Le divin et les nouvelles technologies

Alors que les religions traditionnelles prônaient des valeurs, la religion numérique tente d'uniformiser les hommes et ne fait pas de distinction entre les croyants et les non-croyants. Elle ne les rend pas égaux, elle les met en compétition. Les réponses existentielles que l’on nous promet ont des chances d’être résolues mais pour combien de temps, quelles seront les prochaines questions ?

L’homme, depuis l’arrivée des nouvelles technologies, a changé ses rapports au monde, ses rapports aux autres et surtout à lui-même. Non seulement un renversement d’ordre hiérarchique est apparu, nous sommes passés d’une société dominée par le religieux, à une société dite laïque qui accorde sa confiance en la science et en la technologie. Mais surtout, les occidentaux ont fait de cette technologie l’élément essentiel qui dirige leurs vies, leurs principes, et leurs convictions. Ce qui a mené à une modification des croyances et des projections futuristes que l’homme prométhéen se fait de lui. Si nous pouvons constater un engouement certain des utilisateurs à ces technologies révolutionnaires, nous pouvons néanmoins nous demander d’où vient l’origine de cette fascination, cette dévotion de l’homme à s’émanciper des divinités traditionnelles, et pourtant d’en recréer une autre sous un aspect différent : à la fois plus malléable, plus présente, lui donnant plus de pouvoirs et de puissance. Si la principale question est de savoir si nouvelles technologies ont des attraits divins, nous allons d’abord débuter un court parallèle entre un mythe déiste et la place prise par le numérique dans la société contemporaine.

 La comparaison n’est autre que celle du Veau d’or, édifié par les Israélites. Lorsque Moïse, durant sa période d’Exode, partit pendant quarante jours et quarante nuits sur la Montagne du Mont Sinaï, laissant le peuple hébreu sans Dieu, ni guide, ni repère, l’impatience et la précipitation du peuple, à retrouver une idole exclusive à adorer, donnèrent naissance à un Veau en métal fondu, devant lequel, une fois créé, tous les Israélites se prosternèrent. Une idole erronée, encornée, qui déclencha la colère dévastatrice de Moïse au moment où il redescendit de la Montagne. La statue fut détruite et trois milles hommes moururent ce jour-là (…).

Ce court récit trouve un écho dans notre époque contemporaine, capitaliste et technophile. Les hommes, en particulier d’Occident, individualistes, livrés comme les Israélites eux aussi à eux-mêmes, dans un monde devenu insipide et dangereux, croient de moins en moins en un dieu. Nous pouvons supposer que cela s’accentua le 9 décembre 1905 lorsque la France s’est séparée des Églises et s’est transformée en « État laïque »[1]. Dès lors, la République a décidé de ne plus reconnaître, ni même de subventionner aucun culte. L’importance de la laïcité a emparé l’ensemble de l’espace médiatique, des principes éducatifs et la néo-vision contemporaine que l’homme soutient. Pour autant, le besoin humain de croire n’a pas disparu. Dorénavant, les hommes transposent ce besoin dans leur nouveau dogme qui est celui de la science, appelé le positivisme, et historiquement a introduit la science comme le remplacement divin. En s’éloignant de la foi, délaissant les dogmes religieux, pour stabiliser leur peur commune, celle de la mort, ils accordent leur confiance à des outils techniques et scientifiques. Les croyants de jadis sont, de nos jours, massivement plus captivés par leur smartphone, en adoration devant leurs publications et enchantés par les paroles de Google, Facebook, Microsoft et celle d’autres entreprises, que secrètement liés à l’écoute et la recherche du divin. Peut-être, parce que les hommes attendaient et attendent toujours des réponses à des questions métaphysiques à propos du sens de la vie et de la mort, que le spirituel et le divin religieux n’ont pas réussi à apporter dans notre société moderne.

Car nous pouvons l’affirmer nous cherchons tous des moyens de pallier la mort et simultanément d’expliquer, de la manière la plus rationnelle qui soit, le but de nos naissances. Auquel cas, cela signifierait que la science, la technique, mais plus précisément les nouvelles technologies se traduiraient en tant que nouvelle idole des hommes et pourraient être considérées comme le Veau d’or des temps modernes. Non pas par le fait de justifier l’existence d’un quelconque Dieu religieux, mais plutôt dans le sens de l’accoutumance de l’homme, à s’attacher à des dogmes supérieurs à lui, en tentant de se raccrocher à ce qu’il comprend ou ce qu’il croit comprendre, à ce qui le rassure. À ce jour, il se tourne vers ces nouvelles techniques algo-rythmées, qui auraient la faculté, peut-être, de lui expliquer ses craintes et le sauver de sa propre condition. Deçà, nous nous demandons si les nouvelles technologies peuvent prendre l’apparence ou non d’un Messie ou d’un Dieu, et si elles traduisent ou pas l’ultime alliance de l’homme et du divin que nous attendions tous. Car la survie de l’homme arrive au terme où elle dépend de cette essence électronique et prédomine ses attaches dans un monde devenu algorithme, pragmatique et contrôlé. Nous comprendrons la place que tient le digital aujourd’hui et les pouvoirs qu’il donne à chacun d’entre nous. Nous nous demanderons aussi si le divin n’a pas déjà sa place au plus profond de chaque homme, mais qu’avec cette prédominance technique il est enclin à disparaître.

Seulement l’homme, cet accro au pouvoir, aux conquêtes et à son besoin de contrôler sa vie, pourrait se propulser lui-même au rang de divinité dont il n’aurait pas encore la conscience, tout en faisant partie d’une nouvelle religion, où on lui ferait croire qu’il en est le centre.  Les technologies pourraient être beaucoup plus qu’une simple idole ou Messie de providence car, si l’homme arrive à se transcender lui-même au travers de la machine, en fusionnant avec elle pour contrer l’éternel trépas, il deviendrait alors un Deus ex Machina aussi effroyable et admirable que cela puisse paraître. L’homme pourrait alors prétendre à un statut aussi divin que Dieu, voire davantage. Tout particulièrement avec le marché de l’immortalité qui commence à remuer les pensées, les plus grands scientifiques et technophiles des temps modernes cherchent maintenant à dépasser l’archétype du génome humain pour bientôt peut-être, créer une nouvelle espèce augmentée, voire hybride dont les visages ne nous seront pas si inconnus.

 

DES HOMMES, UNE DIVINITÉ 

Pour donner un sens à sa vie, l’homme a remué ciel, terre et mer, en vain, cherché mille explications autant rationnelles qu’irrationnelles pour comprendre la finalité de son existence. Car le sens de la vie, est une des questions parmi les plus pionnières de la conscience humaine, la principale de l’identité : qui sommes-nous, mais aussi qu’est-ce que nous devons accomplir, qu’est ce qui est bien et qu’est ce qui est mal, sont des interrogations qui ont façonné les plus grandes idéologies de pensée et pourtant, encore au XXIe siècle, les réponses ne nous sont pas encore parvenues. Plusieurs siècles durant, c’est à travers les religions que l’homme s’est construit une ligne de conduite : par le biais des textes écrits à l’encre des prophètes et des conformistes religieux. In fine, la Bible a incliné sa parole et son sens de la vie pour nombre de nos ancêtres.

Seulement nous devons rappeler dans cette première partie que la religion ne prône pas forcément l’existence divine, c’est d’abord une construction sociale qui va donner droit à la présence du surhumain tout en justifiant la « structure sociale de l’homme »[2]. La religion se définit comme un mécanisme de personnes qui se trouvent dedans comparé à ceux qui sont dehors. C’est en somme un système globale d’explication du monde établit par des liens. Son étymologie provient du mot « religere »[3], de « legere »[4], qui signifie rassembler, mais aussi de « religare »[5] qui se traduit par « lier, relier »[6]. La religion établit des liens entre un groupe de personnes, en faisant quelque chose qui n’est pas naturel pour appartenir au groupe. N’oublions pas que la religion est le fruit d’une création humaine, et non l’agencement systémique des Dieux. Malgré le dévouement certain des hommes à cette doctrine, au travers de rituels, de sacrifices, d’offrandes, mais aussi comme nous pouvons le voir par les constructions splendides édifiées puis dédiées aux différents Dieux, à l’instar des peuples Incas, Égyptiens, Grecs, Romains, des plus grands Rois de France, personne n’a assez fournit d’éléments factuels pour plaider une trace légitimée de l’être Dieu. Nous restons donc dans l’ignorance de qui a créé Dieu, et nous ne savons pas quand ou comment cela se saura. Il est important de le souligner cette différence car nous associons trop souvent, et par erreur, la religion au divin et vice versa. En définitive, la religion met à l’abri l’ordre social et tente d’organiser la communauté au travers de valeurs symboliques, et donc tournée vers la proclamation de déité. Comme nous pouvons le remarquer dans la religion chrétienne, celle-ci qui promeut aux hommes de s’accepter en dépit de leurs différences, dans le sentiment de l’amour et de la compassion. Le christianisme appelle à des qualités humaines telles que le don de soi, la vertu, le partage, l’ouverture aux autres, c’est une construction sociale intrinsèque qui s’en découle. La différence avec le divin est que celui-ci prend racine dans la perfection, une sorte d’extase infiniment supérieure, un absolu que nous hommes n’avons pas encore atteint. De ce fait, l’homme a imaginé un Dieu, pour justement expliquer et rationnaliser sa présence sur terre, combler ses imperfections en se réfugiant dans les versets religieux pour ne pas errer, resté livré en solitaire dans un monde chaotique où il est la seule des espèces, l’unique, à ne pas être doté d’un instinct de survie animal mais d’une conscience qui l’a péniblement grandi. En tous cas en notre présent, cet instinct, un jour s’il eut existé chez les homos sapiens a entièrement disparu.

