L'écologie est-elle "ni de gauche, ni de droite" ?

De plus en plus de gens s’intéressent à l’environnement, qu’ils soient de gauche, de droite ou du centre. On a vite fait d’en déduire que l’écologie pourrait les rassembler, au-delà des clivages politiques et partisans. Vraiment ?

Cet article est tiré du blog Le Troisième Baobab

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Sur les réseaux sociaux, je vois beaucoup de personnes exprimer leur intérêt pour l’environnement, tout en précisant que non, ils ne font pas de politique.

Dans les médias, j’entends beaucoup de personnalités politiques protester que non, vraiment, l’écologie n’a pas de bord politique.

Au sein du gouvernement, je vois que Nicolas Hulot, une des plus grandes figures de l’environnement en France, a finalement accepté d’être ministre aux côtés d’un président qui ne se réclame “ni de gauche, ni de droite”.

Il est vrai que l’on peut maintenant trouver des responsables politiques engagés sur le thème de l’environnement dans (presque) tous les partis et mouvements politiques.

Il est vrai aussi que beaucoup d’amoureux de la nature ne souhaitent revendiquer aucune affiliation politique.

Alors on en déduit que l’écologie plane au-dessus des clivages politiques traditionnels. Qu’elle les transcende.

Certains en concluent même que l’écologie serait en-dehors du champ politique. Qu’elle serait donc apolitique.

«La nature appartient à tous les individus. Choisir de la défendre ou non, ça ne dépend pas de leurs idées politiques ! » (commentaire d’un internaute)

Et pour beaucoup de gens, l’écologie reste avant tout la science de l’environnement. En tant que science, elle serait objective par définition. Elle n’aurait donc rien à voir avec la politique.

Alors, au final, on espère que les écolos de tous bords finiront par être assez malins pour comprendre qu’ils ont les mêmes intérêts. Parce qu’après tout, ils prêchent tous pour la même paroisse, non ?

«Ils s’allièrent et eurent beaucoup de voitures électriques.»

Fin de l’histoire ?

En fait… il faut tout reprendre au début. Au tout, tout début.

A la naissance-même du mot “écologie”.


Une science naturelle… et politique

Dans le langage courant, on tend à utiliser le mot “écologie” pour désigner plusieurs choses très différentes. Mais vous imaginez bien que si tout le monde utilise un même mot pour parler de choses différentes, ça devient vite le bazar !

Alors je vais commencer par une question (pas si) bête : keske-ça-veut-dire «l’écologie» ?

D’un point de vue historique et étymologique, une chose est sûre : il s’agit bel et bien d’une science… dans un premier temps.

Formé grâce aux mots grecs oikos (la maison) et logos (la rationnalité, la science), le néologisme “écologie” serait né en 1866 sous la plume du philosophe et biologiste allemand Enrst Haeckel.

Puis vers la fin du 19ème siècle, le mot “écologie” commence à être utilisé par des scientifiques occidentaux (principalement des naturalistes) pour désigner un champ d’étude nouveau reposant sur les sciences naturelles, au premier rang desquelles figure la biologie.

Encore aujourd’hui, on considère que l’écologie scientifique est la science qui s’intéresse aux relations qu’entretiennent les êtres vivants entre eux et avec leur environnement.

Là, une petite précision s’impose. Quand l’écologie scientifique s’intéresse à l’environnement d’une espèce, elle n’étudie pas uniquement le milieu physique, c’est-à-dire le climat, la géologie, les ressources minérales, la lumière… Elle étudie aussi les interactions d’une espèce avec la faune, la flore et le microbiote (bactéries, virus, champignons, levure) qui composent son écosystème.

Ce qui veut dire que l’écologie étudie non seulement les relations entre espèces différentes, mais aussi les relations entre les individus d’une même espèce !

Par ailleurs, il faut aussi garder en tête qu’une espèce peut modifier ou générer son propre environnement. Pensez par exemple aux barrages construits par les castors, aux terriers creusés par les lapins ou aux immeubles bâtis par les humains.

