Star Wars, un filon insuffisamment exploité du tourisme sud-tunisien ?

Dark Vador, le plus grand méchant du Cinéma, est tunisien ! Il a grandi sur la planète Tatooine, qui correspond sur notre Terre au désert Chott-El-Gharsa...à moins que ce ne soit plus au sud, vers Ksar Hadada. Dark Vador est tunisien mais au pays, même si son ombre plane sur l'Office National du Tourisme, les professionnels du secteur n'ont pas tous pris la mesure de l'information.

"Eh bien s'il y a un point central dans cet univers, tu es sur la planète qui en est le plus éloignée..." (Luke Skywalker, Star Wars : Un Nouvel Espoir, 1977)

La Tunisie se relève peu à peu d'une période difficile. Le tourisme, pilier de l'économie tunisienne, fortement impacté par la Révolution de 2011 et les attentats qui ont visé des complexes hôteliers en 2015, est bien reparti depuis l'été dernier. Les bons chiffres de l'année écoulée s'expliquent notamment par le renforcement de la sécurité d'une part et une communication accrue des autorités particulièrement vers les occidentaux et asiatiques d'autre part. Pour accompagner le retour des européens, russes et chinois, le Ministère de l'Equipement a également lancé de grands travaux d'infrastructures dans le sud. Cette seconde moitié du pays fut longtemps délaissée et la fracture territoriale tunisienne aura été au cœur des préoccupations durant la Révolution. Les routes en bitume viennent remplacer les pistes, les hôtels sont peu à peu rénovés, et les circuits proposés aux touristes se multiplient. Pas encore totalement encadrée, la visite des lieux de tournage des trilogies Star Wars dans le sud-tunisien reste un segment du tourisme à développer et relève encore du parcours du combattant pour les fans du monde entier souhaitant venir se recueillir aux abords de la maison de Luke Skywalker. Car c'est bien ici que le réalisateur George Lucas a commencé à tourner son œuvre en 1976 (Episode IV : Un nouvel Espoir...que les français ont d'abord connu sous l'appellation "La Guerre des Etoiles") avant d'y revenir une nouvelle fois pour sa seconde trilogie en 1997 (Episode I : La Menace Fantôme). C'est dans ce même désert tunisien que fut filmée la scène mémorable du coucher des soleils jumeaux qui donna une profondeur d'âme au personnage principal, et une once de crédibilité à l'univers imaginé par Lucas. Le mythe Star Wars a pris forme dans le désert tunisien.

Si les autorités locales du tourisme ont bien compris l'intérêt d'attirer de nouveaux visiteurs grâce à la saga intergalactique, force est de constater que les tour-operators et professionnels privés du secteur semblent encore un peu faiblards si l'on compare à ce qui peut se faire en Irlande autour de la série-évènement Game of Thrones, ou même en Angleterre qui a su attirer, en très peu d'années, environ 6000 visiteurs par jour aux studios d'Harry Potter, pourtant situés à l'écart de Londres. Un passage par les lieux de tournage est pourtant proposé quasi-systématiquement dans chacune des excursions vers les zones de Tataouine (Ksar Ouled Soltane) ou de Tozeur (les décors conservés). Mais qu'en est-il des dizaines d'autres lieux où furent tournés cette saga ? Pourquoi peu de circuits en font la promotion ?  Pourquoi le lieu qui a accueilli la célèbre scène de la Cantina reste-t-il désespérément dans un état de dégradation avancé ?

J'y vois plusieurs raisons historiques et sociétales. A commencer déjà par la relation entre la saga elle-même et la Tunisie. A la fin des années 70, la Tunisie était équipée d'environ 115 salles de cinéma. Le film n'a pas été distribué en Afrique du Nord et la Tunisie, bien qu'ayant accueilli le tournage en 1976, n'aura donc pas connu les aventures de Luke Skywalker. Pas étonnant non plus dans le contexte géopolitique de l'époque. Le rêve panarabe de rapprochement entre Bourguiba et Kadhafi prenait fin, mais l'hostilité à la culture occidentale était toujours entretenue. Pas de seconde chance de visionner le film non plus lorsque la trilogie ressortira sous forme d'Edition Spéciale 20 ans après sa sortie, alors même que de nombreux pays évités la première fois firent la connaissance de cet univers avec un succès relatif. En Tunisie, la lente arrivée de la télévision (mais aussi les habitudes du public étudiant qui a peu à peu quitté les salles obscures) a fait chuter le nombre de salles de cinéma à une douzaine au début des années 2000, essentiellement concentrées dans le Grand Tunis. Plus récemment, de nouveaux équipements et le premier multiplex (2018) sont venues compléter l'offre, beaucoup plus portée sur l'international. Les blockbusters américains sortent donc depuis quelques années sur les écrans tunisiens et le Réveil de la Force (Episode 7 - 2015) fut donc le premier Star Wars à investir les salles du pays.

Ensuite, l'essor du tourisme tunisien...Vers la fin des années 80, l’État a cherché à diversifier les offres de destinations en faisant venir les visiteurs dans le désert du Sahara. En quête de nouvelles sensations et paysages de carte postale, on voit apparaitre la clientèle européenne et nord africaine au milieu des oasis perdues de ces régions du sud tunisien (Ksar Ghilane, Tozeur, Douz). Dès lors, l'activité touristique se développe, bien aidée par une stabilisation politique du pays après le coup d'état de Ben Ali qui n'aura fragilisé l'attractivité tunisienne que durant la fin d'année 87 : on notera une croissance de 96 % des recettes en 1988, montrant une certaine résilience de l'activité touristique, et une grande capacité à se remettre des crises politiques. Il aura fallu encore quelques années pour que les infrastructures s'adaptent au tourisme de masse, boosté par les compagnies low-cost (doublement de la capacité de l'aéroport de Djerba en 2004, ouverture d'un aéroport entre Gabès et Matmata en 2008 qui accueillera prochainement ses premiers voyageurs internationaux). Aujourd'hui, la Tunisie est dans le top 30 des destinations mondiales et 4ème sur le continent africain derrière le Maroc, l'Afrique du Sud et l’Égypte mais le pays connait une forte croissance synonyme d'un avenir touristique aussi précaire sur une année que résistant dans le temps. De fait, les lieux de tournage, pas forcément très accessibles aux touristes et qui s'adressent avant tout aux jeunes occidentaux, sont des excursions proposées depuis seulement quelques années.

La saga Star Wars, de son côté, n'a connu aucun nouveau film entre 1983 et 1999. Seize années de disette pendant lesquelles les fans, dans l'attente de la nouvelle prélogie annoncée, étaient biberonnés quotidiennement par la société de productions Lucasfilm à travers le développement de l'univers étendu (littérature, comics, jeux vidéos, jouets, etc... ). L'essor d'internet a permis de mettre en lien les fans du monde entier et de créer des communautés se structurant peu à peu en associations (cosplay : 501st Legion, Rebel Legion, etc...) qui participent à des "conventions", sortes d'evenements fantasy-science-fiction. Un univers Star Wars qui s’étoffe donc et qui met parfois la planète désertique Tatooine en valeur (jeu vidéo X-Wing Rogue Squadron), mais qui garde cependant le mystère sur les origines d'Anakin Skywalker (le jeune Dark Vador), dont l'histoire sera contée au cinéma par George Lucas à la fin des années 2000. Les toutes premières annonces révèlent déjà une révolution en termes de décors et personnages numériques. Pour autant, le réalisateur retourne en Tunisie pour tourner son film dans les vrais décors dunaires qui habillent la planète recouverte de sable. Il ira même jusqu'à filmer à Ksar Hadada, qu'il avait repéré une première fois en 1975, 22 ans plus tôt, mais qui n'avait pas servi à l'époque. Mieux, on apprend que le jeune Anakin Skywalker, personnage central de toute la saga, est originaire de cette planète. Dark Vador est tunisien, rien que ça !

