Aurélie Journée-Duez
Docteure en anthropologie, EHESS (LAS) / Présidente du Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan)
Abonné·e de Mediapart

11 Billets

0 Édition

Billet de blog 27 mars 2020

Victoire pour les Sioux de la réserve amérindienne de Standing Rock

Justice fédérale : une décision notifie aux Sioux de Standing Rock des risques de fuites de l’oléoduc DAPL (Dakota du Nord, Etats-Unis).

Aurélie Journée-Duez
Docteure en anthropologie, EHESS (LAS) / Présidente du Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques (CSIA-Nitassinan)
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Standing Rock (Dakota du Nord, Etats-Unis), 2016. © Zen Lefort

Le 25 mars 2020,
Washington, D.C.,

Un tribunal fédéral a aujourd’hui accédé à la demande des Sioux de Standing Rock d’annuler les permis fédéraux pour l’oléoduc controversé Dakota Access Pipeline. La Cour a estimé que le Corps des ingénieurs de l’armée américaine avait violé le National Environmental Policy Act en confirmant les permis fédéraux pour l’oléoduc émis en 2016. Plus précisément, la Cour a constaté que d’importantes questions sur les impacts de fuites de pétrole et la probabilité que celles-ci se produisent restaient irrésolues.

Par exemple, la Cour a critiqué le Corps pour ne pas avoir répondu aux critiques d’experts des Sioux de Standing Rock concernant son analyse, citant des problèmes tels que le risque de déversement dans le pire des cas, la difficulté de détecter des fuites lentes et de réagir aux déversements en hiver. De même, la Cour a observé que le bilan de sécurité épouvantable de la société-mère de DAPL « n’inspirait pas confiance », estimant que celui-ci aurait dû être examiné de plus près.

La décision de la Cour s’appuie fortement sur les analyses techniques menées par les directeurs d’agence et les consultants experts de la Tribu [des Sioux de Standing Rock], citant à plusieurs reprises leurs preuves selon lesquelles le risque de déversement, et les conséquences s’il se produisait, seraient bien plus graves que ce qui a été reconnu. L’arrêt de la Cour valide le travail acharné que la Tribu a produit pendant plusieurs années pour apporter une contribution technique au processus de renvoi.

La Cour a ordonné au Corps de préparer une déclaration d’impact environnemental complète sur l’oléoduc, ce que la Tribu demande depuis le début de la controverse. La Cour a demandé aux parties de soumettre des informations complémentaires sur la question de savoir s’il fallait fermer l’oléoduc dans l’intervalle. « Après des années d’engagement à défendre notre eau et notre terre, nous nous réjouissons de l’annonce de cette victoire juridique significative », a déclaré Mike Faith, président de la Tribu des Sioux de Standing Rock. « C’est une leçon d’humilité de voir comment les actions que nous avons entreprises il y a quatre ans pour défendre notre terre ancestrale continuent d’inspirer des discussions nationales sur la façon dont nos choix affectent en fin de compte cette planète. Peut-être qu’à la suite de cette décision de justice, le gouvernement fédéral commencera lui aussi à comprendre, en commençant par nous écouter lorsque nous exprimons nos préoccupations ».

« Cela valide tout ce que la Tribu a toujours dit sur le risque de fuites pour les habitants de Standing Rock », a déclaré l’avocat de Earthjustice, Jan Hasselman. L’administration Obama avait raison lorsqu’elle a décidé de refuser les permis en 2016, et c’est la deuxième fois que la Cour juge que le gouvernement a enfreint les lois environnementales lorsqu’il a autorisé cet oléoduc. Nous continuerons à faire avancer les choses jusqu’à ce que le DAPL soit enfin fermé ».

CONTEXTE

En décembre 2016, l’administration Obama a refusé d’autoriser le DAPL à traverser la rivière Missouri et a ordonné une étude d’impact environnemental complète pour analyser les tracés alternatifs de l’oléoduc et les impacts sur les droits de la Tribu conférés par traité. Pourtant, dès le deuxième jour de son mandat, Mr. Trump a annulé cette décision, ordonnant la délivrance du permis. La construction de l’oléoduc a été achevée en juin 2017.

