Pourquoi la mode fait partie des pires pollueurs au monde ?

La mode pourrait bien être la deuxième industrie la plus polluante au monde. Pourtant, on n’y pense jamais ! Sommes-nous aveugles ? C’est surtout que la pollution ne se cache pas toujours où on le pense. Un article d'Alexandra d'Imperio.

 

Cet article fait partie d'une série sur la mode, son histoire et ses mécanismes.

Tous les épisodes sont disponibles sur le site du blog Le Troisième Baobab

 


  

On a vu dans les épisodes précédents les raisons psychologiques et sociales qui nous poussent à aimer (ou pas) la mode. Et à en vouloir toujours plus !

Alors maintenant, on va enfin pouvoir parler des conséquences de tout ça. Parce qu’une telle passion n’est pas sans conséquences environnementales.

Quand on y pense, on ne peut pas vraiment être surpris par les problèmes environnementaux causés par la fast fashionC’est une industrie “anti-écologique” par nature. Elle repose entièrement sur des vêtements à bas prix et jetables, avec une durée de vie très courte à cause de leur mauvaise qualité et de l’obsolescence de la mode.

Et les méfaits environnementaux de la mode ne s’arrêtent pas à la fabrication des vêtements : c’est tout le cycle de vie d’un vêtement qu’il faut prendre en compte !

Il s’agit non seulement de la fabrication (production des fibres textiles, traitements, teintures, et assemblage des tissus), mais aussi de l’utilisation du vêtement (dont le lavage), puis de sa fin de vie.

Et il n’est que très rarement question de recyclage. Pour être claire, la très grande majorité de nos vêtements finit aux ordures.

Du coup, l’impact environnemental de la mode est loin d’être négligeable ! Les blogs et médias militants relaient souvent une étude du Danish Fashion Institute selon laquelle la mode serait la deuxième industrie la plus polluante du monde, juste derrière l’industrie pétrolière.

Mais je tiens à préciser que je n’ai pas réussi à mettre la main sur la source originale, c’est-à-dire l’article scientifique qui aurait été émis par le Danish Fashion Institute : ce qui fait que je n’ai pas eu accès aux méthodes de calcul.

J’ai donc cherché des chiffres ailleurs. Seulement, ils varient beaucoup en fonction des sources, qui ne sont pas toujours très fiables. Sur les émissions de gaz à effet de serre par exemple : l’industrie de la mode représenterait entre 3% et 10% des émissions totales de CO2. La différence peut évidemment être due aux méthodes de calculs mais aussi, je pense, aux contours flous de l’industrie et à la multitude d’intermédiaires qui brouille les pistes.

Le plus important, ce sera donc de retenir les mécanismes et les ordres de grandeurs dans ce voyage à travers la vie d’un vêtement.

Allez, prenez vos plus jolies bottes, on va commencer par faire un tour dans un champ de coton !

 


  

Voyage au pays du coton

Environ 40% de nos vêtements sont fabriqués à partir de coton. C’est la fibre naturelle la plus produite dans le monde.

Par contre si vous vous attendez à une agréable virée champêtre, je vais tout de suite casser vos ambitions. Car le coton est aussi la culture la plus polluante du monde.

Le coton est une plante tropicale, c’est-à-dire qu’elle a besoin de beaucoup de chaleur, de soleil, et d’eau. Des conditions dont raffolent aussi les insectes, les champignons et les virus. Malheureusement, le coton est une plante fragile qui se laisse facilement attaquer.

Alors les cultivateurs utilisent des pesticides. Beaucoup de pesticides. Un quart de tous les pesticides utilisés dans le monde est dédié à la culture du coton. C’est absolument énorme.

Pour la récolte, le coton est souvent aspergé d’un produit défoliant (qui fait tomber les feuilles) pour séparer les feuilles et les fibres. C’est évidemment un produit extrêmement toxique.