Pour terminer : quel intérêt ? Quel intérêt à aller voir des décors de films, des ruelles, des rochers, des déserts, des greniers à grain à l'abandon, ou des flancs de montagnes abruptes, etc...? Quel touriste mettrait de côté les multiples excursions et activités proposées par l'hôte tunisien, pour aller traverser un désert et admirer des grains de sable ? C'est bien ça que j'ai décidé de venir voir plutôt que Carthage ou Hammamet. Au diable les balades à dos de dromadaire, bronzettes à la plage et sortie dans le souk, le "Voyage Star Wars" sera avant tout spirituel, à la recherche de l'authenticité visuelle, avec l'optique de revenir au cœur des tournages de 1976 et 1997. Marcher dans les traces des personnages qui me font rêver depuis que je suis gosse est l'intérêt principal. Il y a donc une forme de nostalgie évidente, de voyage quasi-religieux et de recherche matérielle qui viendra justifier mon périple, mais aussi un travail archéologique pour retrouver des décors immortalisés sur pellicule. Et puis, peut-être que la période culturelle actuelle se prête bien à cela. La culture geek-sci-fi, un peu moquée dans les années 70-80 est magnifiée aujourd'hui. Difficile de passer à côté des séries TV mettant en scène des superhéros, des reboots de sagas fantastiques, ou encore "la suite, 20 ans après" qui font dire à peu près à chaque téléspectateur..."je suis fan". Mais si tout le monde est fan, plus personne ne l'est ! Le fan, c'est celui qui se démarque du groupe par son côté extravagant vis à vis de l’œuvre. Et dans le cadre de Star Wars, c'est parfois très extravagant non ? Alors oui, ce voyage, au delà des routes touristiques, sera aussi une extravagance de fan. Cette saga ne m'a jamais lâché depuis que j'ai 4 ans et j'y voue un culte qui passera donc par la visite des lieux de tournage. Voila ce qui aura motivé mon voyage. Je me suis dit qu'à 33 ans et avec quelques euros de côté, il était temps d'enfin réaliser ce pèlerinage... LE pèlerinage de ma vie de fan... Je me propose donc d'exposer ici, à travers ma propre expérience sur place, les étapes du voyage vers cette galaxie lointaine, très lointaine....

 

"Maintenant, sois courageux, et ne te retourne pas...ne te retourne pas..." (Shmi Skywalker, Star Wars : La Menace Fantôme, 1999)

Chaque début de vacances commence par Google..."Star Wars Tunisie" renvoie majoritairement sur des sites de fan-club (dont une référence française, www.starwars-universe.com, qui a réalisé un excellent dossier sur les lieux de tournage à ne surtout pas manquer de lire avant le départ) ou bien sur les sites gouvernementaux du tourisme et quelques vidéo-clips ou reportages plus ou moins bien léchés, qui commencent parfois un peu à dater. Cette première recherche doit me permettre de recenser l'ensemble des lieux d'intérêt...et tant pis pour les destinations touristiques, j'ai décidé que j'irai faire absolument TOUS les lieux où ma saga chérie a pris forme dans ce pays, et même si le site filmé en question a été coupé au montage final du film. En creusant un peu sur le web, on tombe même sur le récit de fans qui ont œuvré eux-mêmes à la restauration de "l'igloo". Save the Lars Homestead fut un projet ambitieux et une aventure humaine menée par le fan belge Mark Dermul, mais aussi révélateur des limites des pouvoirs locaux à prendre conscience de ce patrimoine cinématographique avant que, quelques années plus tard, le site de Mos Espa, lui aussi ne soit sauvé de l'avancée d'un massif dunaire, cette fois-ci mieux encadré par le gouvernement tunisien, dans la même zone de Tozeur-Nefta.

Au total, je recense donc ces lieux à voir :

Sur l'île de Djerba, 5 sites :

- Sidi Jmour : mosquée sur le borde de mer ayant servi au tournage de l’arrivée au spatioport de Mos Eisley et scène coupée de la station Tosche à Anchorhead (site numéro 1).

- sur la côte, une maison de pêcheur : la hutte de Ben Kenobi (site 2), chevalier Jedi en exil dans le désert de Tatooine.

- dans la ville d'Ajim : l'ancienne cantina en extérieur (site 3), le "stormtroopers checkpoint" (site 4), et l'allée où les soldats voient s'envoler le Faucon Millenium (site 5).  Ces lieux sont toutefois très proches les uns des autres et apparaissent parfois ensemble dans plusieurs plans larges.

 

Sur le continent, aux abords de la ville de Tataouine :

- Ksar Ouled Soltane : cet ancien grenier à grains a servi pour imager numériquement les arrières plans des habitations du quartier des esclaves de Mos Espa (site 6).

- Ksar Hadada : comme précédemment, avec des scènes tournées avec Liam Neeson et Pernilla August en extérieur (site 7). 

Comme la ville de Tataouine a donné son nom à la planète Tatooine, il me fallait voir les villages voisins de Chenini, Ghomrassen et Guermassa...: les noms que portent les 3 lunes de Tatooine.  Pour l'anecdote, deux de ces lunes resteront à jamais les premiers éléments visuels aperçus dans un film Star Wars puisqu'elles apparaissent immédiatement dès le plan d'ouverture quand la caméra descend après la fin du texte-générique déroulant. Je ne les compte cependant pas comme un lieu de tournage.

 

Plus vers l'Ouest, dans la région de Tozeur et Nefta :

- Sidi Bouhlel, le Star Wars Canyon : dans les montagnes, là où Ben vient à la rencontre de Luke et des droïdes. Là aussi où les jawas capturent le droïde R2-D2, ainsi que d'autres scènes diverses (point d'observation des héros sur Mos Eisley, attaque des Pillards Tuskens, etc...). Ce lieu a aussi accueilli des scènes de Indiana Jones : les Aventuriers de l'Arche Perdue et du Patient Anglais (site 8)

- Ong Jmal, dans le désert de Chott-El-Gharsa. Rocher à la forme particulière (cou de dromadaire) qui attire les curieux et qui a servi sur plusieurs plans de La Menace Fantôme (site 9).

- les rochers Yardang de Chott-El-Gharsa ont également servi à plusieurs scènes de transition (abords de la nef royale, combats Qui-Gon / Dark Maul) dans le désert (site 10).

- les décors conservés de Nefta dans le désert de Chott-El-Gharsa, haut-lieu du tourisme "Star Wars", où furent tournées les scènes extérieures de la ville de Mos Espa (site 11). Une petite extension à l'écart (le site où Anakin essaye son module la veille de la course) existe également, mais n'a pas été conservé ou sauvé lors de l'opération "Save Mos Espa" et est donc en partie enseveli par les dunes.

 - et enfin, l'igloo de Luke, un petit bâtiment au milieu de nulle part, mais qui reste LE lieu le plus mythique de ce périple pour l'image qu'il renvoie (site 12). Un peu plus au nord, on trouvera le massif dunaire "la Grande Dune", mais qui n'est plus clairement identifiable en raison des mouvements du sable et de l'évolution constante du paysage.

 

Entre Matmata et Médénine :

- l'hôtel Sidi Driss, qui a servi de lieu pour l'intérieur de la ferme des Lars, la famille de Luke Skywalker, avec une configuration troglodyte (site 13).

- Ksar Médénine, un énième grenier à grain, celui ci étant également touristique de par sa position en centre-ville de Médénine, et le nombre de ses boutiques diverses. Très utilisé lors du tournage de la Menace Fantôme pour le quartier des esclaves (site 14).

Au total : Une petite quinzaine de lieux répartis sur une douzaine de sites, une check-list que me confirme l'article du site officiel Star Wars.

La multitude de vidéos promotionnelles "Star Wars" me donne clairement envie et je passe une bonne partie du temps à projeter mon voyage en terre sainte en matant ces clips sur Youtube. Ces vidéos sont majoritairement produites par l'Office National du Tourisme Tunisien, et on les retrouve diffusées dans les différentes campagnes de promotion, notamment "Tunisie, Moi J'y Vais", une opération lancée par l'ONTT en France en 2015 après le premier attentat de Bardo et qui s'adresse donc particulièrement aux européens. De même, "Discover Tunisia" (ou Inspiring Tunisia) est l'outil de promotion international du pays et s'adresse au grand public en plusieurs langues.

A noter également le soutien apporté par l'ONTT au fan-club tunisien de Star Wars dont la passion exprimée dans les clips n'a d'égal que la puissance de l'outil de marketing territorial qui en est fait.

Notre Voyage Star Wars enTunisie © TunisieMoiJyVais

Star Wars filming locations in Tunisia - True Tunisia / season 1 (episode 7) © Discover Tunisia

Tunisia Love at First Sight ... Le coup de foudre en Tunisie 1 sur 3 © TunisieMoiJyVais

Happy ( WE ARE FROM TATOOINE) © SW Fans Tunisia

Luke Skywalker's home (Sidi Driss Hotel) Rebuilding -Step One © SW Fans Tunisia

40 years later ...Back to Tatooine !! © SW Fans Tunisia

Ces vidéos s’attellent à montrer les sites touristiques de Tozeur-Nefta (décors de Chott-El-Jerid) et Matmata (Sidi Driss). Rien, ou peu, sur les sites de Djerba par exemple, et les ksour sont un peu évités... 

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Sur d'autres supports que j'ai pu me procurer, comme la brochure Thomas Cook sur l'Ile de Djerba, les excursions sont proposées pour visiter les sites Starwars (en un seul mot) lors de sorties vers Matmata et Douz (il n'y a pourtant rien de "Star Wars" à Douz...). Mais le plus étonnant, c'est que dans la brochure de Djerba où on vante les lieux de tournage, aucun de ces sites n'est situé sur...Djerba. En effet, la brochure ne rappelle nulle part que sur l'île même, le film fut tourné. Idem dans le Guide du Routard 2019 : rien ! Le comble !

