Pourquoi je n'irai pas voir Tomboy avec mes élèves...

Face à tant de publicité pour ce film, je n'ai pas résisté à l'idée de me forger ma propre opinion, et j'ai donc décidé de me procurer ce film. Etant enseignant dans une classe de cycle 3, je suis pleinement concerné par ce débat puisque le film figure sur la liste du programme "école et cinéma".

L'histoire :

Tout le monde en a déjà entendu parler. C'est l'histoire d'une petite fille, qui déménage avec sa famille pendant les vacances d'été. Elle fait connaissance avec ses nouveaux voisins et se fait passer pour un petit garçon. Elle a les cheveux courts et s'habille de la même manière que les garçons de son âge. Elle observe l'attitude des autres et essaye de les imiter, mais se retrouve confrontée à différents problèmes : jeux torse-nu, maillot de bain, famille (lorsque l'on vient chez elle en demandant si "Michaël est là"), liste des élèves de l'école, etc... On comprend que la situation ne pourra pas durer éternellement.

Mon opinion d'adulte :

Le scénario est intéressant et évoque des sujets qui peuvent être vécus dans certaines écoles, notamment la question du "garçon manqué", traduction du titre. On est pris dans le film et on a peur que les amis de Laure (le prénom de l'héroïne) ne se rendent compte de la supercherie. L'actrice est talentueuse et l'on oublie parfois qu'il s'agit d'une fille, preuve que ça pourrait fonctionner dans la réalité.

Mon opinion d'enseignant :

1) Sans tenir compte du sujet

Il y a trop de longueurs dans les moments d'observation ou de réflexion du personnage principal. Cela nous permet de comprendre la perplexité de la situation (ce n'est pas juste un amusement), mais j'ai du mal à imaginer mes élèves rester calmes et attentifs devant ce type de film (et pourtant je n'enseigne pas en ZEP). Au final, il ne se passe pas grand-chose, et les élèves risquent de s'ennuyer très vite.

2) En tenant compte du sujet

Avant de voir le film, j'avais lu différents articles (journalistes ou blog) sur ce sujet. Les "opposants" s'offusquaient du fait que l'homosexualité soit abordée, mais aussi que l'on aperçoive la fille en train de se fabriquer un pénis, afin de pouvoir se mettre en maillot de bain. On a également évoqué la "théorie du genre", qui aurait pour objectif d'effacer les différences entre les sexes.

Dans le film, on constate que la seule différence entre garçons et filles est biologique (poitrine et sexe), si bien que Laure parvient sans problème à se faire passer pour un garçon lorsqu'elle trouve des astuces pour masquer ces différences. Ses parents d'ailleurs, la considèrent comme un enfant, pas nécessairement comme une petite fille : ils peignent la chambre en bleu à sa demande, la laisse s'habiller comme elle le souhaite, etc... Le contraste avec sa petite sœur, cheveux longs et tutu, est saisissant. Cette attitude louable d'accepter chaque enfant tel qu'il est, sans vouloir suivre un modèle prédéfini, fait réfléchir.

Laure aurait-elle été acceptée et perçue de la même façon si elle n'avait pas menti sur son sexe ? On peut se poser la question, et le film ouvre un vrai débat. Néanmoins, je n'ai pas l'impression que les enfants que je "fréquente" soient concernés par cette problématique. A cet âge-là, du moins dans le contexte qui est le mien, les filles peuvent jouer au foot et son acceptées au même titre que les garçons. Les différences ne proviennent pas du sexe, mais des centres d'intérêt des uns et des autres. Bref, la mixité est bien réelle.

Pour ce qui est de l'homosexualité, je ne sois pas certain que ce soit réellement le sujet du film. Une voisine de Laure l'embrasse en pensant que c'est un garçon, elle se laisse faire. Ensuite, j'ai eu plutôt le sentiment que c'était une manière d'être encore plus dans la peau du Mickaël qu'elle essaye d'interpréter. Pour l'une comme pour l'autre, ce ne sont pas deux filles qui s'embrassent.

Pour résumer, je n'irai pas voir ce film avec ma classe car nous sommes dans un milieu éloigné des problématiques abordées et parce que les longueurs me font craindre de perdre rapidement leur attention. Malgré tout, mon choix n'est pas du tout lié aux inquiétudes de parents concernant la théorie du genre.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.