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Billet de blog 10 nov. 2022

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La lutte de libération kurde, doublement décoloniale

Le Kurdistan peut être considéré comme une colonie partagée sur 4 états coloniaux (Turquie, Syrie, Irak, Iran). Ainsi, la lutte de libération kurde s'insert bien évidemment dans l'histoire des luttes anticoloniales. De plus, la théorie développée par le mouvement de libération kurde se base sur une critique de la modernité capitaliste et rejoint ainsi la pensée décoloniale.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Ce billet ne développera pas l'aspect colonial du Kurdistan pour des besoins de concision. J'ai déjà apporté de nombreuses réponses dans ces deux articles : Les Kurdes, manipulés par l’Occident contre les « barbares islamistes » : une raison de leur isolement au sein des luttes du Sud ? dans le QG décolonial et Les Kurdes : un peuple colonisé ? sur le site Expansive.info.

Malgré notre longue histoire d’existence, la violence la plus dévastatrice qui s’est mise en place contre les Kurdes n’aurait lieu qu’avec le développement de la modernité capitaliste des deux derniers siècles. Bien que les responsable de ces politiques dans la région aient été les États de Turquie, d’Irak, d’Iran et de Syrie, ce sont avant tout les puissances impérialistes mondiales, principalement la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis, qui ont préparé le terrain pour ces états, en leur offrant un soutien et des conseils pour commettre des massacres. Ainsi, les malheurs du peuple Kurde sont profondément liés au développement du capitalisme et à "la modernité capitaliste" comme le désigne la théorie kurde issue des écrits d'Öcalan, figure du PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) emprisonné par l’État turc depuis 1999. Cette organisation était lors de sa création dans les années 70 de pensée marxiste-léniniste dans la lignée des mouvements de décolonisation du 20ème siècle. Au tournant du 21ème, leur leader Öcalan s'est notamment inspiré des travaux de Murray Bookchin (écologie politique, municipalisme libertaire) pour développer une nouvelle pensée politique qui sera en partie décrite ici. Il existe d'autres mouvements kurdes anti-coloniaux avec différentes idéologies politiques. Néanmoins, le PKK et ses partis alliés ont une place prépondérante dans la lutte kurde et méritent qu'on s'attarde plus en détail sur leur idéologie.

Ce billet sera l'occasion pour moi d'expliquer et d'argumenter la critique de l’État-nation faite dans le cadre de la théorie kurde issue du PKK et de montrer les ponts possibles avec la pensée décoloniale telle qu'elle a été développée en France à partir des années 2000.

Ce cadre théorique décolonial, dans le cas de la France, s’inspire grandement des écrits de Frantz Fanon, d’Aimé Césaire et des militants de la décolonisation post-Seconde guerre mondiale. Bien sûr, il y a aussi une pensée décoloniale sud-américaine (Aníbal Quijano, Enrique Dussel, Walter Mignolo, …) qui peut rejoindre celle de la France mais, de par son histoire et à cause de la persistance coloniale de l’État français, il a été essentiel pour les décoloniaux en France de se baser sur les figures anticoloniales françaises et sur leurs apports théoriques.

Norman Ajari écrit dans son livre La dignité ou la mort :

« L’objectif principal de la philosophie décoloniale de l’histoire est la modernité et, plus précisément, l’envers obscur de la modernité. Selon le philosophe argentin Enrique Dussel, elle ne commence pas avec les Lumières, ni avec la révolution industrielle. Elle débute en 1492 avec la pseudo-découverte des Amériques. […] C’est, selon Dussel, ce moment de la « découverte » puis de la conquête qui va constituer la naissance commune de la conscience européenne et de la modernité […] (qui) désigne la manière dont l’Europe va s’auto-instituer comme centre et tenir le reste du monde pour sa périphérie. »

Voilà un magnifique résumé des bases de la pensée décoloniale : une étude et une compréhension approfondie de la modernité comme émanation du Capital, tant de ses origines que des conséquences sociales qu’elle produit (le racisme, le sexisme, l’homophobie, …).

Ainsi, la base de toute pensée décoloniale devrait être l’analyse de cette modernité capitaliste.

