Bernard Giudicelli, l’Homme de Fer bientôt aux commandes de La FFT

Les élections à venir sont une exceptionnelle occasion de faire passer le tennis français dans le 21 eme siècle, lui qui semble figé sous le soleil des années 80, époque de la très retentissante victoire de Yannick Noah » le Titan » à Roland Garros

 

Les élections  qui auront lieu dans quelques semaines pour élire le nouveau président de la Fédération Française de Tennis sont  tout sauf une surprise.

Des trois candidats , Alexis Gramblat et Jean Marc Dartevelle , Bernard Giudicelli  président de la ligue de corse et actuel secrétaire général de la FFT fait figure de grand favori.

La présidence à bout de souffle de Jean Gachassin n'aura que davantage mis en évidence une fédération française de tennis fatiguée dépassée et surtout embourbée dans d'inextricables affaires .

Les élections à venir sont une exceptionnelle occasion de faire passer le tennis français dans le 21 eme siècle, lui qui semble figé sous le soleil des années 80, époque de la très retentissante victoire de Yannick Noah " le Titan " à Roland Garros.

Qu'elle est loin l 'époque où le French Open coloré de sa belle terre ocre  et baigné de soleil, était la grande élégante du tennis mondial.

Aujourd 'hui, après des présidences à la soviétique , des affaires et des dérives , de Christain Bimes à Jean Gachassin, l 'image est plus qu 'écornée, elle est floue voire même totalement en décalage avec les vrais enjeux du tennis moderne.

Car les enjeux ont changé, ils ont pris le large et le moins que l'on puisse dire c 'est que la France est maintenant loin de pouvoir offrir le rêve de grand Chelem et encore moins celui de la victoire.

La faute à qui , à personne sûrement, discours habituel sombrant dans l 'inutile péroraison du fameux "on verra demain". Le problème c'est que rien n'a été fait ni hier ni jamais.

L 'exceptionnel développement de Wimbledon en est l 'exemple parfait, le tournoi propriété d 'un club privé a fait des choix hier les a mis en application et en tire maintenant les profits.

Alors nos candidats à la présidence sont-ils conscients de la situation? Et surtout ont-ils les capacités à changer les choses?

Du pathétique débat sur Bein Sport le mois dernier, sorte de primaire façon école élémentaire, aux déclarations individuelles de chacun  des acteurs de ces élections, on a vraiment cette impression d 'entendre toujours la méme rengaine.

Jean Marc Dartevelle,  " la voix de son maître " , l 'éternel candidat actuel vice président de la FFT, semble tout droit sorti du moyen âge, tels les visiteurs, avec lui on navigue dans l 'anachronisme.

Alexis Gramblat, vice président du très prestigieux Tennis Club de Paris, pourfendeur et iconoclaste du régime actuel, a t-il la force et les moyens d 'assurer la nécessaire mutation du tennis français ?

Enfin Bernard Giudicelli, vrai favori, homme du sérail, membre du comité de direction de la FFT depuis 1991 , est-il vraiment conscient du danger, lui qui aura subi plus que vécu les présidences de Bîmes et Gachassin.

En réalité les jeux sont faits, les dés pipés et la partie déjà gagnée.

Déjà gagnée car la bataille qui s 'est jouée l 'année derniére avec l'éviction de Gilbert Ysern, a révélé à quel point la machine du tennis français préfère les luttes de pouvoir aux challenges sportifs.

Rien de très sportif en effet, avec le cas Arnault Clément et le projet d 'extension du stade, matière était trouvée au duo Gachassin-Giudicelli pour écarter un pion bien dérangeant.

Ysern tète de turc, lui qui qualifiait son président " d 'éléphant dans un magasin de porcelaine ", lui qui verrouillait également la communication catastrophique de son patron, n 'aura pas survécu aux trahisons et autres complots qui se tramaient au dessus de sa tête.

Et pourtant l 'association Ysern - Giuducelli fonctionnait à merveille, les deux comme l 'ongle et le pouce comme ils aimaient se qualifier, dirigeaient d 'une main de fer cette fédération , à Giuducelli des visées à l'ITF ( International Tennis Federation ) et à Ysern une candidature à la FFT.

Ysern dehors depuis un an , Giudicelli en homme fort veut incarner celui qui aura mis fin aux magouilles. Dans une lettre adressée à ses partisans le 25 janvier 2016,  il se vante même selon le Canard Enchaîné, d 'avoir mis fin "aux combines ", la première affaire Gachassin était donc étouffée.

Alors Ysern, épouvantail pour Giudicelli, peut-être bien que oui, après les frasques de Gachassin à Vancouver en 2012 en pleine Coupe Davis, le duo avait encore du intervenir avec force pour ramener  le président de la FFT à plus de modération : la paire infernale avait même réussi à mettre sous tutelle les frais de bouche de Gachassin.

