L'éducation économique des français délaissée

Dans une chronique des Echos du 18 novembre 2014, Jean-Marc Vittorri commente le fait que trois français sur cinq jugent l'information économique peu compréhensible. Face à ce constat alarmant, l'Education Nationale paraît fautive puisqu'elle a totalement délaissée la matière économique.

 

L'économie est mal comprise par la majorité des français, c'est un fait. Hormis quelques indicateurs et concepts souvent utilisés dans les discours politiques et médiatiques que la plupart des français maitrisent plus ou moins bien, tels que le taux de chômage, la balance commerciale, le Produit Intérieur Brut ou encore la croissance de ce PIB, l'économie reste un domaine flou, réservé à quelques experts. Les français connaissent, pour la majorité, très mal la manière dont sont créés ces indicateurs économiques, les calculs qu'ils induisent et qui permettent pourtant d'évaluer la « santé » économique du pays. Or, comprendre les différents indicateurs, dont certains moins connus et pourtant tout aussi importants comme par exemple les taux de marge et d'investissement des entreprises, les taux de consommation et d'épargne des ménages, est essentiel à l'appréhension de l'économie. C'est le premier rôle des cours d'économies.

 

L'économie, une matière peu enseignée en France

 

Mais force est de constater que l'enseignement de l'économie est très limité en France. Ainsi, l'économie ne fait pas partie des programmes dispensés à l'école primaire ni au collège, au contraire de la « technologie », de la musique ou de l'art plastique. Même dans l'enseignement secondaire des filières générales, seuls ceux qui optent pour la filière ES ont accès à des cours d'économie. Les filières scientifiques et littéraires, elles, n'en dispensent aucun. Pourtant essentielle à la compréhension du monde du travail, des mécanismes économiques qui impactent chacun d'entre nous et des données économiques qui nous parviennent chaque jour, très peu de citoyens ayant un niveau bac ont donc acquis les connaissances élémentaires, les clés de compréhension de la matière économique.

 

Même en filière ES, les élèves ne bénéficient pas d'une véritable expertise économique. La matière restant très clivante, les différents points de vues et doctrines économiques sont survolés, souvent mélangés à des concepts sociologique, et peu ancrés dans le réel dans les programmes. Il faut donc aller plus loin que les cours de niveau secondaire pour avoir une compréhension globale des phénomènes économiques. Une fois ce constat fait, on comprend que les français n'ont qu'une compréhension très parcellaire de l'économie, souvent construite sur les analyses d'experts médiatiques, contraints par le temps dans les émissions radio ou télévisées ou par une place très limitée dans les journaux. Et les ouvrages économiques, qu'ils soient universitaires ou de vulgarisation, restent relativement peu lus, même si un livre best-seller, « le capital au XXIème siècle » de Thomas Piketty, tend à prouver le contraire. Il n'y a donc pas de quoi s'étonner lorsque Jean-Marc Vittorri indique que trois français sur cinq ne comprennent pas l'information économique.

 

Une clé de compréhension essentielle à la démocratie

 

L'un des grands devoir des citoyens, c'est de s'informer, de comprendre ces informations avant de voter, mais les moyens mis à sa disposition, comme écrit ci-dessus, sont très restreints. Mais au delà de la compréhension de l'information économique, importante en soi mais inutile si elle n'a pas de finalité, c'est surtout la compréhension des enjeux économiques qui importe car le rôle de chaque citoyen est de choisir parmi l'offre politique qui est, elle, censée orienter l'économie. Ils doivent donc faire des choix économiques. Le pouvoir d'achat, directement lié à ces choix économiques, fait parti des préoccupations principales des français. Le PIB par tête, peu utilisé par les médias, en est un indicateur fiable. Il a baissé depuis la crise de 200, accentuant probablement la défiance vis-à-vis du politique. Mais comment comprendre les raisons de cette baisse sans cours d'économie, uniquement grâce aux médias, dont les contraintes sont multiples ? Comment comprendre les orientations économiques des partis politiques français lorsqu'on n'est pas informé des débats et polémiques entre les différents courants de l'économie, lorsqu'on ne connait pas les différences entre les tenants du keynésianisme et du monétarisme, entre ceux de l'interventionnisme et ceux du « laissez-faire », entre les partisans du libre-échange et ceux de l'isolationnisme, de la monnaie commune ou du franc ? Le résultat de cette ignorance, c'est une forme de fatalisme, une forme de « There is no alternative » où le débat n'existe plus, où l'on se contente de constater les régressions diverses de tous les acteurs de l'économie intérieure française, entreprises, ménages et Etat compris.

 

Mais comment les citoyens pourraient-ils résoudre les difficiles équations, dont les résultats ne relèvent pas d'une science exacte mais bien de choix et comportements humains, sans maitriser, au moins dans leur globalité, les données qui permettent ce calcul, sans posséder les connaissances nécessaires à ce choix ? Les citoyens semblent bien démunis, à leur corps défendant, pour remplir leur devoir. Cela leur permettrait pourtant de mieux saisir les nuances, au delà du simple clivage simpliste « libéral/anti-libéral » souvent énoncé, entre par exemple l'orientation donnée par Emmanuel Macron et Arnaud Montebourg, son prédécesseur à Bercy. Quand le premier nommé semble adepte de la « mondialisation heureuse », convaincu par la « théorie du ruissellement », pour qui l'entreprise est le principal vecteur de croissance, l'autre est partisan de la de la définanciarisation, de la démondialisation de l'économie française de l'interventionnisme étatique, principal moyen de relancer non pas la croissance, mais l'économie réelle selon lui.

 

Voila pourquoi le développement de l'enseignement économique serait utile, primordial même, pour n'importe quel citoyen, et pour moi, en tant qu'arbitre, en tant que journaliste.

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