Trump/ Bolsonaro, «Nul n'est prophète en son pays... »

Jair Bolsonaro et Donald Trump méprisent les peuples qui ne sont ni blancs ni riches. Ils se targuent de s’en remettre à Dieu pour protéger leurs Etats et choisissent chacun d’eux de soigner les patients atteints de COVID-19 à base de chloroquine. De même, chacun d’eux repoussent d’un revers de la main les mesures de distanciation sociale...

L’alarmante situation du Brésil est une illustration majeure de la crise qu’encoure l’ensemble des pays en proie au fascisme d’État. Le racisme et la répression renforcées auxquels se confrontent les minorités culturelles, de genre, de sexe, les communautés LGBTQ2+ et les peuples indigènes au Brésil depuis l’investiture de Jair Bolsonaro en janvier 2019 témoignent d’un basculement politique et social grave. Pour autant, celui-ci ne fait pas exception. Ce constat est d’autant plus inquiétant que les populismes s’accroissent et se renforcent à travers l’ensemble des Amériques.

Ainsi, la gestion de la crise sanitaire mondiale que constitue la pandémie de COVID-19 au Brésil et aux Etats-Unis a plusieurs points communs qui traduisent une vision similaire du pouvoir et du peuple que partagent les politiques gouvernementales adoptées par ces deux pays. Aux pays des leaders d’extrême-droite, l’argent est roi. Il est le maître mot guidant chacune des déclarations publiques des élites étatiques et des directives adoptées par les présidents réciproques de ces deux Etats. Ces derniers ont davantage à faire des industries extractivistes et des lobbys de l’agrobusiness que des peuples confrontés en première ligne au COVID-19, pour des raisons économiques, sociales et politiques. A l’heure où ces lignes sont écrites, les mégaprojets de mines et les grands chantiers de déforestation sont relancés à plein régime au sein de la forêt amazonienne, le poumon de notre Mère la Terre. Les milliers de peuples indigènes dépendant de ces paysages irremplaçables, sacrés, et dont les ressources naturelles sont plus que jamais menacées, sont tout simplement niés. Plus encore, ceux-ci sont méprisés dans le seul but d’accroître les profits des sociétés impliquées dans ces chantiers mortifères et de favoriser les échanges commerciaux internationaux. La propagation du COVID-19 au sein de ces communautés se renforce à mesure de l’entrée de personnes extérieures sur leurs terres. Quid aussi des femmes indigènes, en proie à une hausse spectaculaire des taux de mortalité, non seulement en raison de leur exposition au virus, mais aussi car elles sont les victimes potentielles des camps d’hommes, des camps de travailleurs temporaires et précaires dont l’installation provisoire sur les chantiers est nécessaire à l’aboutissement des projets conduits de concert avec les lobbys de l’agrobusiness et le gouvernement.

Cette situation peut se comprendre encore davantage à l’aune des politiques internationales conduites en ce moment-même. En Amérique du Nord et du Sud, les Etats-Unis et le Brésil sont les pays les plus touchés par le COVID-19, alors que chacun de leurs dirigeants se targuaient encore il y a peu de l’efficacité des mesures adoptées, ou plutôt, de l’inefficacité d’adopter des mesures face à la plus grande pandémie mondiale depuis le SRAS et la grippe espagnole. Aux Etats-Unis, l’absence d’assurance sociale et de couverture maladie, ou encore les annonces dramatiques du président Trump sur les effets de l’eau de Javel à ingérer en guise de traitement, ont conduit le pays à un désastre sanitaire sans précédents. Les populations cumulant les facteurs de vulnérabilité, sont là aussi, les plus impactées. Les personnes pauvres et racisées pâtissent des déclarations tonitruantes du chef de l’État alors que celles-ci sont celles qui se battent au quotidien face au virus, s’y exposent jour après jour et par conséquent, y exposent sans autres possibilités leurs familles. Quid encore des peuples autochtones ? Une histoire bien particulière lie ces derniers aux épidémies. Au XVème siècle, les « Premiers contacts » ont introduit sur la Grande Ile de la Tortue (comme s’appelait l’Amérique avant sa « découverte » par Christophe Colomb) des maladies virales et infectieuses face auxquelles des millions d’Autochtones n’ont pas survécu. Par la suite, les pratiques génocidaires coloniales se sont développées sous d’autres formes, comme par exemple avec la distribution de couvertures infectées par la variole. De véritables guerres bactériologiques ont ainsi été conduites il y a de cela plusieurs siècles, sans que celles-ci ne soient alors nommées de la sorte. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le peuple navajo dans le Sud-Ouest des Etats-Unis, se confronte de nouveau à un taux de mortalité sans précédents face à ce nouveau virus que constitue le COVID-19, dont les chiffres en termes de décès sont proportionnellement plus élevés que ceux de l’État de New York. Les projets extractivistes sont eux aussi relancés.

Jair Bolsonaro et Donald Trump méprisent les peuples qui ne sont ni blancs ni riches. Ils se targuent de s’en remettre à Dieu pour protéger leurs Etats et choisissent chacun d’eux de soigner les patients atteints de COVID-19 à base de chloroquine. De même, chacun d’eux repoussent d’un revers de la main les mesures de distanciation sociale et les gestes barrières pouvant permettre de minimiser les risques de contamination et de propagation du virus.

Pendant ce temps, la répression s’intensifie, des hommes noirs victimes de violences policières sont tués sous les yeux du monde entier, des chefs indigènes sont massacrés, des femmes autochtones violées et assassinées parce que femmes et autochtones. La pandémie de COVID-19 est une crise sanitaire dissimulant une crise politique, économique, et idéologique d’une violence historique, dont le Brésil offre un aperçu alarmant...

Aurélie Journée-Duez, présidente du CSIA-Nitassinan, coordinatrice du Groupe de travail "Droits des Peuples Autochtones" d’Intercoll - aurelie.journee@hotmail.fr

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