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Billet de blog 11 mai 2025

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Face au génocide en cours, les thuriféraires d'Israël sombrent dans l'infamie

Face aux massacres quotidiens de personnes désarmées et à l'utilisation de la famine comme arme de guerre, le soutien inconditionnel à Israël conduit inévitablement à tomber dans un gouffre moral : ce positionnement se traduit par l'ignorance volontaire, la minimisation, la négation ou la justification ("éliminer le Hamas") des actes génocidaires d'Israël.

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© 🎗️Rebeccah Glazer🎗️

Il faut lire le post de cette négationniste [1] pour se rendre compte dans quel gouffre moral les thuriféraires d’Israël sont tombés. Cette jeune fille de 12 ans − des dizaines de milliers d’enfants et adolescents gazaouis se trouvent actuellement dans le même cas − a fait l’objet d’un article dans le webzine israélo-palestinien +972. [2] On la voit aussi dans un reportage diffusé en ouverture d’un débat sur C ce soir [3], émission peu suspecte de la moindre complaisance vis-à-vis du Hamas, l’ennemi bien commode qui sert à justifier toutes les atrocités de masse commises depuis 19 mois dans ce ghetto-abattoir situé au bord de la Méditerranée à 4h d’avion de Paris. Elle souffre non pas d’une « maladie rare » (elle ne suit pas non plus un « parcours médical » dans des hôpitaux qui fonctionneraient à merveille sous un siège total empêchant le moindre produit pharmaceutique, le moindre matériel médical et la moindre goutte de carburant d’entrer dans l’enclave, sans même parler des bombardements et des assauts subis par ces établissements, et du meurtre d’une grande partie de leur personnel : décidément, les propagandistes de l’Etat israélien mentent comme des arracheurs de dents) mais d’une malnutrition sévère consécutive à l’utilisation de la famine comme arme de guerre par les assassins qui font office de forces de "défense" d’Israël. Rahaf peut à peine parler et bouger ses membres ; elle perd aussi ses cheveux ; sa mère la voit dépérir un peu plus chaque jour. Quand les enfants de Gaza ne sont pas déchiquetés ou défigurés par les soldats d'une armée d'occupation qui méritent largement le label de "terroristes", ils sont affamés jusqu’à ce que mort s’ensuive (à l’heure actuelle, 3 500 enfants de moins de 5 ans risquent de décéder d’un moment à l’autre du fait des complications liées à la malnutrition). Un père de famille de 38 ans, qui a besoin de 4 kilos de farine par jour pour nourrir ses sept garçons, mais rencontre les plus grandes difficultés pour se procurer un seul kilo, dit la chose suivante : « Parfois, j’aimerais que mes enfants et moi-même mourrions ensemble dans une frappe aérienne, pour être épargnés de la souffrance causée par la famine et de cette agonie continue. » [4] Toutes celles et ceux qui nient la réalité du génocide en cours ou lui trouvent la moindre justification (éliminer le Hamas, garantir la "sécurité" d’Israël, etc.) peuvent être désignés à bon droit comme les complices de ce crime défini en 1944 par le juriste polonais Raphael Lemkin. [5]

Cette "twittos" se revendique comme juive mais son négationnisme doit d'abord être interprété comme la marque d'un soutien inconditionnel à Israël − un positionnement qui est très largement débattu au sein du monde juif. Les 15 ou 20 millions de Juifs ne peuvent en aucun cas être associés en bloc à l’entreprise génocidaire de l’Etat israélien, même si celui-ci fut considéré par ses fondateurs comme "l’Etat du peuple juif". C’est plutôt la quasi-totalité des gouvernements occidentaux qui devraient être tenus pour co-responsables des actes génocidaires d'Israël : en raison de leur refus évident et assumé de prendre des sanctions économiques et financières (il n’a fallu que quelques jours pour que la Russie de Poutine y ait droit, alors que les crimes commis par ses troupes d’invasion ne sont pas comparables à la destruction physique, par tous les moyens possibles, d’une population assiégée, extermination accompagnée de l’assassinat ou de l’enlèvement de tous ceux qui viennent en aide aux civils pris pour cible ou qui rendent compte de la réalité sur place) ; de leur criminalisation − sous le faux prétexte de la lutte contre l’antisémitisme − des expressions de solidarité active avec le peuple palestinien (solidarité dans laquelle se retrouvent de nombreux citoyens juifs d’Europe et d’Amérique du Nord) ; et de leur assistance diplomatique et/ou militaire à l’Etat israélien. Les États-Unis ont fait d'Israël le gardien de leurs intérêts géostratégiques au Moyen-Orient, et abritent en leur sein les plus fanatiques des sionistes − en dehors des colons juifs suprémacistes de "Judée-Samarie" −, à savoir ces millions de sionistes chrétiens évangéliques qui veulent absolument assister à l’achèvement de la colonisation de la Cisjordanie illégalement occupée pour précipiter la seconde venue du Messie et le Jugement dernier. La France et l'Allemagne voient dans Israël, tenu à tort pour l'entité politique représentative du monde juif, une compensation après le judéocide commis sur le sol européen par les Nazis et leurs innombrables collaborateurs recrutés d'Ouest en Est. Le génocide des Palestiniens de Gaza est donc une affaire occidentale, qui nous engage tous, citoyens juifs ou non-juifs. Imaginer une responsabilité spécifiquement juive dans les crimes de cet Etat d'apartheid − lequel prétend défendre les intérêts des Juifs du monde entier − relève purement et simplement de l'antisémitisme.

[1] https://x.com/Beccah2Fois/status/1920081638307791142

[2] https://www.972mag.com/gazan-children-starving-israeli-siege/

[3] https://www.france.tv/france-5/c-ce-soir/saison-5/7115837-gaza-situation-humanitaire.html

[4] https://www.972mag.com/gazan-children-starving-israeli-siege/

[5] La famille de Raphaël Lemkin a été en grande partie assassinée au cours de la Shoah. Son ouvrage intitulé Axis Rule in Occupied Europe, qui a été publié à Washington en 1944 (voir en particulier les pages 79 à 90 ; consultable sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9443228/f7.item), donne naissance au concept de génocide pour caractériser les crimes de masse du régime nazi : pas seulement la destruction des Juifs d’Europe comme on l'entend généralement, mais aussi ce que les "Untermenschen" slaves, en particulier les Polonais non-juifs, ont subi dans l'"espace vital" des Nazis. Lemkin a bataillé pour faire entrer le concept dans le droit international (ce qui fut chose faite en 1948 avec la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide) et donc le rendre universel, applicable sur tous les continents. Lorsqu'il a constaté, au moment des procès de Nuremberg, que la qualification concurrente de "crime contre l'humanité" avait été retenue contre les chefs nazis jugés par le Tribunal militaire international, Lemkin a dit la chose suivante : « Les Alliés ont décidé à Nuremberg d’une affaire contre un Hitler passé, mais ils ont refusé de prévoir les futurs Hitler ou des situations similaires. » (https://web.archive.org/web/20230630000651/https:/encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/what-is-genocide) Le juriste anticipait ainsi la perpétration sur d’autres peuples de crimes de masse d'une ampleur ou d’une logique comparable à ceux des Nazis.

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