Aujourd’hui, plus de 80% du coton dans le monde serait du coton BT, c’est-à-dire un coton OGM qui produit une protéine insecticide. Cette sorte d’OGM est censée permettre de diminuer l’utilisation de pesticides.

Cependant, le coton OGM n’est pas toujours une franche réussite pour les agriculteurs et pour l’environnement.

Contrairement aux promesses de Monsanto, le coton OGM cultivé en Inde et au Pakistan a besoin de plus en plus de pesticides à cause de l’apparition de prédateurs résistants.

En Inde, le coton OGM n’a pas rempli ses promesses de rendements et a ruiné un grand nombre de paysans, poussant certains au suicide.

Au Burkina Faso, le coton OGM se vendait beaucoup moins cher que le coton normal parce que ses fibres étaient de trop mauvaise qualité, ce qui a entraîné de grosses pertes financières pour les agriculteurs et les compagnies cotonnières.

Le coton, OGM ou pas, est aussi un grand assoiffé : il est le troisième plus gros consommateur d’eau d’irrigation dans le monde, après le riz et le blé. D’autant qu’il faudra ensuite ajouter les litres d’eau nécessaires pour blanchir le coton (généralement avec du chlore) et pour le teindre (avec des produits contenant des métaux lourds).

La monoculture de coton en Ouzbékistan est un cas d’école puisqu’en plus de polluer les cours d’eau avec les pesticides, elle a vidé la mer d’Aral à plus de 80% entre 1960 et 2000 !

D’après Greenpeacela production d’un seul tee-shirt en coton nécessite en moyenne 2700 litres d’eau. C’est la quantité d’eau que vous buvez en… deux ans et demi !

L’estimation monte à 7000 litres pour une paire de jeans classique (car le jean, c’est surtout du coton). Or il se vend chaque année environ 2 milliards de paires de jeans dans le monde ; je vous laisse faire le calcul.

 

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14 000 milliards de litres. C’est beaucoup.

Bien entendu, il y existe aussi du coton biologique. Il permet d’éviter les pesticides et de faire quelques économies d’eau. Il représente encore moins de 1% des surfaces mondiales destinées à la production de coton, mais il est amené à se développer puisqu’il semblerait que la demande (de la part des marques) soit supérieure à l’offre (de la part des producteurs). Néanmoins, le coton bio n’échappe pas nécessairement aux autres traitements chimiques (lavage, teinture etc).

Bon. La production de coton, c’est pas la joie. Et si on allait jeter un coup d’oeil aux autres matières pour voir s’il y a mieux ailleurs ?

 


  

Douce comme un agneau

Vous possédez probablement des pulls ou des écharpes en laine. C’est chaud, c’est doux, parfois ça pique un peu la peau.

Mais la laine, ça pique aussi l’environnement.

Pour ceux qui auraient loupé l’information, la laine, ça vient d’animaux. Rien que pour produire de la laine brute, il faut compter énormément de ressources naturelles pour l’élevage (nourriture et eau pour les animaux, énergie, surfaces de terres issues de la déforestation) et pour le lavage (12 litres d’eau pour 1 kg de laine brute). Le traitement de la laine nécessite des produits polluants qui sont ensuite difficiles à filtrer.

Pour dire à quel point c’est polluant, la majorité des pays industrialisés préfèrent importer de la laine préalablement lavée plutôt que de le faire eux-mêmes ! Comme ça, on laisse la pollution ailleurs.

Même les grands producteurs de laine que sont l’Australie et la Nouvelle-Zélande exportent leur laine en Asie pour la faire laver là-bas. Car pour ça, il vaut mieux ne pas être trop exigeant en matière de réglementations environnementales…

Ceci dit, la laine est une fibre naturelle facilement réutilisable, recyclable et biodégradable (c’est mieux si elle n’a pas été teinte). En plus, elle n’a besoin d’aucun traitement anti-feu puisqu’elle est un retardateur naturel de flammes. Avis aux cracheurs de feu !

