L'enseignement de la religion dans l'école laïque: le cas de l'Alsace-Moselle

Le statut particulier de l'Alsace et de la Moselle, issu du concordat de 1801 qui n'a jamais été abrogé, rend notamment obligatoire l'enseignement religieux à l'école élémentaire. Evidemment, des dispenses sont possibles, fréquentes même, mais à l'heure où le mot "laïcité" est sans doute l'un des plus employés ces dernières années par les politiques, il convient de s'interroger sur cette pratique.

Le statut particulier de l'Alsace et de la Moselle, issu du concordat de 1801 qui n'a jamais été abrogé, rend notamment obligatoire l'enseignement religieux à l'école élémentaire. Evidemment, des dispenses sont possibles, fréquentes même, mais à l'heure où le mot "laïcité" est sans doute l'un des plus employés ces dernières années par les politiques, il convient de s'interroger sur cette pratique.

En réalité, ce n'est pas tant le principe qui pose problème, une heure par semaine étant consacrée à un "enseignement culturel et religieux". Bref, pas de prosélytisme. Au contraire, on ne peut que se satisfaire du fait que nos petites têtes blondes en sachent un peu plus sur les différentes religions que leurs parents. Sauf que dans la réalité, il ne s'agit pas de cela.

La première fois que j'ai laissé la place à une intervenante, quelle ne fut pas ma surprise, en revenant vers ma classe pour reprendre ma place, d'entendre des chants religieux résonner dans le couloir. Une autre fois, ce fut la prière. En consultant les cahiers (et ce dans différentes écoles où je suis passé), j'ai pu me rendre compte qu'il ne s'agissait pas d'un fait isolé. Les enfants sortent de l'heure de religion avec le même vécu qu'après une heure de catéchisme. Or, ce n'est pas ce qui est prévu, ce n'est pas ce qui est annoncé.

Bien que je considère que le statut particulier de l'Alsace (et de la Moselle) doive être préservé car il est le fruit d'une histoire qui n'a pas toujours été facile, je ne comprends pas que de telles pratiques aient encore leur place à l'école. Je ne comprends pas que, bien que cela soit connu de tous (parents, enseignants, inspecteurs...), personne ne réagisse pour demander un respect des textes, qui prévoient une "instruction religieuse", mais pas une forme de catéchisme.

Au-delà de cette problématique, la question des horaires se pose également, puisque là où un élève lambda bénéficie de 22h d'enseignement (24h selon le ministère qui n'a pas réussi à soustraire les récréations, ça pourra faire l'objet d'un billet), un jeune alsacien n'en aura que 21h, avec les mêmes programmes, et même un petit supplément (offert par la maison), puisque la proximité de la frontière allemande crée une nouvelle particularité : alors que l'EN prévoit 1h30 hebdomadaire d'enseignement des langues, il faut ici en assurer 3 heures.

Quoi qu'il en soit, les heures prises par la religion ou l'allemand doivent bien être rattrapées quelque part. Si l'on excepte le fait que des enseignants doivent apprendre aux élèves une langue qu'ils ne connaissent pas eux-mêmes (allez, ça fera encore un autre billet), l'idée de renforcer les liens avec l'Allemagne sont louables. Pour ce qui est de la religion, je ne suis pas certain qu'on puisse en dire autant...

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