 

UNE FORME DE RELIGION NUMÉRISÉE

Si la religion est une construction sociale propre à l’homme, et qu’elle les lie, elle les rassemble entre eux, alors son caractère pourrait s’appliquer à de nombreux concept post-moderne. En partant du constat qu’un grand nombre d’individu aujourd’hui utilisent des outils numériques en France, dans l’Union Européenne, partout dans le monde, nous nous demandons quelles sont les caractéristiques qui détermineraient si le numérique est une forme de religion à part entière et si un étroit lien au divin pourraient s’avérer. À ce jour, nous ne comptons pas moins de « 4,05 milliards » [7] d’internautes dans le monde, selon une étude réalisée par Word Stats en 2017, contre « 1,284 milliards de catholiques »[8] ; alors qu’en 2008, nous comptions à peine « 1,57 milliards »[9] d’internautes. Nous constatons donc qu’il y a davantage de gens connectés que de personnes qui pratiquent la foi. Ces chiffres nous permettent en partie d’appuyer l’idée que oui, les nouvelles technologies s’apparentent comme une religion ou du moins comme un élan de composition sociologique majeure. Cette augmentation équivoque a fait de l’homme digital un vrai phénomène de société. Plus de la moitié de la population mondiale qui compte au total plus de « 7,5 milliards »[10] d’humains en 2018 selon Population City aurait l’habitude, ou du moins, déjà utilisée des gadgets numériques. Ce nombre n’est pas à prendre à la légère, car le numérique est devenu au travers des nouvelles technologies le moyen de se donner existence, de communiquer, de s’informer, en claire, de faire partie de ce Nouveau Monde que nous sommes en train de créer. Nous pouvons donc avancer que le dogme est largement légitimé auprès d’une masse incontestable d’individus intergénérationnels.

Pour continuer, alors qu’avant les hommes se rendaient dans les églises pour s’éduquer, aujourd’hui le moteur de recherche googlien est devenu un prêtre-savant à lui tout seul ! Et ce n’est pas tout, Google est bien plus que ça, il est notre compagnon de route, la réponse à nos problèmes, il est une sorte de gardien, notre ange gardien ? Ou un démon malin ?

Un journaliste de Médiapart, ToumToum, préfère étant donné son pseudo, rester dans l’anonymat de la toile néanmoins, il s’interroge lui aussi sur la place que tient Google aujourd’hui et il conjoint les caractéristiques d’un Dieu à celle du moteur de recherche :

 

« Lorsque l’on interagit avec Google, on croit en son pouvoir, son pouvoir de répondre à nos demandes de façon précise, rapide et concrète. Où que l’on soit, Google est toujours là, sur nos ordinateurs, sur nos téléphones, dans nos montres, il répond toujours à nos sollicitations ; il est omniscient et omnipotent »[11]

 

Ça ne nous rappelle pas la première partie ? Deux des caractéristiques propres au Dieu de la Bible. Ne passons pas à côté du fait que des structures comme Google, Microsoft, sont des entités impalpables tout comme Dieu pour nous les humains. Alors que le prêtre physiquement était et est toujours devant nous, nous avons la conscience physique de lui, et donc la certitude qu’il est là. Nous pouvons percevoir son humanité dans son regard, par le son de sa voix, nous pouvons percevoir ce même regard et cette même voix chez un salarié de Google, mais qu’en est-il de l’entité pour qui ce salarié travail ? Est-ce qu’il a déjà vu Google sous une forme humaine dont nous utilisateurs n’avons pas la possibilité de connaître ?  Pour autant, nous avons conscience d’utiliser Google, nous pouvons même interagir avec la Google Home ou la Voice de notre smartphone mais il reste une entité imaginaire, imagée par un logo. Google est-il juste un outil, un simple moyen, ou une fin en soi qui aurait surpassé le pilier central qu’était Dieu ? 

 

« Il va sans dire que les dieux ne dirigeaient pas réellement leurs affaires, pour la simple et bonne raison qu’ils n’existaient que dans l’imagination des hommes. Les activités au jour le jour était gérées par les prêtres du temple (tout comme Google et Microsoft ont des hommes de chair et d’os pour gérer leur affaires). »[12]

 

 Deuxième exemple qui prouve non seulement que Google nous accompagne, mais qu’en plus il devient la référence à nos égarements : si nous cherchons notre chemin, nous allons taper notre itinéraire sur le GPS mobile au lieu de demander aux habitants même de la ville quelle route emprunter. Nous n’entamons un dialogue qu’avec notre machine, en réfutant, redoutant peut-être, cette idée de vivre par soi-même cet inconnu. Alain Damasio, remet très bien en question ce deuxième exemple lors d’une conférence de TedxParis, cette façon que nous avons de déléguer « au GPS le pouvoir de nous guider »[13], qui peut-être nous ferait perdre la capacité de nous orienter par nous-même, ne laissant plus la ville « monter »[14] en nous, tout en la faisant « exister en chair et en volume »[15]. Nous aplatissons la grandeur de la ville par une image numérique qui oui, nous montrera le chemin, et probablement le chemin le plus rapide, celui qui nous emmènera directement à notre arrivée, mais quelle jouissance à arriver sans se perdre, sans par soi-même réussir où l’on pensait échouer ?

Les hommes occidentaux ont de moins en moins la patience d’apprécier le temps, de se perdre, de se tromper, le proverbe l’erreur est humaine ne tient plus vraiment sa place au XXIe siècle, où les tendances à la perfection, le dépassement de soi, sont les nouvelles causes du genre humain. Finalement l’homme s’enferme dans une mécanique qui certes, lui donne de la puissance et une forme de connaissance, mais jusqu’où cette liaison va-t-elle mener ? Car intimement et inévitablement nous sommes rattachés à ces nouvelles technologies, elles sont notre nouveau guide, notre repère, notre Messie pour survivre dans un monde où tout se numérise, où tout devient plus rapide, difficile, éphémère, instantané, réactionnaire, déstabilisé, entre les multiples castes sociales. Nous pourrions aussi penser que notre fil d’actualité Facebook est un repère sur lequel on se réfère pour se tenir informé de ce que font nos amis, des dernières informations médiatiques, des soirées pour la semaine prochaine. Et que lorsque nous sommes éloignés ou coupés de ce fil repère, nous ressentons ce manque, cette carence qui nous ronge. Nous sommes sur le bas-côté, nous ne sommes plus in. Mais la technologie n’a pas de soucis à se faire car elle, sera toujours la tendance. D’autres exemple encore nous le prouvent, un nombre toujours en augmentation d’individus vont favoriser le média online, « +29,5% »[16] de fréquentation et « 43,2% »[17] de ventes digitales, selon un article d’Europe 1 paru début 2018, contre une baisse de « 3,1% »[18] en 2017 pour la presse écrite qui, depuis l’arrivée des smartphones, ne cesse de chuter chaque année sur le même taux environ. Les similitudes sont les mêmes si nous comparons les livres électroniques des livres papiers. Et encore cet exemple, pour nous humains, Google est la nouvelle référence de la vérité, Google aurait-il une nouvelle forme de vérité absolue ? Puisque des milliers de personnes se réfèrent au moteur de recherche pour trouver des informations sur les innombrables données qu’il contient, alors détient-il une connaissance plus certifiée que celle de Dieu ? Nous pouvons même trouver des Églises, le Vatican sur internet et sur les réseaux sociaux aussi, ces derniers perdent-ils leur sacralité à être eux-aussi référencés ?  C’est indéniable nous privilégions les recherches de définition, les textes référencés sur le moteur de recherche plutôt que dans les livres et les dictionnaires à vocation universelle et reconnue. Alors que la toile, comme nous l’avons constaté dans l’ère de la post-vérité, est un nid de tissus et de mensonges dont nous n’arrivons plus à déceler le sens réel et la véracité. Nous pouvons nous demander si Google n’est-il pas une fake news à lui seul ? Si le numérique donc nous dirige, nous assiste au quotidien, comme un aide-soignant qui ne réclame ni vacances, ni congés payés, la religion numérique se transpose par des formes beaucoup plus divines.