 

" Luke, je n'ai pas de vecteur d'approche...je ne suis pas branché !" (Dak Ralter, Star Wars : L'Empire Contre-Attaque, 1980)

Mes vols et hôtels djerbiens réservés (le voyage commencera et finira sur cette île touristique), il me faut donc désormais trouver une excursion...et c'est là que çà se gâte : je ne dirais pas que c'est le désert...ou bien peut-être étais-je trop pointilleux dans ce que je recherche.  Les différents lieux s'étalent sur des centaines de kilomètres de routes désertiques entre Djerba, Tataouine, Tozeur, Matmata et Medenine et pas forcément sur des zones prisées des touristes. Du coup, quel tour-opérator pourrait se lancer dans une telle excursion ?

Plusieurs options s'offrent tout de même à moi...Je pourrais participer à des excursions "sud tunisien" qui me proposent la panoplie d'activités, dont celle de s'arrêter voir les greniers à grains de Tataouine ayant servi au tournage du film. Puis le lendemain, je pourrais prendre une autre excursion similaire qui s'arrête dans une oasis pour y faire du quad, découvrir un fort romain, plonger dans une source d'eau thermale, et faire un détour pour voir le Sidi Driss Hôtel et les maisons troglodytes...Enfin, un vol interne vers Tozeur me permettrait de faire la tournée des sites de Nefta, à savoir les anciens décors conservés et le Ong Jmal...

Bref, je ne trouve pas immédiatement d'offres "all and only star wars" ! En approfondissant mes recherches, je tombe quand même sur des offres intéressantes, sur généralement 7 jours, mais avec au programme autant de lieux Star Wars que d'excursions et visites "touristiques" diverses à travers le pays et donc des passages par Hammamet, Carthage voire Tunis, bien loin des lieux de tournage. Mêler découverte culturelle et passion devrait m'intéresser, mais les prix proposés et trajets envisagés sont hors budget et hors calendrier. Souhaitant plutôt optimiser le séjour...pardon, le pèlerinage...j'éviterai donc d'inclure ces suppléments dans mon voyage.

A titre d'exemples, vous trouverez ci-dessous quelques liens et les tarifs proposés. La plupart de ces offres sont proposées en groupe uniquement alors que je prévois de partir seul...Pas simple donc.

https://www.mosaicnorthafrica.com/package/star-wars-tour/

7 jours / 6 nuits. Il n'y a pas de prix indiqué ni de précision sur la prise en charge (hébergement et repas inclus ?), le voyage peut à priori se faire en solo, et l'ensemble des sites répertoriés est visité. L'offre s'agrémente de sorties plus culturelles dans d'autres villes du secteur, le site est en anglais.

https://newgotravel.com/voyage/voyage-star-wars-en-tunisie

5 jours / 4 nuits. L'hébergement est compris en demi-pension dans cette offre à 390 €/personne. Pour autant, l'offre manque de précision et trop peu de sites sont mentionnés ou évoqués clairement. Cette offre mérite d'être détaillée.

https://www.tacapes-tours.com/star-wars-122

8 jours / 7 nuits. Il s'agit ici d'une longue excursion, à partir de 510 €/personne pour un groupe de 6. Le seul gros point négatif est que l'offre semble être réservée aux groupes et ne peut, à priori, pas se faire en solo. Tout est compris, tous les sites sont visités et il s'agit ici, je pense, d'une des offres les plus complètes et marquantes avec une multitude d'activités proposées et de sites visités.

https://www.autretunisie.com/les-circuits/sites-star-wars-voyage-planete-tatooine/

5 jours / 4 nuits. L'hébergement et les repas sont compris. Là encore, l'offre est limitée par le critère de groupes, puisqu'il faut être au minium 4 voyageurs (regroupement possible) pour en profiter, à partir de 445 €/personne. Tous les sites semblent visités même s'il n'est pas fait mention des Ksar autour de Tataouine. L'offre mérite donc une précision.

https://www.grand-sahara-aventures.com/circuit-grand-tour-star-wars-djerba

4 jours / 3 nuits. Tout est compris pour 420 €/personne (prix dégressif). Là encore, tous les sites sont visités. Il est même appréciable de faire une sortir Star Wars en 1 journée à partir de 3 personnes (70 €/personne), en ne visitant que les sites de Djerba et autour de Tataouine, Matmata et Médénine.

La plupart des offres présentées ici (il en existe probablement d'autres) vont faire le tour des 14 lieux de tournage. Mais globalement, ce qui surprend un peu, c'est l'imprécision de certaines offres au sujet des sites visités...On apprend qu'il y a des "décors star wars" à voir, mais on ne sait pas trop à quoi ils correspondent. Si certaines offres détaillent bien le parcours, en faisant preuve d'une certaine connaissance du film, d'autres éludent totalement cette information. Il ne manquerait plus que votre guide vous montre n'importe quel maison ou dune qui sort un peu du lot et vous dise "c'est Star Wars", que vous y croiriez presque une fois sur place...et c'est précisément ce qui va se passer lors de mon excursion.

Mon excursion, c'est la suivante. Une fois trouvée, j'ai réservé assez rapidement, sans même avoir à comparer avec les offres présentées ci-dessus, et j'ai pris une première fois contact avec l'organisateur en Décembre pour un départ en Mai. Je pense que de n'avoir qu'un seul client était peut-être une première pour ce guide local habitué des groupes, mais j'ai trouvé le tarif correct, à savoir 390 € pour 3 jours / 2 nuits, hébergement et repas compris, l'ensemble des sites visités. Le parcours est bien détaillé, avec des photographies tirées du film, dont celle des fameux "couchers de soleils jumeaux", et des réponses rapides concernant mes attentes. Le guide est aussi bien noté sur les sites de référencement et de tourisme, et semble un peu plus indépendant et local que toutes ces agences un peu impersonnelles avec leurs offres déjà toutes faites. Pour cette expérience, c'est ce côté authentique et personnalisé qui m'a séduit dans l'offre du guide Moez Rassaa. Pouvoir dormir dans un gîte rural, loin des hôtels "à l'occidental" a aussi pesé sur mon choix. Et puis, 3 jours, c'est largement suffisant pour voir ce que je dois voir...Enfin, je crois...

http://guidedjerbaetdeserttunisien.uniterre.com/381738/*+Star+Wars+%C3%A9vasion+.html

 

" Cette ville est le repaire des malandrins les plus infâmes de la galaxie. Il faut être prudent." (Ben Kenobi, Star Wars : Un Nouvel Espoir, 1977)

Je m'envole donc de l'aéroport de Lille-Lesquin un samedi 04 Mai. Ma formation de géographe et ma curiosité m'ont fait mesurer une distance très précise de 1977,99 Km entre mon appartement à Tourcoing, et mon premier hôtel à Djerba. Ces nombres ne devraient pas tomber dans l'oreille d'un sourd fan de Star Wars, le 04 Mai étant le "Star Wars Day > May the fourth (May the 4th) be with you", et 1977 et 1999 étant les années de sorties des films tournés en Tunisie (Épisode IV et Épisode I). Ces signes ne peuvent être que des manifestations de la Force, sorte d'énergie cosmique utilisée par les Jedi et les Sith dans leur combat pour le bien et le mal. Tous les voyants sont donc au vert.

Je rencontre mon guide qui vient me chercher à mon hôtel, alors même que débute le mois saint du Ramadan. Moez Rassa m'accueille chaleureusement (comme tous les gens que j'ai pu rencontrer dans ce pays) et m'explique en détail, le parcours qui m'attend, accompagné donc du chauffeur-guide prénommé Afoul, qui m’emmènera pendant les 3 prochains jours sur les traces de Star Wars. Afoul, la quarantaine au look d'aventurier, est aux petits soins avec moi et me met en confiance tout de suite sur le programme des 3 prochains jours. Il me laisse aussi globalement la possibilité et la souplesse de m'arrêter quand je veux, où je veux...c'est aussi l'avantage de voyager seul. Le programme variera cependant un peu par rapport à ce qui était annoncé sur le site (je suis un latin (et fonctionnaire), j'ai la culture de croire que ce qui est écrit a de la valeur...au Maghreb, la parole fait foi et c'est forcément un peu différent, je m'y étais préparé...).

Je commence donc par Sidi Jmour, sur la côte préservée de Djerba. Mon guide se gare, me laisse descendre prendre des photos de la mosquée qui a servi pour deux scènes, et va faire un petit somme à l'ombre le temps que je parte à l'aventure sur les rochers, le Ramadan étant aussi une épreuve pour les organismes, je sais que la journée sera longue pour lui. 

