Cuisinons le cytotec !

Une petite vidéo pour ouvrir le débat sur le cytotec ou misoprostol et son usage en gynécologie. Au départ ce médicament est un anti-ulcéreux de la familles des prostaglandines dont l’usage est contre-indiqué durant la grossesse du fait du risque de fausses couches.

© Adèle Cidre-Brut

Une petite vidéo pour ouvrir le débat sur le cytotec ou misoprostol et son usage en gynécologie. Au départ ce médicament est un anti-ulcéreux de la familles des prostaglandines dont l’usage est contre-indiqué durant la grossesse du fait du risque de fausses couches. Peu cher (environ 0,30 euros) contre une cinquantaine pour les alternatives, n'exigeant pas de refrigération ce médicament fait l’objet d’un grand succès en gynécologie où il est utilisé progressivement pour les interruptions volontaires de grossesse, les interruptions médicales de grossesse, en cas de mort foetale in utéro puis à partir des années 90 pour le déclenchement des accouchements. Plus récemment son usage s'est étendu à la pose du stérilet chez la nullipare (1) ou en préalable aux actes chirurgicaux de l'utérus (intervention sur un fibrome, polypes...). Bref cette molécule qui ne dispose pas d'autorisation de mise sur le marché (2) pour la gynécologie est en voie de devenir le minimir de cette discipline: mini prix mais il fait le maximum.

Seulement voilà il est également régulièrement contreversé: risques infectieux lorsqu'il est utilisé directement dans le vagin (3) le misoprostol a parfois des effets explosifs (4): hyperstimulation de l’utérus, rupture utérine, hémorragie, anomalie cardiaque chez le foetus, et même décès de la mère ou de l'enfant. Bref il serait victime parfois de sa trop grande efficacité d'autant que la demi-vie du produit est longue (6),"1,7 heure1, alors que celle de la dinoprostone ou de l'ocytocine n'est que de quelques minutes. Ainsi, à l'inverse des autres techniques de déclenchement du travail dont l'action peut être rapidement stoppée en cas de mauvaise réaction maternelle ou fœtale, l'effet du misoprostol ne peut être interrompu rapidement et une césarienne en urgence sera nécessaire si le médicament est mal toléré." La polémique fait donc régulièrement rage dans les médias occidentaux quant à son emploi. Une association de victimes "Timéo et les autres" a recu de nombreux témoignages (5) dramatiques ces derniers jours.

 

Utilisé sans autorisation de marché l’usage du médicament s’est répandu à grande échelle sur la planette avec des utilisations variant de service à service (quantité par prise, prise orale ou vaginale parfois prise vaginale puis orale, espacement des prises, surveillance rapprochée ou non...). Ainsi Mardsen Wagner signale en 2001 dans Midwifery today le cas d’une femme déclanchée par une succession de  3 prises de 50 microgrammes de cytotec (vaginale puis 2 prises orales espacées de 6 heures...). Résultat : une hyperstimulation de l’utérus et un manque d’oxygène pour l’enfant qui naîtra handicapé. (9) Aujourd’hui les médecins utilisent généralement des doses de 25 voir de 20 microgrammes. Pour autant si tel service fait reconditionner en pharmacie le comprimé de 200 microgrammes en gélule de 25 tel autre coupe à l’oeil et au scalpel la dose souhaitée. La femme rentre parfois chez elle sans surveillance particulière : c’était l’objet d’un scandale au Danemark en  mars 2012 (10). L’induction sans surveillance , une pratique auquel les Norvégiens ont renoncés (11), après il est vrai la naissance d’une petite fille handicapée qui a été médiatisée.

Ici la vidéo pose la question du dosage parfois artisanal de ce médicament (7): en effet ce n'est que suite à une émission de radio où une femme exposait son calvaire et aux articles de presse qui ont suivi cette affaire en 2012 que la Suède s'est doté d'un protocole pour doser correctement le cytotec (8). Mais d’autres questions se posent comme le rappelait le CIANE récemment (12) : les prescriptions hors autorisation sur le marché sont elles acceptables lorsqu’il existe des alternatives ? l’utilisation de cette molécule ne doit être pas être réévaluée ? plus largement ne faut il pas réfléchir aux situations qui nécessitent réellement un déclanchement et limiter leur nombre ?

Une demande à laquelle la ministre de la santé et de la prévention danoise Astrid Krag a déjà accédé en saisissant il ya quelques jours le Bureau national de la Santé de cette question (13). Il est vrai que si le taux d'hyperstimulation de l'utérus est de 0,5 à 7 % comme l'affirme les chercheuses Eva Rydahl et Jette Clausen il y a de quoi!

 

(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Chirurgie_hyst%C3%A9roscopique

(2) http://www.bip31.fr/alertespharmacovigilance.php " Des effets indésirables graves ont été rapportés avec une utilisation du misoprostol en déclenchement du travail : il s'est agi de survenue de rupture utérine, hémorragie ou anomalie du risque cardiaque foetal. Par ailleurs, l'ANSM rappelle qu'il n'y a pas de données de sécurité d'emploi présageant d'un rapport bénéfice/risque favorable de ce médicament dans cette indication, quelle que soit la voie de l'administration. Cette utilisation hors AMM peut entraîner des effets indésirables graves pour la mère et pour l'enfant. "
Nous restons à votre disposition pour toute information sur le médicament au 05-61-25-51-12, mail : pharmacovigilance.toulouse@cict.fr.