C'est d'ailleurs le cadre de pensée de la théorie kurde tel que développé dans ces deux livrets : La nation démocratique et Confédéralisme démocratique (disponibles au format pdf gratuitement). Je me baserai sur des citations et explications de ces deux livrets pour apporter une analyse approfondie du corpus d'idées issu du mouvement de libération kurde.

Pourquoi parler d’État-nation et de modernité capitaliste ? Quel lien avec les Kurdes ? Réponse d'Öcalan :

"Depuis des décennies, les Kurdes luttent non seulement contre l’oppression exercée par les puissances dominantes et pour la reconnaissance de leur existence, mais également dans le but de libérer leur société. Il serait donc illogique de se libérer pour s’enchaîner à nouveau, voire même augmenter l’oppression. Dans le contexte de la modernité capitaliste, c’est pourtant à cela qu’équivaudrait la fondation d’un État-nation. Tant que l’on ne s’opposera pas à la modernité capitaliste, la libération des peuples demeurera impossible. Voilà pourquoi la fondation d’un État-nation kurde est, pour moi, inenvisageable.

L’appel à la création d’un État-nation séparé représente les intérêts de la classe dirigeante et ceux de la bourgeoisie, mais ne reflète en aucun cas les intérêts du peuple ; en effet, un État supplémentaire ne ferait que renforcer l’injustice et entraver plus encore le droit à la liberté.

Par conséquent, la solution à la question kurde se trouve dans une approche visant à affaiblir ou à repousser la modernité capitaliste. Les raisons historiques, les caractéristiques sociales et les évolutions concrètes relatives à cette question, ainsi que l’extension de la zone de peuplement des Kurdes sur le territoire de quatre pays ; tout ceci rend d’autant plus indispensable une solution démocratique. Il est également important de se rappeler que l’ensemble du Moyen-Orient souffre d’un manque cruel de démocratie. Grâce à la position géostratégique de la zone de peuplement kurde, le succès du projet démocratique porté par les Kurdes promet également de pouvoir effectuer des progrès dans la démocratisation de tout le Moyen-Orient. Ce projet démocratique, nous l’avons baptisé le confédéralisme démocratique."

Voilà une réponse magnifique. On ressent déjà à travers ces explications la portée anti-modernité que l'on retrouve dans la pensée décoloniale en France. Explicitons les notions de modernité capitaliste/occidentale et d’État-nation.

1) État-nation : définition très simplifiée

Définissons la nation comme un peuple, une population qui se différencie des autres nations par une culture et/ou une langue spécifique et/ou une histoire commune. Définissons l'État comme l’ensemble des personnes, des institutions détenant le monopole de la violence symbolique légitime, pas uniquement la violence physique mais aussi mentale, psychologique (une définition "à la Bourdieu"). Pour faire simple c'est la capacité des dominants à imposer un système de pensée pour faire accepter leur domination aux populations dominées. Ce sont des définitions très larges mais c'est pour se faire une idée générale, la suite de l'article précisera ces notions.

Il s'agit donc de fusionner l'idée d'un peuple qui se construit autour d'un État unique.  La devise « une langue, un drapeau, une nation » est devenue le ciment qui homogénéiserait les nouveaux États-nations, les amenant à nier et à réprimer toute autre identité qui ne s’y conformerait pas. Par conséquent on exclut l'idée qu'il y ait d'autres peuples liés à cet État. Par exemple en France, on parle toujours d'un peuple français, pourtant il y a bien plusieurs peuples avec leurs cultures, leurs histoires et langues spécifiques comme les Basques, les Corses, les Bretons, les Alsaciens, etc. De même en Turquie avec l’exclusion et le massacre des Arméniens et Kurdes. Pareil en Israël avec la loi État-nation du peuple juif de 2018 qui exclut tous les arabes et musulmans de fait.

2) Modernité capitaliste, État-nation et Capital : monstre à trois têtes

Le capitalisme n’a pas créé le patriarcat, ni l’esclavage, ni l’exploitation de l’environnement, ni la pauvreté. Par contre le capitalisme, en tant que mode de production et d’échange, a exacerbé ces systèmes d’oppression. Pourquoi ? Parce que le Capital cherche toujours à augmenter la plus-value et par-là le profit. Le Capital cherchera pour cela à exploiter de plus en plus de ressource et à créer les conditions profitables pour l’expropriation des richesses créées. Comment ? Au niveau étatique, c’est à travers l’État-nation que le capitalisme a trouvé la forme d’état la plus adaptée à son entreprise d’exploitation : c’est "le système politique du capitalisme par excellence" comme l'écrit Öcalan.