Justement, les humains : une espèce qui est très forte à ce jeu-là !

Mais à la différence de la grande majorité des espèces, nous ne modifions pas uniquement notre environnement pour trouver les ressources nécessaires à notre survie ou à notre reproduction.

C’est d’autant plus flagrant depuis l’avènement de la société de consommation. Nous utilisons de plus en plus de ressources pour produire de plus en plus de choses… qui sont de moins en moins utiles à notre survie.

Nous construisons aussi des centres commerciaux, des parcs à thème, des usines, des aéroports, dont l’utilité est très contestée et qui finissent pourtant par remplacer des forêts, des prairies et des zones humides qui abritaient un grand nombre d’espèces vivantes.

Au final, nos sociétés et nos organisations politiques modifient considérablement l’environnement pour des raisons qui, souvent, n’ont plusrien à voir avec nos besoins élémentaires.

Ces raisons sont plutôt à chercher du côté de la quête du bonheur(épanouissement personnel, intellectuel, social), mais aussi celle du profit et du pouvoir.

Depuis la fin du 19ème siècle, les catastrophes environnementales qui affectent les humains sont d’ailleurs de moins en moins d’origine “naturelle” et de plus en plus d’origine… humaine (ou, pour utiliser un mot un peu classe, on dit que les catastrophes sont d’origine “anthropique”).

Le changement climatique se trouve évidemment au premier rang de ces catastrophes, mais on pourrait aussi citer les marées noires, la pollution atmosphérique, la disparition des insectes pollinisateurs ou certaines inondations.

Alors pour faire une écologie de l’espèce humaine, les sciences dites “naturelles” ne suffit plus.

Car pour comprendre les crises environnementales du 21ème siècle, il faut s’intéresser à leurs causes économiques, sociales, culturelles et politiques.

C’est là que les sciences humaines et sociales entrent en jeu, au sein d’un champ de recherche qu’on appelle“l’écologie politique”.

Il ne s’agit pas d’un programme politique, mais bien d’un domaine de recherche scientifique qui s’appuie sur des disciplines qui étudient, d’une manière ou d’une autre, les rapports entre les humains et l’environnement. Il s’agit entre autres de sociologie, d’économie, ou d’ethnologie.

C’est donc une écologie politique… scientifique (vous m’suivez ?).

Ce domaine de recherche commence tout juste à se faire connaître en France mais existe depuis un bon moment dans le monde anglo-saxon sous le nom de “political ecology”.

L’écologie politique estime que, pour comprendre les rapports entre les humains et l’environnement, il faut tout non seulement étudier leur milieu de vie “naturel” (forêts, montagnes, bords de mer), mais aussi :

  • leur milieu de vie artificiel (habitations, villes, campagnes)
  • les relations qu’ils entretiennent entre eux (organisations, institutions, rapports de force)
  • et les individus eux-mêmes (cultures, idéologies, choix de vie et de consommation).

Ces questions sont par exemple au coeur de la géographie, une discipline mal connue qui repose à la fois sur les sciences naturelles et les sciences sociales (j’en profite donc pour faire du prosélytisme : faites de la géographie, c’est bien !).

En croisant toutes ces connaissances, l’écologie politique nourrit de profondesréflexions philosophiques qui questionnent la place des humains dans l’univers, leur rapport aux autres êtres vivants, à la Nature, à la technique et à la science.

L’inventeur du mot “écologie”, Enrst Haeckel lui-même, considérait que l’écologie devait être tout à la fois être une science… et une philosophie ! Cette philosophie devait permettre d’orienter les choix de nos sociétés humaines dans des domaines tels que la politique, la religion ou les arts.

Mais cet aspect de “l’écologie” n’a manifestement pas intéressé les scientifiques de la fin du 19ème siècle qui ont fini par réduire l’écologie à une science naturelle dépolitisée (“apolitical ecology”). A sa naissance pourtant, le concept d’“écologie” semblait bien avoir une vocation politique…

Aujourd’hui, au sein de l’écologie politique, les chercheurs ne sont pas dupes pour autant : même les sciences naturelles ne sont pas aussi objectives et apolitiques qu’elles le prétendent.

