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Pour Miki Brandt, l'arrivée des soldats à Nuuk éveille des sentiments mitigés. En serions-nous là si le Danemark avait respecté ses promesses ?
Texte original : Mikkel Vuorela et Ida Nyegård Espersen ; traduction : Maia Nielsen
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"Quand Trump a commencé, vers Noël, j'ai pensé : Ah, il remet ça - on va commencer à parler de nous dans une quinzaine de jours.
"Mais le niveau a un peu augmenté. Il ne lâche plus, Monsieur Orange d'en face.
"Maintenant l'inquiétude se généralise, on se demande ce qui va se passer. Que faire si son projet d'invasion devient sérieux ? Sur la côte, on est un peu plus tranquille que à Nuuk même, parce ce serait logique d'attaquer Nuuk d'abord.
"Tout est centralisé autour de Nuuk. Il y a l'aéroport international et toute l'infrastructure critique, tous les sièges, le gouvernement autonome. Et c'est là aussi que se posent tous les avions Hercules amenant les soldats, du Danemark, de Norvège, de Hollande et de France.
"La semaine dernière à Nuuk, j'en ai pris conscience. Je n'ai pas l'habitude. A l'hôtel il y a tout plein de soldats danois, des gens de l'administration de la Sécurité Civile, tout ça. On a du mal à y croire."
Un avertissement ignoré
"Le fait qu'on envoie des soldats au Groenland éveille chez moi des sentiments mitigés. Dès que Trump pose le regard sur nous, le Danemark est prêt à faire n'importe quoi pour la Communauté du Royaume, comme on l'appelle.
"On affecte des milliards à la défense de l'Arctique, et je trouve ça très bien. Sauf que j'ai envie de dire "Bon Dieu, vous étiez prévenus depuis 2019, quand Trump était au pouvoir et qu'il disait la même chose.
"Déjà à l'époque ils ont promis d'investir, de renforcer les capacités dans l'Arctique et patin couffin. Et puis Biden a pris la relève et il ne s'est rien passé. Sans doute auriez-vous du faire ce que vous aviez promis de faire en 2019.
"Je ne sais pas trop si je crois que Trump aurait perdu l'intérêt pour le Groenland - probablement pas - mais je ne pense pas qu'il aurait pu monter la pression jusqu'au niveau d'aujourd'hui, où il ne s'agit plus simplement de la relation entre le Danemark, le Groenland et les EU mais de l'Union Européenne et de l'OTAN.
"Je pense qu'on n'en serait pas là si les investissements promis en 2019 avaient été réalisés.
"Quel que soit le président des Etats Unis, dans la mesure où le climat se réchauffe et où la zone n'est plus bloquée par la glace en hiver, ça représente un risque.
"Ça signifie la possibilité de naviguer dans la région, vers la Russie et la Chine, et nous savons que ça les intéresse. Alors pourquoi attendre qu'un type de l'autre côté de l'Océan Atlantique s'en mêle ? Alors que le risque est connu ?
"Je ne dirais pas que j'ai peur, mais je suis inquiet. Mais ici on sait se rassurer les uns les autres. Ça ira, on se débrouillera. On n'est pas tout seuls."