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Billet de blog 2 décembre 2011

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c'est quand trop tard? merci Fred VARGAS!

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et si on méditait aussi,

"Nous y sommes

 Par Fred Vargas Nous y voilà, nous y sommes. 
 Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, 
 nous y sommes. 
 Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité 
 que lorsqu'elle lui fait mal. 
 Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance, nous avons chanté, dansé.
 Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. 
 Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, 
 nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, 
 nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent 
 quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones,
 franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés. 
 On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des 
 bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces 
 vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu. 
 Franchement on s'est marrés. 
 Franchement on a bien profité. 
 Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des 
 tennis lumineuses que de biner des pommes
 Certes. 
 Mais nous y sommes. 
 A la Troisième Révolution. 
 Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle,
 pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. 
 « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins. 
 Oui. 
 On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis. 
 C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
 La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets. De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, 
 d'eau. Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis 
 et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse). 
 Sauvez-moi ou crevez avec moi Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, 
 on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore 
 avec la croissance. 
 Peine perdue. 
 Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais. 
 Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser 
 les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté 
 de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile,
 laisser le charbon là où il est, – attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille 
 récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, 
 on s'est quand même bien marrés). 
 S'efforcer. 
 Réfléchir, même. 
 Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. 
 Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde. 
 Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. 
 Pas d'échappatoire, allons-y. 
 Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité 
 foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. 
 A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie –une autre 
 des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être. 
 A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution. 
 A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore. 
 Fred Vargas Archéologue et écrivain > 

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