Il faut leur dire ! Lettre ouverte à Bastien Lachaud

Je propose de réaliser un documentaire donnant la parole aux victimes de la crise sociale, pour montrer les conséquences des politiques libérales qu’on dénonce. Il faut s’adresser aux ouvriers, aux chômeurs, aux précaires… et expliquer les solutions proposées par la FI pour résoudre leurs problèmes.

Bonjour,

J’étais présent mercredi à l’assemblée de ma circonscription (1ère de l’Hérault), notamment pour poser une question qui me semble cruciale. Le 13 avril, Envoyé spécial a diffusé un reportage sur Vivarte, où ils disent qu’au moment du tournage, seul Hamont avait rencontré les salariés. Et le reportage se conclut sur la phrase suivante : « Mélenchon n’a pas répondu à nos sollicitations, en tout cas Vivarte ne semble pas être une priorité de sa campagne ».

https://www.youtube.com/watch?v=rqxm80RnLMk

Si c’est vrai, l’absence de réponse de Mélenchon ou de l’équipe est une erreur regrettable. Envoyé spécial c’est plusieurs millions de spectateurs en prime time. À 10 jours du premier tour, on imagine les conséquences de cette conclusion donnée au reportage. On imagine l’effet dévastateur sur les ouvriers et les chômeurs du nord, dans l’arc Normandie-Lorraine. C’est là que le FN, déjà très fort en 2012, a amplifié son score en 2017.

resultats-1er-tour-communes


La carte du FN c’est presque la carte de la France (sauf les grandes villes et la Bretagne). Nous on est présents au sud, quasiment absents au nord. C’est dans cet arc Normandie-Lorraine que notre défaite s’est jouée le 23 avril : on a pas su se faire entendre, on a pas su les toucher.

Et si rien ne change, on va retourner au casse-pipe.

J’aimerais comprendre deux choses. Hier je me suis adressé au candidat de ma circonscription, mais il n’avait pas d’éléments de réponse, il m’a dit qu’il transmettrait à la convention samedi. Je viens de regarder la conférence de presse, où il est dit que Bastien Lachaud coordonne la campagne. Donc je te pose directement la question.

Pourquoi l’équipe de campagne ne s’est pas emparé d’elle-même du cas Vivarte, en début d’année ? Et surtout, pourquoi ne pas avoir répondu à Envoyé spécial quand ils vous ont tendu la perche ?

Pourtant même l’Obs (l’Obs quoi, on a vu plus à gauche) avait tancé Mélenchon en janvier :

« À quoi peut bien penser Jean-Luc Mélenchon, pourtant exonéré de primaire et donc libre ces dernières semaines de potasser ses dossiers ? Des fonds vautours, des financiers peu scrupuleux, des milliers de salariés sur le tapis... Tous les ingrédients y sont. Il avait un boulevard pour se faire entendre. Mais pour l’instant, zéro vidéo sur YouTube. »

http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20170123.OBS4218/vivarte-la-casse-sociale-dont-les-politiques-ne-parlent-pas.html

Je ne parle pas d’instrumentaliser la misère des gens, mais de montrer les conséquences des politiques libérales qu’on dénonce. On doit réagir au plus gros plan de licenciement aujourd’hui en France, 2800 personnes sur le carreau en deux ans. Il s’agit de rendre concrètes des situations qui paraissent abstraites aux privilégiés qui votent Macron. Parce qu’on peut facilement ignorer des chiffres, mais c’est plus dur de détourner le regard quand on mets des visages sur une situation.

Certes, Envoyé spécial n’est pas tout à fait honnête, car notre programme contient des mesures adaptées à la situation de Vivarte : la préemption coopérative par les salariés en cas de vente de leur entreprise, limiter les LBO aux reprises coopératives (c’est un LBO raté qui a mis Vivarte par terre), et donner une licence bancaire à la BPI, pour qu’elle se finance auprès de la BCE et qu’elle ait les moyens de soutenir les reprises coopératives (points 20, 21 et 22).

Mais on ne peut pas s’attendre à ce que tout le monde achète notre programme, puis se renseigne et se documente sur les mesures qu’on propose, pour pouvoir se dire « ah oui effectivement, ces mesures seront bénéfiques pour moi, je vais voter Mélenchon ».

Je propose qu’on refasse ce reportage d’Envoyé spécial à notre sauce, pour illustrer nos mesures contre la crise sociale. On peut demander aux participants du discord insoumis d’aller interviewer les salariés de Vivarte partout en France. Eux ne peuvent pas faire de grosse mobilisation, parce qu’ils sont éparpillés à travers toute la France et ils n’ont pas les moyens de se regrouper, et aussi parce qu’ils n’ont pas d’usine à occuper. Mais nous, on peut leur offrir un sitting virtuel, on peut leur offrir une tribune. Dans ce documentaire, on pourrait également utiliser les images les plus marquantes des visites de circonscription, faire intervenir Ruffin et les Whirlpool, parler d’Ecopla-SCOP…

Parce qu’il faut s’adresser aux classes populaires, dont une partie subit la précarité et l’autre partie se demande quand leur tour viendra. Il faut leur dire qu’on a des solutions.

« Les candidats […] ne vont pas sur le fond, ils ne développent pas leurs idées. Ils ne déroulent pas sur les difficultés des salariés, sur leur pouvoir d’achat. Le travail à temps partiel, on n’en a pas parlé. Ce sont des sujets d’actualité, que les salariés vivent tous les jours, et ils aimeraient bien savoir comment on peut résoudre ces problèmes. »

http://rmc.bfmtv.com/emission/debat-presidentiel-les-candidats-se-chamaillent-c-est-la-course-aux-voix-regrettent-les-salaries-de-vivarte-1135957.html

Il faut leur dire, aux salariés de Vivarte, que si Mélenchon devient premier ministre, on leur donnera un droit de préemption et un financement de la BPI, pour transformer Vivarte en coopérative.

Il faut leur dire, aux salariés de Whirlpool, qu’on veut sauver leurs emplois. De 1958 à 1991 c’était Philips, ensuite c’était Whirlpool, eh bien en 2018 ça deviendra une SCOP si les multinationales ne veulent plus de l’usine. Les ouvriers recruteront un gérant qui sera leur salarié, et basta.

Il faut leur dire qu’ils pourront vendre leurs sèche-linges, car on mettra des droits de douane pour les pays aux droits sociaux limités (point 17). En se faisant un plaisir de commencer par les produits Whirlpool.

Il faut leur dire, aux ex-salariés d’Ecopla, que nous ferons aboutir leur projet de SCOP.

Il faut leur dire, aux ex-salariés de Goodyear, aux Continental, à tous les ouvriers sur le carreau, à tous les autres qui se demandent quand leur tour viendra, qu’on interdira les licenciements boursiers (point 23). Et que si une entreprise rentable ferme malgré tout, on mettre en œuvre des reprises coopératives. Si ça a marché pour Scop-Ti (ex-Fralib), malgré leurs difficultés pour trouver une banque qui accepte de leur faire un prêt, ça marchera d’autant mieux quand la BPI sera chargée d’accompagner les reprises coopératives.

Il faut leur dire qu’on se contentera pas d’une posture à la Montebourg, avec son érection féconde.

Il faut leur dire que la France insoumise ne se résoud pas à la mort de l’industrie française.

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