Pour un con pensant!

A Marseille, là où j’habite, il est un art ou plutôt un sport très pratiqué, je précise avant même le foot et la pétanque, et je pense même, avant la lecture quotidienne du journal local...

A Marseille donc, il est un sport quotidien, celui d'une pratique du verbe très ancrée et « respectueuse», envers l’être humain qui se vit dans un corps sexué femelle. Ce que je suis, a priori, au premier regard, de premier abord, tous les jours, par certains êtres humains sexués mâles. Je précise certains c’est-à-dire pas tous, sinon j’aurai déjà, déménagé. Je ne suis donc pas perçue, ni approchée, au premier abord, dans mon être pensant, imaginant, créant, écrivant, travaillant, payant sa part sociale, votant, parlant… mais par mon adorable con. Ce qui en soi, ne me gêne pas à la belle occasion. Encore soit-il que je ne le désire moi aussi. Je me promène donc, tous les jours, à Marseille, à première vue, avec mon adorable con. Et si je l’oublie, comme souvent; gare à moi, certains me le rappellent avec une si savoureuse poésie que mon con en est ému.

Le sexisme est ce que l’on nomme le racisme de sexe. Pour moi, c’est le racisme des racismes, le plus vieux, le plus insidieux, le plus délétère dans la relation de soi avec l’autre, le plus régressif d’un point de vue sociétal. Ce sont majoritairement les êtres humains de sexe femelle qui le subissent, et cela tous les jours, en tous lieux, en toutes circonstances et d’une façon tellement enracinée, tellement naturalisée, telle intériorisée par les femmes mais aussi par les hommes, qu’il passe inaperçu. Et s’il est parfois perçu, il est bien souvent tû.

A Marseille, là où j’aime promener mon con, je rencontre, ça dépend s’il fait mistral ou pas, je rencontre donc, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie mais toujours, une verge pour m’exprimer et me signifier verbalement, son ancestrale «philogynie »… pas seulement une verge inconnue de la rue, mais aussi et assez souvent une verge connue. Comme hier soir dans un lieu bien branché de virilité savante ou encore ce matin au café du coin en me réveillant avec un croissant.

Faut-il rire à une blague sexiste ? Et de surcroit qui vous fait tout sauf rire ? Et de doublement surcroit d’une verge amie d’amis…? Faut-il rester coi et poli pour préserver l’amitié et ravaler le morceau de croissant, political correct pour sauvegarder l’esprit de la fête, faire semblant de ne pas entendre ou pas comprendre, d’esquiver ou vite oublier et avaler son café sans travers ?

Ma foi, dis-je à mon con, c’est un con ! Mais il y a des fois, bien souvent, trop souvent, à Marseille, le Mistral vous gagne… Parler, ne pas se taire, hausser le ton s’il est nécessaire, mais dire, penser à haute voix, pour déconstruire le sexisme, le faire entendre de son ignorance, de son irrespect, de sa vulgarité, le sortir de son silence banalisé, est essentiel. Et surtout peut aider, à cette occasion de rencontre, de fête, à rendre le con en face de moi un peu moins con et le faire penser devant l’indigence de son verbe.

A demain donc!

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