Les GAFAM, (Google – Amazon – Facebook - Apple - Microsoft), qui font parties des entreprises les plus admirées au monde, ont plusieurs fois été comparé au PIB de certains pays comme étant plus riches et notamment plus puissantes que certains d’entre eux. Mais ce n’est pas tout, les GAFAM sont à la base de nos vies, ces entreprises connaissent nos relations par les messages que nous envoyons, elles connaissent nos désirs, nos pensées lorsque nous écrivons des idées sur les notes de nos téléphones. Elles connaissent nos questionnements, nos recherches, nos convictions politiques, selon ce que l’on va taper dans le moteur de Google. Facebook connait nos amis, nos ressentis et émotions, d’autant plus depuis l’instauration des émojis émotionnels : les boutons j’adore, je suis triste, je suis en colère. La large gamme d’émojis censés traduire nos émotions lorsque nous les envoyons ne sont-elles pas une supercherie digitale ? Lorsque nous envoyons un émoji en colère, sommes-nous vraiment dans un état coléreux en plein métro parisien ? Nous pourrions penser à l’étrangeté de cette manière outrancière dont nous utilisons ces émojis alors que notre visage derrière notre smartphone reste de marbre. Ces récentes mais divines entreprises ont aussi connaissance de ce que l’on achète, ou par exemple des objets, vêtements que l’on regarde sans acheter, et dès le lendemain l’algorithme nous retargate. Nous pourrions presque considérer les communicants, les marqueteurs et tout particulièrement les codeurs qui pratiquent les algorithmes en génie, comme les nouveaux prophètes de ces nouveaux Dieux. Car au travers de leurs plans de communication, de leurs brainstormings et de leurs lignes codées, pour faire vendre, acheter, aimer, ils se rallient immanquablement à la voix des Puissants, sous leur dictat. Jésus promulguait les valeurs de la religion à ses disciples et à son peuple, tandis que certains métiers actuels ont cette même finalité prophétique : convertir des individus, en les satisfaisants, les rassurants, et surtout en restant toujours près d’eux. Seulement le paradoxe dans ce formatage digitalisé est que certains de ces créateurs d’innovation, tel le créateur de l’emblématique bouton j’aime de Facebook, ont aujourd’hui des remords de leur Galatée, ils n’en sont plus amoureux et se sentent complètement dépasser par elle, n’hésitant pas à qualifier le réseau social Facebook de « merde »[19]. Ne savaient-ils pas ce qu’ils allaient engendrer ? Leurs remords suffiront-ils à faire prendre conscience aux individus le vrai problème de la technologie ? Quant à James William, un ancien salarié de Google haut placé, continue en insistant dans l’article d’Usbek & Rica en disant que l’industrialisation technique « est la plus importante, la plus standardisée, et la plus centralisée des formes de contrôle de l’attention humaine »[20].

L’attention VS l’intention, un grand drame contemporain, car l’homme ne va plus faire de choix, il délègue à la technologie sa prise de décision. L’homme entre donc dans de nouveaux rituels, au travers de nouveaux cultes : le culte de la vitesse, du fait que la rapidité du temps, nous donne la sensation de devoir aller aussi vite que lui, afin de pouvoir réaliser tout ce que nous envisagions, nous essayons de dépasser le temps qui s’écoule, car il nous ramène sans cesse à ce que l’homme perçoit comme un châtiment : la mort. Nous sommes entrés dans une « dictature de l’urgence »[21] selon le directeur général de la Fondation Jean Jaurès qui pose un terme à cette dystopie sociétale. Il y a aussi le culte de l’instant : les hommes n’arrivent plus à se projeter dans le futur et le passé, ils sont soumis à l’instantanéité du présent uniquement. Le culte de la suractivité, qui pousse l’homme à faire plusieurs choses à la fois, autrement dit, ne jamais avoir une réelle conscience de ce qu’il fait, l’homme est saturé, en plus d’être dans le doute de mal faire ces choses et de devoir soit, les recommencer, soit se perdre en court de projet, il ne rentre plus dans la profondeur de ses pensées. L’homme sait faire plein de choses mais de manière superficielle, l’apparence lui suffit. Viens aussi le culte de soi, le culte du corps, et de la perfection, des mécaniques qui doivent délivrer une performance et un plaisir inconditionné pour sa propre personne, on retrouve notamment ces cultes chez les Grecs et chez les Nazis au travers de la race aryenne qui partait du principe que les cheveux blonds et les yeux bleus sont une race supérieure, presque descendante des dieux.

Les marques et les réseaux sociaux jouent énormément sur l’hubris de l’homme, le poussant à devenir égotique, s’aimer plus qu’aimer les autres. Transformer son corps, son apparence en changeant de couleur de cheveux, en se tatouant, en devenant bodybuildé, en appliquant des crèmes pour ne pas vieillir. Snapchat est une preuve de cet égocentrisme, ce réseau social qui détrône Facebook auprès des jeunes générations n’est autre qu’une plateforme, certes de partage, mais sous une certaine forme de voyeurisme où les jeunes publient leur vie en regardant celle des autres, en ne savourant jamais l’endroit où ils sont physiquement présents. Une sorte de jeu binaire du m’as-tu vu ?. Peut-on parler de « narcissisme aigu »[22] ? ou d’un « égoïsme surdimensionné »[23] ? 

L’homme au travers des réseaux sociaux se créé des avatars, ces derniers qui sont une projection de qui il est, ou de ce qu’il croit, de ce qu’il veut être. À la création d’un avatar, il peut devenir n’importe qui, avoir dix avatars sur dix réseaux différents, ne publier jamais les mêmes contenus sur chacun d’entre eux, il devient un être aux mille visages. Deçà nous pouvons nous demander si l’homme ne perd pas la nature propre de son identité, à force de se reconstruire chaque jour une pluralité d’avatars différents. Ce qui marque surtout dans le numérique, c’est cette normalisation des comportements. La singularité n’a plus vraiment l’air de se différencier, d’être unique, elle n’est plus de l’ordre de la complémentarité, car tout le monde à les mêmes comportements, les mêmes rituels quotidiens, tout le monde regarde les mêmes vidéos (lorsque certaines atteignent des milliards de vue en une seule journée), tout le monde écoute les mêmes musiques, achète les mêmes marques de vêtements, mange les mêmes choses. C’est comme si, du moins pour les occidentaux, nous ne faisions plus qu’un, une seule entité et pourtant 7 milliards d’individus. Nous pourrions aussi appuyer cette théorie en considérant qu’il existe des sous-religions à cette immense religion qu’est le numérique. Quand on s’aperçoit qu’Enjoy Phoenix ou Kim Kardashian ont une communauté plus étendue que l’intérêt du public à se tourner vers autrui ou à la connaissance de soi, nous nous demandons si le digital n’a pas complètement désamorti la capacité de réflexion humaine. Nous public qui préfèrons se livrer aux jeux addictifs comme Candy Crush ou sanctifier nos images-visages par des filtres Instagram de joie.

Nous pouvons aussi continuer sur l’idée que les hommes ont souvent fait des sacrifices pour ces entreprises. Apple compte environ « un milliard »[24], surement plus à l’heure actuelle, de gens qui ont l’IPhone. La démocratisation est impressionnante, mais combien de personnes n’avaient pas les moyens suffisants pour s’en procurer un et ont dû peut-être moins manger, se restreindre sur les éléments primaires de la vie pour faire partie de cette communauté numérique ? Ne pas avoir un smartphone aujourd’hui peu vite catégoriser l’individu, ou s’il est technophobe, comme étant marginal, opposé à la rotation circulaire qu’emprunte des milliers d’autres individus, entrant dans le moule. Mais ce n’est pas tout, nous pourrions clairement penser que nous faisons des offrandes à ces entités impalpables comme le faisaient les croyants envers leurs anciens Dieux. Ces derniers offraient ce qu’ils avaient de plus précieux aux Dieux, leur plus beau bétail, de la nourriture, même Agamemnon sacrifia sa propre fille Iphigénie pour avoir les vents nécessaires et aller conquérir la ville de Troie. Alors nous, nous n’offrons rien de physique, de matériel, nous n’allons pas tuer notre enfant pour s’inscrire sur Facebook mais finalement, ne sommes-nous pas dans une démarche similaire ? Car nous humains, ce que nous offrons, c’est quelque chose d’encore plus précieux : notre identité. Nous leur léguons sans crainte nos pensées, nos désirs dès que nous entamons une démarche de connexion. N’est-ce pas profaner notre personne ? Ne pouvons-nous pas considérer cet acte comme l’offrande divine du XXIe siècle ? Est-ce que la finalité sera aussi sécurisante que celle promise par les Dieux à leurs disciples ? Ou vendons-nous nos âmes aux Diables ?

