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Billet de blog 20 janvier 2025

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"Une guerre comme une autre" : le négationnisme pro-israélien

Un retour sur la négation persistante du caractère génocidaire des violences de masse ininterrompues infligées aux Palestiniens de Gaza au cours des 15 derniers mois.

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Un accord de cessez-le-feu accompagné dans sa première phase d’un retrait partiel des forces d’occupation israéliennes [1], d’une entrée massive de l’aide humanitaire, et de la libération croisée de détenus palestiniens (737 selon le ministère de la justice israélien ; 1 890 selon le ministère des affaires étrangères égyptien) et d'otages israéliens (33 sur les 62 dont la survie a été confirmée) est entré en vigueur le 19 janvier pour une durée initiale de 42 jours. Toutefois, il semble nécessaire de faire le bilan des 15 mois de violences de masse ininterrompues infligées aux Palestiniens de Gaza qui ont précédé cet accord destiné − très théoriquement [2] − à s'étaler dans le temps, et de revenir sur la négation persistante de leur caractère génocidaire par tout ce que l'Occident compte comme partisans inconditionnels d'Israël. En France, par exemple, le philosophe-polémiste Raphaël Enthoven s’est livré en octobre dernier à un véritable exercice de déni sur le plateau de BFMTV : « Le mot "génocide" s'applique inadéquatement à une population qui a triplé en plus de 20 ans. Et pour parler en plus de bombardements ciblés qui font des victimes collatérales sur des zones où les terroristes se cachent derrière des boucliers humains. (…) L'emploi du mot de "génocide" a une visée politique très précise qui consiste à délégitimer l'Etat d'Israël, et d'une certaine manière à autoriser qu'on souhaite qu'il disparaisse. (...) Si ce sont des crimes de guerre, ils seront documentés comme tels. En revanche, parler de "génocide" [à Gaza], c'est empêcher la discussion. Ça n'a pas de sens. C'est comme parler d'"apartheid" à propos de la seule démocratie du Proche-Orient. » (Raphaël Enthoven, BFMTV, 04/10/24) Il semble toutefois plus intéressant d’analyser une tribune publiée le mois suivant par le journal Le Monde ; on y retrouve certaines des affirmations d’Enthoven (tout juste des "crimes de guerre", qu’il faudrait par ailleurs documenter, comme si cela n’a pas déjà été fait durant 15 mois, et certainement pas des actes génocidaires ; une accusation de génocide portée contre l’Etat Israël dans un but purement politique, à des fins de "délégitimation" ou de "stigmatisation"), mais la grande différence est que ce texte a été écrit par deux personnes censées maîtriser pleinement le concept de génocide, au vu de leur activités professionnelles : Iannis Roder, agrégé d'histoire et responsable des formations au Mémorial de la Shoah, et Yann Yurovics, maître de conférences en droit international. Roder et Yurovics considèrent la qualification génocidaire des crimes récents − sans précédent depuis la Nakba (1947-1949) − de l’Etat israélien comme un « non-sens juridique », une « distorsion de la réalité », ou encore une tentative de se soulager du « fardeau mémoriel » lié à la Shoah (https://www.lemonde.fr/idees/article/2024/11/14/conflit-israelo-palestinien-parler-de-genocide-quand-il-s-agit-de-guerre-c-est-s-interdire-de-comprendre-les-evenements_6393175_3232.html).

Ceux qui parlent de génocide à Gaza sont suspectés de vouloir se libérer de la culpabilité liée à la Shoah : un argument fallacieux doublé d’une tentative d’évacuer le contexte d’occupation et d’effacement colonial des Palestiniens.

