Service Civique / prime versée aux plus précaires : l’aveu d‘une exploitation d’État

Ou pourquoi les engagés en Service Civique ne touchent-ils pas la même prime que les ménages au RSA. (Cet article ne répond pas à toutes les questions, il veut en soulever d'autres, par trop laissées de côté.)

     Le gouvernement a annoncé en grande pompe un dispositif spécial d’aides aux plus précaires, en cette période de confinement. Il est aisé de comprendre qu’une famille pauvre avec enfants, a besoin des tarifs sociaux appliqués dans les cantines pour boucler ses fins de mois, ce qui est impossible actuellement. Et que des millions de français au RSA, se retrouvent avec un accès bien plus difficile aux aides alimentaires associatives.

En revanche, qu’en est-il des volontaires en mission de Service Civique ?

 

     Pour rappel, ceux-ci touchent 580 euros d’indemnités par mois, dont environ 470 par l’État et 110 par la structure qui les accueille pendant leur mission. Si quelqu’un de seul, touchant 550 euros au RSA, se retrouve en grande difficulté actuellement, du propre aveu gouvernemental, et touchera donc une prime de 150 euros, un engagé en service civique ne devrait-il pas percevoir quelque chose autour d’une centaine d’euros ? Mais là n’est pas la question essentielle. Si 100 euros seraient assurément les bienvenus dans les poches d’environ 140 200 volontaires, ce que cela soulève, est beaucoup plus significatif.

 

     Il m’a suffit de lire l’édito de Béatrice Angrand, présidente de l’Agence du Service Civique, présent dans le dossier de presse*, relatif à la Conférence de Presse de l’Agence, du 4 juillet 2019, pour comprendre cela. Elle explique tout simplement que le très controversé SNU (Service National Universel) et le principe du volontariat en Service Civique sont deux choses qui devront aller de paire. En somme, elle nous dit que pendant ce SNU, on vous préparera à accepter, très sincèrement et avec la meilleur foi du monde, à vous retrouver engagé en Service Civique. Pourquoi pas à la sortie du lycée, le monde du travail et des études supérieurs étant tant engorgés ?

 

     Oui, mais non. Si jusqu’ici, les engagés, se retrouvaient là, par manque de perspectives, par envie d’aider tout en se donnant la possibilité, de pouvoir à peu près manger pendant ces quelques mois, avec des volontaires plus ou moins politisés, que se passe-t-il si la moulinette idéologique du SNU est passée par là juste avant ?

 

     Pourquoi les chiffres du nombre d’engagés augmentent-ils invariablement d’année en année, avec les félicitations du publics -dans le même dossier, vous verrez que 9 Français sur 10 affirment avoir une bonne image du Service Civique, et que 8 Français sur 10 déclarent qu’ils recommanderaient à une personne de leur entourage de réaliser une mission de Service Civique- ?

Parce que vous avez/aurez l’impression de faire quelque chose de bien, d’utile, pour 580 euros par mois, et que ça sonne peut-être mieux que de s’enfermer dans un bullshit job. Et puis, c’est un excellent entraînement budgétaire pour le RSA qui vous attend.

 

     On vous dit aussi que ça peut avoir un impact positif sur votre avenir professionnel. Mais qu’en est-il vraiment ? Là, les chiffres parlent encore. Je vous invite à éplucher plus attentivement le dossier de presse, je dirai simplement que les jeunes ne sont pas dupes, une large majorité d’entre eux savent bien que ça ne changera pas grand-chose pour eux. Quand à contrario, les recruteurs disent « si si, ça nous intéresse ». Qui croire ? Pour se faire son idée, regardons les membres du « Club de Valorisation » du Service Civique : on y retrouve entre autre le Groupe Casino, ANCV, ANDRH, Microsoft, la MACIF, Adecco (une boîte d’intérim, génial) et très ironiquement, Pôle Emploi.

Mais c’est toujours, actuellement, entre un an et six mois de gagnés dans la lutte contre le temps, celui ou il faudra trouver une autre piste pour manger et payer son loyer, en apprenant assurément des choses, là non plus n'est pas la question.

 

     Revenons à cette prime en temps de COVID19. Si l’État ne la verse pas aux engagés, il y a deux raisons possibles : soit « ils n’y ont pas pensé » ce qui fait d’eux des incompétents total, parce que merde, c’est leur boulot ; soit ils n’en ont strictement rien à faire, car est-ce que l’opinion publique intégrera que 140 200 personnes ont touché une centaine d’euros, tandis que plusieurs millions d’autres ménages y auront eu droit ? Bêtise ou désintérêt dans le cadre du coup de communication, je penche des deux côtés de la balance, au regard de l’ensemble de l’action gouvernemental que je ne commenterai pas ici.

 

     Dans tous les cas, l’État fait ici un aveu qui ne doit pas passer inaperçu. Puisque les engagés sont aussi précaires que les personnes aux RSA qui ont le droit à une aide en cette période, il admet rémunérer des jeunes pour faire, bien souvent, du travail associatif visant justement à palier les carences de l’État, à une valeur qui ne leur permet même pas de manger correctement sans recourir, paradoxalement aux associations d’aides alimentaires.

Et il voudrait que ça se généralise, comme nous l’avons vu, avec le balayage de conscience du SNU en toile de fond, en se rappelant également, qu'il n'est pas toujours aisé, de mordre la main qui vous nourrit, même si ce n'est qu'un tout petit peu.

 

     En résumé, l’État exploite une main d’œuvre ultra-précaire pour coller du scotch sur le terrain de sa bêtise, même en cette période de confinement, où beaucoup de volontaires se retrouvent aussi au front dans le cadre de différentes missions chamboulées par le COVID19. Après une rapide recherche sur internet, il n’existe pas, à ma connaissance, d’association d’aide, de soutien, aux volontaires en Service Civique.

 

     Mais bon, je suppose que le civisme, est un service qui n’a pas de prix et certainement pas, de prime. Les pâtes avec un zeste d’honneur salé, c’est tout à fait charmant.

 

https://www.service-civique.gouv.fr/uploads/content/files/dp_4_juilletvdef.pdf

 

NB : j’ai contacté l’Agence du Service Civique à ce propos, sans résultat.

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