Nous formulions cette théorie que le numérique s’apparente comme une religion, nous pouvons donc le constater par les nouvelles règles, les codes, les cultes, les sacrifices, les offrandes et la ligne de conduite à laquelle nous nous formatons. Marc Alizar a notamment écrit un livre, intitulé « Informatique Céleste », où il nous certifie que nous ne devrions pas ou plus avoir peur des machines, qu’elles sont la future « voie de notre salut »[25]. Il assure que la machine est un modèle propre à l’humain, basée sur le même schéma : des algorithmes. « L’homme réinvente sans cesse ce qu’il est par la technologie »[26],  mais est ce que cette extension de nous-même, qui répond à nos désirs et répond à nos commandements au « doigt et à l’œil »[27], ne nous fait-elle pas perdre notre puissance humaine ? Habitons-nous encore vraiment ce monde réel alors que nos esprits vivent dans cette virtualité parallèle ? Alizart, ce philosophe et écrivain français, va jusqu’à parler d’« ontologie du digital »[28], une sorte de philosophie de l’être, « une seconde nature »[29], qui serait en outre davantage similaire à nos organes qu’à des pièces de métal huileuses. Et nous pouvons appuyer sa théorie que nous nous réinventons à travers la technologie par les réseaux sociaux, car nous croyons donner du sens à notre vie par les photos, les contenus que nous publions, les interactions virtuelles que nous créons avec notre entourage.

 Nous lâchons prise lorsque nous utilisons l’internet, nous nous évadons dans un monde qui existe par ce qu’on lui donne ce regard d’existence, sinon il n’en serait rien. Petit à petit, nous avons gagné la maîtrise du monde puis peu à peu de nous-même, c’est ce que les hommes s’imaginent selon Alain Damasio, alors que Roland Gori psychanalyste oppose cette idée. Pour lui, notre penchant extrême aux technologies marque la solitude ancrée des hommes, cachant une rupture profonde du rapport au Moi et au Soi, pour faire partie de « la puissance de calcul du Sytème »[30]. Et que le rêve, l’utopie, la littérature, la parole, nous dit-il, sont dévalués au regret des nombres et de la mécanique. Yuval Noah Harari confronte lui aussi l’idée d’une puissance divine du numérique :

 

« Notre siècle est en proie d’inventer des fictions nettement supérieures et « des religions plus totalitaires qu’à aucune autre époque ».[31]

 

Car si nous remettons à la juste place ces entreprises, leur but est de capitaliser des gains, alors nous pouvons réfléchir sur, est-ce-que les hommes sont en train d’entrer dans un « processus de divinisation »[32] de ces entreprises, où le capital reste leur première et peut-être leur seule motivation d’exister ? Est-ce qu’à travers le numérique, et l’intelligence artificielle qui commence à croître, un « Godbot »[33] pourrait bientôt voir le jour ?

 

L'ALGORITHME PLUS PUISSANT QUE DIEU ? 

Nous venons de déceler les caractéristiques qui font de la religion numérique une puissance moderne redoutable. Elle fidélise le plus grand nombre tandis que d’autres continuent de s’en insurger. Elle a ses rites, ses cultes, ses sacrifices, mais qui est à l’origine de ces nouvelles façons d’agir ? Nous allons donc maintenant essayer de savoir si l’algorithme peut caractériser sa puissance comme supérieure, comme prophétique, et s’il est le moteur de ces orientations humaines en produisant de plus grands effets que ceux de Dieu. Nous savons d’ores et déjà que l’algorithme a dépassé l’homme sur ces capacités physiques mais aussi intellectuelles. Lorsque le programme Deep Mind de Google, AlphaGo, remporta la manche contre le plus grand joueur de jeu mondial de go, alors nous avons dans un sens, compris que l’homme est plus faillible qu’une machine et que finalement ses capacités se limitent dans le temps, dans l’espace, mais surtout par sa condition. Des prouesses encore récentes nous apprennent que cette machine, n’a même plus besoin de connaître les règles du jeu de go pour pouvoir gagner. Alors que l’homme a besoin d’apprendre, de comprendre pour ensuite appliquer. Et que cette machine, peut décupler des pouvoirs que nous n’avons pas, du moins pas encore. Si l’humain n’a pas la puissance de dépasser l’algorithme qu’en est-il de Dieu ?

Pour Yuval Noah Harari, « le concept d’algorithme (…), est de plus loin le plus important de notre monde »[34]. Pour lui, les organismes vivants, les animaux, les humains sont des constructions algorithmiques. Il avance aussi l’idée, que l’algorithme ne prend pas de mauvaises décisions au contraire, il choisit celles qui sont justes. Alors que l’homme en plus d’être coûteux pour son économie n’est pas un être fiable, il a des failles intellectuelles, et reste un individu limité dans ses pensées, et dans ses actions, l’homme est irresponsable, grotesque, d’une arrogance sans pitié sur sa liberté.

Pour mieux comprendre ce qu’est un algorithme, nous pouvons le définir comme étant une structure d’étapes ordonnées, que l’on utilise pour réaliser des opérations de calculs, répondre aux problèmes, et deçà s’approprier des décisions. L’algorithme n’est en aucun cas une formule mathématique particulière, il est la structure permettant d’engendrer un calcul. Ils existent une multitude d’algorithmes régis par les mêmes fonctionnalités, mais n’opérant pas de la même manière. Dans « Homo Deus », l’auteur continue son cheminement en insistant, plusieurs fois dans ces écrits, sur le fait que les émotions humaines sont des opérations mathématiques, que « ce que nous appelons sensations et émotions sont en fait des algorithmes »[35] « qui n’est rien d’autre qu’un processus de calcul »[36]. La science avance des hypothèses algorithmiques intéressantes qui réfutent les pensées du régime individuel libéral : 

  • L’homme ne peut pas se considérer comme individu mais plutôt comme « dividu »[37], qui signifie que chaque dividu peut se diviser en différentes personnalités qui seront toutes vraies mais différentes selon les situations. L’homme serait un ensemble d’algorithmes sans résonnance intérieur, et sans « Moi unique et indivisible»[38].
  • Les humains ne sont pas libres, leurs décisions sont prises de manière aléatoire et déterminée. Ils subissent le poids et l’influence de leur entourage naturel et culturel social du fait de leur construction algorithmique.
  • Un algorithme externe peut vraisemblablement connaître l’homme mieux qu’il se connaît lui-même. Car si l’algorithme vieille à chacun des processus que l’individu met en place dans son corps et dans sa tête, alors celui-ci connaîtrait tous ses désirs et ses envies les plus profondes. L’algorithme n’aura jamais tords, sa splendeur sera visible dans les calculs qu’il accomplira.

Nous pouvons constater que la pensée scientifique de la vie, et les écrits de Yuval Noah Harari, nous pousse à croire que l’algorithme peut s’interpréter comme un nouveau Dieu, mais qu’en plus l’homme n’aurait pas une personnalité mais une multitude. Comment peut-il s’y retrouver si sa construction psychologique de base est assimilée sur un seul Moi intérieur alors qu’en partant des idées précédentes on en compterait plusieurs dont on ne se saurait même pas leur provenance ? Est-ce au travers du virtuel que le dividu s’anime ? Les avatars des réseaux sociaux traduisent-ils tous nos dividus ?  L’algorithme pourrait prétendre au statut divin tandis que l’homme entrerait dans un trouble de la personnalité aigüe. Mais l’algorithme pourrait être beaucoup plus que cela, il pourrait en outre, être le facteur qui a fait croire aux hommes l’existence d’un Dieu supérieur ? Car la science d’avant était beaucoup moins avancée qu’aujourd’hui. Si les algorithmes sont le processus de vie de chaque être humain, de chaque cellule, émotion, décision de notre vie, et notamment, le pilier de la croyance qui a dirigé des hommes pendant des milliers d’années, nous pouvons nous demander quel pouvoir à encore l’humain si l’algorithme le connait mieux que lui ? Et si les algorithmes nous laisseront encore notre liberté et notre libre arbitre dans nos actes ?

