Bertrand Kern: "Aux ordres de personne"

A 53 ans, Bertrand Kern, maire de Pantin depuis 14 ans, est devenu le 29 mars le premier conseiller départemental pantinois. Mais, après avoir gravi les échelons au sein du PS et s'être imposé au niveau local, il rêve d'une destinée nationale.

 

 

 

Si Bertrand Kern est aujourd'hui solidement implanté à Pantin, c'est sans doute grâce à un sens politique très développé. Sa carrière politique semble mal embarquée lorsque le fils de banquier né à Belfort, « séduit par l'idée de l'autogestion », adhère en 1980 au Parti Socialiste Unifié, « la deuxième gauche comme on l'appelait alors ». Mais il s'aperçoit vite qu'avec « Huguette Bouchardeau comme candidate (à l'élection présidentielle de 1981), la perspective politique était quand même assez incertaine ». Il quitte donc le parti deux ans après y avoir adhéré pour rejoindre un parti qui vient de remporter les élections présidentielles et offre bien plus de « perspectives » à ses jeunes militants : le Parti socialiste. C'est là que la carrière de Bertrand Kern prend son envol. A son arrivée au PS en 1982, il se rapproche d'abord de Michel Rocard, lui aussi « issu de cette deuxième gauche autogestionnaire ». Mais il le quitte pour Mitterrand, « comme beaucoup de socialistes des années 80-90 ». L'élément déclencheur de cette rupture  : sa rencontre avec Michel Rocard, « quelqu'un d'intellectuellement très séduisant mais de terriblement brouillon et incertain dans sa capacité à être un homme d'Etat ».

 

 

L'Unef avec Dray et Valls

 

 

Tout en poursuivant ses études, d'abord à l'IEP d'Aix-en-Provence puis en droit à Paris 1, un parcours plutôt classique pour qui veut entrer en politique, Bertrand Kern s'engage dans le syndicalisme étudiant. Il rejoint l'Unef, mais pas n'importe lequel : l'Unef-ID (indépendante et démocratique) « proche du Parti socialiste » et pas l'Unef renouveau, « noyautée par les communistes » auxquels il ne porte pas une grande affection, lui qui était « conscient que le stalinisme était une dictature » et « rejetait le communisme et le centralisme démocratique ».

Sur l'invitation de Julien Dray, dirigeant de l'Unef-ID, il rejoint les bancs de la Sorbonne, où il croise notamment Manuel Valls et ses deux compères d'alors, Alain Bauer et Stéphane Fouks, mais aussi un certain Jean-Christophe Cambadélis.

 

Mais son père, qui « a toujours eu le regret de ne pas s'être engagé en politique », l'oblige à quitter les bancs de la faculté en 1987 alors qu'il a 25 ans. Il lui trouve un emploi de cadre stagiaire dans un établissement bancaire mais Bertrand Kern ne s'y éternise pas, lui qui avait « des fourmis dans les jambes » et « s'ennuyait profondément ». Pierre-Antoine Lorenzi, un de ses amis de l'IEP d'Aix-en-Provence, le sort de son éphémère retraite politique. L'ascension politique de Lorenzi a été bien plus fulgurante que celle de Kern : il a été conseiller politique de Laurent Fabius dès 1986, lorsque celui-ci était encore Premier ministre, et en est devenu un proche. Kern rejoint l'éphémère club des 101 lancé par Lorenzi pour les « jeunes qui ont envie de rentrer en politique avec François Mitterrand, bien entendu parce qu'on pense qu'il sera réélu en 1988. » Il y fait une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière politique : Claude Bartolone, « l'exemple du jeune entré en politique sous Mitterrand », qui fait de lui son assistant parlementaire en 1988. Passer de la banque à l'Assemblée, c'est une baisse de revenu de « 1000 francs », « un sacrifice », se souvient encore le maire de Pantin.

 

 

Claude Bartolone en mentor

 

 

C'est alors que Kern découvre Pantin, une ville dans laquelle il va fonder sa carrière politique en prenant le pouvoir au sein de la section PS locale. Claude Bartolone, figure socialiste de Seine Saint-Denis, l'incite a adhérer à la section de la ville. Six mois après être devenu son assistant, Bertrand Kern suit les conseils de son mentor et s'inscrit à Pantin avant d'y emménager au bout d'un an. Sept ans après son adhésion au PS, il obtient son premier poste : en 1989, il est élu conseiller municipal de Pantin et en 1990, alors que le président de la section est atteint du sida et se retire, il prend la présidence de la section socialiste de Pantin. Via cette ascension au sein de la structure partisane, Bertrand Kern s'impose peu à peu comme un candidat crédible aux élections, surtout que Pantin n'est pas socialiste et que les chances de conquête sont assez faibles. Personne n'y est donc parachuté par le bureau national, trop risqué et incertain.

 

Après avoir été directeur de campagne des candidats socialistes aux élections cantonales de 1988, 1992 et 1994 mais « toutes ces campagnes sont perdues », il se lance dans le grand bain : il se présente aux cantonales puis aux départementales. Pour lui « donner du poids avant de se présenter aux élections », il devient le suppléant de Bartolone à l'Assemblée Nationale en 1997. Il est investi candidat du canton de Pantin-est au mois de septembre 1997 et exerce la fonction de député lorsque Bartolone est appelé au gouvernement en 1998. Après « 8 mois de porte-à-porte pour se faire connaître », Kern sort victorieux de son duel avec le maire communiste de Pantin, Jacques Isabey, avant de battre au second tour Nicole Guedj, ancienne ministre de Chirac. Après cette première victoire sur les communistes dont Pantin était un bastion, il enchaîne avec les élections municipales de 2001 et, en s'alliant avec les Verts, défait à nouveau Isabey, maire de la ville durant 24 ans.

 

Depuis son élection en 2001, Bertrand Kern a été réélu à deux reprises au premier tour à la tête de la ville et a remporté les dernières élections départementales. Mais l'ambition de Bertrand Kern est loin de Pantin. Aux dernières municipales, il estime avoir « passé un cap ». Il voit ses victoires comme « une reconnaissance du travail accompli » et souhaite désormais « passer la main » à une « nouvelle génération qui se met en place » au cours du quatrième mandat de maire qu'il envisage. Il ne veut pas être « maire à 70 ans » comme l'a été Jacques Isabey, son prédécesseur communiste, qui a selon lui « fait le mandat de trop  ». Il rêve de retrouver l'hémicycle en 2017 pour « porter ses idées ». Le passionné de réforme territorial envisage même une collaboration avec un gouvernement de droite sur ce sujet. Il regrette de ne « pas avoir d'influence au PS », selon lui à cause de son « indépendance », lui qui « n'est aux ordres de personne » et n'est pas « maire par procuration. »

 

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