Ok, et à part ça, qu’est-ce qu’on a d’autre en stock ?

 


  

Pétrole et pâte de bois

Les fibres synthétiques et artificielles sont des fibres textiles qui ne sont pas naturelles. Oui, bon, vous l’auriez probablement deviné.

Pour être claire, les fibres textiles sont généralement classées en trois catégories : les fibres naturelles qui sont directement produites par la nature (coton, laine, soie etc), les fibres artificielles qui sont produites à partir de produits naturels transformés (viscose, fibres de bois), et les fibres synthétiques obtenues à partir du pétrole ou du charbon (polyester, polyamide, acrylique, etc).

Pour ce qui est des fibres artificielles, on transforme la cellulose de divers végétaux (notamment du bois) avec un procédé chimique. Ces fibres peuvent donc être obtenues avec des ressources relativement faciles à trouver, comme les pâtes de bois.

Malheureusement, les fibres artificielles ne font clairement pas d’économies de produits chimiques. Pour ce qui est de la teinture et des finitions, la pollution occasionnée serait comparable à celle du coton.

 

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Campagne de Greenpeace, photos Lance Lee 

Quant aux fibres synthétiques, elles sont en général issues du pétrole (j’insiste là-dessus). On compte parmi elles l’élasthanne (aussi appeléLycra), qui est souvent mélangée au coton dans les jeans pour plus de souplesse et d’élasticité. Apparues dans les années 1930, les fibres synthétiques sont aujourd’hui les fibres textiles les plus utilisées dans le monde.

Mais ce n’est certainement pas pour leur aspect écologique ! Les procédés industriels servant à produire ces fibres sont extrêmement polluants, et les tissus ne sont pas biodégradables. Certains colorants et additifs peuvent même être dangereux pour la santé de celui qui porte les vêtements.

Mais dites-donc, c’est encore tout pourri cette histoire ! Est-ce qu’il y a des bonnes nouvelles quelque part ?

 


  

Le chanvre, c’est planant

Et le lin aussi !

On repasse chez les fibres naturelles. La fibre de lin fait d’ailleurs partie des premiers textiles fabriqués par les humains il y a plusieurs milliers d’années.

Le lin et le chanvre sont des plantes qui ont besoin d’un climat assez précis que peu de pays possèdent. Mais ça tombe bien, on en fait partie !

Pourquoi ça tombe bien ? Pour qu’on se tape toute la pollution ?!

Que nenni ! Le lin et le chanvre sont des cultures relativement propres et écologiques. Ils sont faciles à cultiver, ils n’ont pas besoin de beaucoup d’eau et ne nécessitent que très peu d’engrais ou de pesticides. En plus c’est une culture locale bien de chez nous. Bingo !

Petit bémol cependant : le traitement des fibres peut nécessiter une certaine quantité d’eau et des produits chimiques. Mais parmi tous les textiles, le lin et le chanvre font partie de ceux dont l’impact environnemental est le plus faible.

D’après la Confédération Européenne du Lin et du Chanvre, la France est aujourd’hui le leader mondial du lin. Au moins pour ça, on a la médaille d’or les gars !

Et la culture du chanvre pourrait encore avoir de belles perspectives de développement dans la partie Nord de la France et en Belgique. Le seul “souci”, c’est que la culture du chanvre est très réglementée à cause de ses propriétés narcotiques…

 


 

“On a parcouru les chemins, on a tenu la distance”

Bon, je vais vous passer la liste exhaustive de tous les textiles existants à la surface de la Terre.

Mais maintenant qu’on a regardé les conditions de productions des textiles les plus utilisés, on peut passer à l’étape suivante. Parce qu’ils ne vont pas se transformer tout seuls en tee-shirts, en bermudas ou en jupes crayons ! Il faut les acheminer dans les usines d’assemblage. C’est l’étape du transport.

Et comment on les achemine d’un bout à l’autre du monde ? Par cargo ou par avion. Et comment on fait avancer les cargo et les avions ? Avec du pétrole ! (Non, non, je ne vous prends jamais pour des idiots.)