 

« Si les dieux peuvent posséder la terre et employer des hommes, pourquoi pas les algorithmes ? »[39]

 

Et les religions traditionnelles, elles aussi, se questionnent sur le statut de l’algorithme. Récemment l’Église Catholique de Paris a sorti un bref prospectus sur les « enjeux de la révision bioéthique »[40] afin de mieux comprendre ses lois. Une partie de ce prospectus fait référence à l’algorithme et l’humain, l’Église avance le fait qu’il faut choisir l’humain, car oui l’intelligence artificielle rend notre vie plus facile, mais elle peut la compliquer si rien n’est encadré. Elle pense que nous tendons vers un modèle économique où « la référence est machine et non homme »[41], que l’IA dilapide nos responsabilités, et les algorithmes n’ont pas suffisamment de transparence par rapport aux données qu’ils récupèrent sur nous. Elle se pose la question à savoir si « leur conception »[42] a pour but l’amélioration des soins et des services à la « dignité humaine »[43] et qui contrôlerait quoi. En somme, l’Église ne dénigre pas l’existence de cette intelligence artificielle et des algorithmes mais elle tend à se demander s’ils sont réellement bénéfiques à l’homme et si au contraire ils ne vont pas nous détruire. Alors est-ce que les algorithmes vont nous aussi nous pousser au rang des dieux ? Ou est-ce qu’ils vont nous radier de la surface de la terre ?

 

L'HOMME CE MINI DIEU OU UNE SIMPLE LIGNE DE CODE ?

Si nous partons du principe que les algorithmes sont les fondations de tous l’univers que nous connaissons alors cela pourrait signifier, que oui ils sont une sorte de déité, mais qu’en plus les hommes sont une ligne de code que nous pourrions insérer aisément sur une page HTML. L’humain ne serait donc pas immatériel, ni survenu de la matière inanimée, mais son unité même serait une construction biologique dirigée par des calculs. Lorsque nous utilisons la faculté du regard ou lorsque nous avons une émotion, les additions et les soustractions qui vont se mettre en place fourniront l’apanage nécessaire à l’homme pour survivre dans son environnement.

Nous savons que les nouvelles technologies augmentent nos pouvoirs du fait qu’elles nous rendent maître des situations, ou elles nous donnent cette illusion virtuelle d’en devenir un maître. Avec Facebook par exemple, nous pouvons voir depuis combien de temps notre ami s’est déconnecté, sur Snapchat nous pouvons voir par la Map où se trouve chacun de nos amis dans le monde, avec Tinder, nous pouvons choisir la personne qui nous plait physiquement, avec Sharp un dérivé de Tinder nous pouvons swapper les professionnels et choisir ceux avec qui nous souhaitons entrer en communication, avec Uber nous pouvons aussi surveiller où est notre chauffeur sur la Map. C’est indéniable, la technologie qui nous prolonge, nous facilite, nous élève en même temps, en nous faisant croire que nous aussi nous avons des pouvoirs. Seulement nous pouvons nous demander si le pouvoir se trouve dans la délégation de l’action ou si nous acquérons se pouvoir lorsque nous même nous faisons l’action. Car l’homme tente de déléguer toutes ses tâches à la technologie dans le but de se faciliter la vie et paradoxalement la vie devient plus compliquée. Alors peut-être n’avons-nous pas trouvé la bonne solution ? 

L’homme a toujours rêvé et tenté de devenir un Dieu. Nous pouvons approfondir cette idée, du fait que l’homme ne veut pas se restreindre par des limites. Le philosophe Bertrand Vergely, dans son ouvrage « La tentation de l’Homme-Dieu » nous dit que dans les sociétés passées, l’homme était « soumis à trois lois pour survivre, et vivre, la première étant celle de la mort, la deuxième celle de la sexuation, la troisième celle de l’incertitude »[44]. Cependant, à l’heure actuelle, les hommes sont dans un refus total de ces trois variables de construction. Nous refusons la mort, qui se trouve être le fantasme le plus vieux de l’humanité. Avant l’incroyable avancée de la science, cela ne pouvait être considéré comme une pensée rationnelle. Ce n’était, ni pris au sérieux et plutôt considéré comme de la folie pure. Et pourtant le transhumanisme tente de nous promettre l’accomplissement de cette lutte ancestrale. Mais nous pouvons nous demander, si l’homme arrive combattre la mort la vie ne deviendrait-elle pas absurde ? Ne perdrait-elle pas tout son sens unique ? Nous réfutons aussi « la différence sexuée »[45], la société du XXIe siècle a dissous les catégorisations de sexe en soutenant que le sexe, est une simple construction sociale. Les femmes et les hommes d’il y a 500 ans n’ont plus les mêmes rapports et les mêmes perceptions que ces femmes et ces hommes d’aujourd’hui. L’émancipation de nouveaux genres tels que les gays, les lesbiennes, les trans, les neutres, ont changé les rapports à la procréation et les mentalités de chacun. Nous n’avons plus de place attribuée, ne nous sommes plus tributaires de quelqu’un, cela ne nous perd-il pas au fond ? Savons-nous encore quelle est notre place dans ce bas monde ? Nous pouvons continuer sur la notion d’incertitude, l’homme contemporain est en opposition avec la notion de risque. Il veut avoir le contrôle sur tout ce qu’il entreprend, tout savoir, ne rien laisser passer, dominer son monde mais aussi déborder sur celui des autres. Nous n’acceptons plus l’échec, un élève en échec scolaire sera tiré vers le haut envers ses capacités et même contre sa propre personne. Une sorte de « paradis du succès »[46] où tout le monde est dans l’obligation de réussir et être performant. Alors est-ce que l’homme tend à sa propre divinisation par les technologies ? En tout cas, il acquière de nombreux pouvoirs, « la technique a ouvert et dynamiser nos facultés physiques et mentales »[47], dont l’homme avait une capacité moindre avant. Il passe par les technologies pour se donner cette nouvelle posture.

Selon Jean Pierre Jacquot, un professeur de l’Université de Lorraine, l’homme a finalement réussi à atteindre le statut d’un demi-Dieu, car il a réussi à « créer la vie à partir de la matière »[48], et il se sanctifie par sa capacité à pouvoir dépasser les autres espèces terrestres. L’homme a aussi réussi à modifier l’ADN humain avec l’impressionnante découverte du ciseau génétique CRISPR-Cas9. C’est-à-dire qu’un scientifique aujourd’hui a le pouvoir de modifier l’ADN d’un embryon afin de corriger certains gènes qui ne fonctionnerait pas bien. Nous pouvons aussi citer Xiaoping Ren et Sergio Canavero, des cartésiens perturbés qui souhaitent prochainement transplanter une tête humaine vivante sur un corps de donneur décédé. Ils défient ouvertement sans gêne, les lois et les fondements de la nature humaine.  De ce fait, Yuval Noah Harari donne trois termes à ce que pourrait devenir l’homme s’il devenait un Dieu : le génie biologique, le génie cyborg, et le génie des non-être organiques »[49].

Le génie biologique peut s’apparenter à CRIPR-Cas9, ce ciseau qui pourrait modifier l’homme pour réaliser son plein potentiel. En bidouillant, bricolant le champ organique de l’individu et lui ajoutant des facultés dont il n’était pas doté à la base. Comme par exemple choisir la couleur de ses yeux, celle de ces cheveux, ajouter des membres, s’il sera un intellectuel ou un grand sportif.  Le génie cyborg serait une fusion avec la machine, nous serions encore des humains, mais nous nous ajouterons des « appareils non organiques »[50] dans le corps comme par exemple des « mains bioniques, des yeux artificiels »[51] ou encore laisser place à des milliers de nanorobots qui se baladeront dans notre corps, dans tous nos vaisseaux, ces nanorobots qui élaboreraient un diagnostic de ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne plus, pour ensuite réparer les organes défectueux. Tandis que le génie non organique n’aura plus aucune apparence humaine. Il sera une machine à part entière aux pouvoirs de déités bien supérieurs aux Dieux, avec des supers-pouvoirs que seule la science-fiction nous donne à voir aujourd’hui.

L’auteur de « Homo Deus » continue sa pensée en parlant d’une nouvelle religion dirigée par les algorithmes, « le dataïsme »[52]. Le dataïsme se définit comme le règne « des algorithmes et des données »[53] qui ne laisserait plus aucun libre arbitre à l’homme tout en tuant son intuition primitive. Cette autorité divine serait déjà bel et bien présente autour de nous. Elle nous amoindrirait comme une vulgaire cellule microscopique et pourtant, toujours selon l’auteur, serait la logique de l’humanisme contemporain qui promulguait l’écoute de l’instinct, la sincérité et la confiance de nous-même. Encore un paradoxe ?  

