la CPAM, des Comités régionaux de reconnaissance des maladies professionnelles (CRRMP) et du FIVA, et reposent sur un critère de “lien direct et essentiel” quasi impossible à démontrer pour les cancers rares, faute de grandes études épidémiologiques.
Une rupture d’égalité flagrante
Cette situation démontre une injustice systémique : certains salariés victimes de cancers classiques sont reconnus, tandis que d’autres, touchés par des pathologies rares mais directement liées à l’exposition à l’amiante, restent invisibles pour la République.
« Pendant des décennies, l’État a privilégié les intérêts financiers et industriels à la santé des travailleurs. Aujourd’hui encore, ces mêmes administrations refusent la réparation aux victimes, perpétuant une injustice historique. »
Dans la Loire, ces cancers rares représentent le front invisible du scandale de l’amiante, là où les gouvernements ont fait preuve d’inaction répétée, laissant des hommes et des femmes malades et sans soutien.
Appel au Parlement et aux élus locaux
Il est temps que les parlementaires et les élus locaux prennent leurs responsabilités. Nous demandons :
Évolution des critères de reconnaissance hors tableau, pour inclure tous les cancers rares liés à l’amiante.
Réforme du fonctionnement des CRRMP, pour qu’ils cessent d’être des obstacles bureaucratiques à la reconnaissance des victimes.
Adaptation des critères d’indemnisation du FIVA, afin que les victimes puissent réellement bénéficier d’une réparation équitable.
Mise en place d’un principe de présomption d’imputabilité, dès qu’une exposition professionnelle à l’amiante est avérée.
« La justice sociale, la santé publique et le respect dû aux travailleurs exigent des réponses immédiates. Les victimes de l’amiante, quelles que soient la rareté ou la gravité de leur maladie, méritent reconnaissance, indemnisation et dignité. »
Justice et mémoire
Au-delà de l’indemnisation individuelle, il s’agit de reconnaître la responsabilité de l’État et de garantir que de telles tragédies industrielles ne restent pas invisibles. Chaque victime ignorée est un rappel de l’inaction passée et un appel à une mobilisation citoyenne et parlementaire urgente.
Les gouvernements successifs ne peuvent plus se dérober : le scandale de l’amiante n’est pas clos tant que chaque victime n’aura pas été reconnue et indemnisée. La Loire, ses bassins industriels et ses travailleurs méritent justice.
Augustin VINALS
Président du CAPER AMP 42 LOIRE
Engagé pour la santé au travail et la défense des victimes de l’amiante et des maladies dues au travail