Libre, une sortie à point nommé

A l’heure où l’Aquarius peine à continuer ses sauvetages en Mer Méditerranée, le documentaire Libre de Michel Toesca retraçant le combat mené pendant trois ans par Cédric Herrou et bien d’autres habitants de la vallée de la Roya n’aurait pu sortir à un moment plus opportun.

Cédric Herrou devant l’affiche de Libre lors de la première projection le 26 septembre au cinéma MK2 des quais de Seine. © Axelle Bichon Cédric Herrou devant l’affiche de Libre lors de la première projection le 26 septembre au cinéma MK2 des quais de Seine. © Axelle Bichon
Pour la sortie du documentaire Libre le mercredi 26 septembre, Cédric Herrou n’a pas manqué de faire le rapprochement avec la délicate position de l’Aquarius et de rappeler la situation dans laquelle était plongé depuis quelques jours le navire de sauvetage. Affrété depuis 2016 par l'association SOS Méditerranée pour sauver des migrants en mer Méditerranée, celui qui a permis de secourir plus de 30 000 personnes des eaux depuis février 2016 voit peut-être la fin de son aventure avec le retrait de son pavillon annoncé par le Panama le 23 septembre. La pression à la fois économique et politique aura eu raison de l'Aquarius mais pas de ses membres.

Aquarius, La Roya, même combat

Les navires de sauvetage, tout comme la solidarité, n’ont peut-être pas le vent en poupe mais c’est sans compter la détermination de certaines têtes dures. « J’ai envie d’être libre et de le rester. Un paysan, ça a la tête dure, un paysan breton encore plus, lâche Cédric Herrou lors de l’avant-première de Libre, au cinéma MK2 des quais de Seine à Paris. Une pensée pour l’Aquarius qui est en ce moment entravé et navigue aujourd’hui en mode bateau pirate, réagit-il. Une honte à ce gouvernement, à cette Europe qui entravent le sauvetage en mer et empêchent des bateaux de sauver des gens. » Le militant est d’ailleurs vite rejoint par son ami et réalisateur du documentaire Michel Toesca qui dénonce face à la salle comble du MK2 « une noyade organisée ».

« Une noyade organisée »

Michel Toesca et Cédric Herrou ont présenté le documentaire devant une salle comble. © Axelle Bichon Michel Toesca et Cédric Herrou ont présenté le documentaire devant une salle comble. © Axelle Bichon
L’Aquarius, La Roya, ce sont finalement le même combat. S’il cultive ses oliviers et élève ses poules, l’agriculteur a pourtant essayé d’aider des migrants à sa manière, tout comme le fait en mer, depuis deux ans, l’Aquarius. C’est lorsqu’il croise la route des réfugiés près de sa ferme qu’il décide, avec d’autres habitants de la vallée, de les accueillir, de leur offrir un refuge et de les aider à procéder à leur demande d'asile. Michel Toesca, ami de longue date de Cédric et habitant aussi de la Roya, l’a suivi durant trois ans. « Au départ, j’ai pris ma caméra et j’ai filmé pour essayer de comprendre ce qu’il se passait car on ignorait encore le problème, se rappelle le réalisateur. On voyait des gens sans rien, en tongs, l’air perdu et ne parlant pas le Français, nous sommes donc allés à leur rencontre. » En agissant ainsi, Cédric Herrou a été considéré hors la loi tout comme aujourd’hui l’Aquarius est réduit au statut de bateau pirate.

Libre d’être solidaire

Connu au-delà des frontières françaises depuis son arrestation et sa condamnation pour avoir aidé plus de 250 migrants à passer la frontière franco-italienne, Cédric Herrou a été assimilé à un délinquant. Néanmoins, face au délit de solidarité retenu contre lui et Pierre-Alain Mannoni, un enseignant et chercheur niçois, le Conseil constitutionnel avait finalement tranché le 6 juillet dernier et reconnu la fraternité comme principe constitutionnel, au nom de l'article 2 de la déclaration des droits de l'homme et en référence au préambule de la Constitution. Aider autrui dans un but humanitaire n’est donc plus un délit. La détermination que Cédric Herrou et ses confrères auront mis dans leur combat juridique aura permis de censurer partiellement l'article L. 622-4. Cette même détermination avec laquelle lui et tant d’autres habitants de la Roya ont voulu coûte que coûte venir en aide aux migrants.

« Cela donne du courage et ça fait du bien. » Edwy Plenel, journaliste, cofondateur et président de Mediapart, soutien à Libre

Des infirmières bénévoles aux soins des nouveaux arrivants, une caravane héliportée jusqu’à la ferme de Cédric Herrou, des cours de français improvisés… C’est ce que Libre retrace à travers des scènes filmées sur le vif. «Un documentaire touchant et salvateur », souligne un spectateur.

Touchant et salvateur

Plusieurs des migrants aidés par Cédric Herrou étaient d’ailleurs présents pour l’avant-première. « Je voulais vous remercier pour votre détermination et pour tous les risques que vous avez pris », remercie en larmes l’un d’entre eux après la projection.

L’une des personnes aidées par Cédric Herrou était présente et a témoigné son émotion à la fin de la projection. © Axelle Bichon L’une des personnes aidées par Cédric Herrou était présente et a témoigné son émotion à la fin de la projection. © Axelle Bichon
Depuis début juillet, le badge J’accueille l’étranger a vu le jour, créé par un groupe de personnalités engagées dans la solidarité envers les exilés. Ce badge, dont Cédric Herrou est signataire, est destiné à donner de la visibilité au peuple de l’accueil. La solidarité aura-elle un jour sa place dans la politique migratoire ? « Cela donne du courage et ça fait du bien », relève pour sa part Edwy Plenel, fondateur de Mediapart. Celui qui a écrit Le Devoir d’Hospitalité, soutenu le combat de Cédric Herrou ainsi que Libre était présent lors de cette soirée de présentation.

Plus d’infos : Libre : 1h40 (le documentaire est soutenu par Médiapart - http://www.jaccueilleletranger.org/

 

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