 

« Les mêmes technologies qui peuvent hisser les humains au rang des dieux pourraient aussi les rendre obsolètes »[54]

 

Si les technologies peuvent nous rendre obsolètes alors, nous pouvons nous demander, si l’homme n’était, et n’est pas déjà un être sacré et que cette prédominance technique restreint sa sacralisation. Une légende hindou raconte que les hommes auparavant étaient des dieux mais ils étaient tellement immodérés de leur pouvoir divin que Brahma, le Dieu suprême, décida de cacher cette divinité au plus profond d’eux-mêmes.

 

« Voici ce que nous ferons de la divinité́ de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher. »[55]

 

Pour l’Église Catholique de Paris, « l’homme n’est pas que du biologique »[56], ces raccourcis dangereux pourraient « réduire l’homme à un simple objet productif »[57]. Les nouvelles technologies qui accaparent massivement nos esprits, ne nous laissent plus la possibilité de nous connaître, l’homme pourrait se dévitaliser au travers de ces pulsions technophiles attirantes mais qui le dévorent. À force de nous suppléer, la technologie diminue gravement notre puissance en outillant nos paresses. Nous externalisons nos capacités, mentales, cognitives, voir même physiques, comme lorsque nous prenons un escalator plutôt que de monter les escaliers. Petit à petit, les humains s’hominisent de manière robotique, en oubliant l’essence même de leur vraie nature. Si Dieu créa l’homme à son image, alors nous pourrions affirmer que l’homme est lui aussi un être divin. Et que cette divinité ne trouve pas de résonnance dans les technologies. Un philosophe allemand, Ludwig Andreas Feuerbach avançait que « l’être divin n’est que l’être de l’homme dans sa subjectivité sans bornes et absolument libre »[58] et que c’est au travers de l’amour que la médiation se créée entre la perfection et l’imperfection qui lie l’Homme et Dieu. Savons-nous ce qu’est encore l’amour au XXIe siècle ? Les lettres amoureuses se sont transformées en vulgaires sms, les rencontres romanesques d’antan sont devenues des Tinder réducteurs, simplistes, illisibles et pourtant ce réseau a permis de mettre en relation des centaines de personnes entre elles qui ne se seraient peut-être jamais rencontrées. Mais l’homme toujours dans la démesure s’est donc fait refuser la divinité du moins on la lui a cachée et de ce fait il souhaite la conquérir, la reconquérir. Alors que finalement, si l’homme peut-être retournait dans des valeurs justes, vertueuses, aimantes, il aurait déjà accédé au rang de Dieu. Nous pouvons penser que l’homme veut s’extraire de son humanité car il n’a pas la force, l’envie d’ouvrir ses chakras, en dénigrant l’art de sa complémentarité avec les autres et de la chance qu’il a d’être présent sur terre. L’homme cet insatisfait, s’il devenait une déité, serait-il rassasié ?

 

LE TRANSHUMANISME ENTRE INCARNATION DIVINE ET DÉMENCE INDIVIDUELLE

La science-fiction, ce grand art, a toujours mis en exergue que les mythes d’une possible religion numérique se fonderaient. Les multiples films, séries, en sont de purs exemples, comme Matrix, Avatar, Transfert, une récente série sous la direction d’Arte qui part du principe que nos corps sont de simple support, que nous pourrions insérer notre conscience dans une boîte métallique qui s’ancrerait dans différents corps selon si ces derniers viennent à s’étioler. Les riches bénéficieraient des plus beaux corps tandis que les pauvres seraient contraints d’accepter les restants : une petite fille qui devait être transférée se retrouve dans un nouveau support qui a plus de 70 ans. Un choc pour ses parents et de nombreuses questions éthiques soulevées, notamment concernant l’âme humaine. Mais la science-fiction, au-delà de sa narration sur une religion numérique dominatrice « interroge des concepts d’ordre religieux »[59]. Ce propos tenu par un historien des religions, Milad Doueihi, aussi en charge à la Sorbonne de Paris-IV de la section humanisme-numérique, avance l’idée que l’univers de la science-fiction s’est toujours questionné sur la relation entre le mystique et la science. Et il le dit lui-même, « plus le progrès avance, et plus on a besoin de croire »[60].

Alors si « chaque individu veut mourir de sa mort »[61] comme le soutient Freud dans ses essais sur la psychanalyse, la première peur innée de l’homme est bel et bien celle de mourir, voir ses proches mourir et ne plus appartenir au monde des vivants. Le mouvement transhumaniste est en proie d’un désir radiant d’une vie éternelle avec qui sait peut-être, un visage aussi limpide et jeune que celui promis par la Fontaine de Jouvence. Car l’homme cet être sensible, crispé de l’inconnu et en rejet total de souffrance, en rejet aussi de vieillesse, préfère se voiler les yeux et ne pas penser à son jugement dernier. Il met tout en œuvre pour ne pas voir sa peau s’étioler, son corps se raffermir, sa vue baisser, ses organes lâcher. Si nous nous penchons au plus proche de l’histoire, la mort par-delà les siècles à animer nos consciences, nos remords, jusqu’à notre culpabilité de vivre du risque.

 

« Tenter d’accéder à l’immortalité, au bonheur, à la divinité ne fait que pousser les vieux idéaux humanistes jusqu’à leur conclusion logique »[62]

 

Les maladies, le nombre de décès, par les prouesses de la science s’éloignent, tandis que les hommes continuent de vivre plus longtemps. Une première page de couverture parue dans le New York Times en 2013 posait la question à savoir si « Google can solve death ? ». Google qui investit actuellement des millions dans l’entreprise Calico pour justement lutter contre le vieillissement et la mort. Alors, à l’heure où l’algorithme, la technique, et l’intelligence artificielle sont entrain de supplanter les croyances traditionnelles, la nouvelle religion dataïque qui débarque et les transhumanistes qui proclament la radiation de la mort pour une vie éternelle, nous pourrions les nommer comme les nouveaux challenger du marché de l’immortalité. Marché qui voit le jour notamment aux États-Unis. C’est plus précisément à La Silicon Valley ou Vallée du Silicium, localisée en Californie sur la côte ouest du pays. Cette région héberge de nombreuses industries de pointe toutes liées par des projets plus fous les uns que les autres. Cette vallée et les personnes qui y habitent, incarnent de nouvelles façons de penser. 

Le transhumanisme, terme inventé dans les années 1950 par Julian Huxley, le frère d’Aldous Huxley, augmente en popularité dans les années 1990, et nous promettrait en somme l’alliance des NBIC, (Nanotechnologie – Biologie – Informatique - Sciences Cognitives), tout en soutenant radicalement « les droits de l’humain »[63]. Pour ce mouvement, « la maladie et le vieillissement ne sont pas une fatalité »[64]. Le transhumanisme fonde ses idéaux sur des innovations technico-médicales alléchantes avec beaucoup de prouesses pour notre futur. En somme, le transhumanisme peut se définir comme « un ensemble de techniques et de réflexions visant à améliorer les capacités humaines (…), physiques ou mentales »[65] au travers des nanotechnologies, de la biotechnologie, du clonage, de l’intelligence artificielle et de la transgénèse. L’homme du futur est la préoccupation première de Raymond Kurzweil, le chef ingénieur de chez Google. Pour lui, d’ici les années 2030, internet sera relié directement au cerveau de l’homme. Elon Musk, patron de Tesla, de Space X et de Neuralink, partage la même pensée. En France, c’est Laurent Alexandre qui se donne des allures de prophète et qui a écrit plusieurs livres notamment « La Mort de la Mort » et « Intelligence artificielle VS Intelligence humaine », où il explique sa vision sur le monde que nous sommes sur le point de bâtir ou d’engendrer par pêché.

Nous pourrions faire un parallèle entre la religion catholique et la science transhumaniste. Dans la religion chrétienne, nous savons que lorsque Ève a croqué le fruit de l’Arbre de la Connaissance, elle nous a transmis le pouvoir de la connaissance et la notion du bien et du mal. Et que si elle avait aussi croqué le fruit de l’Arbre de la Vie, nous aurions été immortel, donc nous aurions eu l’entièreté des pouvoirs divin. Seulement si nous réfléchissons un peu de ce qui a découlé des parties précédentes, nous pouvons nous demander si la science par son prolongement dans les nouvelles technologies et du transhumanisme pourrait être, ou ne pas être, ce fameux fruit de l’Arbre de la Vie. Un Arbre qui potentiellement nous offrirait la vie éternelle. Dans les textes bibliques, selon la parole de Dieu, si nous mangions ce fruit, nous atteindrions le statut de divinité. Dans les religions, la mort tremplin de la vie, n’est pas une fin en soi, mais la suite irrationnelle de nos courtes existences qui nous mènerait vers la vie éternelle, la réincarnation ou la renaissance de nos corps et de nos esprits dans un ailleurs encore non définit. Et que même si la mort l’emportait sur nous ce ne serait pas encore la Fin, il y aurait un Paradis ou un Enfer qui nous attendraient au bout de nos vies terrestres. Seulement depuis que la science a détrôné les religions et que l’évolution a permis à l’homme de prendre le pas sur ce qu’il ne contrôlait pas, nous avons réussi à réduire le nombre de décès jusqu’à démentir les théories de l’évolution de l’espèce racontées par les religions à ce jour connues.