Les Sioux de Standing Rock ont contesté les permis devant les tribunaux et ont gagné. La Cour a alors décidé que l’analyse environnementale avait été insuffisante car elle ne tenait pas compte des conséquences auxquelles la Tribu était confrontée, et a ordonné au Corps des ingénieurs de l’armée américaine de la refaire. Cependant, le juge a refusé de fermer l’oléoduc dans l’intervalle. Le Corps d’armée a alors refait son analyse environnementale, mais a essentiellement exclu la tribu du processus de révision, a conclu que son analyse précédente avait été suffisante et que rien ne devait changer. En réponse, Earthjustice et la Tribu sont retournés devant le tribunal. Dans une demande de jugement partiel déposée en août dernier, la Tribu a demandé à la Cour de fermer l’oléoduc et d’ordonner au Corps de procéder à une analyse environnementale complète.

Le rassemblement massif des nations autochtones et de leurs alliés pour défendre le territoire des Sioux de Standing Rock contre le DAPL a attiré l’attention du monde entier et a fait l’objet d’une couverture médiatique internationale. Il a contribué à donner naissance à un mouvement mondial de résistance autochtone contre les projets d’infrastructures liées aux énergies fossiles.

Pour lire la décision de la Cour, cliquez ici.

Communiqué original : https://earthjustice.org/news/press/2020/standing-rock-sioux-tribe-prevails-as-federal-judge-strikes-down-dapl-permits?fbclid=IwAR1YUkM8tRBwL9HvqwA-zn-beGBgx2Ky7o8ZPsdO1vgNKM_NBfMYEzC9VlU

Communiqué en français :  http://www.csia-nitassinan.org/spip.php?article1120

Traduction : Aurélie Journée-Duez (CSIA-Nitassinan)

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
A Hong Kong, Pékin met les médias au pas
En moins de vingt ans, l’ancienne colonie britannique est passée de la 18e à la 80e place dans le classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF). De nombreux journalistes partent ou s’apprêtent à le faire, tandis que d’autres ont décidé de résister.
par Alice Herait
Journal — Asie
« Une grande purge est en cours »
Le militant hongkongais Au Loong-Yu réside temporairement à Londres, alors que sa ville, région semi-autonome de la Chine, subit une vaste répression. Auteur de « Hong Kong en révolte », un ouvrage sur les mobilisations démocratiques de 2019, cet auteur marxiste est sévère avec ceux qui célèbrent le régime totalitaire de Pékin. 
par François Bougon
Journal — France
Covid long : ces patientes en quête de solutions extrêmes à l’étranger
Le désespoir des oubliées du Covid-19, ces Françaises souffrant de symptômes prolongés, les pousse à franchir la frontière pour tester des thérapies très coûteuses et hasardeuses. Dans l’impasse, Frédérique, 46 ans, a même opté pour le suicide assisté en Suisse, selon les informations de Mediapart.
par Rozenn Le Saint
Journal
Face à Mediapart : Fabien Roussel, candidat du PCF à la présidentielle
Ce soir, un invité face à la rédaction de Mediapart : Fabien Roussel, candidat du Parti communiste français à la présidentielle. Et le reportage de Sarah Brethes et Nassim Gomri auprès de proches des personnes disparues lors du naufrage au large de Calais.
par à l’air libre

La sélection du Club

Billet de blog
Ne nous trompons pas de combat
À quelques jours du scrutin du 12 décembre, il importe de rappeler quel est le véritable objet du combat indépendantiste dans notre Pays. Ce n’est pas le combat du FLNKS et des autres partis indépendantistes contre les partis loyalistes. Ce n’est même pas un combat contre la France. Non, c’est le combat d’un peuple colonisé, le peuple kanak, contre la domination coloniale de la République française qui dure depuis plus d’un siècle et demi.
par John Passa
Billet de blog
1er décembre 1984 -1er décembre 2021 : un retour en arrière
Il y a 37 ans, le drapeau Kanaky, symbole du peuple kanak et de sa lutte, était levé par Jean-Marie Tjibaou pour la première fois avec la constitution du gouvernement provisoire du FLNKS. Aujourd'hui, par l'entêtement du gouvernement français, un référendum sans le peuple premier et les indépendantistes va se tenir le 12 décembre…
par Aisdpk Kanaky
Billet de blog
Lettre ouverte du peuple kanak au peuple de France
Signé par tous les partis indépendantistes, le comité stratégique indépendantiste de non-participation, l’USTKE et le sénat coutumier, le document publié hier soir fustige le gouvernement français pour son choix de maintenir la troisième consultation au 12 décembre.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Pourquoi ne veulent-ils pas lâcher la Kanaky - Nouvelle Calédonie ?
Dans quelques jours aura lieu, malgré la non-participation du peuple kanak, de la plupart des membres des autres communautés océaniennes et même d'une partie des caldoches. le référendum de sortie des accords de Nouméa. Autant dire que ce référendum n'a aucun sens et qu'il sera nul et non avenu.
par alaincastan