Les Suisses, ces terriens qui ont l’air de venir de Mars

L’histoire nous narre abondamment les exploits et les mérites à travers les âges de grands Rois, Empereurs, Généraux, Condottieri, Conquistadores, Hommes d’Etat, Révolutionnaires ou autres qui ont façonné le monde mais ne s’attarde pas à considérer la sagesse de certains peuples, ce qui est fort dommage.

 

Aujourd’hui je veux casser une lance en faveur de cette communauté de langues, religions, coutumes qu’est le peuple suisse.

Car, en plus d’une leçon permanente de l’art de vivre ensemble dans la Paix, il fait preuve souvent de bien plus de sagesse que les politiciens qui la gouvernent, ou qui veulent la gouverner.

Et dont ils rejettent les initiatives farfelues par cet instrument de vraie démocratie couramment utilisé, soit au niveau Fédéral que Cantonal,  qui s’appelle le referendum.

 Imaginez-vous un seul instant qu’un autre peuple que le suisse rejette dans un bel ensemble (au grand désespoir de Melenchon) la possibilité qui lui est offerte d’une période de vacances supplémentaires ou d’un revenu pour tous ?

 Le suisse est un peuple de sages, mais ses dirigeants actuels sont ils vraiment à la hauteur ?

 La réponse à cette question donne des résultats contradictoires. Car les politiciens suisses savent parfois prendre, avec un malin plaisir,  des décisions fortes et imprévisibles quand on veut leur  forcer la main.

A preuve, lorsque les suissesses ont réclamé à cor et à cri l’égalité de traitement avec les hommes vis-à-vis des conjoints étrangers (les épouses étrangères des suisses étaient naturalisées par le mariage, alors que les époux étrangers des suissesses pas), le législateur leur a donné raison en limitant les droits des hommes.

(Note : l’ancienne façon de faire n’était pas un acte de sexisme, n’en déplaise aux féministes. Le citoyen suisse n’a pas sur ses papiers d’identité un lieu de naissance, mais une commune d’origine qui est celle de ces ancêtres. En cas de nécessité (impécuniosité, maladie) sa prise en charge est effectuée uniquement par la commune d’origine même si le sujet n’y a jamais mis les pieds de sa vie, et ne parle pas la langue. Lors d’un mariage entre 2 citoyens suisses, l’épouse reçoit la citoyenneté de la commune de son époux et abandonne la sienne).

Et également quand l’UE a menacé la Suisse de sanctions estimant qu’elle faisait du dumping fiscal favorable aux entreprises étrangères, le législateur suisse, sans se laisser démonter, a aussitôt ramené le taux d’imposition des entreprises suisses à celui pratiqué envers les étrangères.

Deux victoires à la Pyrrhus des recourants (parler de 2 beaux bras d’honneur serait inconvenant).

 Mais les politiciens suisses savent aussi feindre d’ignorer des problèmes d’un banal quotidien alors qu’il serait simple d’arranger les choses.

 

BNS

Soit la Banque Nationale Suisse (équivalente de la BCE en Europe). Ses dirigeants ont décidé à un moment donné de lier le franc suisse à l’euro (politique abandonnée depuis) : par cette mesure, à mes yeux funeste, ils ont abdiqué de la souveraineté nationale au profit de la BCE, à laquelle ils se sont volontairement inféodés. Et qui a coûté des milliards pour des résultats discutables.

Le franc suisse est à l’image de son économie et de son peuple : une monnaie forte. Et le restera aussi longtemps que son peuple restera fidèle à lui-même.

Donc il continuera à s’apprécier.

 Comparaisons entre 1964 et l’entrée en vigueur de l’Euro

 

          01/01/1964                             01/01/2001              difference  

Euro zone

100DM   =    108.58 CHF                77.88 CHF               -28%         

100FF     =     88.04 CHF                 23.21 CHF               -74%

100LIT   =        0.69 CHF                  0,08 CHF               -89%

100PES  =        7.21 CHF                  0.91 CHF               -87%

Autres

100$        =   431.57 CHF              163.70 CHF               -62%

100£        = 1206.82 CHF              244.06 CHF               -79%

 Comme on voit, si on exclut le DM, la parité entre les autres monnaies de l’euro zone n’a pas varié de beaucoup en 37 ans et reflète l’état de leurs économies.

 Au premier janvier 2001,  100 euros valaient 152.31 CHF contre 112.87 ce 20 août 2017 où le dollar est à 96.14 et la livre anglaise est à 123.78

 Mais un franc fort n’est pas ou ne devrait pas être pénalisant pour la Suisse, contrairement à ce que certains pensent. La conversion d’une monnaie à une autre c’est comme 2 unités de mesure, par exemple le pouce et le cm.

En principe donc on devrait trouver la même équivalence sur le prix de choses. Ce qui n’est pas le cas. Car le coût de la vie en Suisse est fort cher. Pourquoi ?

 La cherté de la vie en Suisse

 Le panier de la ménagère en Suisse, compte tenu du différentiel du  taux de  TVA, est de 50% plus coûteux que dans les Pays limitrophes, soit par an environ 10 milliards de CHF plus cher, ou, si vous préférez,  1200 CHF par habitant.

