Le cynisme du « en même temps »

Il y a un an, gagnaient Emmanuel Macron et la République en marche. L’une des recettes de ce succès, le « en même temps » présidentiel. Chaque slogan comprenait une idée plaisant aux électeurs de droite et une idée à ceux de gauche. Si les discours peuvent être de droite et de gauche, les actes ne suivent pas.

Il y a un an, après l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, la République en marche gagnait une très grande majorité de députés à l’Assemblée Nationale, se vantant de balayer un « ancien monde » pour un « nouveau monde ». L’une des recettes de ce succès, le « en même temps » présidentiel. Chaque slogan comprenait une idée plaisant aux électeurs de droite et une idée à ceux de gauche. Chacun – hormis le vote extrême – pouvait y tendre l’oreille.

Si le candidat existe par ses paroles, le président est jugé sur ces actes et ses paroles. Souvent, il est reproché aux présidents de renier leurs promesses de campagne, ou du moins l’esprit de leur campagne. On se rappellera du discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy (30 juillet 2010). Le président de l’ouverture devient le président qui chasse sur le terrain de l’extrême droite. Et la politique de son gouvernement a été cohérente avec ce discours : s’en sont suivies une augmentation d’expulsions, notamment de camps de Roms. On se rappellera des lois Macron (6 août 2015) et « travail » (8 août 2016) sous François Hollande. Le président dont la finance était l’ennemie pendant la campagne promulgue des lois libérales. Le gouvernement assume, utilisant le fameux article 49-3.

Le « en même temps » d’Emmanuel Macron est-il toujours la ligne de conduite présidentielle, c’est-à-dire, est-ce que le président de la République et sa majorité conduisent une politique de droite et de gauche ? Tous s’accorderont sur le fait que la politique conduite est uniquement de droite. La publication récemment d’une note de conseillers présidentiels réclamant un rééquilibrage à gauche de la politique menée ne contredira pas ce fait. Une réduction de l’imposition des personnes les plus aisées et en même temps diminution des aides sociales, une loi sur l’immigration où deux ministres fustigent le choix des migrants de rejoindre un pays plutôt qu’un autre, ne sont que quelques exemples de cette politique de droite et de droite.

Mais contrairement à ses prédécesseurs, Emmanuel Macron – dans ses discours – n’a pas changé de cap. Le président de la République est ainsi capable de prononcer le 10 avril dernier un discours devant la conférence des évêques plein d’humanité, sur l’ouverture à l’autre, et quelques jours après de présenter sa loi immigration, qu’aucune association d’aide aux migrants ne défend (ne serait-ce que la Cimade). Emmanuel Macron est capable de lancer dès le début de son mandat (1er juin 2017) une opération « Make our planet great again » sans pour autant mettre en place de grandes lois ou mesures en faveur de la transition énergétique. On se souviendra aussi des opérations musclées à Notre-Dame-des-Landes et en même temps d’une passivité effrayante du ministère de l’intérieur lorsque la frontière franco-italienne a été tenues par une milice d’extrême droite en avril dernier.  

 

Le président Emmanuel Macron présente un visage très lisse, aux discours souvent très réfléchis. L’histoire retiendra-t-elle uniquement le discours du président philosophe, nouveau Périclès sur la Pnyx d’Athènes ? L’histoire retient peut-être plus les paroles que les actes, surtout à l’ère des réseaux sociaux où il est facile de se dessiner une personnalité indépendante de ses œuvres véritables. C’est le cynisme du « en même temps » : un président philosophe et en même temps un gouvernement libéral et froid. Cependant, la majorité devra se rappeler quel électorat l'a menée au pouvoir. 

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