Cet argument mérite examen, tant il repose sur le détournement de la mémoire du judéocide nazi au profit d’un Etat qui se présente depuis 1948 comme l’unique représentant du monde juif, voire comme l’incarnation du peuple juif. De la création d’Israël jusqu’à aujourd’hui, c’est dans une Palestine livrée au colonialisme et au suprémacisme sionistes que la mémoire de la Shoah est invoquée. Au nom de la sécurité ou de la survie ou encore de la réalisation du droit à l’autodétermination du peuple juif, dont la composante européenne a été grande partie exterminée par le régime nazi et ses collaborateurs des divers pays alliés au Reich ou occupés par celui-ci, les sionistes et leurs protecteurs (Etats-Unis, URSS, pays européens dont certains cherchaient à faire oublier leur implication directe ou indirecte dans la Shoah par l’appui au projet sioniste − pourtant soutenu par une minorité de Juifs avant-guerre) ont ainsi perpétré, justifié ou toléré, entre 1947 et 1949, l’expulsion en masse des habitants autochtones de cette terre proche-orientale (le territoire reconnu par la communauté internationale comme celui d’Israël a été vidé des quatre cinquièmes de sa population palestinienne, 700 000 à 800 000 "réfugiés" qui n’ont jamais pu exercer leur droit au retour − reconnu par la résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations unies qu’Israël s’est toujours refusé à appliquer, même en contrepartie de son admission à l’ONU). Les mêmes motifs, ainsi que la nécessité, à des fins d’annexion rampante, de maintenir la balance démographique en faveur du "peuple juif" en "Judée-Samarie" (le nom donné par les colons sionistes à la Cisjordanie), ont justifié, aux yeux de tous les gouvernements israéliens successifs, l’occupation militaire et/ou coloniale − totalement illégale du point de vue du droit international, comme la Cour Internationale de Justice l’a d’ailleurs rappelé dans son avis consultatif du 19 juillet 2024 [3] − des 22 % restants de la Palestine historique, accompagnée de l’instauration d’un régime d’apartheid : à savoir une ségrégation brutale entre, d'un côté, 700 000 citoyens-colons (en Cisjordanie, partie orientale de Jérusalem comprise, leur nombre a été multiplié par 7 entre 1983 et 2022) bénéficiant de tous leurs droits et de la protection d'une armée d'occupation, et de l'autre, plusieurs millions d’"indigènes" non-juifs jugés indésirables, privés de leur droit inaliénable à l’autodétermination et de l’ensemble de leurs autres droits fondamentaux, confinés dans de multiples enclaves cernées par des murs, des checkpoints et des implantations coloniales, et faisant l’objet d’une oppression généralisée (en Cisjordanie : humiliations quotidiennes, arrestations arbitraires, incarcérations sans inculpation ni procès, mauvais traitements et tortures en détention, expropriations, démolitions, déplacements forcés, attaques de biens et de personnes perpétrées par les colons dits "extrémistes") destinées à les pousser à l’exil ou à briser toute résistance − y compris et surtout pacifique − de leur part. Depuis 15 mois, face à l’accusation de génocide portée contre Israël, la mémoire de la Shoah est de nouveau mobilisée dans le but de défendre l’immunité totale d’une entité politique qui a servi d’Etat-refuge pour une bonne partie des survivants du judéocide nazi [4], mais qui n’en demeure pas moins l’aboutissement d’un projet colonial de dépossession et d'éradication, ou à défaut d’assujettissement, du peuple autochtone de Palestine − revendiquée par les sionistes comme la "terre d’Israël" ou la "patrie historique du peuple juif" [5]. Et après plusieurs décennies d’apartheid, les crimes internationaux les plus graves ont été commis sur une base quotidienne : en réponse aux incursions meurtrières du 7 octobre 2023, lesquelles, faut-il rappeler, se sont produites après des décennies d'occupation militaire et d'oppression insoutenable du peuple palestinien sur sa propre terre (dont 17 années d'enfermement de 2 millions de descendants de réfugiés de l’épuration ethnique de 1948 dans un territoire emmuré sous triple blocus terrestre, aérien et maritime), les forces de "défense" ou de "sécurité" d’Israël ont eu recours à la violation massive − bien plus encore que durant les opérations « Plomb Durci » (décembre 2008-janvier 2009) ou « Bordure protectrice » (juillet-août 2014) − des principes de distinction, de précaution et de proportionnalité [6], à la torture systématique de milliers de non-combattants enlevés à Gaza ou arrêtés arbitrairement en Cisjordanie [7], à la pratique des disparitions forcées [8], à l'utilisation de la famine comme arme de guerre [9], à l’attaque délibérée des hôpitaux (assiégés, bombardés, pris d'assaut et évacués de force [10]), à l’arrestation, la détention et la torture du personnel médical [11], ou encore au meurtre d’un nombre record − en un temps aussi court, depuis le début du XXIe s. − de soignants [12] et de journalistes [13].

Une "opération militaire légitime" exclurait la perpétration d’un génocide.

Les partisans d’Israël ne se contentent pas de récuser la qualification de génocide : ce qu’ils présentent comme une "opération militaire de démantèlement du Hamas" menée "en riposte" au 7-Octobre ne pourrait être qu’un conflit armé conventionnel − en admettant parfois, comme les auteurs de la tribune susmentionnée, que des crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité aient pu être perpétrés, sous réserve, s’empressent-ils de préciser, que ceux-ci soient prouvés devant une cour de justice : les multiples enquêtes journalistiques et rapports d’organisations onusiennes [14] ou d’ONG ne sont pas suffisants à leurs yeux. Mais s’il s’agit d’une "guerre d’auto-défense contre le Hamas", donc avec un objectif militaire précis, pourquoi a-t-on assisté pendant 15 mois à la tuerie et à la mutilation de masse quotidienne de dizaines d'hommes désarmés, de femmes et d'enfants [15] ? D’autant que ce carnage commis au moyen des bombes et des balles israéliennes est doublé d'une extermination par la malnutrition, la déshydratation, la propagation des maladies infectieuses et la rupture massive de l’accès aux soins (en particulier pour les malades chroniques, les femmes enceintes, les nouveau-nés et les dizaines voire centaines de civils grièvement blessés chaque jour par les actions criminelles des forces d’occupation). Aux dizaines de milliers de morts "directes" se sont ainsi ajoutées les victimes, beaucoup plus nombreuses encore [16], de la "catastrophe humanitaire" organisée par l’assiégeant, lequel, après avoir coupé en octobre 2023 l’eau courante et l’électricité distribuées depuis le territoire israélien, a entravé délibérément l’acheminement de l’aide humanitaire [17], détruit méthodiquement le système de santé (une tentative systématique d’anéantir la capacité à procurer des soins à la population civile et à sauver des vies : cela explique les attaques et évacuations forcées d’hôpitaux, le meurtre ou la détention du personnel soignant, mais aussi la rupture organisée des approvisionnements en carburant et fournitures médicales : au début du mois de décembre 2024, seuls 17 des 36 hôpitaux de la bande côtière étaient encore en service, « partiellement fonctionnels » d’après l’OMS [18]), et mis hors service les puits, réservoirs d’eau, usines de dessalement, systèmes d’égouts et stations d’épuration [19]. Iannis Roder et Yann Kurovics consacrent l’essentiel de leur texte à la question du rythme des meurtres, en faisant une comparaison entre la "guerre" d’Israël "contre le Hamas" et le génocide des Tutsi au Rwanda (avril-juillet 1994). Ce faisant, ils feignent d’ignorer que la seule définition du génocide valable en droit international, à savoir celle posée par la Convention de 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide, ne limite pas les actes génocidaires à la « systématisation des assassinats », puisque la destruction du groupe humain visé ne suppose pas forcément sa mise à mort immédiate (art. II. a.) : l’un des cinq actes constitutifs du crime de génocide identifiés par la Convention de 1948 est la « soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle » (art. II. c.). En dehors du massacre ininterrompu de la population civile, il s’avère que les 2,3 millions de Gazaouis ont été réduits durant les 15 derniers mois à des conditions de vie susceptibles de causer leur mort. Par ailleurs, les « atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe », qui font également partie de la définition juridique du génocide (art. II. b.), ont été largement documentées dans le cas de la prétendue guerre contre le Hamas. Ainsi, une étude conduite en juin 2024 sur les enfants de Gaza a révélé que la moitié (49 %) d’entre eux souhaitaient mourir à cause du traumatisme qu’ils avaient subi (https://www.theguardian.com/world/2024/dec/11/death-feels-imminent-for-96-of-children-in-gaza-study-finds). En ce qui concerne la gravité des atteintes à l’intégrité physique du groupe des Palestiniens de Gaza, on doit souligner qu’Israël ne s’est pas contenté de décimer des milliers de familles, puisque les blessures infligées à la population civile par ses actions militaires criminelles ont d’ores et déjà laissé plusieurs dizaines de milliers de personnes handicapées à vie. L’OMS a pu estimer que 25 % des blessés, soit 22 500 personnes à la date de l’étude (publiée le 30 juillet 2024 : https://www.who.int/publications/m/item/estimating-trauma-rehabilitation-needs-in-gaza-using-injury-data-from-emergency-medical-teams), avaient besoin de services de réadaptation à long terme, en raison de blessures majeures aux membres (environ 15 000 personnes concernées, dont 3 000 à 4 000 amputées au niveau des membres inférieurs), de graves brûlures (environ 2 000), ou encore de lésions cérébrales ou de la moelle épinière (environ 2 000). Au cours des dix premières semaines d’offensive, d’après l’UNICEF, environ 1 000 enfants gazaouis ont perdu au moins une de leurs jambes, soit une moyenne de 14 mineurs amputés chaque jour au niveau des membres inférieurs (https://news.un.org/en/story/2023/12/1144927).