Je profite de ce site, de moindre importance dans le film de 1977 puisque la majeure partie des scènes tournées ici sera finalement coupée au montage final. L'actrice Koo Stark y avait même fait une apparition mais la future ex-conjointe du Prince Andrew d'Angleterre ne survivra pas au montage de George Lucas. Rien de mythique ici donc, mais le petit jeu que je m’octroie sur place consiste à trouver l'angle de caméra utilisé à l'époque par le réalisateur, et de constater l’évolution des bâtiments depuis quatre décennies. Et le site, en bordure de mer, est plutôt agréable. Mon guide et moi sommes seuls, deux personnes au devant de la mosquée discutent. C'est calme, c'est beau... Mais on doit repartir, la route est encore longue pour ce premier jour. 

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Deuxième lieu, cette fois ci beaucoup plus marquant, bien que lui aussi non conservé au remontage du film pour l’Édition Spéciale : la maison de Ben Kenobi, le vieil ermite Jedi qui emmènera Luke dans ses aventures et l'initiera à maitriser la Force. Ben (Obi-Wan) Kenobi est, en quelques sortes, un de mes personnages préférés, comme beaucoup d'autres fans. Le lieu est à seulement quelques kilomètres de Sidi Jmour, toujours le long de la côte...On passe devant et... mon guide ne décélère pas alors que je vois la maison de pêcheur à hauteur de notre véhicule ! Je lui lance, en montrant la maison du doigt, un "C'est Star Wars, çà...!"... On s’arrête un peu brusquement... Ouf ! Il ne l'a pas avoué, mais je pense qu'il avait zappé cette petite baraque perdue au milieu d'une route vers Ajim, qui longe la mer... Un pêcheur sur sa barque à quelques mètres nous observe arriver. Je prends mes photos du petit édicule et je me permets d'entrer. Rien d’intéressant, des déchets malheureusement, mais l'aspect extérieur a peu changé. Nous sommes devant la maison du maître de Dark Vador, qui s'est caché de l'Empire sur cette planète reculée. C'est dans ce lieu que Luke Skywalker tiendra un sabre laser pour la première fois, qu'il en apprendra davantage sur les Jedi, sur la Force, sur son père, et qu'il recevra de R2 l'appel au secours de la Princesse Leia. La hutte de Ben Kenobi, c'est la derniere étape du héros avant son long voyage. Ici, c'est une maison de pêcheur, seule sur le bord de mer, légèrement en décrépitude...Mais non moins mythique !

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Arrivés dans la ville voisine d'Ajim, mon guide m'emmène devant une boulangerie qu'il me présente comme étant le lieu à voir. Ce n'est pas exactement cela...A savoir les extérieurs de la Cantina, les rues de Mos Eisley et le "stormtrooper checkpoint" où le spectateur a pu s'émerveiller des capacités du vieux Ben Kenobi à utiliser la force sur les soldats de l'Empire. Enfin, l'allée où l'on voit le Faucon Millenium de Han Solo s'envoler a été tourné dans une ruelle adjacente, qui a également servi aux plans larges du "stormtrooper checkpoint".
Le lieu a énormément évolué, difficile de se rendre compte du paysage de l'époque. Mais ce n'est pas cette boulangerie, j'en suis certain. C'est une ancienne boulangerie, ça oui. Une inscription "Star Wars location" a été taguée sur le mur de ce bâtiment au dôme si caractéristique des lieux...mais ce sera le seul indicatif du passage du film. L'allée n'est pas au programme de mon guide, mais grâce à un repérage préalable sur carte (Google Earth), je sais où elle se situe et je m'y rends de ma propre initiative. Je croise quelques badauds, un peu étonnés mais sans plus, de me voir prendre des photos de bâtiments sans intérêts. Je suis ici dans un quartier résidentiel, modeste, en bordure de la route principale...Il n'y a clairement pas grand chose à faire ni à voir. Les déchets jouxtent les poubelles à terre, l'endroit n'est pas très accueillant, au contraire du vieux monsieur qui m'accoste et à qui j'explique ma démarche. J'étais prévenu, je savais que la mythique cantina tombait en ruine, mais pas à ce point là. Ni mon guide, ni les habitants ne semblent connaître l'intérêt relatif de ce lieu.

Ajim, 15 000 habitants et 3ème commune de Djerba, n'est pas vraiment dans les guides touristiques sauf pour préciser qu'elle accueille le port qui permet les liaisons maritimes avec le continent. Les paysages de la côté préservée et inconstructible, ainsi que les menzel, ces maisons agricoles typiques autour des champs d'oliviers, font toutefois le charme des alentours. Clairement, George Lucas s'est forcément inspiré de cette architecture locale pour dessiner la ville de Mos Eisley...ville qui sera d'ailleurs agrémentée de nouveaux effets spéciaux et agrandie dans la version de l’Édition Spéciale (1997). Les passages du film, ainsi que le plan d'arrivée depuis Sidi Jmour, sont dans l'extrait vidéo suivant où on ne peut qu'apprécier le nombre conséquent de figurants, et certainement des locaux, ayant participé à animer les rues de Mos Eisley durant le tournage de 1976. Quand on sait que le plus invisible des figurants anglais exploite l'image de son personnage d'arrière plan pour faire payer sa dédicace une trentaine d'euros sur les conventions en Europe, sous prétexte qu'il est apparu dans Star Wars, ça interpelle sur le contraste qui existe avec les dizaines de figurants locaux qui n'ont sûrement jamais dû toucher un rond des retombées de cette licence cinématographique devenue une vraie poule aux œufs d'or (On rappellera que Disney a racheté Star Wars en 2012 pour la modique somme de 4,05 milliards de dollars...c'est 10 % du PIB de la Tunisie). Cette guerre des étoiles est aussi un choc des cultures.

Mos Eisley - A New Hope [1080p HD] © Marcelo Zuniga

Sur Djerba, île d'histoire marchande et haut-lieu touristique s'il en est, pas un seul vendeur ne m'aura proposé le moindre produit en rapport avec Star Wars. Il semble n'y avoir aucune histoire à raconter sur ce qui s'est passé ici en Avril 1976, et peu de volonté de valoriser les sites concernés. En réalité, je pense qu'il y a surtout un manque de conscience de la chance d'avoir ces lieux sur l'île de Djerba, dont le caractère insulaire à tendance à appuyer un isolationnisme revendiqué vis à vis du continent. Peut-être que dans les terres, à commencer par Tataouine, la guerre des étoiles fait partie du décor...En route !

 

" La route est dégagée p'tit gars, fais moi péter c't'engin et on rentre !" (Han Solo, Star Wars : Un Nouvel Espoir, 1977)

La route entre Djerba et Tataouine commence par emprunter la voie romaine qui relie l'île au continent, et qui offre un paysage marin pendant 7 kilomètres, avant de retrouver un décor agricole aux champs infinis d'oliviers. La route est belle, on jurerait que l'enrobé de la chaussée a été posé la veille ! Nous arrivons à Tataouine après plus d'une heure de route pendant laquelle nous n'avons vraiment pas croisé grand monde. Je propose à Afoul de s'arrêter aux abords de la ville pour immortaliser mon passage devant le panneau d'entrée, cette ville ayant un certain retentissement pour les fans de Star Wars d'une part, et jouit d'une très relative célébrité pour l'expression populaire qui y est associée. Nous ne nous arrêtons que pour faire quelques provisions dont la spécialité locale et sucrée "corne de gazelle". Avant de prendre la route vers Chenini, prochaine étape de notre voyage, Afoul souhaite me faire passer devant une maison un peu particulière à la sortie de Tataouine, qui jouxte l'accès à l'hôtel Sangho (que personne ne pourra rater puisqu'une immense enseigne est installée sur le flanc de la montagne, façon "Hollywood"). Un habitant a en effet transformé son terrain en musée Star Wars ! Ce "fan" de la première heure a recréé en extérieur, et certainement avec des objets de récupération du tournage d'origine, des éléments visuels des premiers films. Ses sculptures, faites de bric et de broc, des personnages Dark Vador et Maître Yoda, ainsi que l'igloo de Luke, sont les premiers marqueurs de la trace de Star Wars dans le paysage de Tataouine...Assez détonnant !

yoda

Nous partons ensuite pour Chenini, village berbère et troglodyte, pour que je prenne le repas dans un restaurant encore peu rempli de touristes. Chenini est une pure merveille architecturale et j'en profite pour faire une balade digestive en hauteur avec un habitant qui s'improvise guide local. Les paysages sont à couper le souffle et il me tarde d'y revenir ce soir pour découvrir ma chambre dans l'hôtel troglodyte.

chenini
Initialement prévue pour le 2ème jour, la visite de Ksar Hadada s'avérera intéressante sur bien des points. Déjà parce que le lieu est indiqué depuis la sortie de Tataouine par des panneaux signalétiques dans plusieurs langues comme un "lieu de tournage de la guerre des étoiles".

