L’art du collectif ou la construction d'une intelligence multiple

Déclaration des personnels de la cité scolaire Honoré de Balzac, Paris XVIIe, réunis en assemblée générale ce lundi 9 décembre 2019, tandis que fond toujours la banquise.

Les personnels de la cité scolaire internationale Honoré de Balzac (enseignants, Cpe, assistants d’éducation, agents) se sont à nouveau réunis ce matin en assemblée générale, comme ils l’ont fait la semaine dernière (lundi 2 décembre et vendredi 6 décembre) afin de réfléchir ensemble, de dialoguer en vérité, chacun avec ses mots et son talent, de rire aussi, souvent, et enfin de construire une pensée juste sur la situation, sur le sort que l’on aimerait nous faire, et sur la suite de la bataille.

La grève reconductible avait été votée vendredi dernier par une quarantaine de personnes, jusqu’au mardi 10 décembre. En attente de l’annonce de l’abrogation du projet de réforme des retraites, les personnels poursuivent leur mouvement, au moins jusqu'à jeudi 12. 

Ils ont réaffirmé aujourd’hui très fortement le principe universel de solidarité vers lequel toutes les prises de parole semblent converger : Il n’y a pas de pays vivable sans solidarité. Il n’y a pas de pays en paix sans souci de l’autre.

L’assemblée réunie réaffirme alors son opposition constante :

  • au projet de réforme des retraites qui massacre les pensions et défait les liens entre les générations
  • à la réforme des lycées qui détruit l’école publique et empêche le travail décent des élèves et des enseignants
  • aux techniques néolibérales qui visent la capitalisation de tous les secteurs de la vie 
  • à l’individualisme qu’induisent ces réformes, aux petits calculs des intérêts particuliers qui séparent les gens
  • au conflit d’intérêts, n’est-ce pas monsieur Delevoye ?

L’assemblée réunie réaffirme en substance son opposition à une vie sans principes.

En conséquence, l’assemblée réunie déclare que :

  • la bataille continuera tant que le projet de réforme des retraites ne sera pas totalement  abandonné
  • la bataille ne cessera pas même si les enseignants bénéficient de quelques aménagements avantageux dans les jours à venir (ce qui est fort improbable de toute façon) : il n’y a qu’une seule bataille aujourd’hui, celle qui nous concerne tous, indivisibles
  • la bataille peut être remportée : les gens (re)découvrent, après les Gilets Jaunes, leur puissance politique, les Syndicats sont unis. 
  • le montant de la caisse de solidarité sera distribué en fonction de la précarité des personnels
  • le principe de solidarité doit mener à une opposition collective à la précarité de nombreux statuts au sein de l’école (ceux des enseignants contractuels, vacataires, agents administratifs, agents techniques, collègues de la vie scolaire et surveillants par exemple) afin d’y remédier. La précarisation croissante des emplois met en péril le financement des pensions de retraites, qui repose sur les salaires de celles et ceux qui, précisément, ont un emploi pérenne et correctement rémunéré. Maintenir notre système de pension passe donc d'abord par l’arrêt de cette dérive. Afin d’assurer l’égalité des droits et de traitement de tous les personnels, nous revendiquons la titularisation sans conditions et l’arrêt du recours aux emplois précaires.

L’assemblée déclare, en fait, que l’amour existe.

Finalement, c’est comme un grand film de guerre hollywoodien : un long et difficile processus de construction se met en place, une pensée en acte s’impose pour inventer un monde libéré de la terreur néolibérale. Que chaque AG voie la naissance d’un commando en rupture avec l’État major, que le local soit l’origine d’une épopée éthique, d’un ample mouvement contre l’ennemi omniprésent. Les batailles sont nombreuses, celle-ci en est une. Nous y laisserons des plumes mais nous gagnerons car la cause est juste.

Et pendant ce temps-là, la banquise continue de fondre... 



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