La négation des intentions génocidaires affichées par les responsables politiques et militaires israéliens.

D’après la Convention de 1948, le crime de génocide est constitué lorsque certains actes − parmi les 5 identifiés, mais il en suffit d’un − sont perpétrés dans l’intention de détruire le groupe ciblé, en tout ou en partie. Sur la question centrale de l’intention dans l’entreprise génocidaire, Iannis Roder et Yann Kurovics se contentent d’affirmer que l’intention d’exterminer le groupe humain ciblé doit être « omniprésente » et se réaliser « dès que possible ». Non seulement on a pu assister ces 15 derniers mois à la répétition systématique d’actes destructeurs visant le même groupe protégé des Palestiniens de Gaza, mais les deux intéressés ne consacrent − ce n’est sûrement pas un hasard, étant donné que l’historien et le juriste cherchent précisément à démonter l’accusation de génocide portée contre Israël − aucune ligne à l’existence, bien étayée, d’une politique génocidaire formulée et assumée par les milieux dirigeants israéliens après le 7-Octobre. Les chercheurs d’Amnesty International, dont un rapport de près de 300 pages daté de décembre 2024 conclut qu’Israël a commis un génocide dans la bande de Gaza (https://www.amnesty.fr/actualites/rapport-genocide-palestiniens-gaza-commis-par-etat-israel), ont répertorié 102 déclarations publiques tenues entre le 7 octobre 2023 et le 30 juin 2024 par des responsables politiques ou militaires israéliens (le président d’Israël, le chef du gouvernement, ainsi que plusieurs ministres, membres des cabinets de guerre et de sécurité, officiers supérieurs de l’armée et députés de la Knesset) qui « déshumanisaient » les Palestiniens de Gaza, ou « appelaient à commettre contre eux des actes prohibés par la Convention sur le génocide ou d’autres crimes internationaux [tels que l’expansion des colonies, le transfert forcé ou les attaques indiscriminées] », ou bien «justifiaient » ces actes génocidaires ou ces crimes internationaux [20]. Parmi ces communications, 22 provenaient de responsables directement en charge de l’offensive et semblaient « demander ou justifier la destruction des Palestiniens de Gaza » : il y a eu des « appels à refuser l’accès de la population gazaouie aux services essentiels et aux biens indispensables à sa survie, jusqu’à ce que le Hamas soit détruit ou que les otages soient libérés » ; des « déclarations confondant délibérément les Palestiniens de Gaza avec le Hamas, semblant ainsi justifier des actions directes contre les civils palestiniens » ; ou encore des « déclarations appelant à la destruction physique de Gaza, y compris de toute sa population et de ses infrastructures civiles, ou appelant à la suppression du Hamas par l’élimination physique des Palestiniens de Gaza ». En plus de dessiner les intentions génocidaires d’Israël après le 7-Octobre, ces discours ont eu un impact sur la conduite de la campagne militaire "contre le Hamas" : d’après Amnesty International, « les déclarations des hauts responsables israéliens ont été entendues et reçues par les soldats engagés dans la campagne militaire à Gaza, et semblent leur avoir communiqué une mission supposée de l’offensive, soit explicitement, soit implicitement par le biais de références culturelles connues. » De surcroît, les soldats israéliens ont été nombreux à appeler à la destruction de Gaza ou à l’extermination des Gazaouis, voire à documenter eux-mêmes leurs exactions. Depuis l'invasion de la bande de Gaza à la mi-octobre 2023, d’innombrables photos ou vidéos produites par les soldats en opération et postées sur différentes plates-formes (TikTok, Instagram, Facebook, YouTube) ont célébré l’anéantissement de Gaza, ainsi que l’humiliation, la torture voire le meurtre de ses habitants ; la référence au peuple d’Amalek (ou Amalécites), ennemi héréditaire du peuple juif dans le Bible hébraïque dont la mise à mort est prescrite par Dieu, se trouve en bonne place dans les publications des militaires, après avoir été utilisée par Netanyahou lui-même dans les semaines qui ont suivi l’invasion terrestre.