La force de cohésion sociale que donne l’État-nation permet la stabilité nécessaire à la grande disparité de richesses et à l'exploitation outrancière que ce système économique développe. L'État a besoin de muscler sa cohésion pour la simple et bonne raison qu'il est traversé par de nombreux antagonismes de classes, de sexes, de races, de religions, de langues et bien d'autres. La société sans un sentiment d'union serait beaucoup plus fragile.

On peut donc voir la modernité capitaliste comme le ciment renforçant la cohésion sociale au sein de l’État-nation qui en pose les bases, le tout afin de servir le Capital. Il faut donc analyser le « système » comme étant ce tout : les trois notions de modernité, d’État-nation et de Capital s’imbriquent tellement qu’elles doivent être pensées à partir des relations qu’elles créent entre elles.     

La théorie kurde dit :

"L’État-nation est en quelques sortes le plus complet des monopoles. Il s’agit, en réalité, d’une unité de monopoles, tels que le monopole du commerce, de l’industrie, de la finance et du pouvoir."

Tous ces monopoles servent le Capital, qui a une tendance inhérente à la concentration des richesses et par-là du pouvoir. Le monopole idéologique est, quant à lui, indivisible du monopole du pouvoir. L’expression de ce monopole idéologique est ce qu’on nomme la modernité. 

Je vais tenter d’esquisser quelques caractéristiques idéologiques de l’État-nation pour permettre au lecteur de mieux comprendre la modernité.

Dans sa forme originelle, l’État-nation avait pour but de monopoliser tous les processus sociaux. La notion que diversité et pluralité doivent à tout prix être combattues, a ouvert la voie aux politiques d’assimilation et de racisme. En plus d’exploiter les idées et la force de travail de la société et de coloniser les esprits au nom du capitalisme, l’État-nation assimile également toutes sortes de cultures et d’idées intellectuelles et spirituelles, et ce, afin de préserver sa propre existence. Il vise à créer une culture et une identité nationale unique. Et quel est le modèle pris pour cette identité unique ? C’est celui des dominants, donc en France et en Occident en général : mâle blanc cis hétéro bourgeois. Tout ce qui ne rentre pas là-dedans sera opprimé. L’État-nation pose les bases du monopole idéologique, le Capital l’utilise à son image et tout cela donne la modernité : la tendance à se conformer au modèle dominant imposé par le mâle blanc cis hétéro bourgeois.  

Pour instituer ce monopole idéologique, l’État-nation a plus d’un tour dans son sac.

  • Le nationalisme :

"Si l’on compare l’État-nation à un dieu, alors le nationalisme est sa religion."

C’est ce qui donne en France le culte de la République, devenue quasi entité divine à laquelle on ne peut toucher et qu’il faut protéger des mécréants qui sont « sortis de l’arc républicain ». Le nationalisme apparaît alors comme une justification quasi-religieuse. On le voit à travers les appels à « l’unité nationale » qui ne sont que des prétextes pour réveiller la part nationaliste en chacun de nous dans le seul but de satisfaire in fine l’agenda des capitalistes (regardez la première guerre mondiale …). La réelle mission du nationalisme consiste à servir l’État-nation presque divinisé et sa vision idéologique, qui imprègne tous les domaines de la société. Finalement, avec l’État-nation on en revient encore une fois au capitalisme :

"On dit souvent que l’État-nation se soucie du sort du peuple. Ceci est faux. Il s’agit plutôt d’un gouverneur national au sein du système capitaliste mondial, un vassal de la modernité capitaliste, qui est beaucoup plus profondément lié aux structures dominantes du capital qu’on ne le croit. Il s’agit d’une colonie du capital. Aussi nationaliste qu’il se montre, l’État-nation sert toujours dans une même mesure les processus capitalistes de l’exploitation. Rien d’autre ne peut expliquer les terribles guerres de redistribution vécues à l’époque de la modernité capitaliste. Ainsi, l’État-nation n’est pas avec le peuple - il est son ennemi. Les relations entre les différents États-nations et les monopoles internationaux sont coordonnées par les diplomates des États-nations. Sans la reconnaissance par les autres États-nations, aucun d’entre eux ne pourrait survivre. La raison se trouve dans la logique du système capitaliste mondial. Les États-nations qui sortent du système capitaliste connaîtront le même sort que le régime de Saddam Hussein en Irak, ou bien seront mis à genoux par le biais d’embargos économiques."

