Macron : il faut que tout change pour que rien ne change

On veut nous forcer la main avec le vote « utile ». D’ailleurs, cette fois-ci c’est même plus le centre gauche (le PS), c’est carrément le centre droit. Et puis quoi encore ? J’ai retenu la leçon des élections précédentes : désormais, je vote selon mes convictions. Ça signifie que je ne voterai pas pour Macron dimanche.

Depuis des mois, les médias nous rabâchent qu’il faut voter pour Macron. Il faut faire barrage au FN, il faut éviter un second tour Fillon - Le Pen. Avec la progression de Mélenchon dans les sondages, on peut voir les mêmes éditocrates qui s’affolent, qui racontent n’importe quoi sur Mélenchon, et qui concluent en répétant qu’il faut encore et toujours voter pour Macron. Comme si leur argument du vote utile n’avait été qu’une façade.

Comme si leur but avait toujours été de faire passer Macron, en forçant les citoyens de gauche à voter pour lui, malgré leur répugnance.

Il fallait voter pour Hollande, ou alors c’était Sarkozy. Il fallait voter pour Royal, ou alors c’était Sarkozy. Il fallait voter pour Chirac, ou alors c’était Le Pen. Vous trouvez que j’exagère en comparant Macron à Chirac ? Pourtant, un candidat de droite qui drague à gauche, c’est pas nouveau. Le coup de la fracture sociale en 1995, vous vous souvenez ? En 2002, j’ai été un bon petit soldat, je me suis bouché le nez et j’ai voté Chirac. Quatre ans plus tard, on s’est mangé le CPE. En 2012, j’ai été un bon petit soldat, j’ai voté Hollande. Aux deux tours, parce qu’il fallait mettre Hollande en tête pour se débarasser de Sarkozy. Quatre ans plus tard, on s’est mangé la loi travail.

Dans les sondages, Mélenchon s’est rapproché de Fillon, au point que la différence entre les deux est dans la marge d’erreur. En voyant les appels à voter pour Macron cette semaine, j’ai l’impression d’être téléporté 6 mois en arrière. J’ai l’impression de revoir des Étatsuniens affirmer qu’il faut voter pour Clinton plutôt que pour Sanders, parce que Clinton avait plus de chances de battre Trump. Et ensuite, la campagne de Clinton s’est beaucoup axée sur « Trump c’est le mal, votez pour moi ». Même si le mode de scrutin des USA est différent, on voit la limite de l’argumentation de Clinton.

Le problème du FN en 2017 est le même qu’en 2002 : ceux qui s’inquiètent du symptôme (la montée du FN) ne veulent pas regarder la cause : la casse sociale.

Alors oui, entendre des électeurs FN dire que l’immigration et l’assistanat sont des sujets plus importants que les inégalités économiques, c’est paradoxal. Car la fraude fiscale est bien plus importante que la fraude sociale. Oui, supprimer l’AME serait stupide, puisque les microbes ne font pas de contrôle d’identité avant d’infecter quelqu’un (donc un Français malade peut infecter un étranger qui peut infecter d’autres Français). Oui, voir les électeurs FN pardonner à leur parti les mêmes pratiques qu’ils dénoncent chez les autres partis, ça n’aide pas à les prendre au sérieux. (1)

Mais non, lutter contre le vote FN ça ne peut plus se limiter à dire « le FN c’est le mal ». Il est temps de traiter le cœur du problème, qui est économique. À part une minorité de racistes, les électeurs qui votent FN le font justement parce que les milieux autorisés à penser considèrent que c’est pas bien. Ils le font pour faire chier les éditocrates, pour envoyer un message.

Ils votent contre un monde que Valls, Macron et Fillon veulent faire perdurer.

Même s’ils suivent Le Pen dans sa désignation d’un bouc émissaire, même s’ils se plantent sur le diagnostic de leur situation, on sait très bien où se trouve le cœur du problème. C’est la crise économique qui s’éternise, le chômage et la peur du déclassement.

On a déjà eu un président qui, durant sa campagne, affirmait n’être ni de gauche ni de droite : Giscard. Résultat, une politique de droite. Macron tente à nouveau d’agréger une partie de l’électorat de gauche et une partie de l’électorat de droite. Il y aura forcement des cocus… Avec les éléments qu’on a sous les yeux, on sait que Macron fera une politique économique de droite, similaire à ce que ferait Fillon (2). La différence se fera sur les questions sociétale : c’est Blair et son social-libéralisme.

