De l'exemplarité d'une société dans la débâcle

En cette fin de Salon International de l'Agriculture, nous ne pouvons que déplorer le grand absent de cet événement : le bien-être animal, véritable, sans démagogie ni faux-semblant.

Le « Bien-Être animal » était, cette année encore, sur toutes les lèvres des professionnels comme des personnalités politiques, sans pour autant changer d'un iota la condition de millions d'animaux entassés au sein d'élevages concentrationnaires et abattus dans des conditions indignes d'une société dite « civilisée et morale ».

D’ailleurs, une société peut-elle se prétendre civilisée en mettant à mort des êtres vivants sans aucune nécessité ? Une société peut-elle se prétendre morale lorsqu’elle met tout œuvre pour cacher aux consommateurs, aux parents, aux enfants, les souffrances engendrées pour manger un « bon steak » ?

Nous avons un parfait exemple du « Bien-être animal » tel qu'il nous est vendu aujourd’hui avec la Ferme-Usine des 1000 Veaux dans la Creuse, un projet présenté à la population comme « exemplaire », « un modèle d'avenir ».

Si l'exemplarité, c'est l'élevage hors-sol (des hangars concentrationnaires, des animaux sans contact avec les éléments extérieurs, une nourriture contre nature destinée à un engraissement intensif).

Si l'exemplarité consiste à contourner les lois (les actionnaires de la Ferme-Usine des 1000 Veaux ont monté le projet, encadré la première enquête publique et voté à toutes les délibérations des institutions délivrant les permis et subventions).

Si le « Bien-être animal », c'est l'égorgement en pleine conscience des animaux et leur transport sur plus de 500 km, alors oui, la Ferme-USINE des 1000 Veaux est exemplaire : un magnifique exemple du modèle agricole actuel, majoritaire et intensif, sans aucun égard pour l'animal en tant qu'être vivant et sensible.

Il est temps que le gouvernement prenne ses responsabilités face à la pression du syndicat-lobby de la FNSEA, productiviste, mortifère et sans état d'âme, que ce soit à l'égard de l'animal comme de la santé humaine ou de l'environnement.

Il est temps que des professionnels qui font engraisser des animaux, les font transporter sur des milliers de kilomètres, par terre et par mer, déposent leurs bêtes devant un abattoir et tournent le dos lorsqu'on les tue ; il est temps que ces professionnels cessent de parler de « Bien-être animal » et de « l'amour qu'ils portent à leurs bêtes ».

Car la réalité est toute autre. La viande d’élevage n'est que cela : un concentré de souffrances, de la naissance à la mort de l'animal. Il est indécent de prétendre qu'un éleveur « aime » ses bêtes en les envoyant à l'abattoir. Il est insensé de demander à une personne de tuer avec compassion et il est erroné de présenter la viande comme nécessaire lorsque des moyens alternatifs existent, et au même coût.

Il est temps que le consommateur prenne conscience qu'en consommant de la viande, il consomme à plus de 80 % la chair d'animaux qui, pour la plupart, n'ont jamais vu la lumière du jour et sont gavés d'antibiotiques, qui, à 100 % (bio ou non), ont été abattus dans des conditions qui donnent la nausée. La schizophrénie morale que nous entretenons, en refusant aux animaux dits « d'élevage » le même ressenti de la douleur qu'à nos animaux de compagnie, doit cesser.

Il est temps que chacun prenne ses responsabilités, que chacun prenne conscience du pouvoir que lui offrent sa consommation et sa citoyenneté, que chacun s'exprime, revendique et cesse d'acheter si cela n'est pas en accord avec sa propre morale.

La question de l'éthique de notre société, vis à vis du traitement réservé aux autres espèces, se joue maintenant !

C'est faire le jeu des industriels et des lobbies que de continuer à consommer aveuglément et en dissimulant aux consommateurs la réalité de ce qu’est « abattre » ou « tuer » un animal. Les effets de la consommation de viande sont connus et avérés du point de vue tant environnemental que de la santé ou bien encore du bien-être animal (souffrances, désordres écologiques, scandales sanitaires, augmentation du CO2, etc.).

C'est être naïf que de croire en les promesses d'un gouvernement soumis aux industriels ou manipulé par les lobbies, qui interdit aujourd'hui les œufs de batterie mais laisse ouverte la porte aux plats cuisinés composés de ces mêmes œufs, qui annonce d'ores et déjà des dérogations à l'utilisation du Glyphosate avant même que son interdiction ne soit fixée, qui promeut l’agriculture raisonnée mais qui subventionne des « fermes usines » où l’on engraisse et ne jure que par le rendement intensif. L’État ne légifère pas efficacement et l'industriel ne devient raisonnable que si le consommateur le lui dicte par ses achats !

Il en va de la responsabilité de chacun de faire évoluer notre société, de s'exprimer lorsque sa morale est atteinte, de cesser de dénoncer sans acte à l'appui.

La problématique de la Ferme-USINE des 1000 Veaux dépasse de loin le simple fait local de quelques éleveurs qui se regroupent, poussés par un industriel et un lobby puissant. La problématique des 1000 Veaux, c'est ce que nous souhaitons consommer, ce que nous sommes prêts à accepter, le prix que nous sommes prêts à faire payer aux animaux, pour empoisonner notre santé et l'environnement.

Avec toute la considération que je porte à la vie humaine comme animale, à la liberté et à la justice.

Aurore Lenoir,

présidente de l'association L-PEA, opposée au projet de Ferme-USINE des 1000 Veaux depuis 4 ans.

 

MANIFESTATION contre la Ferme-Usine des 1000 Veaux et l'abattage des animaux pour la viande, le 7 avril prochain, à Guéret !

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