"Memoria" de Toussaint Mufraggi, au couteau, à Bahia

La seule prestigieuse galerie d’art moderne et contemporain de Salvador de Bahia, au Brésil, accueille un mois durant la première exposition individuelle d’un peintre abstrait français. Du jamais vu, en cet espace. Natif de Corse, Toussaint Mufraggi a voulu tracer, souvent au couteau, en vingt-cinq grandes toiles, une “aventure” mémorielle.

La seule prestigieuse galerie d’art moderne et contemporain de Salvador de Bahia, au Brésil, accueille un mois durant la première exposition individuelle d’un peintre abstrait français. Du jamais vu, en cet espace. Natif de Corse, Toussaint Mufraggi a voulu tracer, souvent au couteau, en vingt-cinq grandes toiles, une “aventure” mémorielle.

Loin des tumultes. De son hameau perdu dans les collines ajacciennes, les migrations, les guerres, les tourments humains, ne semblent, à l’évidence, avoir guidé le peintre: “Le monde rustique mais beau, dans le maquis, a façonné ma notion du temps”, nous confie-t-il. C’est à se rémémorer le sable, les cailloux, les enclos de chèvres, cette mare nostrum, “ce rocher où je jouais quand j’avais dix ans, que je vois encore”, qu’il a commencé, en 2014, cette série “Memoría”. Ensuite rassemblée, autour de quelques grands aplats plus anciens, elle forme donc celle qui vient donc à Bahia. Et dont il a assuré la scénographie. Bien que Toussaint reconnaisse que tous ces tableaux n’aient “pas la même valeur d’intuition”, il nous invite ainsi à contempler son retour en lui même, en son enfance, en empilements vifs, en juxtapositions bancales, où le pli est rare et la cassure féconde. Peu importe la technique au fond, car “l’art c’est mental”. Comme un informe géologique, où les emboîtements de sédiments, les zébrures et les coups de couteau au coeur du blanc des origines nous plongeraient vers un enchassement de blocs de temps impairs.

Près du temps. Ici, pas de lignes de fuites, encore moins de terres ou espaces éventrés, malgré les échancrures et les abîmes, signifiés par le noir profond. Nous percevons les cabrioles de l’espace, comme un lointain arrière-arrière petit-fils de Jules Marey, ivre de sa propre image-temps. Les touches de couleurs ne sont là pour nous éblouir, plutôt pour nous préparer à accepter leurs cousines, comme des incises qui les forent ou les traversent. Pourtant, des giclées, des auréoles dansantes voisines d’éclaboussures viennent sans cesse nous rappeler combien les marges de la vie s’effritent, dans ce mouvement que l’on croit maîtriser. Ne pointe et perdure alors, en définitive, pour nous, spectateur, à mille palettes de la moindre morale, que le doute d’une osmose sereine des blocs ténus de la “Memoría”.

Si loin, si proche du Brésil. “Lors de vacances corses, au début des années 2010, à Calvi, Ruy Lemos Sampaio, bahianais, l’un des directeurs de la multinationale Odebrecht – accompagné du franco-brésilien Georges Roy – s’est passionné pour mon travail.”  Après la vente d’alors de deux aplats, le peintre vint découvrir la lumière de Salvador, une première fois en 2014, invité par le collectionneur: “La générosité des Bahianais est admirable. Mais la lumière de Bahia, elle, est moins franche qu’en Mediterranée, et le climat me gêne. Et le Brésil est grand, si grand”. L’essentiel n’était pas là, bien sûr: R. Sampaio avait déjà convaincu l’un de ses proches, le galeriste P. Darzé, pour son agenda 2015...

Bahiaflâneur

- Du 22 mai au 20 juin 2015. Paulo Darzé Galeria De Arte. Rua Doutor Chrysippo de Aguiar, 8 (Corredor da Vitória). Salvador. Bahia. Brésil.
- Catalogue (60 pages, offert) avec une préface de Guido Curto.


Le site internet de la galerie à Salvador :
http://www.paulodarzegaleria.com.br/

Le site internet de Toussaint Mufraggi :
http://www.toussaintmufraggi.com/

Des articles sur des expositions précédentes à la Paulo Darzé Galeria De Arte :
http://www.bahiaflaneur.net/blog2/?s=darz%C3%A9&x=0&y=0

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