La religion catholique prend des dispositifs pour ne pas se laisser dépasser par les futurs événements. Éric Salobir, président de l’Ordre des Prêcheurs pour les nouvelles Technologies, l’Information et la Communication est préoccupé à savoir comment concilier « innovation et foi »[66]. Optic est un mouvement catholique qui s’interroge aux risques et avantages du progrès scientifiques, techniques et technologies sur les hommes. Comme par exemple savoir « s’il faut laisser un algorithme »[67] rendre justice à un tueur ou s’autoriser à augmenter les capacités physiques et mentales des hommes. Pour lui, les gens ne sont pas prêts à vivre plus longtemps, cela créera des conflits mais surtout une déception car les transhumanistes voient trop grand, se projettent trop loin. Ce n’est pas qu’il ne soit pas convaincu par les progrès et certains bénéfices que cela pourrait apporter à l’homme mais il le dit lui-même en parlant de l’IA :

 

« Une créature a la marque de son créateur ? Or une intelligence artificielle créée, éduquée, et transformée par une espèce un peu violente pourraient apporter beaucoup de déconvenues. »[68]

 

Finalement nous en déduisons que ce n’est pas l’IA le problème mais bel et bien l’homme.

Toujours selon un article rédigé dans le magazine d’Usbek & Rica paru début 2018, certaines religions traditionnelles seraient plutôt favorables au transhumanisme : le boudhisme par exemple, où « la médiation sur la mort est centrale »[69] considère qu’étant donné qu’il n’y a pas d’ « essence humaine (...), il n’y a aucune raison de refuser l’élimination de la souffrance et la transformation du corps, si cela est fait avec détachement »[70] comme le précise Raphaël Logier, un philosophe et sociologue de théologie. Pour la religion des hindous, étant donné que le corps n’est qu’une « enveloppe matérielle »[71], ils ne sont ni favorable, ni forcément contre pour eux nous sommes mortels et il faut s’en tenir à ça car « le désir de rendre l’homme immortel naît de l’ignorance »[72]. Le judaïsme pense qu'une vie où la mort n’existe pas est une vie sans la présence de Dieu. Nous pouvons en déduire qu’ils ne sont pas en accord avec la pensée transhumaniste. Le protestantisme quant à lui met en garde le risque de la domination Machine vs Homme. Les disciples l’affirment « il n’y a pas de transcendance dans la religion transhumaniste »[73], il catégoriserait cette religion comme une « idolâtrie »[74]. Nous sommes encore sur des idées divergentes certaines religions semblent adhérer à la modification humaine, alors que d’autres y sont formellement opposées. Alors si les religions trouvent conjointement des attentes avec le transhumanisme et que leurs points de vue arrivent à s’accorder, est-ce que les religions traditionnelles démentiraient l’existence de leur ancien Dieu ? Cela remettrait-il en question tout notre ordre social ? 

 Pour continuer, une association de transhumanisme mondiale a vu le jour récemment, elle se nomme « Humanity+ »[75]. Cet organisme international prône l’utilisation éthique des nouvelles technologies dans le but de soigner les maladies, les blessures afin de rendre plus performant l’homme en dehors de ce qui fait partie de la normalité humaine, en prônant le surhumain. Donc là aussi une certaine forme de religion puisque le transhumanisme établirait des liens entre un groupe de personnes qui font des choses surnaturels. En somme ce mouvement rassemble une panoplie de nouvelles techniques qui vont modifier, cloner, transplanter l’homme en un nouvel être. Seulement s’amuser à intervertir, bousculer, les composantes génétiques en ajoutant des nano particules, des parties bioniques ou de synthèses, cela ne va-t-il pas détruire l’homme ? Est-ce de cette façon que nous allons devenir des Dieux ? Est-ce la seule façon d’accéder à la divinité ? Le transhumanisme répondra-t-il aux questions existentielles de l’humanité ? Denis Jacquet, économiste, invité à une conférence sur les « Nouvelles technologies et renouveau de l’humanité » différencie avec distinction le Dieu de la Bible et le Dieu que les hommes transhumanistes tendent à être le « playing God »[76] traduit littéralement par jouer à Dieu. Il qualifierait le playing God comme étant « la puissance d’un roi, d’empereur[77] » voir de « tyran »[78] qui emmènerait à la disparition de la sélection darwinienne. La sélection naturelle n’existerait plus et qui pourtant peut se considérer comme étant sacré, unique, irremplaçable. Alors qu’avec le numérique nous tendons à tous devenir les mêmes, nous choisirons les spécificités de nos enfants, ce qui est pratiqué déjà dans certains pays comme aux États-Unis par exemple. Tandis que le chercheur à l’INRA Gilles Dowek, dans son interview pour le magazine Libération pense qu’ « il n’y a pas de compétition entre l’humain et la machine »[79]. Pour lui, il n’y a pas de challenge entre ces deux entités, elles sont faites pour évoluer ensemble et s’apporter les solutions miracles de demain. La fusion si intense de l’homme avec ces outils numériques serait la clé de notre survie.

 

« Avec l’aide des biotechnologies, et des algorithmes informatiques, ces religions ne contrôleront pas seulement notre existence minute par minute ; elles pourront aussi modeler nos corps, nos cerveaux, nos esprits et créer des mondes virtuels avec enfer et paradis. Être capable de distinguer la fiction de la réalité et la religion de la science, deviendra donc plus difficile que jamais, mais aussi plus vital. »[80]

 

Alors, même si l’avènement du transhumanisme est encore loin de d’arriver, nous n’allons pas devenir des Deus Ex Machina dès demain, pour certains ces nouveaux débats sont relatifs à une démence précoce de la folie humaine, tandis que pour d’autres ça relate du progrès tant attendu dans une incarnation divine pure. Entre temps, les robots à intelligence artificielle eux commencent déjà à faire leur entrée dans notre monde. Sophia, la première humanoïde nationalisée de l’histoire par l’Arabie Saoudite, mise au point par Hanson Robotic, a déjà fait parler d’elle aux quatre coins du monde et ne se prive d’aucun plateau télé ! Son visage réaliste exprime des émotions presque aussi humaines que les nôtres. Nous aurions du mal à discerner son aspect robotique si on lui avait ajouté des cheveux sur la tête. Même si sa mise au point n’est pas totalement finalisée et ses phrases souvent pré-faites, elle montre néanmoins les avancées techniques des technophiles. Un dernier exemple, celui de Matt MacMullen, président de l’entreprise Abyss Creations, créé en ce moment même des Robotica, dans le jargon nommé sous le nom de ReadDoll, qui seront les futurs robots sexuels que nous utiliserons pour assouvir nos fantasmes. Cet ingénieur de la Silicon Valley veut créer un lien émotionnel au-dessus du physique mécanique de la poupée, « the goal is to create a genuine bound between man and machine »[81]. Même les croyants d’aujourd’hui, ne savent plus si Dieu seul sait de ce qui nous arrivera d’ici une cinquantaine d’années. Ysidro Fernandez, l’auteur de « 2042, venue de Jésus ou du Dieu de l’internet ? » pense que l’arrivée du Godbot est pour 2042… bientôt peut-être nous nous marierons avec des machines, nous aurons qui sait des progénitures avec elles…

 

Nous pouvons terminer en disant qu’au travers de la science-fiction, nos imaginaires sont déjà préparés, liés à ces avènements robotiques et transhumanistes. Mais lorsqu’en face de nous, dans un avenir pas si lointain, le test de Turing s’avèrera positif comme dans le film Ex-Machina, et que nous n’arriverons plus à déterminer si nous avons à faire à un humain ou un robot, est ce que cela voudra dire que nous serons nous aussi des robots ?

Serons-nous alors devenus de réels Dieux ?

Nous poserons nous encore toutes ces questions ?

Dieu ne le sait plus,

Seul internet le saura. 

