Chaos calme au Parti socialiste

Lancés fin août lors des universités d'été du Parti socialiste à la Rochelle, les Etats Généraux du PS se sont conclus le 6 décembre par un grand meeting porte de la Villette, à Paris. Une charte a été adoptée après consultation des militants mais, contrairement à ce qu'affirme le Premier secrétaire du parti Jean Christophe Cambadélis, elle est loin de faire l'unanimité.

 

Le remaniement ministériel de la fin août, suite aux sorties médiatiques de Benoit Hamon et Arnaud Montebourg à la fête de la Rose, avait provoqué de nombreux remous au sein du Parti socialiste, obligeant les socialistes à clarifier leur ligne idéologique. Préalablement au congrès qui doit se tenir en juin prochain, des Etats Généraux ont été lancés dans ce but, « afin de reformuler l'identité du Parti Socialiste ».

C'est Jean Christophe Cambadélis, Premier secrétaire du parti, qui a clos ce processus de consultation militante. Plus de 5600 contributions ont été déposées en 3 mois sur le site de ces Etats Généraux, « un succès qui couronne un moment de réflexion sans commune mesure » dans l'histoire du Parti Socialiste se félicite Jean Christophe Cambadélis. La charte qui en émerge « porte les nouvelles couleurs du parti socialiste », doit être « une arme idéologique pour lutter contre le tatcherisme de la droite » et Le suicide français de Zemmour, « nouveau bréviaire des réactionnaires ». Pour lui, pas de doute, la charte adoptée « fera date » car le texte « est cohérent, novateur et rassembleur ». Il assène à la tribune que « jamais les socialistes n'ont été aussi rassemblés ».

 

Des absences remarquées

 

Mais le rassemblement dont parle Jean Christophe Cambadélis n'était pas vraiment visible. Si un certain nombre de figures du parti étaient présentes, comme Guillaume Bachelay, Claude Bartolone ou encore le frondeur Jérôme Guedj, ce sont surtout les absents qui se sont fait remarquer. Pas de trace de Martine Aubry, encore moins de Benoit Hamon, Arnaud Montebourg ou Aurélie Filippetti, tenants de lignes dissidentes au sein du Parti socialiste.

Même les militants ont boudé le « moment d'union » décrit par le Premier secrétaire. Une militante qui anime une table ronde a beau « vanter l'énergie positive de cette salle », force est de constater qu'il est loin le temps du grand meeting du Bourget. Il faut dire que depuis l'élection de François Hollande, le Parti socialiste a vécu une véritable saignée à blanc. Seuls 60 000 des quelques 150 000 adhérents sont à jour de cotisation de l'aveu même de Jean-Christophe Cambadélis. Dans la salle ultramoderne du Paris Event Center, composée d'une estrade entourée de tribunes, les rangs socialistes semblaient bien clairsemés. Seules les rangées faisant face à l'estrade, dévolues aux élus du parti, sont remplies, les rangées latérales étant à peu près garnies par les délégués. Mais les militants ne sont pas au rendez-vous, si bien que l'encadrement demande aux nouveaux arrivants de se mettre dans la tribune située derrière l'estrade « pour les caméras ». Même le personnel d'accueil s'ennuie ferme. Dans la salle d'entrée, il y a peu de monde et peu d'éclats de voix. Au stand du Mouvement des Jeunes Socialistes, on joue avec des ballons de baudruche roses.

 

Des réactions mitigées

 

 

Seules les interventions de Marie Noëlle Lienemann, sénatrice de la gauche du PS qui dénonce « une privatisation des profits et une nationalisation des pertes », et de Carlos Da Silva, proche de Manuel Valls, ont vraiment sorti la salle de sa torpeur avant l'intervention applaudie de « Camba », preuve qu'il existe bien deux lignes bien différentes au sein du PS.

On retrouve cette division chez les militants. Pour Lorenzo, qui tient le stand des MJS, « ça ne va pas du tout ». Pour l'aubryste, « proclamer des valeurs, c'est bien, mais il faut une application concrète », dénonçant « l'austérité, pas très cohérente avec ces principes ». Pour lui, cette consultation arrive un peu tard. Il regrette qu'il n'y ait pas eu «  de discussion sur le pacte de responsabilité avec les militants », que les parlementaires n'aient pas été « écoutés ». « La ligne sociale libérale, de remise en cause des 35 heures et du coût du travail, n'a pas été définie pendant la campagne », « ne correspond pas à l'électorat socialiste et, en plus, n'est pas efficace » ajoute-t-il.

Même son de cloche pour Clément, venu « voir ce qui se passe » en « attendant le congrès ». Pour lui, ce meeting est « sans enjeux ». Il juge, peu clément, que « ce n'était pas ce qu'il fallait pour relancer le Parti socialiste ». Celui qui se définit comme « cherkiste », du nom de Pascal Cherki, leader de sa section du 14e arrondissement de Paris, et qui était « proche des idées de Benoit Hamon jusqu'à ce qu'il entre au gouvernement », dénonce une charte « trop consensuelle », « hors sol, hors contexte politique », qui « ne prend pas en compte le contexte gouvernemental ». « Beaucoup de contributions n'ont pas été prises en compte » regrette également le militant.

En revanche, pour Thierry, militant « de l'aile droite du Parti socialiste, social-démocrate et proche des idées de François Hollande », ces Etats Généraux sont « remobilisateurs ». La gauche « en avait bien besoin » selon lui. Il est « en parfait accord » avec cette charte qui « revisite les valeurs de la gauche et les retraduit dans le contexte du 21e siècle ».

Quoi qu'il en soit, le « socle de la reconstruction » du Parti socialiste évoqué par Cambadélis semble bien fragile.

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