Quand le rythme perd la cadence...

S'il est bien un sujet qui a déjà fait couler beaucoup d'encre, c'est celui des rythmes scolaires, qu'il s'agisse de démontrer par tous les moyens que cette réforme ne profitera à personne, ou au contraire qu'elle est nécessaire au bien être de l'enfant. D'article en article, je vois que les revendications des uns et des autres sont aussi divergentes que certaines manifestations parisiennes. Je me rends compte qu'il y a une multitude de cas différents, pour lesquels devrait s'appliquer une même réforme.

Dans ma position de directeur d'une toute petite école, je n'ai pas les mêmes soucis que mes homologues parisiens, ni même que mes collègues de petites villes. Les élèves que je vois défiler sont "issus majoritairement de CSP très favorisées et favorisées", très peu d'entre eux sont en échec scolaire, très peu d'entre eux n'ont pas d'activités extra-scolaires. J'aurais même tendance à dire qu'ils ont parfois trop d'activités, et que c'est ce rythme-là qu'il faudrait réformer.

Ici, la réforme ne fait pas de bruit. Il n'est nullement question de blocage d'école, de manifestations, de non-application ou autre tendance du moment. En fait, elle n'est un poids pour personne, si ce n'est un tout petit peu pour les enseignants, mais eux se plaignent tout le temps donc ça ne veut pas dire grand-chose. Les élus et les parents s'en satisfont. Les uns parce qu'ils ont réussi à faire passer cela sans problème, les autres parce que ça ne va finalement pas leur coûter plus cher, ni changer fondamentalement leurs habitudes.

Le seul problème dans l'histoire, c'est cette impression d'avoir oublié quelque chose, un détail sans doute. Le genre de détail qu'on aime utiliser pour défendre des arguments, mais qu'on aime oublier lorsque c'est plus facile. Ce détail qui a un nom que tout le monde a déjà entendu : l'intérêt de l'enfant. Effectivement, on l'avait oublié celui-là ! Et justement, dans la situation qui est la mienne, loin de la ville, loin des décideurs, je me rends compte qu'on a mis en place cette réforme dans l'intérêt de certains enfants, mais en l'appliquant à tous, et de la même façon.

On me rétorquera sans doute, que mes élèves sont des privilégiés, que je ne défends pas les bonnes causes, mais ma vision de l'éducation est de donner les mêmes chances à tout le monde, donc différencier les rythmes, les conditions de travail, les encadrants, les méthodes en fonction des situations. Evidemment, c'est un programme un peu plus compliqué à mettre en place, mais cela aurait du sens.

Pour mieux comprendre, il suffit de comparer la semaine actuelle d'une grande majorité des élèves de mon école et la semaine qu'ils auront l'an prochain :

  - Actuellement : l'accueil à l'école se fait à 8h, ils ont 2h de pause méridienne, puis finissent à 16h20. Certains ont des activités en fin de journée, d'autres sont gardés ou fréquentent le périscolaire, une partie rentre à la maison. Le mercredi, c'est un peu le même schéma que le soir.

   - L'année prochaine : ils pourront venir un quart d'heure plus tard (mais pour ne pas créer de difficultés aux parents, la mairie va créer un accueil dès 8h), ils auront une pause un peu plus longue, ils partiront un quart d'heure plus tard pour se rendre à leurs activités (ou celles organisées par la mairie) ou rentrer chez eux. Donc fondamentalement, leur journée ne sera pas vraiment changée, et je ne suis pas certain que quiconque se rende compte d'un allégement. En revanche, ils ne bénéficieront plus d'une coupure le mercredi matin.

Le vrai problème de cette réforme, c'est qu'elle aurait dû amener de grands bouleversements, et que ce ne sera pas le cas dans bon nombre d'écoles. Nous avions suggéré de commencer la journée plus tard, vers 9h, pour permettre aux enfants de se réveiller en douceur. Nous avions proposé de finir nettement plus tôt deux journées par semaine, pour que les enfants puissent souffler un peu. Mais dans les deux cas, le mur parents-municipalité s'est érigé pour nous faire comprendre que ce n'était pas possible pour des parents qui travaillent, d'emmener ou de récupérer leur progéniture aux heures indiquées.

Alors quand je me dis que l'idéal serait d'alléger le nombre d'heures par semaine et de compenser cela en diminuant le nombre de jours de vacances (position pas très suivie par mes collègues il faut bien l'admettre), je comprends vite qu'il va falloir en franchir des murs, pour l'intérêt de l'enfant. Mais bon, ce n'est qu'un détail...

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