Ensuite, rebelote une fois sur place, la saga s'impose à l'entrée du ksar avec un immense panneau retraçant l'histoire du tournage. A vrai dire, c'est même carrément too much puisque rien d'autre sur l'histoire du lieu n'est présenté ! L'entrée est gratuite mais une offre visite guidée + boisson est proposée au visiteur. Un bus de touristes francophones est déjà sur place lorsque je passe l'entrée, et mes yeux se portent sur les nombreuses photos et produits dérivés du film qui ornent le sas d'entrée. Je pars visiter les ksour et si je ne reconnais pas tout de suite les lieux, une différence de traitement des façades des anciens greniers à grain attire ma curiosité : une partie des maisons (à peine 10 %) a vu sa façade totalement rénovée tandis que la majorité restante reste dans son jus d’époque, subissant les dégradations du temps. 

Un commerçant est alerté par mon t-shirt aux motifs de la saga et me salue en me demandant si, en tant que "fan de Star Wars", je voulais "voir le faucon..." tout en m'attirant vers son étal. Euh ? Le Faucon Millenium ? le mythique vaisseau de Han Solo et Chewie ? Mais de quoi peut-il bien parler ??? Avant même que je ne lui manifeste mon intérêt, il me prend le bras et y pose un...faucon. Je comprends que je suis gentiment tombé dans un "piège à touristes".  Évidemment, je pose donc pour la photo avec l'animal sans grand enchantement et je lui laisse une pièce tout en lui demandant qu'il me montre les endroits où fut tourné le film et devant lesquels je suis passés. Aidé des photos du film qu'il avait pris soin d'apporter avec lui, je reconnais alors la terrasse où le Maître Jedi Qui-Gon Jinn échange avec Shmi Skywalker sur l'avenir de son fils Anakin alors que ce dernier teste son "module de course" (podracer) dans l'arrière cour.

Ksar Hadada aura été une belle surprise, tant sur le décor proposé, que sur la promotion intéressante qui en est faite. Si ce site est peut-être survendu en raison du faible nombre de scènes tournées ici (et dans des décors ayant bien changé depuis 1997 !), il est indéniable que des bus de touristes sont amenés sur ce lieu uniquement pour "voir Star Wars" et que les locaux tunisiens en profitent. A priori, un hôtel, ou projet d'hôtel dans les greniers, serait en cours de réalisation. J'ai traversé les villages de Ghomrassen et Guermassa, mais je n'ai pas vraiment su juger, depuis notre véhicule, s'il y avait un intérêt architectural ou autre à ces lieux.

Nous reprenons la route vers Tataouine où le guide m'arrêtera pour profiter du souk. A cette heure avancée de l'après-midi et en période de jeûne, le grand marché commence à se vider. Si les étals de fruits, d'épices et de poteries donnent envie, je profite tout de même de l'occasion qu'il m'est donnée pour porter mon regard sur les quelques stands moins intéressants des vendeurs de jouets en plastique "made in China" et autres bibelots. Histoire de voir si l'Empire Disney-Lucasfilm est présent jusqu'ici, mais je n'ai rien vu de tel et, quelque part, c'est peut-être rassurant dans ce lieu typique.

Dernier site à visiter d'une première et déjà longue journée de route, Ksar Ouled Soltane. Ce ksar touristique est recensé dans de nombreuses excursions du sud-tunisien, un passage incontournable pour le visiteur qui s'arrête vers Tataouine. Les abords de la route sont cependant tristes à voir...En plus des nombreux détritus de toute sorte qui jonchent la chaussée, on voit des enfants ramasser les plastiques et les mettre dans des collecteurs-trieurs. Cette image d'un beau pays accueillant mais dégueulasse, en termes de pollution plastique en tout cas, marquera mon voyage. Autre subtilité de la route, le nombre de plateaux ralentisseurs de type dos d'âne installés de manière chaotique, sans respect des normes et en dehors de toute considération de sécurité routière. J'apprendrai par la suite qu'ils ont été réalisés pour beaucoup à l'initiative des habitants des maisons des bords de route après la Révolution. Nous arrivons au ksar alors que la mosquée voisine est en train de se vider et, au contraire de Ksar Hadada, il n'y a absolument personne ! Me voici seul au milieu d'une jolie place ceinturée de multiples greniers à grains. Je n'ai pas trop de mal à reconnaitre les bâtiments ayant servi à mettre en scène le quartier des esclaves de Mos Espa, même si, c'est une subtilité du lieu : aucun acteur ou réalisateur n'est venu tourner ici ! Ce n'est qu'à travers des plans larges du ksar, incrustés numériquement en arrière-plan au montage final, que Ouled Soltane trouve sa place dans l'univers de la saga !

ksour
Un homme sorti de la mosquée a vu mon arrivée dans le ksar et se dirige vers une des nombreuses portes qui le composent... Y aurait-il des personnes qui vivent dans ce lieu que je ne cesse de photographier ? Passant devant l'ouverture, il m'invite à entrer et je découvre une série d'aquarelles accrochées au mur. Ce bonhomme n'est ni plus ni moins qu'un artisan / vendeur de souvenirs qui a ouvert sa boutique juste pour le seul touriste présent sur place. Je l'interroge surtout sur le grenier (ghorfa) qui est totalement effondré à l'entrée : c'est relativement récent (l'an dernier, à cause d'une pluie orageuse) mais le ministère de la culture a déjà promis de réparer l'accident.

C'est la fin de l'après-midi, nous rentrons sur Chenini et je découvre ma chambre dans la montagne. Magique. Authentique. L'aspect rudimentaire mais surtout le paysage depuis la terrasse associé au coucher de soleil et l'appel à la prière du muezzin me transportent dans une galaxie lointaine, très lointaine...et ma chambre ressemble à celle du jeune Anakin dans La Menace Fantôme.

 

" Désolé mon cœur, mais nous n'avons pas le temps pour autre chose..." (Han Solo, Star Wars : L'Empire Contre-Attaque, 1980)

Que va pouvoir être le programme du 2ème jour si la moitié de ce qui était prévu a déjà été fait la veille ? Eh bien...de la route, et encore de la route ! Et des excursions non prévues avec quelques extras à payer. Afoul m'annonce que sur notre chemin vers Tozeur, se trouve un endroit où on peut faire du quad (m'en fous !), du dromadaire (pauv' bêtes !) et où on peut se baigner dans une source d'eau thermale au pied de l'oasis (sûrement sympa mais je ne suis pas là pour ça...). Vous aurez compris que ce genre de tourisme ne m'a jamais vraiment attiré... Ksar Ghilane est un haut lieu du "tourisme de désert" où on s'arrêtera donc pour que je m'essaye au quad, seul moyen de locomotion approprié qui pourra m'emmener dans les dunes semblables à celles traversées par les droïdes C-3PO et R2-D2 au début de l’Épisode IV... Moi qui ne conduit plus en France depuis une dizaine d'années, et qui n'a pas forcément une bonne image du quad, associé chez moi (métropole lilloise) aux rodéos urbains ou chez mes parents (ma Picardie natale) aux jeunes chauffards qui traversent les chemins de terre, j'avoue que l'expérience dans les paysages dunaires était incroyable et je ne regrette pas de m'être accordé ce petit extra après 2 heures de route sur piste. Car la route, elle, n'a pas changé pendant des heures...Si les paysages traversés sont à couper le souffle, faire de la piste au milieu de ce désert rocailleux en pleine chaleur n'était pas forcément ce qui était le plus agréable. L'arrêt à Ksar Ghilane était donc bienvenu. Plus étonnant, au milieu de ces dunes, un ancien fort romain que le guide en quad me présente comme..."Star Wars". Je souris intérieurement car je sais qu'il n'y a jamais eu de tournage ici d'une part, mais je m'interroge quand même...Cette affirmation pourrait passer facilement dans l'oreille d'un touriste lambda. La saga serait-elle donc ici un moyen d'attirer les touristes crédules alors que de l'autre côté de la Tunisie, sur Djerba, c'est tout l'inverse et c'est totalement ignoré ? La présence d'un fort romain du II ème siècle en plein milieu du désert n'est-elle pas déjà suffisamment digne d'intérêt pour qu'on en ajoute une couche ? Je ne suis pas candide à ce point même dans un pays étranger : soit le guide a été averti par Afoul de ce que je voulais voir...soit il a vu que je portais un t-shirt de la saga et s'est dit que ça me ferait plaisir d'entendre ça...mais si un jour on vous dit, comme ce guide me l'a dit, qu'il y avait eu un tournage Star Wars ici à Ksar Ghilane ou bien au Fort Tisavar, c'est tout simplement faux.

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Nous reprenons la route en enrobé cette fois ci, vers Douz en nous arrêtant dans une petite maison située à un croisement pour que je puisse me restaurer. Un moment authentique au sein d'une petite famille qui héberge et nourrit les voyageurs. Et après une petite pause dans la ville de Douz, nous traversons ensuite l'immense désert de sel Chott-El-Jérid. Du sable à perte de vue sur une sorte de lac qui scintille pendant encore une heure de route. Les montagnes se dessinent dans le lointain et sont malgré elles le point de repère. Nous arrivons enfin en vue de l'immense palmeraie qui marque l'entrée de Tozeur. Je vois un panneau directionnel "Sidi Bouhlel" mais nous ne suivons pas la route, je me dis que le passage vers le Star Wars Canyon est prévu pour demain. Nous repartons une nouvelle fois vers une portion de piste et de désert. Il est déjà 17h30 et nous n'avons pas encore visité le moindre décor Star Wars de la journée...la voiture se dirige alors vers une forme massive et sombre qui dépasse largement des dunes...Une montagne ? Un bâtiment ? Afoul m'informe que "ce sont les américains qui font un film".