Voir également le point de vue des gynécologues à propos des ces AMM ici en GB http://www.misoprostol.org/File/offlabedebate.pdf

(3) http://www.pharmaciedelepoulle.com/Contraception_autre_que_la_pilule.htm et http://www.newsmedical.net/news/2008/06/16/39/French.aspx

(4) L'expression est de Philippe Deruelle, secrétaire général du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) in http://www.francetvinfo.fr/declenchement-des-accouchements-l-agence-du-medicament-cherche-a-se-proteger_268405.html

"Si le Cytotec comporte plus de risques, pourquoi continuer à l'utiliser ?

Il y a deux raisons. La première est que le Cytotec est plus efficace que les autres méthodes, il fonctionne plus vite et réduit le temps nécessaire pour déclencher l'accouchement. Selon les études, il est de 15 à 20 heures avec le Cytotec tandis qu'il est d'environ 24 heures avec les autres prostaglandines. Dans tous les cas, on gagne quelques heures et pour les femmes concernées, ce n'est pas négligeable. Mais c'est vrai que les effets sont un peu plus explosifs. (cf un peu plus haut dans le texte cité " ce dernier augmente les risques de hausse du rythme cardiaque fœtal, d'hémorragie pour la mère et de rupture utérine, mais les autres méthodes aussi. ")

(5) https://timeo-asso.fr/content/ et https://www.facebook.com/pages/Tim%C3%A9o-et-les-Autres/233544870097347?ref=ts&fref=ts

(6) http://fr.wikipedia.org/wiki/Misoprostol : "De plus, la demi-vie du misoprostol est de 1,7 heure1, alors que celle de la dinoprostone ou de l'ocytocine n'est que de quelques minutes. Ainsi, à l'inverse des autres techniques de déclenchement du travail dont l'action peut être rapidement stoppée en cas de mauvaise réaction maternelle ou fœtale, l'effet du misoprostol ne peut être interrompu rapidement et une césarienne en urgence sera nécessaire si le médicament est mal toléré." Cf Article Misoprostol dans la Banque d'informations automatisée sur les médicaments (BIAM)

(7) http://sverigesradio.se/sida/artikel.aspx?programid=1316&artikel=5029817 L'article décrit entre autre une conversation suréaliste entre le journaliste et l'hôpital de Gävle où le personnel coupe les comprimés de cytotec de manière artisanale sans passer par un reconditionnement à la pharmacie centrale. 

"- Mais il n'y a pas de risque de mauvais dosage quand on partage de cette manière ?

- Non, pas de notre point de vue. Pas parce que nous avons comme routine de prendre le plus petit morceau.

- Mais vous voyez à l'oeil? Pesez-vous ?

- Non, nous voyons à l'oeil.

Nous voyons à l'oeil répond Ingegerd Lantz, mais partager soi-même le comprimé est incertain et dangereux dit Hans Bokström médecin-chef à l'hôpital Sahlgrenska de Göteborg. (..)"

(8) http://www.lakemedelsverket.se/upload/om-lakemedelsverket/publikationer/information-fran-lakemedelsverket/2012/Rev_130117_Info%20fr%C3%A5n%20LV_nr%206_2012_webb.pdf

"Hur exakt blir dosen när man löser upp en tablett Cytotec, 200μg, och sedan ger en vätskemängd motsvarande 20 μg eller 25 μg till patienten?"

(9) http://www.midwiferytoday.com/articles/MidwivesAndCytotec.asp

(10) http://www.dr.dk/Nyheder/Indland/2012/03/11/152545.htm#Affaire cytotec au Danemark (mars 2012), les femmes sont déclanchées au misoprotol puis renvoyées chez elles sans surveillance. D'après les chercheuses Eva Rydahl et Jette Clausen le taux d'hyperstimulation utérine est de 0,5 à 7 %.

http://www.nyuinterventional.com/see-the-list-of-cases-with-controversial-drug/ 10 mars 2013

Drugs with substance Misoprotol used to put births in time, can have very serious consequences for mothers and their children.

The two midwives Eva Rydahl and Jette Clausen has collected 12 cases where there is suspicion that the drug Cytotec, which contains Misoprotol, has resulted in serious side effects or “crash births” in Danish women.

Here is the list that are also sent to the Board of Health: (cf le lien pour lire les cas)

(11) http://m.b.dk/?article=24774373-Hjerneskadet-barn-stoppede-dansk-praksis-i-Norge

Un enfant dont le cerveau est endommagé stoppe la pratique danoise en Norvège.

(12) http://ciane.net/blog/2013/03/cytotec-le-ciane-precise-sa-position/

(13) http://www.jv.dk/artikel/1547524:Indland--Minister-vil-have-oeget-fokus-paa-laegemiddel Article du 11 mars 2013

 »Derfor vil jeg også bede Sundhedsstyrelsen om at undersøge, om antallet af indberetninger fra sygehusene giver anledning til yderligere indskærpelser om, hvordan det konkrete lægemiddel skal bruges ude på fødeafdelingerne. Og derudover vil jeg bede Sundhedsstyrelsen holde et vågent øje med de erstatningssager, der indgives til Patientforsikringen.«

 

Le billet a été modifié le 07/07/2016 pour ajouter le lien (7) qui avait été oublié et effectuer quelques modifications de typologie et erreurs de frappe.

 

 

 

 

 

 

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