Mais tout ça pour ça et le seul rescapé de toutes ces manœuvres reste l 'inévitable Bernard Giudicelli, celui qui se vante de ne pas avoir de casseroles (bizarre de devoir se justifier), et qui se retrouve donc seul aux commandes d 'un navire à la dérive après avoir balancé Gachassin par dessus bord.

Entre un Gramblat qui demande des comptes et un Dartevelle qui n 'en finit plus de défendre ses permanents, on se demande encore si le tennis est un sport.

Les élections de fevrier devraient quelque peu clarifier les choses; il y aura un patron qui ne ne boit pas , qui ne revend pas des billets et qui ne déjeûne pas avec les cadres de Vinci chargés des travaux sur le site de Roland Garros. Cela devrait-il  suffire comme garanties , sûrement pas ?

Alors dans ce contexte, dans cette tribune nous on veut demander des engagements clairs au futur président de la FFT .

Comment diriger une fédération qui fait l objet d'une enquête de la part de l 'Inspection Generale de la Jeunesse et des sports , qui voit sa DTN torpillée de l 'intérieur et une extension de Roland Garros renvoyée aux calendes grecques.

Bernard Giudicelli dans sa tentative d'apaisement des uns et des autres en est réduit selon Mediapart à un "Pacte de silence ". On le comprend, dans ces conditions parler c 'est s 'enfoncer.

Comment relever le défi de mettre en place une DTN un temps confiée à Arnaud Di Pasquale qui, pour pousser à son paroxysme son complexe de l'imposteur, a définitivement plongé le tennis français dans un ridicule sans nom aux jeux de Rio avec les affaires Paire / Mladenovic Garcia.

En effet, tous les indicateurs sont au rouge : du retard sur l 'extension, pas de toit et des spectateurs traités comme du bétail à Roland Garros.

Aujourd hui Roland c 'est un tounoi à la traîne sur le prize money, des queues interminables pour entrer sur les courts annexes donnant parfois lieu à des bagarres entres spectateurs, une offre de restauration plus proche de la station service d'auroroute que de celle de la gastronomie française .

Concernant le toit, est- il vraiment utile ?  un éclairage du soir sur les trois courts principaux règlerait une partie du problème, et puis ce toit c'est une idée des autres pourquoi vouloir la copier à "tout prix"?

Concernant le Prize Money, dans ce contexte d 'augmentation perpétuelle, pourquoi ne pas innover en réservant une part importante de cette augmentation aux premiers tours , ce qui donnerait au French Open enfin une originalité marquante et appréciée.

On vous le demande M Giudicelli, puisque votre élection ne fait plus de doutes, comment relèverez vous tous ces défis ?

Par ailleurs, nous aimerions vous demander ici de la manière la plus ferme possible : Pensez vous que la FFT est toujours apte et compétente à organiser Un Grand Chelem ?

Pour nous ici la réponse est clairement non, non car depuis 30 ans aucune décision claire et pragmatique n'a été prise pour l'épanouissement et le développement de ce Grand Chelem.

Pire encore , la FFT observe passivement l 'essor des autres tournois comme Indian Wells et Shanghai qui sont clairement des menaces pour le Grand Chelem parisien.

Pour couronner le tout, le statut de masters 1000 du BNP Paribas Masters de Bercy organisé par la FFT, pourrait ètre perdu au profit des Masters 500 de Pékin , Dubai  ou du Queens si l 'ATP décidait de créer un 1000 sur gazon.

Alors le nouveau patron devra nécessairement être force de propositions, faire preuve de talent et d'esprit d'initiative.

Mais il devra d 'abord couper des têtes, raser les mauvaises herbes et défricher à tout va.

La Direction Technique Nationale doit ètre revue afin que les jeunes talents ne soient plus livrés en pâtures à ces armées d'entraineurs fédéraux qui savent tout sur tout mais dont les résultats sont couronnés d'échecs.

Des moyens substantiels devront être mis en place pour aider les jeunes joueurs à tenter leur chances le plus tôt possible dans les tournois futurs et challengers.

Enfin la question lancinante du dopage sera pour le nouveau président de la FFT un point prioritaire. Rappelons que Roland Garros est le seul tournoi du Grand Chelem qui compte un nonuple vainqueur.

A ce stade du palmarès, nous réclamons haut et fort à ce que la charge de la preuve soit inversée et que ce soit au joueur de prouver son intégrité  !!!

Le chantier est immense et Bernard Giudicelli aura besoin d'être à l'écoute d 'une autre voix, celle qui émane de la base, afin de ne pas s'enfermer dans sa tour d 'ivoire, et de ne pas faire de sa présidence celle de l'immobilisme, au risque de louper le coche d'une révolution en marche dans le monde du tennis.

 

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