LA DESTRUCTION DE L'ETAT ET L'INCOMPETENCE DESORMAIS A SON SOMMET

L'épisode de la pandémie du Covid-19 et le confinement mis en place par le gouvernement est révélateur d'un État détruit par un demi-siècle d'extrémisme libéral, un État réduit à son pouvoir de coercition, au rôle de bras séculier de gens mal élus ou non élus, à l'état d'urgence perpétué, à l'État d'urgence à courte vue.

L'incompétence suite, suite et suite. L'incompétence du gouvernement est flagrante et alarmante : le choix de fabriquer en urgence le modèle de respirateur Osiris, décidé par le ministère avec Air-Liquide et des partenaires entièrement néophytes (PSA etc.) s'avère un fiasco, selon une enquête de la cellule investigation de Radio-France. Celle-ci s'est jusqu'ici signalée par le sérieux de ses enquêtes. Ces conversions en urgence d'industriels sous l'égide de l’État font bien sûr penser aux antécédents de la Première Guerre Mondiale. 8 500 respirateurs déjà fabriqués sur les 10 000 ne serviraient au mieux qu'au transport des malades du Covid-19 en ambulance pour une durée très courte (une demi-heure ou à peine plus) et nullement en réanimation hospitalière, selon les praticiens, pour qui ils seraient même dangereux pour les patients.
Une occasion manquée. Un ratage désastreux. En matière de pandémie, le retard ne se rattrape jamais. Donc, l'incompétence tue et risque de tuer encore. Tout cela rend compte une énième fois de la destruction de l’État "intelligent", maître d’œuvre, prévoyant et suffisamment efficace auquel a procédé l'extrémisme libéral depuis près de 50 ans. Or c'est d'autant plus que grave que l’État, désormais clairement inefficient et amaigri car dépouillé de ses capacités financières, scientifiques, industrielles, éducatives et administratives (au sens fort du terme) est encore un État décisionnaire exclusif, capable de confiner tout le monde et de le faire accepter, étrangement au premier abord et de manière inquiétante pour l'avenir, par presque tout le monde. Le caractère régalien se concentre dans les mains d'un seul : le président de la république, chef de l’État. Le Parlement, confiné lui aussi, n'existe plus, d'autant qu'il était moribond dans une Ve république déjà peu démocratique intrinsèquement. L'état d'urgence (État d'urgence, donc, à courte vue) de facto, déjà scandaleusement mis en place par le socialisme éteint de François Hollande, consacre la mort de la démocratie : y aurait-il un respirateur à la mesure de celle-ci, quelque part ? Les individus et la démocratie sont aux mains de l'urgence et des urgentistes. Les choix d'un gouvernement réduit à l'os en deviennent extrêmement dangereux. L’État fédéral allemand articulé avec les États des Länder, pourtant plus libéral dans certaines domaines et spécialement dans le cœur du libéralisme, s'en sort mieux dans cet épisode de pandémie (ne préjugeons pas du reste) : les Allemands demeurent plus exigeants en matière étatique et n'accepteraient pas le dévoiement de celui-ci dans des domaines comme la santé publique.
Pourquoi faudrait-il faire conscience à une, le plus souvent, deux, quatre ou cinq, vingt personnes tout au plus dans des circonstances pareilles ? Se croiraient-elles omniscientes, donc omnipotentes ? Seraient-elles aveuglées par le fanatisme libéral ? Les deux observations convergent à bien des égards, fortement et malheureusement. Rétablissons l'intelligence collective et établissons vraiment le gouvernement de tous ! Donnons le pouvoir aux démocrates et aux républicains, qui le sont réellement, sans se payer de mots ! Il faut une refonte complète du contrat social et politique entre tous et son élargissement à tous les habitants du pays sans exclusion. Redonnons à l’État son acception la plus étendue : l'ensemble des hommes, avec ses relais élus. Révoquons l’État institutionnel occupé par un petit nombre de personnes, mal élues ou non élues (premier ministre, ministres, secrétaires d’État, chef de missions comme Delevoye etc. désignés par le "prince".)
Avec Macron nous avons en réalité un consul, un proconsul du libéralisme et un principat : c'est ce qui définit le mieux l'homme et son "petit régime". En d'autres temps et d'autres circonstances, il aurait déjà basculé dans un pouvoir encore plus personnel, prenant place dans la série ouverte par Bonaparte : le Consulat, le Premier Empire, le Second Empire, L’État Français... La république gaullienne a dû négocier et pactiser avec l'exigence démocratique qui a repris de l'ampleur à partir de 1943-1945. Mais cette dernière est placée au second plan au détriment d'un État fort, d'un homme fort. Cette matrice constitutionnelle gaullienne garde toujours en elle le risque du césarisme, du césarisme plus ou démocratique, plus ou moins autoritaire. Jules Grévy en avait dénoncé le risque mortel en octobre 1848, mais avait perdu face à la faconde inconsciente de Lamartine. Depuis, il y a un président qui joue avec la démocratie, avec les citoyens et plus encore avec les non-citoyens, et qui joue avec le feu.

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