“La recherche sur l’environnement n’est jamais tout à fait objective, même si elle se prévaut de l’objectivité des sciences naturelles. Les chercheurs sont eux-mêmes des acteurs dont les recherches sont orientées par les intérêts, les valeurs et les conceptions dont ils sont porteurs, à l’instar de ceux qui les ont missionnés.” — Tor A. Benjaminson (géographe) et Hanne Swarstad (sociologue), “Qu’est-ce que la “political ecology” ?

Comme l’explique Paul Robbins, géographe et directeur de l’institut des études environnementales à l’université du Wisconsin à Madison (Etats-Unis), la “political ecology” n’est pas plus politique que les sciences naturelles qui font de l’écologie classique. Elle est simplement consciente de son caractère politique, et ne cherche pas à se cacher “derrière une “objectivité” ou une “scientificité” illusoires” (Benjaminson, Swarstad).


L’écologie des pandas, ou le mirage de l’écologie consensuelle

Aujourd’hui, le mot “écologie” ne désigne plus seulement l’étude scientifique de l’environnement, mais aussi la volonté de le “défendre”, de le “protéger”, ou de le “conserver”. On qualifie souvent cela “d’écologisme” (on en reparle dans un instant).

L’écologie, ce serait vouloir “sauver la nature !”. Ou “sauver les ours blancs / les éléphants d’Asie / les pandas roux !”.

Alors jusque-là, il est encore à peu près facile de mettre les gens d’accord (j’ai bien dit “à peu près”).

Après tout, qui pourrait souhaiter la disparition des pandas roux ?!

Et qui pourrait bien souhaiter “la destruction de la planète” (à part quelques abrutis et de vilains industriels) ?

Malheureusement, les choses se compliquent dès que l’on entre dans les détails.

Car même si beaucoup de gens sont d’accord avec le fait qu’il faut “protéger la nature”, ils ne sont pas forcément d’accord à propos de “comment protéger la nature”.

Est-ce qu’il faut interdire aux entreprises de polluer, et les punir très fort quand elles désobéissent ? Ou plutôt leur proposer gentiment des solutions non contraignantes, au risque qu’elles refusent ? Pourquoi pas simplement des incitations fiscales ?

Et puis c’est quoi “la Nature” qu’il faut protéger ? Est-ce qu’il faut protéger tous les animaux ? Même les animaux nuisibles aux humains ? Même les moustiques ?! Moi j’aime pas les moustiques.

Et puis cette “Nature”, il faut la protéger de quoi ? De qui ? De tous les humains, ou juste de certains humains ? Des riches ? Des pauvres ? Des multinationales ? Des gouvernements ? C’est qui les méchants ?!

Alors maintenant je dois vous avouer une chose.

Au début de l’article, j’utilisais volontairement “écologie” et “environnement” comme des synonymes, puisque c’est ainsi qu’ils sont utilisés dans le langage courant.

Mais la confusion s’arrêtera ici.

Car l’écologie et l’environnement, ce n’est tout à fait pas la même chose.

Cette idée qu’il faut “sauver la nature !”, ce n’est pas tout à fait de “l’écologie”. Ni de “l’écologisme”.

Ça s’appelle de l’environnementalisme.

L’environnementalisme, c’est une conception du monde, une philosophie politique, qui considère que “la Nature” (ou l’environnement “naturel”) doit être protégée des activités humaines.

Quand on crée des refuges pour “sauver les pandas roux” par exemple, c’est de l’environnementalisme.

Une certaine vision de l’environnementalisme consiste à vouloir mettre en place une “bonne” gestion de l’environnement “naturel” (ressources et matières premières). On cherche ici l'équilibre qui nous permettrait d’utiliser ces ressources tout en assurant une “bonne” qualité de vie aux humains, dans le présent comme dans le futur (les fameuses “générations futures”).

