Ce sont les palestiniens qui ont décapité Hervé Gourdel?

« Ce sont les juifs qui ont décapité Hervé Gourdel ? ». C'est par ces mots que Nadine Morano, ancienne ministre et aujourd'hui députée européenne, invitée de France Info le 28 novembre , a défendu sa prise de position contre la reconnaissance d'un Etat Palestinien. Comme d'autres opposants, Nadine Morano n'a eu de cesse de mettre les religions au coeur du débat.

 

« Qui décapite les Occidentaux ? C'est ceux qui sont membres du Jihad islamique, donc les partenaires du Hamas. Ce sont les juifs qui décapitent aujourd'hui ? Ce sont les juifs qui ont décapité Hervé Gourdel ? »

Par cette phrase, Nadine Morano fait l'amalgame entre terrorisme islamiste et cause palestinienne. Elle accuse le Jihad islamique palestinien, une organisation reconnue comme terroriste tout comme son allié, le Hamas, d'avoir décapité des occidentaux. Le problème, c'est que, même si un certain nombre d'actes commis par ces organisations terroristes sont condamnables, ni le Hamas ni le djihad islamique palestinien ne sont responsables ou liés aux meurtres perpétrés par l'Etat islamique, qui sévit en Syrie et en Irak, pas plus que de la mort d'Hervé Gourdel en Algérie par le groupuscule Jund al-Khilafa. L'amalgame entre le Hamas et l'Etat Islamique, entre cause palestinienne et conflit syrien, est total avec en dénominateur commun l'islam. Si de nombreux médias ont fait de cette intervention une simple erreur, une approximation, elle est lourde de conséquences.

 

Le conflit israélo-palestinien résumé à une guerre entre musulmans et juifs

 

Ca n'est pas la première fois que les opposants à la reconnaissance d'un Etat palestinien réduisent le conflit israélo-palestinien à un conflit confessionnel. C'est la même stratégie qu'utilise Benjamin Netenyahou, le premier ministre israélien, lorsqu'il fait du peuple israélien « le peuple juif », quand bien même il existe des israéliens d'autres confessions et des juifs non-israéliens. Claude Goasguen réduit lui aussi la question palestinienne au clivage religieux, mais l'importe en France cette fois-ci, en affirmant que « cette résolution s'adressait à l'électorat français musulman ». Les propos tenus à l'Assemblée Nationale par le député UDI des français de l'étranger Habib Meyer à ce sujet sont pour le moins explicites. Pour lui, « nous ne réalisons pas qu’il ne s’agit pas d’une question territoriale, mais de l’islam radical, qui tente de conquérir le monde. »

 

La reconnaissance de l'Etat palestinien, menace pour la sécurité nationale ?

 

Selon Habib Meyer, « l'adoption de cette résolution s'apparente à une remise de prix au terrorisme » alors que « le djihadisme et le terrorisme sont à nos frontières et tuent nos compatriotes ». La reconnaissance de l'Etat palestinien serait donc un risque pour la sécurité nationale. C'est ce que confirme Nadine Morano, qui veut « qu'on prenne un peu conscience des dangers que nous avons même ici en France ». Selon, l'eurodéputée, le moment de la reconnaissance est mal choisit car « on a pratiquement 1200 jeunes qui se sont engagés vers le djihad, on a eu Mohammed Merah ». Difficile de comprendre le lien entre la reconnaissance symbolique de l'Etat palestinien en France et les jeunes djihadistes.

 

On comprend mieux le mouvement « Not in my name »

 

Cette stratégie est dangereuse. En affirmant que « les » juifs, l'ensemble des juifs donc, n'ont pas décapité d'occidentaux, Nadine Morano a induit que ce sont « les » musulmans qui ont décapité ces occidentaux. Tout en dénonçant la montée de l'antisémitisme en France durant l'interview, par cette phrase, elle associe l'ensemble des populations musulmanes aux actes de l'Etat Islamique. Lorsqu'on entend l'eurodéputée, on comprend mieux le besoin qu'ont ressenti un certain nombre de musulmans de se désolidariser des actes de Daesh en lançant le mouvement « Not in my name » (« pas en mon nom »).

 

 

Aymeric Misandeau

 

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