Je commence à comprendre qu'une grosse production américaine est en tournage et que la forme lointaine s'avère être un immense décor. Et si c'était pour la future série TV Star Wars : The Mandalorian qui se dérouler sur la planète Tatooine !? J'aurais été au courant mais sait-on jamais...Les décors se révèlent peu à peu au fur et à mesure que notre véhicule avance dans les dunes, et j'aperçois des chevaux et des diligences. Ca ressemble à un western, mais à gros budget. Quelques kilomètres plus loin, nous approchons d'un énorme massif rocheux à la forme particulière. C'est le Ong Jmal, le rocher en forme de cou de dromadaire ! Ce site touristique est sur ma liste ! Il a peu servi mais Dark Maul, le "méchant" de l'Episode I, a bien rôdé dans les parages... De nombreux touristes sont sur place. Quelques étals présentent des roses des sables et des bijoux qui n'attendent que d'être échangés contre les dinars (ou les euros !) des touristes français présents. J'entends un autre petit groupe s'indigner autour d'un vendeur...et pour cause. Un jeune tunisien cherche à vendre un jeune fennec. C'est malheureusement monnaie courante dans cette partie du désert, et ce ne sera pas la seule fois que j'assisterai à cela...De ce qu'on m'a ensuite dit, certains tunisiens du nord passant leurs congés dans le sud en profiteraient pour revenir avec un de ces chiots aux longues oreilles...Pas sûr que ce genre d'animal du désert survive longtemps en dehors de son habitat naturel. Me vient comme l'envie de crier "Sinon, y a aussi Star Wars, vous savez ? Pour faire du fric et vendre des conneries, ils sont champions...pourquoi vous vendez pas des conneries Star Wars les tunisiens ? Y a des couillons de touristes comme moi qui sont prêts à dépenser leurs économies pour traverser le pays et consommer du Star Wars là où ça a été tourné...mais non, vous me proposez un souvenir encore plus improbable : repartir avec un chien !?!? Dans la soute ou en cabine au fait ?"

Passons. Afoul continue à travers les dunes qui sont en soit une attraction touristique pour les 4x4 et nous arrivons face à un amas de rochers yardang. C'est un site de tournage qui a mis en scène Dark Maul lors du combat au sabre contre Qui-Gon (interprété par Liam Neeson) à proximité du vaisseau de la reine. Ces rochers sont présents dans l'Episode I sur plusieurs plans. Leur dispersion au milieu des dunes, et leur dimension à hauteur d'homme ferait penser au site des dolmens de Carnac si ce n'est qu'ils n'ont rien d'anthropiques et sont le résultat de milliers d'années d'érosion de couches rocheuses. C'est un bel endroit qui sort un peu du lot, et quelques jeunes gens étaient présents lors de notre passage.

Enfin, passé la dune suivante, j'aperçois en contrebas le village de Mos Espa : les décors de Star Wars Episode I ! Un site 100 % Star Wars et 100 % touristique entièrement construit pour les besoins du film en 1997 par les équipes du chef-décorateur britannique Gavin Bocquet. Le lieu a fait l'objet d'une restauration récemment par le gouvernement tunisien en raison de l'avancée d'une dune qui mettait en péril les décors. 300 000 dinars ont été déboursés pour protéger le lieu et le Festival des Dunes Électroniques, qui reviendra en Septembre 2019 pour 30 h de musique non-stop, a également permis d'attirer du beau monde pour aider au financement du projet. Une route une nouvelle fois parfaitement bitumée au milieu du désert relie désormais ce site à Nefta. A peine sorti du véhicule qu'on souhaite me déposer de nouveau un fennec dans les bras, je refuse devant l'insistance du gamin. Et je me dis que je vais n'avoir que des vendeurs ambulants qui vont me sauter dessus une fois le porche traversé. Par chance, une bonne vingtaine de touristes est déjà sur le lieu et répartissent alors l'intérêt des vendeurs de roses des sables ou de déguisements Dark Vador.

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Derrière les étals des vendeurs, passage obligé pour entrer, un village d'une trentaine de bâtiments se présente face à moi : le commerce où Sebulba et Jar-Jar Binks se "rencontrent", le magasin de Watto, les rues en général sont reconnaissables. On peut facilement passer sa tête à travers la première ouverture et constater que les bâtiments sont creux, souvent sans toiture, et constitués uniquement des charpentes en bois qui supportent les édifices. Je photographie comme jamais l'ensemble des bâtiments, persuadé qu'un gros travail d'archéologie visuelle pour retrouver les plans du film m'attendra dès que j'aurai accès au wifi de mon hôtel...En attendant, je profite de cet endroit au milieu de rien, mais plein de vie. C'est comme si un véritable petit village, avec ses commerçants et ses visiteurs, avait poussé en plein désert. La musique de John Williams "Mos Espa Folk Song - Street Singer" résonne en moi et pour peu, on penserait que tous ces gens présents sur place viennent de planètes lointaines et se sont perdus sur Tatooine. Non seulement ce site respire l'ambiance de la planète Tatooine, mais mieux : rien n'a été ajouté, rien n'a été retiré : les étals sont là, les commerçants sont là, les gens humbles du désert sont là, les animaux bizarres sont là...car oui, il y a des dromadaires...et on me propose, alors que je pose en photo devant un "vaporateur d'humidité" (sorte de grosse antenne qui sert à puiser/cultiver l'eau dans le film), de monter sur le camélidé. Pas question mais j'accepte cependant de poser aux côtés de l'animal contre quelques pièces.

Je quitte Mos Espa en achetant quelques souvenirs (essentiellement des roses des sables), Afoul discute avec un local et nous repartons prendre la belle route vers Nefta. "Il reste encore un site Star Wars pour aujourd'hui" me prévient-il...je lui montre, depuis mon smartphone, une photo de l'igloo de Luke..."Oui, c'est ça...". On rejoint puis contourne Nefta et on reprend la grande route qui part en direction de l'Algérie pendant 3 minutes. Le soleil est éblouissant et se couchera dans une grosse heure. En face de nous, on distingue de grands massifs dunaires (la Grande Dune où furent tournées les premières scènes de désert sur Tatooine), mais il n'y avait pas vraiment besoin de s'y poser (à priori, le site est tout de même visitable). Notre véhicule fonce sur la route et ralentit...On s'enfonce sur une esplanade de sel, on retourne sur Chott-el-Jerid...la ligne d'horizon ne m'est jamais parue aussi clairement de toute ma vie, on se croirait face à une mer de sable sans aucun relief...Tout autour de moi n'est qu'un désert totalement plat et d'une clarté éblouissante. Au lointain, un petit point grossit au fur et à mesure que nous approchons du but...La maison de Luke me tend les bras.

 

" Ils se trouvaient au mauvais endroit au mauvais moment. Tout naturellement ils devinrent des héros. " (Leia Organa d'Alderaan, roman Star Wars, d'après les aventures de Luke Skywalker, 1976)

Plus qu'un kilomètre de piste et nous arriverons...Je dis à Afoul : "Vous les musulmans, vous avez la Mecque, et nous les fans de Star Wars, on a cet endroit..." mais ma voix flanche sur les derniers mots. Je me rends compte que je suis en train de retenir mes larmes et que l'émotion est montée rapidement. J'ai tellement vu cette scène de Luke regardant ce double coucher des soleils me demandant moi aussi si un jour, je connaitrai autre chose que mon quotidien. Un moment de cinéma, dans ce film devenu culte. Mais un message puissant de départ vers l'aventure. Cette aventure qui m'a emmené, moi le p'tit gars de la campagne picarde, au beau milieu de ce désert tunisien. Le succès du personnage de Luke Skywalker trouve sa source dans sa capacité à quitter son monde et environnement d'origine pour accomplir des choses incommensurables qui auront des conséquences sur la galaxie tout entière. A moins que ce ne soit une question de "destin"...

L'igloo est 200 mètres devant moi...magnifique...seul au milieu du désert. Il brille de mille feux sous le soleil.

En réalité, il n'est pas seul. Les restes de la ferme hydroponique et le cratère sont bien là eux aussi...

Notre voiture s'arrête enfin et avant d'aller vers l'igloo, je remarque le panneau que Mark Dermul, le fan belge, et son équipe avaient laissé sur place après la rénovation du site. Des indications à la fois sur le lieu, mais aussi sur le travail entrepris, y sont inscrites. Je ne les remercierai jamais assez d'avoir lancé ce chantier, qui aura permis à mon rêve du moment de pouvoir exister. Merci la communauté Star Wars !

