Lettre ouverte à M. Eric Zemmour

 

Cher Monsieur Zemmour,

 

C’est avec grand intérêt que je suis vos émissions quotidiennes à 19h00 (ou en replay) sur Cnews. J’apprécie particulièrement l’étendue de votre culture,  la méthode de vos analyses et la mise en perspective de vos propos,  étayés souvent par des rapprochements historiques. Vous êtes un homme de convictions, convictions que vous martelez sans cesse, meilleure manière au demeurant de les faire partager.

C’est de la bonne comm.

C’est vos convictions donc, qu’on n’est certes pas obligé de partager, mais c’est un combat idéologique et à ce titre doit être respecté.

On a le droit de défendre ses idées, ouvrir une controverse ici ne serait que verbiage inutile,  chacun au final campant sur ses positions.

En revanche il y un domaine où ce n’est pas un combat d’idées, c’est l’Economie. Je sais que vous êtes un gestionnaire très avisé de vos biens, mais ce n’est pas de cela dont je vais parler, mais de l’Economie avec un grand E. L’Economie c’est les mathématiques et les mathématiques ce ne sont pas des opinions.

Je ne vais pas étaler ici toutes les erreurs de la philosophie économique en auge dans la planète, méthodes qu’on croit bonnes parce qu’elles fonctionnent alors qu’elles sont idiotes et mortifères,  ni expliquer la rafale de balles qu’on se tire régulièrement dans le pied.

 Mon propos c’est juste attirer votre attention sur la conséquence de certains de vos propos ou affiner ceux-ci.

 Vous, avec votre compère de Riedmatten, vous semblez êtes favorable à un impôt sur les Gafa.

 Position également très répandue  auprès des folliculaires et autres politiques qui invectivent à longueur des talk shows télévisés les paradis fiscaux.

Les Paradis fiscaux posent problèmes et on aimerait les faire disparaître mais on ne peut pas obliger leur Pays à le faire?

Rien de plus simple, il n’y a qu’à supprimer chez nous nos Enfers fiscaux (« vaste programme » comme dirait Degaulle), les Paradis disparaitront tous seuls.

Trêve de plaisanteries.

 Taxe Gafa = erreur funeste : les impôts sur les bénéfices entrent en ligne de compte dans le calcul du prix de revient et influencent directement le prix de vente ; donc cet impôt sera prélevé directement dans nos poches avec en sus, cerise sur le gâteau, la TVA correspondante.

Entre parenthèses c’est le même cheminement vers nos poches que l’écotaxe poids lourds va suivre.

 

PAC

 Il y a quelques jours vous avez abordé le sujet de la PAC, en compatissants nos agriculteurs.

Là aussi il y a une vérité économique à rétablir.

C’est par la PAC que l’UE s’est pratiquement constituée, et la France en a été de tout temps le plus grand bénéficiaire. Bien que les agriculteurs ne représentent 3-4% de la population européenne, la PAC engloutissait le 61% du budget UE. Si ce pourcentage n’est plus aujourd’hui  que de 31% c’est parce que les autres postes ont considérablement augmenté.

 La France reçoit annuellement de l’UE au titre de la PAC environ €24000,00 par agriculteur ou, si vous préférez, €350 par hectare agricole qu’elle redistribue selon certaines règles propres à l’administration.

 Les agriculteurs de tous Pays ont un trait en commun : ils ne sont jamais contents. Ca fait partie de leur ADN.

Et cela est plus vrai en France qu’ailleurs, Pays où on n’a pas besoin d’avoir raison pour obtenir quelque chose, il suffit de l’exiger en le criant haut et fort.

Et ça nos paysans savent très bien le faire.

Il y a assurément en France des agriculteurs qui ont de la peine à joindre les 2 bouts.

Mais toutes les données sont au vert pour l’agriculture française : la taille moyenne d’une exploitation agricole y est de 63 hectares (augmentation de 7 hectares en 11 ans, c’est énorme), 56 ha en Allemagne, 21ha en Espagne et 8ha ( !) en Italie.