[1] Elles doivent évacuer les zones densément peuplées de la bande de Gaza et se repositionner le long de la clôture séparant l’enclave du territoire israélien : ce redéploiement est censé rendre aux Palestiniens leur liberté de circulation à l’intérieur de l’enclave et permettre en particulier à des centaines de milliers d’entre eux de revenir dans la partie Nord, fermée actuellement par un no man’s land militarisé, le corridor de Netzarim.

[2] Une phase 2 prévoyant le retrait total des troupes d’occupation et le retour des derniers otages vivants contre un nombre indéterminé de prisonniers palestiniens devrait être négociée lors de la mise en œuvre de la première phase, mais il n’est pas exclu que le gouvernement israélien décide de saboter le processus de cessez-le-feu et de relancer les "opérations" pour finir le "démantèlement du Hamas" (https://www.haaretz.com/israel-news/2025-01-17/ty-article/.premium/israel-hamas-cease-fire-may-not-advance-to-second-phase-foreign-diplomats-warn/00000194-74bf-dd1c-a9b7-7fff76130000 ; https://www.haaretz.com/opinion/2025-01-19/ty-article-opinion/.premium/phase-two-how-israel-plans-to-abandon-the-hostages/00000194-7b1e-d6ab-adff-ff5f9cf50000).

[3] La CIJ ne se contente pas d’appeler Israël à mettre un terme aux activités de peuplement à Jérusalem-Est et en Cisjordanie (le Conseil de Sécurité des Nations unies a déjà voté plusieurs résolutions en ce sens de 1979 à 2016, et celles-ci n’ont jamais été appliquées) : l’Etat occupant a l’obligation d’évacuer tous les colons et, plus largement, de mettre fin à sa présence civile et militaire dans l’ensemble des territoires palestiniens (https://www.icj-cij.org/sites/default/files/case-related/186/186-20240719-adv-01-00-frc.pdf).

[4] Entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la création d'Israël, 70 000 survivants de la Shoah ont trouvé refuge en Palestine, malgré tous les obstacles mis en place par les autorités britanniques. Entre 1948 et 1951, plus de 300 000 Juifs européens, en très grande majorité des survivants de la Shoah, se sont installés en Israël. Mais si on ne tient compte que des survivants qui se trouvaient dans les camps de déplacés gérés en Europe par les Alliés et l’ONU, il s’avère que près de 100 000 d’entre eux ont été accueillis aux Etats-Unis entre 1945 et 1952, en dérogation de la législation migratoire très restrictive en vigueur sur le sol américain depuis l’Immigration Act de 1924. Chiffres : Dvora Hacohen, « Immigrants in Turmoil : Mass Immigration to Israel and Its Repercussions in the 1950s and After », Syracuse University Press, 2003, p. 267 ; https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/displaced-persons ; https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/refugees ; https://encyclopedia.ushmm.org/content/fr/article/aliyah-bet

[5] Cette dénomination figure dans la Déclaration d'Indépendance du 14 mai 1948 ; elle a été réaffirmée par la loi fondamentale du 19 juillet 2018, dite « loi Etat-nation du peuple juif ». Cette revendication se trouve au cœur de l’idéologie sioniste : elle procède de la transformation des Juifs en un "peuple ethnique", dont le "retour" en Terre promise serait considéré comme la réparation d’une injustice après la "dispersion" qui se serait produite sous la domination romaine ; toutefois, et cela vaut aussi pour bien d’autres peuples, l’origine "spéciale" ou "unique" des communautés juives, présentes pendant des siècles, voire plus de 2 000 ans (on peut remonter à l’époque hellénistique), de la Perse au Maghreb, et de la péninsule ibérique à l’Europe orientale, relève du mythe, et non d’une quelconque vérité établie par la recherche historique ; il se trouve en revanche que leur religion commune, le judaïsme, s'est diffusée à des milliers de kilomètres du pays de Canaan, la Terre promise des Hébreux. Le sionisme s’est élaboré dans une Europe gagnée par les nationalismes ethniques (allemand, serbe, hongrois...), mais à la différence de ces derniers, son projet d’Etat ethnique est aussi un projet colonial et il repose par ailleurs sur la réinterprétation d’une religion dans un sens national. A l’apparition du mouvement sioniste, il est utile de rappeler que la population de la Palestine ottomane était composée à 97 % de musulmans et de chrétiens (d’après les données officielles de 1878) ; à partir de la fin du XIXe s., les terres palestiniennes ont ainsi fait l’objet d’un accaparement colonial par des immigrants juifs européens − certes poussés au départ de leurs pays respectifs par la montée d’un antisémitisme virulent, voire des persécutions, en particulier dans l’empire russe − qui prétendaient avoir sur celles-ci un "droit immémorial".