  • Le positivisme :

La modernité étant omnipotente, imprégnée dans tous nos esprits, il serait présomptueux de croire qu’il est aisée de réfléchir en dehors des normes qu’elle impose. D’ailleurs, un des fondements idéologique qu’impose la modernité c’est la croyance dans la possibilité de tout savoir, tout découvrir, que l’on retrouve aussi dans cette prétention à avoir « tué Dieu ». Ainsi, on en revient au début de l’article et aux origines historiques de la modernité à partir de la « découverte » des Amériques (citation d'Ajari), en lien avec la prétention occidentale de pouvoir tout découvrir, tout savoir mieux que les Autres. Le positivisme se réduit à une approche philosophique strictement limitée à l’apparence des choses, qu’il équivaut à la réalité même de celles-ci. Puisque le positivisme confond apparence et réalité, les choses non-apparentes ne peuvent pas faire partie de la réalité.

Öcalan dit à ce propos : "Grâce à la physique quantique, l’astronomie, certains domaines de la biologie et même de la pensée, nous savons que la réalité se produit également dans des mondes au-delà de l’observable. La vérité, dans la relation entre observateur et observé, s’est mystifiée jusqu’à ne plus rentrer dans aucune définition ou échelle physique. Le positivisme nie ce fait et donc, dans une certaine mesure, ressemble à l’idolâtrie de jadis, où l’idole constituait une image de la réalité."

C’est ce qui pousse des individus à « ne pas voir les couleurs », à ne pas creuser dans l’aspect systémique et profond des facteurs sociaux-économiques ce qui arrange bien le Capital. Encore et toujours, la modernité est et reste la force majeure du capitalisme, jusqu’à instituer les normes de pensée pour éviter toute critique de son système. Une vraie théorie décoloniale doit à la fois penser en-dehors des clous de la modernité mais doit aussi garder une part d’humilité en reconnaissant la part de moderne en chacun de nous. C'est ce qu'exprime Öcalan lorsqu'il écrit : "Arts, science, conscience sociale : rien de tout cela n’est indépendant. Un véritable éveil intellectuel nécessite donc une analyse fondamentale de ces éléments de la modernité."

Jean Genet disait :

« Tout jeune Noir américain qui écrit se cherche et s’éprouve, et quelques fois, au centre de lui-même, en son propre cœur, rencontre un Blanc qu’il doit anéantir. »

Transposé à la théorie kurde, on pourrait dire qu’il faut savoir chercher la part de Moderne en nous, la combattre tout en sachant que la victoire finale ne se fera que lorsque la modernité, l’État-nation et le Capital, ce monstre à trois têtes, seront détruits.

  • Sexisme et homonationalisme : la modernité sait s’adapter

Le sexisme, contaminant l’ensemble de la société, est un autre pilier idéologique de l’État-nation. De nombreux systèmes civilisés ont employé le sexisme afin de préserver leur pouvoir, imposant l’exploitation des femmes et utilisant celles-ci comme un réservoir de travail bon marché. Les femmes sont également considérées comme une ressource précieuse, en cela qu’elles produisent la descendance et permettent la reproduction des hommes et de la force de travail. La femme est donc à la fois vue comme un objet sexuel et une marchandise. Elle est un outil pour la préservation du pouvoir masculin et peut, au mieux, accéder au statut d’accessoire de la société masculine et patriarcale. Ancré dans la société, le sexisme est, tout comme le nationalisme, un produit idéologique du pouvoir et de l’État-nation. Le sexisme au sein de la société n’est pas moins dangereux que le capitalisme. Le patriarcat tente cependant de dissimuler ceci à tout prix. Cela se comprend aisément, étant donné que toutes les relations de pouvoir et les idéologies étatiques sont alimentées par des concepts et des comportements sexistes. Ainsi, Öcalan considère que :

"Il n’est pas concevable que l’ensemble de la société puisse être opprimé sans que les femmes ne le soient aussi. [...] Le sexisme de la société de l’État-nation renforce le pouvoir des hommes ; d’autre part, l’État-nation fait de la société une colonie par l’exploitation des femmes. A cet égard, les femmes peuvent également être considérées comme une nation exploitée."

