« C’est juste des jeunes qui se défendent »

Un jeune de seize ans a été blessé par arme à feu dimanche soir à Sarcelles (Val-d’Oise), au cours d’un affrontement entre bandes rivales. Autour du lieu du drame, les habitants n’évoquent qu’à demi-mots la violence qui s’est installé dans le quartier.

« Les affrontements entre les jeunes des Sablons et ceux des Roses (l’autre nom de la cité des Poètes de Pierrefitte) sont fréquents ici ». C’est ce qu’explique Monique, contrainte d’emménager en 1997 dans l’immeuble devant lequel la fusillade a eu lieu en raison de sa maigre retraite. C’est vers 20 heures, entre le 18 et le 20 de l’avenue César Franck, sur un carré de pelouse, que la scène s’est déroulée.  Un jeune homme de Stains a pris une balle dans la bouche. Il a été transporté à l’hôpital Lariboisière à Paris, son pronostic vital est engagé selon le Parisien. Le lieu de la fusillade n’est pas anodin. En novembre dernier déjà, un jeune homme avait été blessé par balles dans le quartier des Sablons, à Sarcelles, selon le Parisien. Monique est habituée à cette violence. Selon elle, le mode opératoire est toujours le même : « Ils (les bandes rivales) arrivent de chaque côté de la rue avec des morceaux de bois, des barres à mine ou des barres de fer et, je sais pas si c’était un vrai, peut-être qu’il était en plastique, j’ai vu un flingue ».

 Ca n’est pas le premier affrontement entre bandes rivales avenue César Franck, devenue le champs de bataille favori, la frontière, presque un no man’s land, qui sépare les deux cités ennemies. Un policier municipal affirme que l’avenue César Franck n’est pas à Sarcelles mais à Pierrefitte ou Stains, preuve que les Municipaux s’aventurent le moins possible dans cette zone. C’est la police nationale, plus proche des Sablons, qui intervient le plus souvent. Le commissariat, protégé par une lourde grille fermée à clé, est à deux pas du lieu de l’affrontement : « L’avenue César-Franck délimite la frontière entre Sarcelles et Pierrefitte, entre le 95 et le 93. On ne sait jamais qui doit intervenir, de quelle juridiction ça dépend. On voit en fonction de l’endroit où ça a lieu sur l’avenue », explique le policier de garde.  Voilà pourquoi les règlements de compte ont lieu sur cette avenue.

 

« Les gens ont peur de parler, c’est l’omerta »

 

Un constat pour Monique : « les choses ont empiré » depuis  son arrivée à Sarcelles. Et ce n’est pas Pierre, habitant depuis 55 ans de la cité des Sablons à Sarcelles, qui dira le contraire. « Avant on vivait bien ici ! » lance-t-il, mais « maintenant, les gens ont peur de parler. C’est l’omerta ». Pierre est mal à l’aise à l’idée de parler en pleine rue. Il se retourne souvent vers les fenêtres de l’immeuble auquel il tourne le dos. Des personnes âgées observent la discussion. Elles jettent un coup d’œil, ferment leurs fenêtres, semblent apeurées. L’omerta touche aussi les jeunes. Aucun des élèves du collège Evariste Gallois, tout proche de l’avenue, ne semble disposé à évoquer la rixe. Impossible de connaître les raisons de ce dernier affrontement.

Une autre habitante du quartier indique que les fusillades sont banales dans le quartier. « Vous ne me croyez pas ? Allez voir sur le parking, après les jeux d’enfant. Il y a des voitures criblées de balles ! » dit-elle.

Ce parking, il est de l’autre côté de l’avenue, dans la cité Rose.  Trois homme surveillent les allées et venues dans la cité, assis dans une voiture. « Vous êtes journalistes ? Y a rien à dire sur ce qui s’est passé. C’est juste des jeunes qui se défendent. Ils ont quinze, seize ans, ils se font attaquer, alors ils se défendent, c’est tout. C’est normal », dit l’un d’eux.

 

Aymeric Misandeau avec Olivier Philippe et Bastien Lejeune

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