[6] Une enquête de Yaniv Kubovich pour le quotidien israélien Haaretz (18 décembre 2024) a révélé que les alentours du corridor de Netzarim (aménagé par les forces d’occupation pour empêcher tout mouvement de population entre le Nord et le Sud de la bande de Gaza, et en particulier tout retour chez eux des Gazaouis déplacés de force vers les "zones humanitaires" situées dans la moitié Sud de l’enclave) comportaient des zones d’exclusion mortelles où n’importe quel civil désarmé, adulte ou enfant, pouvait être abattu sans aucune autorisation préalable − les victimes civiles étaient ensuite comptabilisées dans les "pertes du Hamas" (« Sur ces 200 tués, seuls dix ont été confirmés comme étant des membres connus du Hamas. Pourtant, personne n'a remis en question l'annonce au public de la mort de centaines de militants. » : https://www.haaretz.com/israel-news/2024-12-18/ty-article-magazine/.premium/idf-soldiers-expose-arbitrary-killings-and-rampant-lawlessness-in-gazas-netzarim-corridor/00000193-da7f-de86-a9f3-fefff2e50000?lts=1734788992809&).

Une enquête d’Al Jazeera English sur le massacre des habitants d’un immeuble de Gaza-Ville commis en décembre 2023 par des soldats israéliens (https://www.youtube.com/watch?v=ECFpW5zoFXA : de 58 :40 à 1 :09 :30 ; voir aussi : https://aurdip.org/ils-nont-epargne-personne-le-recit-dun-massacre-israelien-a-gaza/) a montré que les civils gazaouis étaient susceptibles d’être abattus à bout portant dans les zones où la population avait reçu un ordre d'évacuation, mais où de nombreuses familles avaient décidé de rester pour diverses raisons.

Au début du mois de décembre 2023, alors que 5 000 hommes adultes environ avaient été comptabilisés parmi les victimes, contre deux fois plus de femmes et d’enfants, les autorités israéliennes avaient revendiqué l’élimination de 7 000 "terroristes", ce qui prouve bien que l’ensemble de la population adulte masculine a été ciblée de manière indiscriminée comme "groupe terroriste" (voir l’enquête de la rapporteuse spéciale des Nations unies Francesca Albanese, « Anatomie d’un génocide », § 25, mars 2024 : https://www.ohchr.org/en/documents/country-reports/ahrc5573-report-special-rapporteur-situation-human-rights-palestinian).

Dans un article publié six mois après le début de la "riposte" au 7-Octobre, le journaliste d’investigation israélien Yuval Abraham a démontré, à l’aide de sources de première main (officiers du renseignement), que l’armée israélienne autorisait le meurtre de 15 civils pour éliminer un combattant présumé − de rang inférieur − de la branche militaire du Hamas ou de celle du Jihad islamique palestinien (les cibles sont générées par un logiciel nommé « Lavender », qui analyse les données produites par un système de surveillance de masse de la population gazaouie) ; durant les premières semaines de la "riposte", la frappe était effectuée systématiquement sur le domicile familial du combattant présumé, et donc en présence de ses proches (un logiciel nommé « Where's Daddy » permettait de le pister en temps réel jusque chez lui) ; le nombre de victimes civiles "collatérales" jugé acceptable pouvait être porté à plusieurs centaines de non-combattants pour assassiner un seul commandant de bataillon ou de brigade ; cette doctrine, appliquée sur le terrain à de multiples reprises, a entraîné le massacre de familles entières dans le bombardement de tours ou de blocs résidentiels dont les occupants n’avaient reçu aucun ordre d’évacuation (https://www.972mag.com/lavender-ai-israeli-army-gaza/).

[7] Un rapport de l’organisation B’Tselem publié l’été dernier démontre qu’après le 7-Octobre, le système carcéral israélien a été transformé en un réseau de camps de torture pour des milliers de Palestiniens et de Palestiniennes, dont des mineurs, des personnes âgées, des étudiants, des médecins, ou encore des journalistes : https://www.btselem.org/sites/default/files/publications/202408_welcome_to_hell_eng.pdf ; lire aussi cette enquête du journaliste israélien Oren Ziv au sujet du centre de détention militaire d’Ofer (Cisjordanie), où se trouvent actuellement des centaines de Gazaouis enlevés par les forces d’occupation israéliennes : https://www.972mag.com/ofer-camp-torture-gaza-detainees/

[8] Dans ses prisons civiles et bases militaires − où la torture est systématiquement pratiquée −, il détient au secret − c’est-à-dire sans que les familles puissent connaître le sort et le lieu de détention de leurs proches capturés ces derniers mois après l’invasion terrestre de la bande de Gaza (17 octobre 2023) − des milliers de Gazaouis enlevés dans les maisons et les hôpitaux soupçonnés d'abriter des "terroristes", ou arrêtés au franchissement des checkpoints de l'armée d'occupation. D’autres civils, hommes, femmes et enfants, ont disparu purement et simplement entre les mains des "forces de défense" d’Israël après avoir été séparés de leurs proches. En décembre dernier, le journal israélien Haaretz a enquêté sur cette pratique généralisée de la disparition forcée (considérée en droit international comme un crime contre l'humanité) : https://www.haaretz.com/israel-news/2024-12-31/ty-article/.premium/gazans-disappear-in-israeli-custody-the-army-claims-it-doesnt-know-where-they-are/00000194-1c99-dc42-afbc-3cffbcf40000

[9] Dans un rapport présenté l'été dernier à l'Assemblée générale des Nations unies, le rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation, Michael Fakhri, a fait état d’une campagne pour affamer les Palestiniens de Gaza : https://www.un.org/unispal/document/right-to-food-report-17jul24/. Le rapport inclut la constatation que « jamais dans l’histoire de l’après-guerre [mondiale 1939-1945], une population n’a été réduite à la faim si rapidement et si complètement, comme l’ont été les 2,3 millions de Palestiniens vivant à Gaza ».

