Au revoir Athènes

Voilà maintenant bientôt deux ans que je suis rentré d'Athènes où j'ai passé un an en Erasmus. Deux ans après il est temps de tirer un bilan et de revenir sur cette expérience qui a tout changé, qui a accéléré le rythme de ma vie avant de le ralentir brutalement à mon retour en France.

Je suis arrivé en septembre 2016, sous un soleil encore écrasant. Je quittais pour la première fois la France pour une longue période de plusieurs mois vers une destination inconnue : Athènes, Grèce. Je connaissais rien ou si peu à l'époque du pays qui allait m'accueillir. Pour moi c'était seulement le pays qui avait gagné l'Euro 2004 sur un malentendu et qui, depuis, était en train de se consumer dans ce que les médias appelaient "la Crise grecque" qui semblait menacer l'Europe entière. En bon aspirant révolutionnaire de vingt-et-un ans, j'avais choisi la Grèce pour cette raison, pas pour l'Euro 2004, mais pour voir de ce à quoi pouvait ressembler un pays en crise.

En janvier 2015, un an et neuf mois auparavant, je buvais à la santé de la victoire de Tsipras et de SYRIZA avec mes amis en mangeant du foie gras acheté à Carrefour en promotion du fait du déstockage d'après-fêtes. C'était une soirée de fête d'ailleurs, la gauche, la vraie, pas celle de Hollande et Valls qui nous gouvernaient à l'époque, venait de gagner les élections législatives. Alexis Tsipras,e le nouveau Premier ministre, promettait de mettre fin à l'humiliation de son pays par la Commission européenne, la BCE et le FMI, la fameuse Troïka dont on entendait tant parler depuis 2010. Le pays exsangue allait enfin relever la tête, c'était même le début d'une nouvelle ère pour l'Europe. Pour la première fois, nous, les enfants des années 1990, qui n'avions connus que la capitalisme triomphant et l'alternance entre libéraux de gauche et libéraux de droite voyions l'arrivée au pouvoir, dans un pays pas si lointain, d'un parti prêt à renverser la table. Notre excitation était à son comble, nous regardions sur nos ordinateurs comme hypnotisés la foule converger sur la place Syntagma (place de la Constitution) devant le Parlement à Athènes, célébrant sa victoire en chantant.

Je ne vais pas refaire ici l'histoire des mois qui ont suivit, tout le monde la connait et ce n'est pas mon propos. Finalement, comme prévu par certains (Frédéric Lordon, si tu me lis, je te salue), Tsipras a capitulé après un referendum pourtant largement remporté. Après l'euphorie, qui avait redoublé après la victoire du "OXI" ("non" en grec) à la proposition d'accord de la Troïka, tous nos espoirs étaient douchés. La révolution n'aura pas lieu en Grèce, la contagion n'avait pas touché les autres pays de l'UE, l'Europe sociale n'existera jamais, la démocratie est une chimère. Pourtant, c'est là que mon histoire avec la Grèce a réellement commencé, et, marqué par ces quelques mois où la Grèce était le centre de notre monde, j'ai décidé d'y poser mes valises pendant un an pour une année en Erasmus à Athènes. C'est cette histoire de la Grèce que j'ai envie d'écrire ici.

Je suis donc arrivé à l'Aéroport International Elethterios Venizelos d'Athènes. J'ignorais encore tout de cet homme qui donnait son nom à l'aéroport, comme notre bon général de Gaulle à Roissy, je remarquais seulement que comme Roissy est loin de Paris, Eleftherios Venizelos est très loin d'Athènes. Après être arrivé par les airs, je suis arrivé dans le centre ville par le métro, ligne bleue interminable, descente Station Omonia qui débouche sur la place du même nom (Place de la Nation). A la sortie du métro je découvre une place bétonnée mais je suis surtout ébloui par le soleil et écrasé par la chaleur. Je suis en nagé, il fait 35 degrés, il est 15 heures. Je remonte l'Avenue Eleftherios Venizelos (encore lui) avec tout mon barda, mes deux valises contenants les biens de vingt-et-uns ans de vie. Mes valises ont du mal à rouler sur les dalles irrégulières de l'avenue, entre les passants, les fameux kiosques et les devantures des boutiques qui avancent sur le trottoir. Je bifurque, rue Themistokleous, la rue où est censé se trouver mon appartement. Themistokleous (Themistocle), la voie royale pour pénétrer dans Exarcheia, la colonne vertébrale du quartier, le Main Street USA du Disneyland des anarchistes qu'est ce quartier.

Les trottoirs se font de plus en plus étroits à mesure que j'avance dans la rue. J'essaie de distinguer si je suis vraiment dans Exarcheia, comment reconnait-on un quartier anarchiste ? Il y a une porte ? des blacks blocs ? des feux de poubelles ? Seuls les tags se font plus en plus présents mais à Athènes ils ne sont jamais vraiment absents. Finalement, je traverse une rue perpendiculaire, Solonos (Solon), et après quelques mètres j'y suis, d'un côté un grand immeuble de ville qui comporte, pour seule devanture, une planche en bois noir et rouge figurant le drapeau libertaire barré du mot "Nosotros", en face une porte noire en métale partiellement vitrée ferme un immeuble plus moderne, le numéro correspond, je suis chez moi.

 

 

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