Macron soutient le CETA, avec ses tribunaux d’arbitrage. Les instances élues ont de plus en plus de mal à représenter l’intérêt général, parce que les tribunaux d’arbitrage sont une aberration démocratique. N’importe quel élu pensant à l’intérêt général devrait rejeter ça. C’est ce genre de problème qui alimentent la réflexion sur la 6ème république et la constituante, pour donner plus de poids aux citoyens. De son côté, Macron « assume la dimension verticale du pouvoir dans la 5ème république ». Et il vire des opposants politiques de ses meetings (voir Histony sur twitter). Macron a un melon pas possible, et c’est Mélenchon qui est critiqué parce qu’il serait l’« ami des dictateurs ». Là on attend le niveau de la « fake news », mais que fait le Décodex du Monde ? (3)

Le libéralisme et la dérégulation provoquent des crises à répétition, dont celles de 1929 et 2008 sont les plus graves, mais sont loin d’être les seules. Les 30 glorieuses sans crise économiques, ça démontre que l’économie et la financière doivent être régulées. Même le FMI a fini par manger son chapeau et arrêter de promouvoir le libéralisme. Est-ce que Macron a compris ? Non ! Il veut revenir sur les mesures de régulation financière. (4) Il veut continuer sur la ligne économique que ni le PS ni les LR n’ont remis en cause depuis 1983. Les inégalités vont continuer à se creuser, les actionnaires vont continuer à fermer des usines pourtant rentables (Samsonite, Whirlpool…).

Au lieu de lutter contre la fraude fiscale, Macron compte la favoriser. En bon adepte de la novlangue, il appelle ça le « droit à l’erreur ». Le fisc ne pourra plus condamner les fraudeurs qu’en cas de récidive. Donc ça sera comme les mails hadopi, tant que t’as pas reçu un avertissement, tu peux frauder tranquille : tu risqueras plus un redressement la première fois qu’on te chope. (5)

À côté de ça il veut taper sur les chômeurs, en précarisant les allocations chomage. Alors que c’est un droit pour lequel les gens ont cotisé. Quand à ceux qui répondent « mais c’est après avoir refusé deux emplois adaptés au profil », ils ne savent pas de quoi ils parlent. Je vais pas vous raconter ma vie, mais je galère depuis plus de 10 ans parce que je suis handicapé. Pôle emploi, je connais. Les conseillers qui en ont rien à foutre, je connais. Les radiations abusives, je connais. Cerise sur le gateau : Pôle emploi publie des offres illégales, alors bon courage aux chomeurs si Macron est élu. (6)

Macron est faible avec les puissants et fort avec les pauvres. Il a appellé son bouquin Révolution, mais quelle blague… Enfin, si c’est dans le sens « Il faut que tout change pour que rien ne change », alors là oui, c’est une révolution. Avec Macron, la casse sociale va continuer. Ce qui va continuer à faire monter l’abstention… et le FN. Macron fait le lit du FN.

Voter Macron en pensant faire barrage au FN, c’est se tirer une balle dans le pied. C’est absurde.

En dehors des questions économiques, Macron c’est le symptôme d’une République malade. C’est la politique victime d’une personnalisation à outrance. Macron a caché son programme le plus longtemps possible, il déclare que c’est une manière dépassée de faire de la politique (7). Macron pense que moins il en dit, moins on pourra lui reprocher, une fois élu, de pas faire ce qu’il avait promis. Ce comportement pose un problème majeur dans un système basé sur les élections. Déjà qu’il n’y a aucun contrôle après les mandats, maintenant il faudrait accepter qu’un candidat refuse d’annoncer ce qu’il compte faire ?

Comme ses déclarations contradictoires sur la colonisations le démontre, Macron est prêt à dire tout et son contraire pour se faire élire. Il change son discours suivant ce que les gens à qui il s’adresse ont envie d’entendre. Tous les politiciens font ça à un degré ou à un autre, mais lui c’est un vrai caméléon. C’est un produit marketing qui débite des grandes phrases vides de sens. C’est une marque de lessive qui lave plus blanc que la marque d’en face.

Dimanche, votez Macron si vous souhaitez une politique libérale. Si vous n’en voulez pas, ne votez pas Macron. Votez selon vos convictions, our ma part ce sera Mélenchon. Malgré les attaques des éditocrates, dont la plupart sont de mauvaise foi.

