Une élection présidentielle, Une compromission à la française.

Emmanuel Macron opposé à Marine Le Pen , sera probablement élu dimanche 7 mai prochain. Un quinquennat, malveillant pour les uns, révolutionnaire pour les autres , aura la difficile tâche de réformer la vie des français, pour répondre aux aspirations nouvelles d 'un peuple qui n 'en finit plus de vilipender les icônes anachroniques de sa politique.

 

Le Président de la République n 'est pas encore élu, que les manoeuvres loin d 'être innocentes, s 'activent et s 'instruisent dans un silence presque délictueux.

Emmanuel Macron opposé à Marine Le Pen , sera probablement élu dimanche 7 mai prochain. Un quinquennat, malveillant pour les uns, révolutionnaire pour les autres , aura la difficile tâche de réformer la vie des français, pour répondre aux aspirations nouvelles d 'un peuple qui n 'en finit plus de vilipender les icônes anachroniques de sa politique.

Entre un Benoît Hamon, dépassé par l'allégresse de la trahison, un Mélénchon rebaptisé insoumis pour honorer sa quête égocentrique, et un Fillon décidément fort en ressources pour  sourds et muets, les français ont choisi d'isoler pour le deuxième tour, les deux fourre-tout de la communication instantanée.

Mais cette élection, n 'en déplaise à certains, aura au moins eu le mérite de faire ressortir les limites pernicieuses et perverses des institutions d 'un pays, jadis grandiose et aujourd'hui malade de ses mensonges.

I Une constititution malade, une république épuisée

La Constitution de la cinquième république, jugée invulnérable et à l 'épreuve du temps, révèle aujourd'hui plus que son inadaptation, son inefficacité à faire face à des acteurs politiques toujours plus avides de pouvoir et d 'ambition.

Pour la première fois sous la V ème République, à l'exception du décès de Georges Pompidou, le Président sortant, ne se représente pas. En revanche, il s'octroie le droit de donner sa bénédiction au témoin de l'échec, le vainqueur d'une primaire inventée pour faire face au néant . Un peu américaine, un peu édulcorée, un peu réchauffée, la partie de jambe en l 'air qui a porté Benoît Hamon à cette tentative peu convaincante, nous a montré à quel point les institutions françaises , limitées dans leurs actions , se caractérisaient par une prétendue soif de transparence, alors qu 'elles étaient gorgées de prétentions et de suffisances.

Dessinée sur mesure, vendue et auto-octroyée, la constitution de la cinquième république, adoptée en pleine guerre d'Algérie , a fait preuve dès ses débuts d'un abus d 'autorité , en portant , par un jeu subtil  , un homme aux valeurs incontestables mais aux pratiques douteuses.

Comment débuter une République sans l'aval du peuple, si ce n 'est le blanc seing d 'un suffrage universel indirect déjà emprunté de compromissions.

Une constitution donc, qui jugeait d'emblée que le peuple si puéril n 'était pas encore prêt à en savourer les délicates intentions.

Comment espérer construire une République sur des bases si peu fiables. Et encore, le mouvement dont se réclamait son père fondateur, n'aurait pu espèrer que son nom prolifère au delà des siècles à la manière d'une vérité absolue, et d'un hymne consensuel.

Parler de gouvernance aujourd'hui reviendrait à exprimer l 'aveu d 'échec, ou plus exactement d'impuissance.

Les textes, si peu brillants soient-ils, n'y sont hélas pour rien. Les raisons intrinsèques sont bien ailleurs, elles constituent le fondement d 'une société qui ne voit que ce qui la rassure.

La liberté trahie, la laïcité brumeuse et l'égalité chimèrique, ont construit un État de compromission qui ne saurait laisser vivant bien longtemps, l 'espoir d'une démocratie pour et par le peuple.

Alors disons le haut et fort, à coups de clairons et de trompettes, l 'éventail de candidats à la présidence nous a vraiment donné l 'image d'une fanfare désordonnée ,  tentant de faire croire que le bruit masquerait les erreurs de solfège. Mais en guise de finale, à la baguette et aux manettes, les deux comparses, déjà anoblis, relisent les travers d'une constitution bien héroïque, qui déjà annonçait l 'avênement de son article le plus prestigieux.

II  La compromission, socle d'une Constitution par ordonnance

L article 38 de la Constitution, qui permet au gouvernement de légiférer par voie d'ordonnance,   sera à l'évidence la grande vedette de cette  période post électorale.
La raison fort simple, s'illustre par le fait que les troupes habituelles d'un régime d'alternance, mortes au combat, n 'a laissé comme vainqueur qu'un pauvre Gavroche, héros d'une épopée eléctorale façon racolage et débrouillardise.

La chose, bien ancrée tout de même, reste la force du suffrage universel, seul vrai rempart des dérives machiavéliques de la politique.

Gouverner c 'est d 'abord réunir, et pour cela mieux vaut montrer ses charmes que ses compétences.

Le petit Macron devenu grand aura tout de même eu le mérite de nous vendre la peau d'un ours alors que l'on eut préféré celle des responsables de ce chaos institutionnel.

Alors au delà de l 'inutile ralliement de Dupont Aignan à Marine, le peuple, dans un sursaut d 'orgueil aura préféré donner son aval de justesse probablement, au titulaire d'une organisation sans parti, ni parti pris paraît-il.

Gouverner en mai sera le prémice d'une ristourne avant la période des soldes d'été.

Comme la fameuse expression des rats quittant le navire, la déliquescence du microcosme politique aura plus vite fait de voir son intérêt personnel que celui de la nation avant tout.

Sans vouloir nous rapprocher de la forêt de Compiègne dans le Wagon de Retondes, on osera comparer l 'état de compromission actuel, à celui mal vécu du 22 juin 1940.

Alors demain il sera trop star comme aurait dit le mentor de Mitterand, mais cette élection façon casting , laissera des traces. Fini la cohésion ou la synthèse, la lutte des classes hautes cette fois-ci nous montrera l'image d'une vie bien réglée au rythme du chef d 'orchestre ou du sens du vent.

D'un Christian Estrosi au discours sibyllin, d'un Jean-Louis Borloo sorti d 'une retraite forcée, ou d 'une Ségolène royale reconvertie en ouvreuse de bal, la scène bien pittoresque donnera la mesure du ralliement de rigueur ou de la marche républicaine.

Gouverner sera un plaisir sans partage, et l'erreur fondamentale de cette Constitution resurgira comme l'arme infaillible contre l'esprit du mal.

Les ordonnances, dans ce contexte de dupe, passeront comme une lettre à la poste, avec pour facteur, un législateur préoccupé avant tout par ses privilèges.

La dose de proportionnelle sera appréciée à sa juste valeur, soit à l 'anéantissement du discernement et du libre arbitre.

Alors peu importe le nom du Président puisqu'il n y aura que des vainqueurs. Marine, en finaliste qualifiera une centaine de députés et Manu façon Nadal, enverra pour un bail un train entier de parlementaires subitement adhérents de son mouvement En Marche devenu En (dé)Route ou En Marche Arrière au choix.

Gouverner c'est servir son pays, c 'est aussi transformer le plomb en or, et nul doute que les petits écrits de Michel Debré si souvent encensés auront montré à quel point les mots sont souvent plus forts que les idées, et plus encore, que certains articles présentent pour l'avenir des institutions plus de danger qu'ils n'offrent de garantie.

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