Mais ce qui reste le plus important, c’est surtout la qualité de vie des humains, pas celle des animaux, et encore moins celle des plantes ou des micro-organismes (on n’entend jamais qu’il faut “sauver les levures !”).

Notez d’ailleurs que les notions de “bonne” gestion de l’environnement et de “bonne” qualité de vie pour les humains demandent aussi à être définies et sont très subjectives.

Ainsi, la plupart des partis politiques proposent aujourd’hui des mesures environnementalistes, mêmes minimes, en accord avec leurs propres valeurs.

Parmi les mesures environnementalistes que les gouvernements ont favorisé ces 20 dernières années, on pourrait citer la mise en place du “marché du carbone”, les écotaxes, les labels “verts”, et les chartes de bonne conduite environnementale au sein des entreprises.

Et pour protéger les écosystèmes “naturels”, les partis politiques (de tous bords) proposent souvent de créer des “réserves naturelles” où les activités humaines seront très encadrées, tout en restant ouvertes à certaines activités touristiques et de loisir. Comme il s’agit de “conserver” la biodiversité, on dit que c'est une démarche “conservationniste”.

Attention cependant, il ne faut pas le confondre le conserva-tionnisme (environnemental) avec le conserva-tisme (politique) qui vise, lui, à conserver un certain ordre politique, social et culturel chez les humains. C'est pas du tout pareil ! 

Je voulais surtout vous montrer que cette écologie qui “dépasserait les clivages politiques” pour “sauver la nature”, c’est en réalité de l’environnementalisme.

Cependant, lui non plus ne fait pas consensus car il existe plusieurs conceptions de l’environnementalisme, dont certaines sont beaucoup plus radicales que d’autres.

Mais la raison pour laquelle on ne perçoit pas toujours son aspect politique, c’est parce que l’environnementalisme “mainstream”, celui qui est mis en avant dans les médias, n’entre pas directement en contradiction avec les idéologies dominantes.

Comme le souligne Wikipedia, “une idéologie dominante est diffuse et omniprésente, mais généralement invisible pour celui qui la partage du fait même qu’elle fonde la façon de voir le monde”.

Si cet environnementalisme ne bouscule pas notre conception du monde, alors on ne se rend pas forcément compte qu’il est politique.

En fait, les mesures environnementalistes les plus médiatisées ne visent pas à changer radicalement la société ni son modèle économique, mais à les orienter dans une direction légèrement différente, plus “respectueuse de l’environnement”.

Changer juste un peu, mais pas tout remettre en question non plus.

Or ne rien vouloir changer (ou pas grand chose), c’est déjà une prise de position politique. C’est dire que les choses sont bien comme elles sont, ou pas assez “mauvaises” pour qu’on prenne la peine de les changer.

Selon cette conception environnementaliste, les solutions aux problèmes environnementaux se trouvent surtout dans une version plus “vertueuse” du capitalisme, de la société de consommation et du néolibéralisme économique.

Il suffirait que la croissance économique soit “verte” et que nos tee-shirts “made in Bengladesh” soient faits en coton bio.

Voilà pour le chapitre “environnementalisme”.

Et sinon, vous vous souvenez, tout à l’heure, quand je vous disais que l’écologie de l’espèce humaine (l’écologie politique scientifique) ne s’intéressait pas uniquement à son environnement “naturel”, mais aussi à la société et aux individus ?

Eh bien c’est pareil pour l’écologie politique… politique.

Oui, c’est moche d’écrire “écologie politique politique”. Mais il faut bien différencier ce que l’on appelle “écologie politique” dans le monde de la science et ce que l’on appelle “écologie politique” dans le monde… ben… de la politique. C’est les mêmes mots, mais ils ne veulent pas dire la même chose.

Pour précision, je ne parle pas ici de ce que les journalistes appellent à tout de champ “écologie politique” et qui désigne plutôt l’environnementalisme dans l’arène politicienne (les partis, les scores électoraux, les petites phrases à deux balles).