Comme par exemple les critiques sur l’ALBA. Ouais, Mélenchon veut faire adhérer la Guyane, la Martinique et la Guadeloupe à l’ALBA. La Guyane, ceux qui en ont marre de voir décoller des fusées sous leur nez, alors que leur quotidien est pourri. Or l’ALBA, c’est un organisme de développement pour les pays de la région Amérique latine / Caraïbes. Si ça peut améliorer leur vie, je pense que les Guyanais s’en foutent que Cuba et le Vénézuela soient pas assez purs aux yeux des éditocrates de la métropole !

C’est vraiment symptomatique de voir des privilégiés se gargariser sur l’ALBA, au moment même où il y a une crise sociale en Guyane. À part ça, Mélenchon propose aussi de faire adhérer La Réunion et Mayotte à l’alliance de l’Afrique australe, un autre organisme de développement régional, cette fois pour le sud de l’Afrique. Mais ça, c’est pas croustillant, alors tout le monde s’en tape.

Si l’ALBA c’est-pas-bien-c’est-pas-propre, Macron il leur propose quoi aux Guyanais ? Enfin, à part leur dire qu’il faut arrêter de bloquer l’ÎLE, comme il l’a fait dans une interview ? Macron se présente à la plus haute fonction de la République française, alors qu’il n’en connaît même pas le territoire. La Guyane, un détail plus grand que la Suisse et la Belgique réunies.

Si Macron est élu président, je vous invite à profiter que le courrier vers l’Élysée est gratuit. On va tous lui envoyer une carte du monde, avec la Guyane entourée d’un cercle rouge…



(1)

Le FN est le partie avec le plus fort taux de condamnation parmi ses élus. Depuis l’arrivée de Marine Le Pen et ses amis du GUD, le FN a été condamné pour malversation dans toutes les élections qui ont suivi (micropartis Marianne, etc).

https://blogs.mediapart.fr/m-bentahar/blog/161014/le-fn-re-pand-tous-pourris-voyons-voir

(2)

Une réponse au programme économique de Macron par les Économistes atterés :
http://www.atterres.org/article/macron-en-marche-avec-la-science-économique-la-réponse-des-atterrés-aux-40-économistes-qui

(3)

https://www.youtube.com/watch?v=NJ92qwhu0-U

(4)

http://www.bfmtv.com/politique/macron-propose-un-droit-a-l-erreur-dans-les-demarches-administratives-1113496.html

Macron aime bien ce terme de « droit à l’erreur », il en parlait déjà en 2015 :
https://www.challenges.fr/finance-et-marche/france-macron-veut-le-droit-a-l-erreur-pour-les-entreprises_102250http://www.bfmtv.com/politique/macron-propose-un-droit-a-l-erreur-dans-les-demarches-administratives-1113496.html

(5)

Macron veut déréguler la finance en revenant sur Bâle III :
https://www.youtube.com/watch?v=CZpvgz5Ibuc&feature=youtu.be&t=44m2s

Il essaye de noyer le poisson avec du jargon technique, en parlant de la différence entre les acteurs de marché (les banques d’affaires) et les intermédiaires. Mais dire aujourd’hui que les banques ne sont pas des acteurs de marchés c’est n’importe quoi, notamment à cause de… Macron. Parce que c’est lui, entre autres, qui a pesé contre la séparation des banques d’affaire et des banques de crédit/dépôt. Séparation aurait permis d'imposer des mesures prudentielles uniquement aux banques d’affaires. Et maintenant, il veut assouplir les règles de Bâle III globablement, comme c’est pratique !

La réponse d’une économiste sur le besoin de déréguler pour que les banques prêtent :
https://www.youtube.com/watch?v=0ztfTllMFFw

Et ne parlons pas de limiter la taille des établissements bancaires, alors que c’est indispensable pour éviter les risques systémiques. Ça fait partie des choses que Roosevelt avait mises en place. Mais Roosevelt, ça devait être un dangereux ultra-gauchiste.

(6)

http://www.capital.fr/carriere-management/actualites/pole-emploi-une-annonce-sur-deux-illegale-selon-la-cgt-1211790

(7)

« Un an avant l'élection présidentielle de 2012, il consacre un article aux contraintes qui pèsent sur l'action politique dans la revue Esprit. […] Il met en cause l'inadaptation de « la notion de programme politique » aux nécessités de l'action politique. […] Le personnel politique [a] la responsabilité d'énoncer « une vision d’ensemble, un corpus théorique de lecture et de transformation du social », plutôt qu'« un discours technique qui égrène des mesures »

https://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Macron#Institutions

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