Le coût du panier de la ménagère est dépendant de 2 facteurs : le protectionnisme sur les produits agricoles, et les cartels ou assimilés. Et en plus du panier, la cherté de certaines taxes.

 

L’Agriculture

Le monde agricole est très aimé et apprécié en Suisse, où une très grande partie de la population vit à la campagne.

Autrefois les agriculteurs, bien que minoritaires, trustaient la quasi-totalité des mandats politiques et, bien entendu, ils ont su ne pas s’oublier. Cette suprématie politique a pris fin depuis. Mais le protectionnisme dont ils s'étaient entourés reste en vigueur.

Faut-il le maintenir ?

La réponse est franchement non. Voici pourquoi :

Dans la mesure où elles sont exactes, les statistiques fédérales indiquent un peu moins de 57000 fermes en Suisse pour un total d’un peu moins de 170'000 personnes, soit un peu plus de 2% de la population suisse. Cette donnée est conforme à la moyenne européenne. Un autre volet de la statistique montre que les agriculteurs produisent pour 10 milliards de francs suisses par an pour un prix de revient de … 10 milliards exactement !! Et que donc ils ne survivent que grâce aux subventions fédérales de 2.5 milliards. Et ce résultat est atteint après dirigisme,  force contrôles, paperasserie et parfois vexations.

Si cela est vrai, c’est une situation absurde.

En premier lieu ça  doit être frustrant de savoir qu’on travaille toute l’année pour rien et qu’on est dépendant des subventions comme un chômeur.

Une solution intelligente ce serait de leur augmenter fortement cette subvention (la Suisse en a les moyens) en leur imposant en contrepartie  une certaine politique plus respectueuse de l’environnement (forte diminution des produits phosphatés par ex. ou autre je ne suis pas un spécialiste) , au détriment d’une production effrénée.  Et laisser tomber les contrôles et ce protectionnisme qui envoi le chaland suisse s’approvisionner de l’autre coté de la frontière.

 

Les cartels

Ca existe (lorsque je vois les prix de l’essence à la pompe de la Migros identique  à celui des autres stations je suppose qu’il y a entente) mais ce ne sont pas les seuls responsables. Des fabricants étrangers créent des sociétés d’importation et distribuent leurs propres produits à des prix surfaits.

En Suisse on est partisan de la liberté de commerce et contre le contrôle de prix. A raison. Mais rien n’empêche les autorités suisses d’instituer un impôt et des sanctions vraiment dissuasives  sur les superbénéfices en se basant non pas sur les factures d’achat figurant dans les comptabilités – qui peuvent être manipulés légalement à souhait – mais sur une analyse des prix et des marges réalisée dans les pays limitrophes.

Ce qui ramènerait à un peu de raison dans les prix de détail.

 

Taxes

 Par sa politique incompréhensible de cherté des taxes sur les prix de carburants, la Suisse se prive d’une énorme recette fiscale et pénalise fortement sa population. En Luxembourg, où le prix de toutes les  différentes qualités d’essence se situe en dessous d’1 euro le litre hors TVA, la vente aux étrangers – soit le tourisme à la pompe - représente le 90% de ses recettes. En Suisse, cet axe quasi incontournable du trafic Nord-Sud, pratiquement aucune des millions de voitures qui la traversent annuellement s’arrête pour faire le plein. Alors qu’autrefois, malgré la non existence des cartes de crédit (il fallait faire du change) les voitures traversant la Suisse faisaient régulièrement le plein à la frontière. A l’aller comme au retour. Et parfois même 2 fois – pour remplacer à bas prix le carburant utilisé pour traverser la Suisse. Et, évidemment, ça ne manquait pas d’acheter une plaque de chocolat, un couteau suisse ou simplement un café ou une boisson.

Des 1,25 millions des trains routiers qui traversent la Suisse aucun ne s’arrête.

Or souvent ces engins ont des réservoirs supplémentaires leur permettant une autonomie aller-retour. Total permis jusqu'à 990l.

Faites le calcul.

Sans parler des 340'000 frontaliers qui journellement vont en Suisse travailler. Et qui feraient au moins 1 plein par semaine (je dis au moins, car ils pourraient s’y rendre en alternance avec les voitures de leur entourage). Actuellement mêmes les suisses vont faire les courses et le plein hors des frontières.

Le législateur suisse s’auto punit en faisant supporter au peuple les nocivités d’une pollution aux particules générées par le trafic sans en tirer les bénéfices financiers auxquels il pourrait prétendre.  

Allez savoir pourquoi.

J’ai parlé du Luxembourg. Mais il y a eu également le cas contraire en Suisse.

Il y a une constante avec tous les gouvernements du monde, c’est l’utilisation de la règle de 3 à mauvais escient. A savoir : je vends 100 à 1 et je fais 100 francs, j’augmente le prix à 2 et je fais 200 francs. Calcul qui ne tient pas compte du marché.

Au début des années 70 le Conseil Fédéral (G-A Chevallaz aux finances) avait instauré une taxe, limitée à 15 ans, de 5 centimes de franc sur l’essence pour financer les autoroutes.