Cette analyse du sexisme au sein de la modernité capitaliste est au cœur de la Révolution des femmes développée au sein du mouvement de libération kurde à travers, notamment, la jineolojî ou science des femmes en kurde. Ce sujet sera, je l'espère, le cœur d'un prochain article sur ce blog.

Cependant, l’objectif de la modernité étant de renforcer la cohésion sociale entre individus marqués par des clivages et des antagonismes profonds, face à de fortes revendications, la modernité peut sembler « céder » mais en réalité elle réalise un véritable tour de passe-passe en vidant de son contenu ces revendications sociales afin de les inclure dans le cadre de la modernité. C’est ainsi que l’état français peut se dire « féministe et pro-LGBTI » alors que son gouvernement et sa majorité contiennent des violeurs, des agresseurs sexuels, des homophobes. Cette incohérence se fait grâce à des phénomènes comme le pinkwashing sur la question du genre ou le greenwashing sur la question écologique. On peut aussi le voir à travers l'homonormativité.

Lisons Gianfranco Rebucini à ce propos :

« Et pour finir, l'homonormativité permet l'émergence d'un discours transnational de mission civilisatrice, soutenu par la promotion de l'exceptionnalisme sexuel américain. Ce discours, en partant de la croyance des États-Unis foncièrement gay friendly et tolérants contribue à créer des lignes de fractures entre un « nous civilisés » et un « eux les barbares ». De surcroît, il construit « certains corps [qui] apparaissent racialement pervers et certaines nationalités, aussi bien sur le sol états-unien qu'en dehors, [qui] apparaissent [sexuellement] pathologiques ». Mais comme l'inclusion de sujets queer normalisés (LGBTQI) apparaît de plus en plus dans le projet national comme un des piliers de la modernité accomplie et de l'exceptionnalisme sexuel, les autres nationalités (qui ne partagent pas cette norme) sont rejetées du côté de la tradition et du passée. Seraient-elles, selon les critères de l'homonormativité, homophobes ? N'ont-elles pas ou ne peuvent-elles pas intégrer la modernité ? Elles seraient foncièrement « arriérées ». »

Ainsi le modèle dominant reste le mâle blanc cis hétéro bourgeois car tout en s’appropriant des revendications légitimes, la modernité les dénaturent et les vident de sens. C’est pourquoi la solution reste la destruction du Capital qui se cache derrière l’État-nation et la modernité, sans quoi nous nous ferons toujours avoir. Ce projet c'est celui du mouvement de libération kurde mais aussi du mouvement décolonial en France. L'analyse et la critique de l’État-nation et de la modernité occidentale faites dans la théorie d'Öcalan rejoignent sur beaucoup de points celles faites dans la pensée décoloniale en France. Le pont décrit ici entre ces deux mouvements de pensée est à mes yeux essentiel et source d'inspiration immense. Il mérite qu'on s'y attarde plus longuement. C'est tout le projet de ce blog.

Tout comme les mouvements de libération du XXème siècle se sont beaucoup inspirés de la théorie marxiste pour penser leur situation et leur libération, je trouve intéressant d'étudier le mouvement de libération kurde à travers les liens évidents avec la pensée décoloniale.

La libération du Kurdistan sera-t-elle décoloniale dans son organisation au-delà même de l'aspect "décolonial" ou anti-coloniale de sa libération ? 

Bonne question. La solution proposée par la théorie kurde, suite à cette analyse de la modernité capitaliste et de l’État-nation, est regroupée dans deux concepts : le confédéralisme démocratique et la nation démocratique. Il serait présomptueux d'en parler dans ce billet en quelques lignes. Ces deux projets seront longuement décortiqués dans ce blog ainsi que durant mes Space Twitter (@MockingMarx sur Twitter) donc je vous invite, pour l'instant, à lire les deux courtes brochures citées en début d'article qui donnent les bases de ces deux concepts issus du mouvement de libération kurde.

Anti-coloniale dans sa forme et décoloniale dans ses idées, la lutte kurde est une source d'inspiration pour tout militant décolonial.

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