Mon regard se porte ensuite sur l'igloo...Mais parce que chaque expérience est unique, je n'ai pas envie de partager ici ce moment. Je pense sincèrement que chaque fan de Star Wars qui se rendra sur place aura compris la portée monumentale et, disons le, quasi-religieuse du lieu. Pour d'autres, il s'agira d'un lieu de tournage de la guerre des étoiles...et pour d'autres enfin, une maisonnette vide au milieu de grains de sable. Et chacun aura ses raisons de s'y rendre. Mais finalement, à l'inverse de tout ce que j'ai pu penser et écrire auparavant, je pense que ce lieu ne doit pas devenir touristique, ni indiqué par des panneaux, ni recensé sur des cartes, ni inclus dans les excursions (à contrario du village de Mos Espa), ni même relié à la route. Ce lieu, il appartient aux tunisiens et aux fans de Star Wars...mais n'y invitez pas tout le monde. C'est le pire moyen pour le voir disparaitre un jour tant il semble fragile et seul au milieu du vide. La multiplication des traces de pneus des 4x4 dans le sable autour de l'igloo a déjà bien dénaturé son caractère solitaire. Au même titre que la maison de Ben sur les terrains côtiers et préservés de Djerba, ce petit bâtiment esseulé doit, selon moi, rester à l'écart de toute tentative de mise en valeur touristique.

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Ce qui fut certainement ma plus belle journée en tant que fan de Star Wars trouva épilogue à Tozeur, à la Résidence l'Oued. Afoul m'informe que le lendemain, dernier jour de notre escapade, je visiterai en matinée l'immense palmeraie de Tozeur en calèche, avant de reprendre la route vers Douz. Seuls les moustiques dans ma chambre gâchèrent un peu cette fin de journée.

Le Mercredi 08 Mai, j'ai donc découvert avec l'aide d'un guide et de son âne, l'une des plus grande et ancienne palmeraie du Maghreb. Une visite fort intéressante dans un environnement luxuriant et riche en végétation où toutes sortes de fruits pousse, et à l'opposé total des paysages désertiques que je côtoie depuis deux jours. Un petit détour dans le Tozeur historique et je repars avec quelques souvenirs (toujours aucun produit estampillé "guerre des étoiles").

Nous quittons ensuite Tozeur pour prendre la route du retour vers le Sud-Est et le désert de sel. Notre véhicule passe devant le panneau indiquant Sidi Bouhlel aperçu la veille...mais nous ne tournons pas ! Je demande à Afoul pourquoi on ne prend pas cette direction, il me répond qu'on ne peut pas s'y rendre, en raison d'une route coupée qui empêche tout accès. Mais devant mon insistance, il fait finalement demi-tour et nous faisons les 5 Km vers la montagne. Alors que nous approchons, nous sommes "escortés" par une demi-douzaine de jeeps de la garde nationale. J'aperçois alors deux mosquées dans la montagne qui se présente devant nous, des "mosquées marabouts" précise Afoul. Le terme "marabout" au sens de l'Islam est différent de celui péjoratif utilisé en France puisqu'il s'agit d'un guide religieux musulman.

On se gare sur le parking qui a servi lui-même de lieu de tournage (le massacre des Jawas au abords du Sandcrawler). Je pars donc seul emprunter la route escarpée qui mène à la mosquée et qui redescendra ensuite, sur l'autre flanc de montagne, vers le "canyon Star Wars", ainsi surnommé en raison du grand nombre de scènes tournées ici (Pillards Tusken, l'arrivée de Ben pour sauver Luke, scènes entre les droïdes, les jawas qui capturent R2-D2...etc...). Arrivé en bas au bout de 10 minutes de marche dans les rochers, je suis seul au milieu de ce magnifique canyon que je reconnais. J'hésite à m'aventurer plus en profondeur en raison du temps que je pourrais mettre pour revenir vers le véhicule que j'aperçois garé au loin. Et le canyon est végétalisé à cette période de l'année, ça va être dur de repérer les rochers que je cherche en question. Je remonte donc, avec quelques regrets de ne pas en voir plus : j'aurais aimé avoir une heure de plus devant moi pour escalader davantage la montagne et me trouver au point d'observation utilisé par Alec Guinness et Mark Hamill dans le premier film pour observer la ville de Mos Eisley. A mon retour, Afoul me dit que quand je reviendrai en Tunisie, il me fera la visite de ce lieu un peu plus en détail...Inch'Allah. En attendant, si je n'avais pas insisté, il ne m'y aurait pas conduit !

En route, cette fois ci c'est la bonne...et cette fois-ci encore, elle va être longue aujourd'hui ! On retraverse Chott-El-Jerid le désert de sel, on poursuit vers Douz...puis repas de nouveau dans la petite maison familiale...puis route vers Matmata, quelques auto-stoppeurs embarqués, des heures et des heures de route qui défilent et on arrive enfin à l'hôtel Sidi Driss où fut tourné l'intérieur de la ferme des Lars, avec notamment un plan en contre-plongée au dessus de ces maisons troglodytes, cette fois ci non pas creusées dans la montagne, mais dans le sol. Impossible de rater la référence à la saga ici, l'hôtel est LE lieu Star Wars de cette partie de la Tunisie. L'expérience de passer la nuit ici doit être mémorable pour chaque fan, mais plus encore : l'accueil et la déco à la sauce alien/stormtrooper dénote largement avec le cadre environnant. Le film est même diffusé en VO (sous-titré en arabe), et de nombreuses images, posters et produits dérivés du film sont accrochés au mur. Plusieurs touristes européens sont sur place. La frise au plafond de la salle à manger, élément remarquable dans le film, apparait largement sur les clichés des fans. Ah tiens, petite remarque qui me vient, il y a des sanitaires...pas du luxe pour ce genre d’excursions (pour info, j'en ai aperçu aussi au Ksar Ouled Soltane et dans le désert au Ong Jmal). Quant aux points de restauration, j'avoue n'en avoir vu aucun jusqu'à présent : mais j'avais prévenu plus haut dans cet article : partir sur les traces de Luke Skywalker, c'est une mini-aventure en soi et on laisse le confort des hôtels de côté. Sidi Driss n'a rien de remarquable pour autant, mais il est resté dans son jus et l'expérience de vivre le décor depuis l'intérieur est vraiment saisissante !

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Arrive le dernier trajet vers Médénine cette fois, pour voir le ksar où fut tourné un grand nombre de scènes du quartier des esclaves pour Episode I. Nous approchons de la fin de l'après-midi et je sens qu'il est temps que ca se termine, y compris pour Afoul qui aura fait beaucoup de route et qui, dans un premier temps, oublie également volontairement de me dire qu'on passe par Médénine avant de repartir pour Djerba. Il en va même jusqu'à me montrer un ksar, à l'entrée de Médénine, qui n'est pas celui utilisé par le film contrairement à ce qu'il veut me faire croire, pour éviter de nous rendre dans le centre-ville où se trouve le "Ksar Médénine", au cœur de cette ville de 72 000 habitants et chef-lieu du gouvernorat du même nom. "Oui mais les vendeurs sur place sont parfois violents avec les touristes" me dit-il... Effectivement, ce fut un peu plus tendu une fois sur place car j'étais de nouveau le seul et unique touriste...et avec une bonne dizaine de vendeurs qui venaient tour à tour vers moi ! Et le pire dans tout ça, c'est que je n'aurais rien reconnu comme décor, si l'un d'entre eux ne m'avait pas dit que les sites de tournage se trouvaient de l'autre côté du ksar dans lequel je me baladais, et qu'il me fallait emprunter les escaliers et grimper sur les toits pour découvrir, enfin, la ruelle qui a servi à la devanture de la maison d'Anakin (reconnaissable dans la scène où le jeune garçon quitte sa mère Shmi). Du coup, je n'ai pu voir et photographier ces façades que de hauteur, sans m'y rendre sur place. Ce n'est pas trop grave, mais je me dis une nouvelle fois, et c'est le but même de cet article, que le visiteur non-averti ne fera pas attention à ce qui relève de Star Wars et ce qui ne l'est pas. Je pense que nombre de guides ont pu avoir nombre de touristes comme ça...

Il est temps de rentrer vers Djerba et sa capitale Houmt Souk, encore une bonne heure et demi de route nous attend. J'arrive en début de soirée dans ce charmant endroit qu'est le houch rénové Dar Sema Djerba, où un beau séjour m'attend. Je remercie vivement Afoul pour cette aventure hors du commun et il est temps de conclure ce long article sur mon voyage.