Ce que la philosophie politique appelle vraiment “écologie politique”, c’est une vision des choses qui dépasse largement la défense de l’environnement “naturel”. C’est tout un projet de société.

Au-delà de l’environnementalisme, il existe des conceptions de l’écologiequi, elles, remettent en question notre système économique, notre organisation politique, ainsi que nos modes de vie et de pensée.

Alors forcément, l’écologie politique est beaucoup plus dérangeante et “clivante” que l’environnementalisme.

On flaire sa dimension politique beaucoup plus facilement.

Par contre, on en parle beaucoup moins à la télé !


L’écologie politique, l’écologie des trolls

Au moment où la société de consommation a pris son essor dans les années 1960–1970, des catastrophes environnementales d’un nouveau genre (dont la toute première marée noire) ont commencé à nourrir tout un tas de préoccupations à travers le monde.

Des groupes de militants se sont mobilisés pour exiger des réponses politiques et judiciaires de la part des gouvernements de l’époque, pour trouver les responsables, les punir, et empêcher que les catastrophes ne se reproduisent. Ces militants ont fini par constituer un véritable mouvement social et politique.

Depuis, ce mouvement a grandi, évolué, et souhaite non seulement redéfinir nos relations avec l’environnement “naturel”, mais aussi nos relations avec les autres humains. Il considère d’ailleurs que “les humains” et “la Nature” ne sont pas des choses si distinctes que ça.

Ce mouvement s’appuie sur des cas historiques et juridiques, ainsi que sur les connaissances scientifiques (en sciences “naturelles” et en sciences sociales), et en déduit que les crises sociales et environnementales sont aujourd’hui liées de manière inextricable.

Il souhaite donc remettre en question notre société en profondeur et promouvoir une certaine qualité de vie, en dehors du consumérisme.

Ce mouvement est lui-aussi appelé “écologisme”, mais se désigne plutôt comme une “écologie politique”.

Alors pour que ce soit bien clair, il ne s’agit pas ici d’une science (l’écologie politique scientifique) mais bien d’un projet politique (l’écologie politique politique) qui s’appuie, certes, sur des connaissances scientifiques, mais qui repose en grande partie sur des considérations morales, éthiques et … philosophiques. Encore !

  • Les humains sont-ils “supérieurs” aux autres êtres vivants ? Certains humains sont-ils “supérieurs” à d’autres humains ?
  • Les besoins non-vitaux des humains peuvent-ils passer avant les besoins vitaux des autres êtres vivants ? Les besoins non-vitaux de certains humains peuvent-ils passer avant les besoins vitaux des autres humains ?
  • Les humains doivent-ils se préoccuper des êtres vivants qui ne sont ni utiles ni désirables à leurs yeux ? Les humains au pouvoir doivent-ils se préoccuper des humains qui ne sont ni productifs ni méritants à leurs yeux ?

Ces questionnements poussent l’écologie politique à contester le bienfondé de certaines hiérarchies sociales et économiques, ainsi que la pertinence du capitalisme et d’une croissance économique infinie.

Et voilà donc la ligne de fracture majeure entre l’environnementalismemainstream et l’écologie politique. Le premier peut tout à fait se contenter de la perspective d’une “croissance verte” et de quelques parcs naturels, alors que l’écologie politique tend plutôt à s’opposer au capitalisme, même “vert”.

Selon elle, le capitalisme est l’un des principaux responsables des problèmes sociaux et environnementaux d’aujourd’hui (si ce n’est le principal responsable). C’est pourquoi la résolution ou l’atténuation de ces problèmes passera forcément par une régulation stricte du capitalisme, ou par un changement de système pur et simple.

Mais attendez ! Le caractère anti-capitaliste de l’écologie politique ne signifie pas pour autant qu’elle souhaite l’instauration d’un régime socialiste ou communiste à la soviétique.

Car ce que condamne l’écologie politique, c’est avant tout le productivisme, c’est-à-dire la tendance à vouloir accroître la production industrielle en permanence. Grosso modo, la tendance à produire toujours plus de trucs, et donc à utiliser toujours plus de ressources.