Cette taxe avait fait chuter drastiquement les ventes, et porté à la faillite des nombreuses stations services tessinoises frontalières avec l’Italie. Et en définitive le peuple suisse s’était financé les autoroutes tout seul.

Pour la petite histoire, et c’est là où on reconnait le sérieux suisse, ponctuellement après 15 ans la taxe des 5 centimes avait été supprimée. Et immédiatement remplacée par une de 7 centimes. Faut quand même pas pousser !

Autrefois quand on allait en Suisse on n’oubliait jamais de rapporter aux amis  quelques paquets de cigarettes ou de cigarillos. Terminé ! Plus cher qu’en France.

 Il  y a un institut privé international présent également en Suisse qui s’appelle Nielsen, et qui est depuis plus d’un demi siècle spécialisé dans les études de marché.

Un appel à leurs services fournira au gouvernement une estimation très précise du retour économique auquel on peut s’attendre suite à une baisse substantielle de la taxe pétrole. Mais même si cette baisse de taxe devait se traduire par des recettes stables, cette taxe serait partagée avec les étrangers donc en diminution des charges des suisses. Ce qui est tout bénéfice pour l'économie. 

 

Les bistrots

 En Suisse les faillites des cafés-restaurants, pizzeria ou autres sont quotidiennes, les fermetures aussitôt remplacées par d’autres ouvertures, même plus nombreuses.

Pourquoi ?

A cause de la politique aveugle des sociétés de cafetiers restaurateurs qui se gargarisent en prônant une marge brute de 70-80%. Mais, et tout directeur de discount vous le dira, ce qui compte n’est pas la marge mais le chiffre d’affaires. Qui ne suit pas. La marge peut être énorme, mais si son montant ne suffit pas à couvrir les frais vous plongez.

Un petit noir est vendu en Suisse entre 3 et 5 francs. Or son prix de revient n’a pas changé depuis plus de 50 ans, alors qu’il était vendu 60 centimes. Ce prix de revient est très exactement 22.1 centimes et tient compte de tous les ingrédients, amortissements, fonds de renouvellement, vue sur le lac et les Alpes et de l’âge du capitaine. Car en 50 ans les différents ingrédients ont subi des variations de prix qui se sont annulées. Avec un kilo de café on en fait 125, soit 3 centimes la tasse (en fait on en fait quelques un de plus, la portion de machines automatiques  est de 7.5 grammes mais on compte 8 grammes).

Dans le plus abordable des bistrots, pour une assiette, une boisson normale et un café comptez au minimum 20 CHF, sans vraiment assouvir votre faim. Et sans toucher au vin.

En terre romande, le petit coup de blanc était plus qu’une tradition, une véritable religion.

Mais à 18-21 francs le pot de 3 dl c’est devenu un doux souvenir.

La dernière fois que j’étais à Lausanne j’ai déjeuné dans une brasserie de vieille réputation de la Place Ste-François, soit en plein centre-ville. Normalement le coup de blanc était à la fois l’apéritif et la boisson principale des plats tels que les filets de perche, la cervelle au beurre noir, la fondue et même la charcuterie.

Dans tout le restaurant, à midi, avec plus de 100 convives, à part moi il n’y avait qu’une autre table où on a servi du vin. Les restes : bières, minérales, thés.

On assiste en Suisse à une montée en flèche des MacDo parce que moins chers (et pourtant le MacDo suisse coûte 61% de plus que le français).

Mais les responsables du secteur des restos classiques préfèrent éviter l’analyse et regarder ailleurs.

 

Tourisme

 

Conséquence directe à ce qui est écrit plus haut, une baisse de prix dans l’hôtellerie, en rapport avec la réalité, serait la bienvenue.

Mais ce ne sera jamais le prix du car-tour roumain pour Venise.

Par ailleurs la Suisse est un petit Pays et il y a de plus en plus de millionnaires dans le monde qui peuvent s’y payer un séjour.

 

Import Export

 

Pour revenir au franc suisse : un franc fort facilite, et c’est compréhensible,  les importations.

Mais pénalise les exportations bien évidemment.

Le gouvernement suisse ne peut pas donner des aides directes aux exportateurs, ce serait une subvention, interdite par la communauté internationale car cela fausserait la concurrence.

Mais tant que ça ne coûte pas un sou, directement ou indirectement, on peut  aménager ou faciliter la vie de ces entreprises. Une suggestion : pourquoi ne pas les faire profiter - seulement dans une certaine mesure pour ne pas concurrencer les banques - des taux d’intérêt privilégiés  (et pourquoi pas négatifs ?) auxquels le gouvernement a accès ? Ce n’est pas une aide, ça ne coûte rien à la Confédération.

 

Conclusions

 Ce qui précède ce n’est qu’un verbiage à bâtons rompus de l’auteur, qui ne se targue pas d’avoir la solution à tout. Juste pour lancer quelques réflexions qui pourront être contredites ou améliorées par les intervenants.

 Je n’ai pas la science infuse non plus. Tout complément sera le bienvenu.

 

Merci à tous

 

 

 

 

 

 

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