D’après l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (ADEME), une paire de jeans peut parcourir jusqu’à 65 000 km entre le champ de coton et la boutique, soit une fois et demie le tour de la Terre ! Il est donc possible que votre jean ait beaucoup plus voyagé que vous.

Le transport de nos vêtements émet donc d’énormes quantités de gaz à effet de serre. Ce qui est très mauvais pour le climat, évidemment. Je me permets de rappeler rapidement que le changement climatique est l’une des plus grosses menaces pour l’humanité au 21ème siècle.

Alors la prochaine fois que vous mettrez les pieds chez une enseigne de fast fashion, ayez au moins une petite pensée pour les ours polaires !

Car la fast fashion, qui ravitaille ses boutiques plusieurs fois par semaine, repose entièrement sur des ressources fossiles abondantes et peu chères. De toute évidence, ce modèle n’est pas “durable”.

 


 

En machine, Régine !

En parlant d’énergie, il y a une partie du cycle de vie du vêtement que l’on a tendance à sous-estimer : son lavage !

Et ça, c’est sous notre responsabilité personnelle.

Il faut faire très attention aux conditions de lavage des vêtements. Vous savez, les consignes qui sont écrites sur l’étiquette.

Alors oui, je sais, je vous ai promis de ne pas vous prendre pour des idiots. Mais c’est très sérieux. Si vous ne prenez pas soin des tissus, et en particulier des tissus fragiles, cela peut radicalement réduire la durée de vie de vos vêtements. Ce qui risque de vous forcer à les remplacer plus rapidement que prévu.

Le sèche-linge électrique, par exemple, est rarement l’ami de vos vêtements. Il peut irrémédiablement abîmer leurs fibres, et en plus il consomme énormément d’énergie.

 

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Vive le séchage libre !

Pour ce qui est de la machine à laver, il faut se souvenir que c’est le chauffage de l’eau qui en consomme le plus. C’est pourquoi un lavage à 90°C consomme 3 fois plus d’électricité qu’un lavage à 30°C.

Sans oublier la lessive, dont les composants chimiques peuvent non seulement détériorer les fibres, mais aussi irriter la peau, et polluer l’eau utilisée. Il existe cependant des lessives relativement respectueuses de la santé et de l’environnement ; j’en parlerai dans le prochain épisode.

L’étape de la machine à laver est d’ailleurs un problème assez particulier pour les tissus synthétiques. Pendant le lavage, une grande quantité de microfibres plastiques peut être évacuée dans les eaux usées. Malheureusement, les stations d’épuration n’arrivent pas à filtrer la majeure partie de ces microfibres, qui se retrouvent donc dans les rivières et les océans.

La morale de l’histoire, c’est qu’il ne faut surtout pas oublier qu’un vêtement continue d’avoir un impact environnemental bien après sa phase de fabrication.

L’ADEME estime que la phase d’utilisation et la fin de vie d’un jean sont responsables de la moitié des gaz à effet de serre émis au cours de l’ensemble de son cycle de vie.

 


 

Une bonne action ?

Justement, la fin de vie du vêtement, parlons-en. Si vous êtes une âme charitable, vous préférez probablement donner vos vieux vêtements à une association plutôt que de les jeter. C’est louable, mais loin d’être une solution aussi parfaite qu’on l’imagine.

C’est en tout cas une solution très populaire. En 2013, les Français auraient déposé près de 200 000 tonnes de vêtements usagés dans les conteneurs de collecte, dont 100 000 tonnes dans ceux du Relais, une société coopérative membre du Réseau Emmaüs.

Certains conteneurs affichent aussi le logo des Restos du Coeurs, de la Croix Rouge ou du Secours Catholique, mais il faut savoir que les vêtements que vous y déposez n’iront pas nécessairement dans ces associations. Souvent, les entreprises de collecte comme le Relais reversent simplement de l’argent à ces associations en échange de l’utilisation de leur nom et de leur image. Il vaut donc mieux le savoir !