Le laboratoire pluridisciplinaire Forensic Architecture, qui a répertorié des milliers d'actes de violence ou de destruction commis par l'armée israélienne entre octobre 2023 et septembre 2024, et en a tiré une analyse spatiale sous la forme d’un rapport de plus de 800 pages accompagné d’« une cartographie du génocide », a dénombré 17 attaques de boulangeries dans la bande de Gaza. A la mi-novembre 2023, soit un mois après le début de la "riposte", plus aucune boulangerie ne fonctionnait à Gaza-ville (https://forensic-architecture.org/investigation/a-cartography-of-genocide). En outre, il y a eu au total 50 attaques dirigées contre des regroupements de civils cherchant à réceptionner l’aide humanitaire : le massacre commis le 29 février dans la ville de Gaza (112 tués, 760 blessés) fut l’une de ces attaques (https://www.ohchr.org/en/press-releases/2024/03/un-experts-condemn-flour-massacre-urge-israel-end-campaign-starvation-gaza ; https://www.972mag.com/gaza-aid-convoy-massacre-testimonies/). Le monde a découvert à cette occasion que l’armée d’occupation israélienne était capable de tirer sur une foule de Palestiniens désespérés venus chercher de la nourriture pour eux et leurs enfants affamés.

La quasi-totalité des Gazaouis font face actuellement à des niveaux critiques d’insécurité alimentaire, et plus de la moitié d’entre eux se trouvent au niveau 4 (« urgence) ou 5  (« catastrophe ») : https://www.ochaopt.org/content/reported-impact-snapshot-gaza-strip-24-december-2024. D’après une lettre adressée en octobre 2024 au président Biden par un groupe de professionnels de santé américains qui se sont déjà rendus à Gaza, plus de 60 000 Gazaouis seraient morts de faim (ou des complications associées à la malnutrition) entre octobre 2023 et septembre 2024 : https://static1.squarespace.com/static/66e083452b3cbf4bbd719aa2/t/66fcd754b472610b6335d66f/1727846228615/Appendix+20241002.pdf.

[10] Après avoir été visé à de multiples reprises au mois de décembre par des bombardements (l’usage de robots chargés d’explosifs a également été documenté) qui ont endommagé les différentes unités de soins et fait des victimes parmi les membres du personnel (quatre médecins ont été tués entre le 3 et le 7 décembre ; puis un pédiatre, une technicienne de laboratoire, deux ambulanciers et un agent de maintenance, tués aux abords de l'établissement le 26 décembre), l’hôpital Kamal Adwan de Beit Lahiya (dans l’extrême Nord de la bande de Gaza) a été pris d’assaut le 27 décembre ; les 350 personnes (le personnel, les patients et leurs proches) qui s'y trouvaient ont été évacuées de force, y compris les blessés les plus graves, et beaucoup d’entre elles ont été "arrêtées" en tant que "membres actifs ou suspectés du Hamas et du Jihad islamique" ; l’établissement a été incendié par les troupes d’occupation. Avec d’autres professionnels de santé, le directeur de l’hôpital, le Dr. Hussam Abu Safiya, est actuellement détenu au secret au sein du réseau de camps de torture israéliens. A la fin du mois de décembre, Kamal Adwan était le dernier grand centre de santé encore "fonctionnel" au nord de la ville de Gaza. L’objectif de l’évacuation forcée, de la démolition des hôpitaux et de la détention de leur personnel est de priver les survivants de soins médicaux, et par conséquent, de les pousser à fuir ; les civils grièvement blessés par les bombes ou les balles des forces d’occupation, ainsi que toutes les personnes fragiles (fragilité considérablement augmentée par la malnutrition, les conditions hivernales et la propagation des maladies infectieuses), sont par ailleurs condamnés à une mort certaine.

Depuis octobre 2023, il y a eu bien d’autres invasions et destructions, partielles ou totales, d’hôpitaux. Après avoir subi un premier assaut à la mi-novembre 2023, l’hôpital Al-Shifa, le plus grand centre hospitalier de la bande de Gaza, a été entièrement détruit, quelques mois plus tard, lors d’un siège qui a duré deux semaines (18 mars - 1er avril). Les forces israéliennes ont assassiné par balles, de sang-froid, de nombreux employés du gouvernement "du Hamas" − policiers et autres fonctionnaires civils qui n'avaient aucun lien avec la branche militaire du Hamas − considérés comme des "terroristes", des membres du personnel médical qui avaient refusé d’obéir à l’évacuation forcée, ou encore des patients alités. (https://www.lemonde.fr/international/article/2024/04/22/des-gazaouis-racontent-l-assaut-israelien-de-l-hopital-al-shifa-si-on-sortait-on-etait-tues_6229212_3210.html ; https://www.middleeasteye.net/fr/actu-et-enquetes/les-soldats-israeliens-se-sont-comportes-comme-des-monstres-palestiniens-racontent-raid-hopital-chifa-gaza ; https://mondoweiss.net/2024/04/come-out-you-animals-how-the-massacre-at-al-shifa-hospital-happened/). Le bilan de ce siège a été estimé à 1 500 tués, blessés ou disparus, d’après l’organisation Euro-Med Monitor (https://euromedmonitor.org/en/article/6254/Gaza:-Shifa-Medical-Complex-witnesses-one-of-the-largest-massacres-in-Palestinian-history).