 

 

 

 

 

[1] Laïcité : la loi de séparation des Églises et de l’État a 110 ans, Vie Publique, 09/12/2015 : http://www.vie-publique.fr/focus/laicite-loi-separation-eglises-etat-110-ans.html consulté le 10/05/2018.

[2] Yuval Noah Harari, Homo Deus une brève histoire de l’avenir, éditions Albin Michel, 2017, page 200-201.

[3] Jacques Derrida, Il y a deux sources étymologiques du mot « religion », Idixa : https://www.idixa.net/Pixa/pagixa-0709031246.html consulté le 20/05/2018.

[4] Jacques Derrida, Idixa.

[5] Jacques Derrida, Idixa.

[6] Jacques Derrida, Idixa.

[7] La Rédaction, Nombre d’internautes dans le monde, Journal du Net, 16/02/2018 : http://k6.re/ZDxTh, consulté le 25/05/2018.

[8] Nicolas Senèze, Le nombre de catholique augmente partout, sauf en Europe, La Croix, 20/10/2017 : https://www.la-croix.com/Urbi-et-Orbi/Le-nombre-de-catholiques-augmente-partout-sauf-en-Europe-2017-10-20-1200885862 consulté le 25/05/2018.

[9] La Rédaction, Journal du Net.

[10] Monde Population, Population City, 2018 : http://lapopulation.population.city/world/ consulté le 25/05/2018.

[11] ToumToum, Google, dieu de l’information?, Médiapart, 08/01/2017 : http://k6.re/byDAU consulté le 25/05/2018.

[12] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 175.

[13] Alain Damiaso, Très humain, plutôt que transhumain, TEDxParis, 16/11/2014 : http://k6.re/1069y consulté le 25/05/2018.

[14] Alain Damiaso TEDxParis.

[15] Alain Damiaso TEDxParis.

[16] Rédaction Europe 1 avec AFP, Presse : le papier poursuit sa chute en 2017, Europe 1, 15/02/2018 : http://www.europe1.fr/medias-tele/presse-le-papier-poursuit-sa-chute-en-2017-3575087 consulté le 25/05/2018.

[17] Rédaction Europe 1 avec AFP, Europe 1.

[18] Rédaction Europe 1 avec AFP.

[19] Guillaume Ledit, « Mon Dieu, qu’est-ce qu’on a fait ? », les ex de Facebook et Google ont des états d’âme, Usbek & Rica, 17/10/2017 : http://k6.re/USd4F consulté le 25/05/2018.

[20] Guillaume Ledit, Usbek & Rica.

[21] Marie Blandard, Nouvelle technologies et perception temporelle : le paradoxe du XXIe siècle, Les Echos, 19/12/2012 : http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2012/12/19/cercle_61317.htm consulté le 26/05/2018.

[22] Elsa Godart, Je selfie donc je suis, éditions Albin Michel, 2016 : www.albin-michel.fr/file/godart.pdf consulté le 26/05/2018.

[23] Elsa Godart, PDF Albin Michel.

[24] Christophe Auffray, 10 ans d’Iphone illustrés en 10 chiffres, ZDNet, 12/11/2017 consulté le 26/05/2018.

[25] Xavier de La Porte, L’informatique, notre nouvelle religion, La vie Numérique, France culture, 13/02/2017 : http://k6.re/e-Nrm consulté le 26/05/2018.

[26] Alain Damasio, TEDxParis.

[27] Alain Damasio, TEDxParis.

[28] Ingrid Luquet-Gad, « Informatique céleste », manuel de la cybenétique à l’usage des philosophes et (des autres), Les Inrockuptibles, 16/02/2017 : http://k6.re/A3iq9 consulté le 26/05/2018.

[29] Ingrid Luquet-Gad.

[30] Ingrid Luquet-Gad.

[31] Homo Deus, page 196.

[32] ToumToum, Google, dieu de l’information?, (terme employé par Edgard Morin dans Les Stars) Médiapart, 08/01/2017 : http://k6.re/byDAU consulté le 26/05/2018.

[33] Ysidro Fernandez, 2042, venue de Jésus ou du Dieu de l’internet ?, éditions Amazon Fulfillment, page 101. 

[34] Yuval Noah Harari, Homo Deus, pages 97-98.

[35] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 100.

[36] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 100.

[37] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 354.

[38] AFP, Keiichiro hirano et le « dividu », un vrai moi divisible qui caractérise les Japonais, L’express, 09/03/2015 : http://k6.re/_3XOh consulté le 27/05/2018.

[39] Yuval Noah Harrai, Homo Deus, page 348.

[40] Michel Aupetit, Bioéthique, comprendre les enjeux de la révision des lois de bioéthique, L’Église Catholique à Paris, page 27.

[41] Michel Aupetit, L’Église Catholique de Paris, page 27.

[42] Michel Aupetit, L’Église Catholique de Paris, page 27.

[43] Michel Au petit, L’Église Catholique de Paris, page 27.

[44] Charles-Henri D’Andigné, La tentation de l’homme-Dieu, Famille Chrétienne, 21/05/2015 : http://k6.re/M3z1y consulté le 28/05/2018.

[45] Charles-Henri D’Andigné, Famille Chrétienne.

[46] Charles-Henri D’Andigné, Famille Chrétienne.

[47] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 56-57.

[48] CEST, L’homme a-t-il atteint un statut de demi-Dieu ?, The Conversation, 01/10/2017 : http://k6.re/H8jS2 consulté le 28/05/2018.

[49] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 56-57.

[50] Yuval Noah Harari, Homo Deus page 56-57.

[51] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 56-57.

[52] Bastien L, Dataïsme : Le Big Data et la fin du libre arbitre, Le Big Data, 30/08/2016 : http://k6.re/VA1Kk consulté le 29/05/2018.

[53] Bastien L, Le Big Data.

[54] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 79.

[55] Le pouvoir divin de l’homme – Légende hindou, Philosophine : http://www.philosophine.fr/le-pouvoir-divin-de-lhomme-legende-hindoue/ consulté le 29/05/2018.

[56] Michel Aupetit, L’Église Catholique à Paris, page 33.

[57] Michel Aupetit L’Église Catholique à Paris, page 33.

[58] Toutes les citations de Ludwig Andreas Feuerbach, ses meilleures pensées, Citation du jour : http://k6.re/UcQjC consulté le 30/05/2018.

[59] Guillaume Ledit, Vie éternelle, comment le transhumanisme concurrence les religions, Usbek & Rica n°21, mars 2018, page 48.

[60] Guillaume Ledit, Usbek & Rica n°21.

[61] Isabelle Taubes, Peur de la mort, ou peur de mourir ?, Psychologies, 1998, http://k6.re/fjtyu consulté le 01/06/2018.

[62] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 78.

[63] Laurent Alexandre, Transhumanisme Huxley contre Huxley, L’express, 01/06/2017 : https://www.lexpress.fr/actualite/sciences/transhumanisme-huxley-contre-huxley_1913252.html consulté le 01/06/2018.

[64] Laurent Alexandre, L’express.

[65] Rédaction de Futura Sciences, Transhumanisme, Futura Sciences : http://k6.re/cZ7Cz consulté le 01/06/2018. 

[66] Tiffany Blandin, Le dominicain qui murmure à l’oreille des Gafa, Usbek & Rica n°21, 2018, pages 41-42-43.

[67] Tiffany Blandin, Usbek & Rica n°21.

[68] Tiffany Blandin, Usbek & Rica n°21.

[69] Annabelle Laurent, Transhumanisme et immortalité, qu’en pensent les religions ?, magazine Usbek & Rica n°21, 2018, pages 44-45.

[70] Annabelle Laurent, Usbek & Rica n°21.

[71] Annabelle Laurent, Usbek & Rica n°21.

[72] Annabelle Laurent, Usbek & Rica n°21.

[73] Annabelle Laurent, Usbek & Rica n°21.

[74] Annabelle Laurent, Usbek & Rica n°21.

[75] Humanity+ : https://humanityplus.org/ consulté le 03/06/2018.

[76] Denis Jacquet, Nouvelles technologies et renouveau de l’humanité, Journées de l’économie, 2017 : https://www.youtube.com/watch?v=1o_LM6PrHzg consulté le 03/06/2018.

[77] Denis Jacquet, Journées de l’économie.

[78] Denis Jacquet, Journées de l’économie.

[79] Gilles Dowek, Voyage au cœur de l’IA, Hors-série, Libération en partenariat avec France Inter, 2017, page 31-33.

[80] Yuval Noah Harari, Homo Deus, page 196.

[81] Uncanny Lover : Building a Sex Robot | Robotica | The New York Times, 2015 : https://www.youtube.com/watch?v=wLVOnVsLXqw consulté le 03/06/2018.

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