Si vous voulez être sûr que vos vêtements bénéficient à une association, il vaut mieux les apporter directement sur place.

En ce qui concerne les vêtements récoltés par le Relais, ceux qui sont en bon état sont revendus dans les boutiques Ding Fring, qui lui appartiennent. Mais la revente en boutique ne concernerait que 6% des vêtementsrécoltés. Oui, seulement 6% ! Que se passe-t-il donc avec les 94% restant ?

Le Relais est relativement transparent là-dessus. Plus de la moitié des vêtements sont en fait revendus à la tonne et exportés. En général, vers l’Afrique. Et c’est reparti pour un tour : nos vêtements repartent à l’autre bout du monde avec des énergies fossiles !

Les vêtements d’occasion ont commencé à être exportés en Afrique dans les années 1980 après l’arrêt des politiques protectionnistes d’un certain nombre de pays africains. Comme ces vêtements ne sont pas chers, ils ont envahi le marché.

Selon un rapport de l’ONG Oxfam (2005), ce commerce aurait permis de créer des centaines de milliers d’emplois. Mais il s’agit surtout d’emplois informels (c’est-à-dire “au black”), dans la vente et la réparation des vêtements d’occasion. Dans le même temps, l’importation de tous ces vêtements a complètement étouffé la production textile locale, ce qui a fait disparaître énormément d’emplois formels dans l’artisanat.

Comme le révèle ce documentaire d’Envoyé Spécial, les importateurs africains ne peuvent pas toujours choisir ce qu’ils reçoivent : ils achètent des lots de vêtements empaquetés. Et dans ces lots de vêtements, beaucoup de pièces textiles ne sont finalement ni revendables ni réutilisables (les journalistes précisent que ces vêtements viennent d’une entreprise de collecte française mais que ce n’est pas le Relais). Et comme les revendeurs africains ne peuvent rien en faire, ils les jettent… C’est comme ça qu’une partie (incalculable) de nos vêtements atterrit dans des décharges à ordures en Afrique.

Et nous qui pensions préserver l’environnement et aider notre prochain !

Le problème, c’est que nous produisons beaucoup trop de vêtements d’occasion et qu’il n’y a "pas assez" de personnes dans le besoin chez nous pour absorber tous ces déchets ! En plus, les vêtements de fast fashion sont tellement peu chers que les vêtements d’occasion ne sont plus si avantageux … A ce prix-là, autant acheter du neuf chez Primark ou H&M.

Et puis il faut les regarder aussi, ces vêtements dont on se débarrasse : une énorme part vient d’enseignes de fast fashion justement. Ce sont des vêtements dont la qualité est tellement médiocre que les associations et les boutiques de friperies ne peuvent rien en tirer. Personne ne voudra les acheter !

 

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C’est un gros problème pour les associations en particulier. On pense les aider en leur donnant nos vieux vêtements, mais en réalité on les asphyxie sous des tonnes de vêtements qui ne valent rien. Avec la fast fashion, les associations perdent de plus en plus de temps (et donc d’argent !) à trier tous ces vêtements dont elles ne peuvent rien faire.

Alors, on peut peut-être les recycler ?

 


  

Nouveau textile pour une nouvelle vie ?

Les choses sont encore plus compliquées.

Parmi les vêtement collectés par le Relais, 10% deviennent des chiffons et 26% sont recyclés en matériaux isolants pour le bâtiment ou l’automobile. Ce qui est déjà honorable.

D’après le responsable du développement durable de chez H&Mseulement 0,1% des vieux vêtements récoltés par les organismes similaires au Relais sont recyclés pour fabriquer de nouvelles fibres textiles

Mauvaise volonté ? C’est surtout qu’on ne sait pas comment faire !

En tout cas, pas encore.

