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Billet de blog 13 sept. 2018

Neurones cherchant emploi

Quelles sont les régions cérébrales impliquées lorsque nous faisons un choix ? Une étude publiée par des chercheurs de l’université d’Oxford (Royaume-Uni) le 5 septembre dernier dans la revue américaine Neuron, spécialisée en neurosciences, répond à cette question en prenant pour exemple la recherche d’emploi.

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Les chercheurs ont soumis des volontaires à un exercice, tout en mesurant l’activité de plusieurs régions de leur cerveau, en utilisant une méthode appelée imagerie fonctionnelle par résonnance magnétique (IRM fonctionnelle).  Cela leur permet d’identifier les régions cérébrales impliquées dans une tâche donnée. Cet exercice simulait une recherche d’emploi. A chaque tour, les participants pouvaient accepter une offre d’emploi (qui était indiquée avec une certaine valeur) ou la refuser et attendre la suivante. Les participants avaient un nombre limité de propositions et chaque refus entrainait un certain coût (pour rendre compte de la charge de ne pas avoir d’emploi et d’attendre la prochaine offre).

L’exercice faisait ainsi intervenir deux composantes du choix : une composante que les chercheurs ont qualifiée de « myope » (myopic value dans l’étude), consistant à prendre une décision à effet immédiat et une composante « prospective » (prospective value dans l’étude) prenant en compte les offres qui pourront être faites à l’avenir en spéculant sur leur valeur. La composante « myope » prend en compte à un moment donné l’offre proposée parmi toutes celles qui existent sur le marché et les conséquences de l’acceptation (j’accepte cette offre et sa valeur) ou du refus (je continue à devoir vivre sans salaire en attendant la prochaine offre). La composante prospective spécule sur les offres qui seront proposées à l’avenir.

Les auteurs soulignent trois choses. Tout d’abord, la composante prospective est plus forte au début du test (le participant sait qu’il aura d’autres propositions, il n’est donc pas obligé de choisir tout de suite) alors que la composante « myope » est plus forte à la fin (le participant doit décider en fonction des données immédiates seulement). Ensuite, il faut connaître, d’une part, le marché de l’emploi et ses fluctuations pour pouvoir anticiper sur les prochaines offres, et d’autre part apprendre à se connaître (quels sont mes points forts et mes faiblesses dans mes choix). C’est pourquoi les participants avaient tendance à être « persévérants », c’est-à-dire qu’ils prenaient rarement leurs décisions dans les premiers tours mais surtout à la fin, afin de pouvoir connaître le marché. Et les participants qui optaient pour une stratégie persévérante préféraient un environnement stable (refuser une offre alors qu’on ne sait pas comment sera le marché aux prochains tours est risqué).

Les régions cérébrales associées aux composantes « prospective » et « myope » sont représentées en vert et rouge : cortex préfrontal dorso-latéral (dlPFC, en haut à gauche) et dorso-médian (dmPFC, à droite). Lorsque la composante prospective était élevée, les cortex dlPFC et dmPFC augmentaient leur connectivité (double flèche du haut) et la région indiquée en jaune était plus active. Cette dernière était davantage associée au striatum ventral lorsque la recherche d’emploi avait un coût. © Neuron

L’IRM fonctionnelle a révélé que les régions cérébrales impliquées dans les deux composantes du choix se trouvent dans le cortex cérébral préfrontal et le cortex cérébral cingulaire (voir Figure). Le cortex cérébral préfrontal est situé à l’avant du cerveau et particulièrement développé chez l’humain. Il est impliqué dans les tâches cognitives complexes et c’est une des dernières régions cérébrales à devenir mature, vers 27 ans. Les régions du cortex cérébral cingulaire impliquées sont aussi à l’avant du cerveau, et participent à des fonctions très diverses, comme les fonctions autonomes (par exemple la fréquence cardiaque), l’attention, les émotions, la morale, etc.  Plus la composante prospective était sollicitée, plus l’activité de ces régions était liée. De plus, une région (en jaune dans la Figure) qui était davantage activée par les personnes qui utilisaient davantage la composante prospective, est particulièrement étudiée dans les cas de dépression et d’anxiété. La composante prospective pourrait donc être moins utilisée par les personnes souffrant de maladies neuropsychiatriques.

D’autres situations analogues auraient pu être prises pour exemple : le choix d’un appartement, d’un conjoint, d’un employé, etc. A chaque fois l’environnement immédiat est plutôt bien connu : je connais les conséquences à court terme de ma décision (acceptation ou refus) mais l’environnement futur l’est moins : on spécule sur les conséquences à long terme, avec l’espoir d’une meilleure proposition. Dans chaque situation, la personne qui prend une décision a besoin de temps et de refuser des offres afin de connaître le « marché » et d’apprendre à se connaître dans la prise de choix. Un environnement large (beaucoup d’offres) et constant (on peut comprendre comment il fonctionne et donc pouvoir spéculer sur les offres futures) permet de faire un choix plus serein. Avoir du temps nécessite de pouvoir le prendre, ce qui signifie avoir des revenus suffisants pour pouvoir refuser des offres pendant une certaine période, pouvoir être logé le temps de trouver le bon appartement, etc.

Sources:

Kolling N. et al., Prospection, Perseverance, and Insight in Sequential Behavior, Neuron. 2018 Sep 5;99(5):1069-1082.e7

Fisher AG., Planning Your Way: How Humans Strategically Evaluate Prospective Decisions, Neuron. 2018 Sep 5;99(5):874-876

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