[11] Des centaines de soignants ont été arrêtés et pour certains victimes d'abus et de tortures en détention. Le Dr. Adnan Al-Bursh, chef du département d’orthopédie du complexe médical d’Al-Shifa de la ville de Gaza (entièrement détruit en mars 2024 par les forces d'occupation), a succombé le 19 avril 2024 à des tortures et à l’absence de soins dans la prison d’Ofer, en Cisjordanie occupée. Il avait été arrêté en décembre 2023, avec plusieurs autres soignants, alors qu’il travaillait dans l’hôpital Al-Awda, dans le Nord de la bande de Gaza (https://www.middleeasteye.net/news/war-gaza-prominent-palestinian-doctor-tortured-and-killed-israeli-detention).

[12] Entre octobre 2023 et décembre 2024, plus de 1 000 professionnels de santé ont été tués par l’armée israélienne (https://www.ochaopt.org/content/reported-impact-snapshot-gaza-strip-24-december-2024). À titre de comparaison, le régime de Bachar Al-Assad et son allié russe ont tué entre 800 et 850 membres du personnel médical sur la période 2011-2024 (https://phr.org/our-work/resources/medical-personnel-are-targeted-in-syria/). Récit dans le journal Le Monde (13 décembre 2024) de l’assassinat du dernier chirurgien orthopédiste à opérer dans l’extrême Nord de la bande de Gaza, où se déroulait au même moment une opération de nettoyage ethnique (dite du "plan des généraux") lancée le 6 octobre 2024 : « Le docteur Saïd Joudah était retraité, mais il continuait d’opérer sans relâche dans l’extrême nord de Gaza, assiégé par l’armée israélienne depuis plus de deux mois. Il était le dernier chirurgien orthopédiste dans la zone. Le 12 décembre, il a été tué alors qu’il quittait l’hôpital Kamal Adwan pour aller prêter main-forte à celui d’Al-Awda. Le ministère de la santé local affirme qu’il "a été visé par un quadricoptère [drone à quatre rotors]" israélien. Un autre soignant, Karim Jaradat, a été tué le même jour alors qu’il se dirigeait vers l’hôpital Kamal Adwan. Un mois plus tôt, crâne rasé et front sillonné de rides, le docteur Joudah avait été filmé intimant le silence autour de lui, le visage crispé de douleur, alors qu’il constatait la mort de son neveu, qui venait d’être acheminé à l’hôpital. Lui-même avait été blessé aux jambes, à l’avant-bras et au visage, le 22 novembre, par un drone de reconnaissance israélien devant l’hôpital Kamal Adwan. Quelques jours plus tard, début décembre, il avait perdu son fils, Majd, âgé de 22 ans. » (https://www.lemonde.fr/international/article/2024/12/13/la-bande-de-gaza-ravagee-par-les-bombes-et-la-faim-bascule-dans-l-anarchie_6446843_3210.html)

[13] D’après le Comité de protection des journalistes, plus de 130 journalistes et travailleurs des médias palestiniens ont été tués à Gaza entre octobre 2023 et décembre 2024, ce qui n’a été vu dans aucun autre conflit armé depuis que cette organisation a commencé − en 1992 − à rassembler ce type de données : https://cpj.org/2024/12/journalist-casualties-in-the-israel-gaza-conflict/ Reporters sans Frontières donne un chiffre encore plus élevé et estime par ailleurs qu’Israël est devenu en 2024 la « troisième prison du monde » pour les journalistes (41 détenus) : https://rsf.org/fr/bilan-2024-le-journalisme-paie-un-prix-humain-exorbitant-dans-les-conflits-et-les-r%C3%A9gimes. RSF a pu prouver que plusieurs dizaines d’entre eux avaient été délibérément visés par les forces d’occupation israéliennes, parfois en compagnie de leurs proches : https://rsf.org/fr/guerre-isra%C3%ABl-gaza-la-liste-de-journalistes-tu%C3%A9s-dans-l-exercice-de-leurs-fonctions-en-palestine-en

[14] Deux rapports consécutifs d’une commission d’enquête internationale indépendante créée par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU ont constaté la perpétration de crimes contre l’humanité à Gaza : rendu en juin et portant sur la période octobre-décembre 2023, le premier rapport a démontré en particulier que « les éléments constitutifs du crime contre l’humanité étaient réunis, à savoir des attaques généralisées ou systématiques dirigées contre la population civile de Gaza », ou encore que les « crimes contre l’humanité d’extermination, de persécution fondée sur le genre à l’encontre d’hommes et de garçons palestiniens, de transfert forcé et d’actes de torture » avaient été commis dans le cadre de cette prétendue guerre d’"auto-défense" (https://documents.un.org/doc/undoc/gen/g24/086/65/pdf/g2408665.pdf) ; rendu en septembre, le second rapport se focalise notamment sur la destruction délibérée du système de santé de l’enclave assiégée, une destruction qualifiée elle aussi de « crime contre l’humanité d’extermination » (https://documents.un.org/doc/undoc/gen/n24/262/80/pdf/n2426280.pdf).

