Armand Atlan : arrêtez-le, si vous pouvez

Condamné par contumace, le voyou de Montmartre n’est toujours pas arrêté. Pas plus que l’histoire du grand banditisme parisien.

A 87 ans, Armand Atlan a connu plusieurs vies. Vendredi 4 octobre, le tribunal de Paris a estimé qu’il était l’un des principaux commanditaires d’un trafic international de cocaïne opéré, entre 2009 et 2010, via plusieurs pays sud-américains à destination de la France. L’octogénaire a été condamné à huit ans de prison assortis d’une amende de 500 000 euros. Vraisemblablement réfugié du côté de Netanya, en Israël, Atlan a été jugé par contumace. Un mandat d’arrêt a été décerné à son encontre.

En juin 2009, les policiers anti-stups, qui surveillent de près les mouvements du trafiquant, apprennent qu’il s’apprête à réceptionner 65 kg de cocaïne. Elle arrive en effet par bateau jusqu’au port espagnol d’Algésiras, en Andalousie. Le fils cadet et le neveu du trafiquant, Franck et Gérard H., sont présents au moment de la livraison. David A. et Olivier S., deux amis de Franck, sont de leur côté suspectés de prendre une part active au trafic.

Armand finira par être interpellé, en compagnie d’une douzaine d’acolytes, en septembre 2010, lorsque les policiers mettront fin à l’opération « Tango argentin », nouveau projet d’importation de cocaïne.

Mais « narcotrafiquant » n’est que la dernière réincarnation de cette sulfureuse figure du milieu du crime à Montmartre dans les années 1960. A l’époque, Paris attire encore les voyous de tout l’Hexagone. Après la Pègre au XIXe siècle et le Milieu moderne des années 1920, les bandits de la capitale française profitent du désordre des années 1930 et des nombreuses armes en circulation après la Libération pour s’essayer à toutes sortes de trafics, au braquage, au vol et surtout au proxénétisme.

En 1960, pas moins de 15 000 femmes font le trottoir à Paris. Elles disposent de quelque 400 hôtels de passe pour exercer leur métier et peuvent se mettre sous la protection de nombreux voyous respectés, dont le prestige leur assure une « bonne place », la rue Blondel, la rue des Lombards et la rue Sainte-Apolline étant les plus convoitées.

C’est ce milieu fougueux qui voit naître les « juges de paix », des anciens bandits qui interviennent lorsqu’un proxénète en accuse un autre d’avoir voulu lui prendre une femme ou lorsqu’un patron de bar se plaint de se faire racketter. Parmi ces juges de paix, l’histoire retient notamment les frères Panzani, le Grand Gaston, Jo Attia, André Stora ou encore Maurice Atlan, dit « Sion ».

Mort et renaissance d’un mythe

Les six frères Atlan règnent en maîtres incontestés de la communauté pied-noir dans le 9e arrondissement. Une hégémonie qui n’est pas pour plaire aux frères Zemour, surnommés les « Z ». Leur carrière va défrayer la chronique durant les années 1970, mais ils devront pour cela évincer les rivaux. C’est en tuant Sion Atlan, le 2 octobre 1965, que les Zemour deviennent les nouveaux rois du Faubourg-Montmartre.

Armand Atlan voit son frère tomber sous les balles de la concurrence. C’est la fin d’une époque, pour la fratrie comme pour la capitale. Les braquages sont en perte de vitesse, la décolonisation a mis un frein au trafic de cigarettes, de piastre, d’or et d’opium. Le banditisme se déplace peu à peu vers la banlieue parisienne et les autres régions françaises (la Corse, mais aussi la Côte d'Azur, Lyon, Marseille, Nantes…). Le « Milieu » parisien, avec toutes ses légendes et son folklore, est mort.

Seulement, qui dit mort dit renaissance. Le trafic d’héroïne prend son envol, et il est en grande partie financé par les voyous de Paris. Une nouvelle vie commence alors pour Armand Atlan, qui, dans les années 1990, écopera de 18 ans de prison en Angleterre pour trafic de drogue.

En 2009, les enquêteurs de l’Office central pour la répression du trafic illicite (OCRTIS) mettent au jour les circuits financiers utilisés par le trafiquant pour blanchir ses profits. On apprend qu’il a l’habitude d’ouvrir des comptes au Royaume-Uni avant de rapatrier ses fonds en Israël. Et l’on se dit que la mort du frère et la fin du Milieu n’ont fait que lui donner des ailes.

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