Laissez-moi manger de la viande !

Grand amateur de viande, j'entends de plus en plus autour de moi des discours sur la nécessité de changer d'alimentation et d'en finir avec cette habitude. Toujours ouvert aux discussions, je conviens de certains ajustements

Grand amateur de viande, j'entends de plus en plus autour de moi des discours sur la nécessité de changer d'alimentation et d'en finir avec cette habitude. Toujours ouvert aux discussions, je conviens de certains ajustements (sur les quantités et le type de viande) mais personne jusque là n'a réussi à me convaincre d'arrêter totalement. Tour d'horizon des arguments :

1) La santé :

C'est l'argument que j'ai sans doute le plus entendu, et je remercie mon entourage de se préoccuper de ma santé. Du coup, face aux menaces de cancers, de maladies cardio-vasculaires ou de diabète que l'on m'a prédit dans un futur proche, j'ai décidé de réagir et de chercher les informations. S'il est exact que les mangeurs de viande ont plus de risques que les végétariens face à certaines maladies, il y a malgré tout des éléments à prendre en compte, comme la qualité de la viande (notamment le choix des pièces, mais aussi les conditions d'élevage) ou encore les quantités. Pour ma part, je me suis peu à peu tourné vers d'autres "fournisseurs". Au départ, ce n'était pas un choix citoyen. J'ai eu l'occasion de manger du bœuf et du veau issu de petites structures, et c'est simplement le goût qui m'a convaincu. Evidemment, la comparaison de prix était plus délicate, mais une décision fut prise, me permettant de répondre complètement à la problématique citée : mieux vaut manger une meilleure viande, quitte à en manger moins souvent.

2) Les conditions d'élevage :

J'ai eu droit à un inventaire des chaînes de télévision (TF1, M6, W9...) qui ont montré les images d'élevages, dans lesquels les animaux étaient traités de manière indigne. Evidemment, je ne suis pas insensible à cet argument. Evidemment, je ne suis pas prêt à ce que l'on inflige les pires conditions de vie aux animaux pour que je puisse manger mon steak. C'est pour cette raison que, après avoir découvert une "autre viande" issues de fermes (en vente directe), j'ai peu à peu abandonné le supermarché. Progressivement, il faut l'avouer, les habitudes ont la vie dure, mais cela fait maintenant plusieurs mois que j'ai stoppé complétement. Désormais, je connais le lieu d'élevage lié à ma consommation, les conditions dans lesquelles se font les choses, etc... Il y a un inconvénient, c'est que ces élevages sont limités. Si je veux manger une côte de bœuf ce week-end, il n'est pas certain que la ferme puisse m'en fournir. Parfois, il n'y a pas beaucoup de choix. Je ne m'en plains pas, car c'est justement cette demande constante qui a poussé à intensifier les élevages.

3) Trop de bouches à nourrir :

Le dernier argument est de démontrer qu'il est impossible, sur la planète, de nourrir tout le monde avec de la viande, que les élevages nécessitent énormément de place, notamment pour nourrir les bêtes. Malheureusement, je ne suis pas certains que les relations de cause à effet que l'on essaye de me démontrer soient si simple. En admettant une baisse sensible de la consommation de viande, certes cela entrainerait forcément une diminution des espaces agricoles réservés à ce mode de consommation (notamment les grains nécessaires pour nourrir les bêtes), mais est-ce que cette nourriture "libérée" profiterait à ceux qui en manquent ? Je ne vois pas comment.

Alors évidemment, les profits liés à nos modes de consommation entraînent des dérives, et une diminution significative entraînerait forcément une baisse de ces dérives, mais de là à résoudre le problème de la fin dans le monde, il y a un pas que je n'oserais franchir. Quoi qu'il en soit, mes changements évoqués plus haut (manger moins mais manger mieux) répondent malgré tout à cela.

Heureusement, tout le monde n'est pas aussi intransigeant. Même certaines associations ne vont pas aussi loin, et demandent simplement la fin de l'élevage intensif et la diminution des quantités. Sur ces points-là, nous sommes d'accord. Donc laissez-moi ma côte de bœuf !

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