Or les régimes socialistes et communistes que l’Histoire a connu jusqu’à présent n’étaient pas toujours très “green”. L’URSS, qui était à bien des égards un régime productiviste, a elle-aussi engendré son lot de désastres environnementaux. Je racontais par exemple la quasi-disparition de la mer d’Aral dans cet article de ma série sur la société de consommation.

Il existe par ailleurs des courants anarchistes et libertaires au sein de l’écologie politique. Ces courants refusent l’idée d’un Etat autoritaire tout puissant, et encouragent plutôt des systèmes d’auto-gestion.

Enfin, et ce malgré les apparences, l’écologie politique n’est pas réservée aux “gauchistes” puisqu’il existe aussi une écologie politique qui se revendique “de droite” : elle est anti-capitaliste, anti-libérale, mais très conservatrice sur le plan social et culturel. On peut citer par exemple la “Nouvelle Droite” néopaïenne ou bien “l’écologie intégrale” chrétienne, moins ouvertement “de droite” mais toujours très conservatrice.

Vous l’aurez compris, qu’il s’agisse d’environnementalisme ou d’écologie politique, il y a à boire et à manger !

Je reviendrai en détail sur les différentes versions de ces courants dans un prochain article, intitulé “L’écologie en politique : cinquante nuances de vert”.


Alors voilà. Tout ça pour dire qu’il faut se méfier de la polysémie du mot “écologie” qui laisse croire, dans le langage courant, que l’écologie serait juste une sorte d’environnementalisme bisounours !

Car l’écologie politique, en tant que mouvement politique, est en réalité trèssubversive.

Elle est en cela très différente de l’environnementalisme médiatique qui se dit “ni de gauche, ni de droite”, et qui est surtout un “verdissement” du système capitaliste et néolibéral.

Mais quelque soit le camp, celui de l’écologie politique ou celui de l’environnementalisme, il s’agit toujours d’un positionnement politique.Même si on ne le sait pas toujours.

On n’a pas toujours conscience que l’on fait de la politique. On a tendance à penser que “la politique” se limite aux partis, aux élections, et aux gouvernements. C’est en effet le sens strict du mot “politique”.

Mais “la politique”, c’est aussi, au sens large, une “manière concertée d’agir” (Larousse), “ce qui est relatif aux affaires publiques” (L’Internaute).

Que l’on veuille “sauver les pandas roux” ou changer le système économique, il s’agit toujours de décider d’une manière collective de gérer les ressources.

Donner de l’argent à une association environnementale, c’est une action politique. Parler de son potager en permaculture sur Facebook, c’est une action politique. Même partager cet article, c’est une action politique !

Et il n’y a rien de mal à ça !

“Non seulement l’écologie est politique, mais toute politique est une bonne ou une mauvaise écologie appliquée” — Patrick Matagne, maître de conférence à l’Université de Poitiers

Même si vous considérez que les clivages politique traditionnels sont dépassés, retenez bien qu’il n’existe pas d’écologie “transpartisane” qui mettrait tout le monde d’accord.

Le clivage gauche-droite ne correspond peut-être plus à une limite nette entre deux partis, mais le paysage politique français, européen, mondial reste animé par des conceptions radicalement différentes de ce que sont la Nature, l’Humanité, et la Justice (avec plein de majuscules).

Et ces différentes conceptions du monde reposent sur des divergences de nature philosophique (décidément !).

Comme l’explique le professeur en sciences politiques Simon Persico, l’écologie a cela de commun avec la lutte contre le chômage : pratiquement tout le monde est d’accord sur le principe, mais personne n’est d’accord sur la manière d’y parvenir !

Alors pour vous laisser sur une note positive (lol), sachez qu’il existe bien un monde dans lequel l’écologie se montre consensuelle, ni de gauche, ni de droite, ni politique, ni rien du tout.

C’est le monde merveilleux de la communication politique, de la publicité et du greenwashing.


Un article d'Alexandra d’Imperio (contact et mon site professionnel)

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