 

"C'est à croire qu'il est protégé par la Force..." (Dark Vador, Star Wars : Un Nouvel Espoir, 1977)

3 jours bien remplis à travers le territoire sud-tunisien m'ont permis de réaliser ce rêve de gosse, ce rêve de fan...mais fut-ce un voyage touristique ? Je n'en suis pas encore vraiment sûr. J'ai pu profiter, comme grand nombre de touristes occidentaux de passage dans le secteur, du merveilleux accueil des tunisiens et je remercie particulièrement Afoul et Moez, mes guides, d'avoir grandement contribué au montage de cette aventure, ainsi que l'ONTT.

Mon regard sur cette offre est évidemment biaisé, à la fois occidentalisé, privilégié, et passionné et j'ai bien conscience des mots employés ici qui peuvent paraitre hautains sur certaines situations que j'ai décrites et que vivent les tunisiens. A l'heure où j'écris d'ailleurs ces mots et alors que je termine les derniers paragraphes de cet article, le terrorisme a encore lâchement frappé le pays la semaine dernière, cette fois ci dans la capitale, faisant 1 mort et 8 blessés. Le cerveau (le terme est bien élogieux pour ce genre d'individu) de ce double-attentat revendiqué par l'Etat Islamique vient d'être tué suite à une opération de police. Mes revendications de fan de Star Wars ou de touriste sont évidemment mal venues, et ce, dans n'importe quel contexte. Car il ne s'agissait pas de réclamer aux professionnels tunisiens un quelconque intérêt soudain pour une saga quadragénaire qui n'impacte pas ici comme elle raisonnerait dans la culture occidentale. Cet intérêt existe déjà et la fierté des tunisiens d'avoir contribué à ce chef d’œuvre du Cinéma est bien réelle, j'ai pu le sentir tout au long de mon séjour. Le but n'était pas non plus de pointer du doigt l'organisation ou le manque d'infrastructures et de moyens alloués à valoriser la saga ici. Car tant de choses ont déjà été faites, et même au delà de ce qu'on peut imaginer (quand on pense à la présence d'une signalétique routière "la guerre des étoiles" sur les routes désertiques entre Chenini et Ksar Hadada...ou bien des actions entreprises pour rénover les lieux endommagés par le temps, au beau milieu du désert et avec une nouvelle route)...mais bel et bien d'avoir une coordination à l'échelle nationale pour mettre en place un "tour" à travers tout le sud du pays, portant sur l'ensemble des sites, et qui s'adresserait au public passionné, alors même que le pays offre tant de possibilités d'excursions et une multitude de paysages plus incroyables les uns que les autres.

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Mon point de vue n'est que celui d'un touriste passionné et privilégié de venir découvrir ce beau pays. Je m'interroge en permanence sur la qualité d'accueil que nous réservons en retour aux touristes étrangers dans notre pays. Il y a tant de choses à améliorer, tout le monde le sait. J'ai essayé de rester humble, tant dans mon séjour que dans cet article, et de garder ce statut d'invité pour partager, même furtivement, le quotidien des tunisiens que j'ai pu croiser. Il m'est certainement arrivé d'être maladroit...mais le comportement de certains touristes occidentaux est discutable et c'est la raison pour laquelle j'ai longtemps hésité à venir, mais aussi pourquoi j'évite les hôtels internationaux dans ce cas. Si les médias évoquent de plus en plus le "dark tourism", il y a à l'inverse un tourisme d'opportunité lié aux tournages de films et séries qui doit aussi se développer avec les pays qui participent à ces productions. Et pas uniquement dans le cadre des lieux de tournages : les grosses productions Disney, dans un soucis marketing évident et d'étendre son empire à travers le monde, ne se limitent plus aux acteurs anglo-saxons sur leurs affiches. Acteurs qui doivent permettre d'attirer de nouveaux spectateurs sur de nouveaux marchés lors de campagnes de promotions internationales.

Je viens de cette région du nord de la France qui a vu le succès de Bienvenue chez les Ch'tis ramener en masse des touristes à Bergues et à Lille durant les années qui suivirent le film. Dix ans après, on inaugure la nouvelle Cité des Electriciens de Bruay la Buissière, quartier ouvrier à l'abandon qui avait servi à l'équipe de Dany Boon pour y tourner les scènes de l'ancienne cité minière. Mais tout territoire ne réagit pas pareil...Qui se souvient qu'une scène de transition de ce film a été tournée devant des rangées de maisons abandonnées de Roubaix-Tourcoing ? Chez moi, personne n'en a jamais parlé. A l'inverse, aux Journées Européennes du Patrimoine, on peut visiter les décors de tournage de la série "Les petits meurtres d'Agatha Christie". C'est aussi le travail d'organismes publics tels que Pictanovo de promouvoir les territoires à travers le cinéma. Et c'est peut-être ce qui manque dans un grand pays touristique comme la Tunisie.

J'avais déjà eu la chance, en Angleterre notamment, de passer devant des lieux de tournage du premier épisode de la saga, mais en Tunisie, il y aura eu ce truc en plus que seul ce pays peut donner au fan de Star Wars qui a grandi avec Luke et Anakin Skywalker. Mais il y aura aussi eu ces absences...Une vraie absence dans l'information sur les offres proposées avant même de partir. Une absence de connaissance minimale de la saga sur place. Une absence de prise en compte de la chance d'avoir participé à l'écriture d'un pan de l'Histoire du Cinéma capable de faire venir des gens du monde entier pour venir voir ces grains de sable. Une absence de coordination en général. Je pense à ce village magnifique qu'est Chenini, qui a donné son nom à un lieu de ce vaste univers visuel et littéraire, sans même qu'aucun habitant sur place n'en sache quoi que ce soit. Finalement, ces absences sont peut-être aussi une forme de modestie. Peut-être aussi un refus de sortir des circuits classiques du tourisme exotique et authentique qui fait la carte postale de la Tunisie. Là où le petit bourg irlandais de Portmagee (120 hab.) est en train de développer les attractions à touristes pour espérer récolter les retombées du tournage de l'Episode VIII : Les Derniers Jedi (2018), les tunisiens hésitent encore à se lancer dans l'aventure, ou, au mieux, l'exploitent de manière incomplète. Idem à Dubrovnik en Croatie où des habitants surfent sur le dernier film pour faire visiter les ruelles de l'ancienne cité. Espérons que le festival des Dunes Électroniques, 3ème édition, soit le départ d'une nouvelle prise en compte de ce patrimoine à valoriser, de l'ensemble de ce patrimoine. On peut aussi espérer que Lucasfilm/Disney multiplie les tournages dans le pays avec les futurs projets au cinéma ou pour la télévision.

Pour terminer mon premier article sur le Club (peut-être y en aura t il d'autres suite à mes prochains voyages sur les lieux de tournage), je conclus en n'ayant pas de réponses à mes interrogations. Je ne sais pas pourquoi certains territoires vendent mieux que d'autres la saga auprès des touristes, et pourquoi d'autres ne s'en soucient pas. La fracture et les inégalités territoriales encore marquées après la Révolution, ce symbole de la culture américaine de masse, une absence de connaissance de ce film, un tourisme qui ne souhaite pas s'aventurer en terre inconnue, ou tout simplement ne pas vouloir céder à cette nouvelle lubie d'aller visiter des choses un peu abstraites par des fans assoiffés de nouvelles sensations...? Ce qui est certain, c'est que la demande de ce genre d'excursion va être croissante. La façon de regarder la télé a changé, tout comme celle de fabriquer des fans-consommateurs. Et pour globaliser le tout, les sorties des épisodes des séries américaines sont désormais accessibles en même temps partout dans le monde.

A la faculté de faire venir le cinéma à la demande directement dans le salon, s'opposera indéniablement celle de faire sortir le fan pour aller vivre le film par lui-même. Le 04 Mai vient d'être reconnu officiellement "Star Wars Day" par l'Etat de Californie, et commence à être fêté sur tous les continents. Quelle sera la réaction de la Tunisie face à l'avènement de l'Empire Disney ?

May the Force Be With You ! Que la force soit avec toi !  ربما القوة داخلك (Faltakoon Alquua Ma’ak)

 

Aurélien WERY

 

 

 

Pour celles et ceux que ça peut intéresser, voici en détail le coût de ce voyage :

- vol A/R Lille-Djerba via NouvelAir, réservé 6 mois avant le départ : 170 €

- taxis et transports divers sur Djerba A/R : 15 €

- abonnement téléphonie internationale : 25 € (la Tunisie est une chère destination dans ce domaine, mieux vaut prévenir !)

- 2 nuits à l'hôtel avec petits déjeuners Zone Touristique de Djerba : 62 €

- 3 nuits au houch à Houmt Souk : 81 € + 15 € pour les repas

- excursion Star Wars tout inclus (repas et hébergement pour 3 jours) : 390 €

- extras, pourboires, souvenirs et courses diverses : 80 €

TOTAL : environ 950-1000 € / 1 personne / 1 semaine

Je reste disponible sur ma page Facebook pour davantage d'informations sur ce genre de voyage, n'hésitez pas à me contacter.

 

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