[15] Lors des trois premières semaines de la "riposte", le nombre d’enfants tués par l’armée israélienne a dépassé celui enregistré chaque année depuis 2019 dans l’ensemble des pays touchés par des conflits armés : https://www.savethechildren.net/news/gaza-3195-children-killed-three-weeks-surpasses-annual-number-children-killed-conflict-zones ; sur les 11 300 enfants identifiés parmi les 14 100 mineurs tués entre octobre 2023 et août 2024, le ministère de la Santé de l’enclave a pu dénombrer 710 nourrissons de moins de 12 mois (https://www.savethechildren.net/news/gaza-least-3100-children-aged-under-five-killed-others-risk-famine-looms) ; à titre de comparaison, l'armée de Bachar Al-Assad, son allié russe et ses supplétifs (Hezbollah, milices iraniennes...) ont tué environ 21 000 enfants syriens en 10 ans de guerre civile (https://www.syriahr.com/en/217360/) ; par ailleurs, à la date du 24 juin 2024, l’ONG Save the Children a estimé à 21 000 le nombre d’enfants portés disparus (perdus par leur famille, restés sous les décombres, enterrés dans une fosse commune, ou encore détenus au secret en Israël comme les milliers de civils adultes qui ont été enlevés par les forces d’occupation : https://www.savethechildren.net/news/gazas-missing-children-over-20000-children-estimated-be-lost-disappeared-detained-buried-under).

[16] Dans leur lettre adressée au président Biden, le groupe de professionnels de santé américains susmentionné a établi, à la date du 30 septembre 2024, le bilan de 118 908 Gazaouis morts en raison de l’opération de "représailles" israélienne : il inclut les personnes mortellement blessées par l’armée israélienne et dont le décès a été confirmé (41 495), celles qui sont restées sous les décombres (nombre estimé à 10 000 minimum), celles qui sont décédées de malnutrition (nombre estimé à 62 413 minimum) et celles qui n’ont pu recevoir les soins nécessaires au traitement de leurs maladies chroniques (nombre estimé à 5 000 minimum), mais ne prend pas en compte, en particulier, les décès dus aux épidémies (entre octobre 2023 et juin 2024, l’OMS a comptabilisé, sur une population de 2,3 millions d’habitants, près d’un million de cas d’infections aigües des voies respiratoires, un demi-million de cas de diarrhées aqueuses aigües, et une centaine de milliers de cas de jaunisse liée à l’hépatite A : https://reliefweb.int/report/occupied-palestinian-territory/opt-emergency-situation-update-36-7-oct-2023-15-july-2024-1600). En ce qui concerne le nombre de décès causés par des lésions traumatiques et qui ont pu être constatés sur place, une étude publiée le 10 janvier 2025 par la revue médicale britannique The Lancet estime qu’il est supérieur de 41 % à celui enregistré par le ministère de la Santé à Gaza. Sur la période octobre 2023 - juin 2024, donc en neuf mois de bombardements et d’invasion terrestre, l’étude a fait état d’un bilan de 64 260 tués, sans compter les personnes restées sous les décombres, alors qu’au 30 juin 2024, le bilan donné par le ministère de la Santé du Hamas était de 37 877 personnes mortellement blessées par les forces d’occupation israéliennes (https://www.thelancet.com/action/showPdf?pii=S0140-6736%2824%2902678-3).

[17]  Avant octobre 2023, environ 500 camions approvisionnaient chaque jour la bande côtière sous blocus, qui dépendait presque exclusivement de l’aide internationale. Entre août et novembre 2024, le flux quotidien est tombé à 55 en moyenne (https://www.ochaopt.org/content/reported-impact-snapshot-gaza-strip-24-december-2024). D’après l’ONG Oxfam, entre début octobre et fin décembre 2024, seuls 12 camions d’aide humanitaire chargés de nourriture et d’eau potable ont pu pénétrer dans le Nord de Gaza ciblé par une opération de nettoyage ethnique visant les localités de Jabaliya, Beit Hanoun et Beit Lahiya : « Sur les rares 34 camions transportant de la nourriture et de l’eau autorisés à entrer dans le gouvernorat du nord de Gaza au cours des deux derniers mois et demi, des retards délibérés et des obstructions systématiques de la part de l’armée israélienne ont fait que seuls 12 ont réussi à distribuer de l’aide aux civils palestiniens affamés » (https://www.oxfam.org.uk/media/press-releases/just-twelve-trucks-distribute-food-and-water-in-north-gaza-governorate-in-25-months).

Les camions autorisés à entrer par l’un des postes-frontières ont été pour beaucoup d’entre eux exposés aux pillages par des gangs armés contre lesquels l’armée d’occupation n’a jamais agi ; les agents de police fournis par le gouvernement "du Hamas" ont été systématiquement éliminés lorsqu’ils se sont chargé de sécuriser les convois (https://www.lemonde.fr/international/article/2025/01/03/la-bande-de-gaza-victime-du-sabotage-de-l-aide-humanitaire_6479195_3210.html). 

[18] https://www.emro.who.int/images/stories/Sitrep_52.pdf?ua=1. Le laboratoire pluridisciplinaire Forensic Architecture (basé au collège Goldsmiths de l'université de Londres) a pu établir, sur la période octobre 2023-août 2024, que 31 des 36 hôpitaux avaient subi des attaques « directes » de la part des forces d’occupation israéliennes, que 11 avaient été assiégés et que 10 avaient été envahis (https://forensic-architecture.org/investigation/a-cartography-of-genocide).

[19] Par la rupture de l’approvisionnement en électricité et en carburant, ainsi que par des bombardements ciblés ; d’après l’ONG Oxfam, l’accès à l’eau des Gazaouis a été réduit de 94 % pour atteindre à peine 5 litres par personne par jour, soit à peine un tiers du minimum recommandé dans les situations d’urgence : https://oxfamilibrary.openrepository.com/bitstream/handle/10546/621609/bp-water-war-crimes-180724-en.pdf.

[20] Voir le chapitre 7 : « L’intention d’Israël à Gaza », p. 202-282 (en anglais).

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