Ce que l’on sait bien faire, c’est recycler les vêtements 100% coton. C’est relativement facile, puisqu’on peut les décomposer et les retisser. Malheureusement, c’est très difficile quand le coton a été teint (il faut recycler séparément les différentes couleurs), et impossible quand le coton a été traité, ou mélangé à d’autres matériaux. Ce qui est le cas… pratiquement tout le temps.

Les fibres naturelles comme le coton, le lin, la soie ou la laine peuvent aussi être recyclés grâce à des machines qui lacèrent les tissus. Mais les fibres textiles qu’on obtient sont de mauvaise qualité. Du coup, il faut quand même les mélanger avec de la fibre “vierge” pour pouvoir fabriquer un nouveau vêtement.

Pour ce qui est des fibres synthétiques, leur recyclage nécessite une technologie apparemment très pointue et extrêmement onéreuse. Du coup, ce n’est pas rentable.

Et puis quand le tissu est un mélange de fibres naturelles et synthétiques, c’est complètement impossible pour le moment !

Ok, je vais rayer le recyclage de ma liste… Il reste quoi maintenant ?

 


 

En avant la décharge !

“Oh non, pas elle !”

Eh si. Désolée.

C’est là qu’atterrit l’immense majorité de nos vêtements, je ne peux pas vous mentir.

Dans cette enquête du magazine Basta!, on peut lire que la Basse-Normandie générait environ 13 500 tonnes de déchets textiles par an, dont 11 500 tonnes finissent à la déchetterie ou incinérés, soit 85%. Je suppose que les chiffres ne sont pas radicalement différents dans le reste de la France.

Mais le cycle de vie des vêtements n’est pas encore terminé ! Car cette partie-là du cycle peut durer longtemps. Très longtemps. Et même des milliers d’années dans le cas des fibres synthétiques…

Au final, les vêtements resteront dans la décharge beaucoup plus longtemps qu’ils n’auront été portés ! Et c’est évidemment très mauvais pour l’environnement.

Les tissus traités, teints ou imprimés (c’est-à-dire l’écrasante majorité de nos vêtements) peuvent être très nocifs puisqu’ils contiennent un cocktail de produits chimiques.

Quand ils sont incinérés, ces vêtements libèrent des toxines dangereuses dans l’air.

Quand ils ne le sont pas, ils risquent de répandre des produits chimiques dans les cours d’eau. Il peut suffire d’une grosse pluie sur les ordures pour charrier les substances toxiques très loin par ruissellement.

Ensuite, les fibres vont se décomposer. Mais le processus dure plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires pour les fibres synthétiques. Il vaut mieux être patient…

C’est en revanche beaucoup plus rapide pour les fibres naturelles et artificielles (celles à partir de cellulose végétale). Mais le problème c’est que, comme tous les déchets organiques, leur biodégradation libère du méthane, un gaz à effet de serre très puissant.

Au final, la gestion des déchets textiles coûte énormément d’argent à la collectivitéIl faut non seulement les transporter jusqu’aux décharges, mais aussi s’assurer de la sécurité des infrastructures pour que les produits chimiques ne se répandent pas partout et, dans le cas contraire, financer des projet de dépollution, payer les soins des personnes contaminées…

C’est ce que l’on appelle les coûts externalisés : c’est un prix qu’on ne voit pas sur l’étiquette quand on achète un vêtement mais que l’on paiera plus tard d’une manière ou d’une autre par des taxes, des impôts, ou une détérioration de notre qualité de vie. Au final, on ne fait pas une si bonne affaire quand on achète des vêtements de fast fashion.

D’autant qu’une partie non négligeable de la pollution a lieu dans les pays d’Asie qui produisent nos vêtements. Quand nous achetons de la fast fashion à des prix dérisoires en Occident, nous leur laissons la majeure partie de la facture.

 


  

Mais qu’est-ce qu’on peut faire alors ?

La réponse dans le prochain épisode !


 

Cet article a été écrit par Alexandra d'Imperio.

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