L’Albanie face au militantisme politique excessif

Les politiciens, d’un machiavélisme sans limites, instrumentalisent leurs militants à chaque campagne électorale. Depuis la chute de la dictature et malgré la présence d’observateurs étrangers lors des élections, les alliances les plus inattendues et les magouilles les moins scrupuleuses ont vu le jour dans la « jungle politique » albanaise.

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Aurenc Bebja, France

En Albanie, la politique est un produit « consommé » à forte dose dans les ménages à tel point que l’on en devient dépendant sans s’en rendre compte. Le monopartisme (1945 – 1991) et le multipartisme de ces vingt-cinq dernières années ont toujours su « cuisiner » au peuple albanais le même produit, mais en utilisant différentes recettes.

Les politiciens, d’un machiavélisme sans limites, instrumentalisent leurs militants à chaque campagne électorale. Depuis la chute de la dictature et malgré la présence d’observateurs étrangers lors des élections, les alliances les plus inattendues et les magouilles les moins scrupuleuses ont vu le jour dans la « jungle politique » albanaise.

Les Hommes politiques albanais, à quelques exceptions près, sont une sorte de cocktail mal dosé, rempli en grande partie d’arrogance et de médiocrité, laissant un arrière gout de déception. Ces personnes sont souvent les sujets de scandales politiques à l’échelle locale ou nationale. En un « claquement de doigts », ils arrivent à s’en sortir tels de grands maîtres de la magie.

Les élus albanais ont la mainmise sur une majeure partie de la société grâce aux nombreux militants. Réussir honnêtement en Albanie, sans être lié à la politique, est devenu une mission quasi-impossible. L’Homme qui se veut honnête et indépendant devient une espèce menacée, dont on ne cesse de lui mettre des bâtons dans les roues. Si l’on veut « réussir », il est préférable d’appartenir à un clan politique. Celui se trouvant au pouvoir étant le plus avantageux.

Le militantisme politique permet à certains d’avoir des « passe-droits » afin de gagner de l’argent rapidement, facilement et de monter dans la hiérarchie, mais il décourage aussi les citoyens pour lesquels le quotidien (se loger, se nourrir, se scolariser, se soigner, se déplacer, travailler…) est devenu un enfer. Ces personnes délaissées ont parfois des difficultés à garder leurs postes de travail face aux militants féroces qui se sentent surpuissants et ayant des rêves de grandeur. Ainsi, ils  « écrasent » tous ceux qu’ils croisent sur leur chemin.

Face aux multiples promesses électorales non tenues et aux scandales politiques, les mouvements étudiants, qui autrefois renversaient une des pires dictatures du monde, sembleraient être aujourd’hui de simples spectateurs et non des acteurs de leur avenir. La jeunesse du pays, pourtant réactive sur les réseaux sociaux, semblerait être déconnectée et éloignée du terrain. Ce manque d’implication peut s’expliquer soit par leur appartenance dès le plus jeune âge à l’un des multiples partis politiques, soit par la crainte de réagir, soit par lassitude ne voyant aucun changement.

Le militantisme excessif albanais est une sorte de radicalisme politique qui déséquilibre et divise plus que jamais l’Albanie. S’il peut améliorer le quotidien de certaines personnes de manière peu flatteuse, il est sans doute en train de détruire rapidement le présent voir l’avenir de beaucoup d’autres.

« Divide ut regnes » fonctionne à merveille aux pays des aigles, mais attention au « retour de bâton » – La prochaine campagne électorale, concernant les élections législatives de juin 2017, démontrera à quel point ce militantisme à forte dose peut être dangereux.

Blog albanais d’Aurenc Bebja : http://www.darsiani.com/opinion/

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