La comparaison des coûts d’exploitation France-Allemagne est favorable à la France sur tous les points (motorisation, salaires, traitement des sols, prix du fuel) sauf sur le taux de l’impôt sur le revenu. Mais puisque les nôtres  ne gagnent rien …

Or on entend très peu les agriculteurs allemands, italiens, espagnols  se plaindre de leur sort.

Pour info : 1 litre de lait coûte €0.72 en Allemagne et souvent €0.99 en France.

Sans compter l’inflation lors du passage à l’euro qui a très largement profité au revenu paysan : en 2000 5kg de pomme de terre coutaient F1.50 (je dis bien francs) alors qu’aujourd’hui la « moyen de gamme » coûte €6.15 les 5kg. Et le reste à l’avenant.

Les agriculteurs clament haut et fort que la profession ne nourrit plus son homme. Mais les faits les contredisent :

1) les terrains agricoles qui parviennent sur le marché sont fortement convoités. – Pourquoi se battre pour les acheter alors que ça ne paye plus (on croirait entendre Fernand Reynaud) ?

D’ailleurs les statistiques de la Safer montrent une constante augmentation des prix des terres.

Cherchez l’erreur;

2) notoirement, et j’ajoute normalement, c’est les grandes exploitations qui s’en sortent le mieux. Or c’est justement elles qui manifestent le plus, reconnaissables à la taille des engins agricoles très modernes qui défilent lorsqu’ils « montent » à Paris (ou ailleurs).

 Petite note technique sur le sujet : vous avez abordé la rentabilité d’un hectare de blé qui se situe à ce jour à 6.83tonnes /hectare.

Dans les années 50, à la sortie de la guerre et à l’aurore de la mécanisation agricole, un hectare de blé produisait par la méthode traditionnelle (labourage profond, épandage fumier), les années exceptionnelles, 12 quintaux (1.2 tonne) mais en moyenne 8 quintaux.

A cette époque nos champs de blés étaient parsemés de jolis coquelicots, chers à Manet et à Mouloudji.

Puis vinrent (dans le désordre) les fertilisants à base d’azote, les engrais, les désherbants, les OGM, les pesticides.

La petite baisse de rendement qu’on constate aujourd’hui est plutôt due à la faible profondeur des labourages actuels qu’à l’épuisement des sols.

Vous direz donc au très sympathique Marc Menant, fin diseur, à la fibre écolo-bobo hors-sol  qui l’amène à parfois proférer avec les accents de la bonne foi des énormités à des années lumières de la réalité du terrain (on se demande qui est son mentor-menteur),  qu’un hectare de blé bio à 2.5 tonnes de rendement est tout sauf bio, dans le sens « produit naturel » qu’on fait faussement croire au consommateur.  (Bio est devenue une appellation de luxe vendue fort chère, limite escroquerie).

 Rapport Bayrou

 Le rapport Bayrou préconise, entre autres, le recours à l’immigration pour contrebalancer la dénatalité qui met en péril le système social français. A part le fait que, vu le régime de regroupement familial en vigueur, cela plomberait encore plus le système, cela procède d’une déplorable philosophie économique qui ne peut fonctionner qu’un temps.

Le principe : la population active, censée en constante expansion, paye par leurs cotisation les retraites des seniors.

D’abord c’est une vue de myope, la maison France ne peut héberger à terme des centaines de millions d’individus, il y a une impossibilité physique.

Cette méthode de progression à l’infini est celle utilisée par les « chaînes de St-Antoine » de notre enfance (cartes postales), puis la vente pyramidale (légalement interdite), le jeu de l’avion.

Ensuite l’espérance de vie, en constante évolution, a plombé tous les calculs actuariels où cette variable n’a pas été correctement évaluée à l’origine.

L’unique solution c’est les fonds de pensions.

On sera bien obligés de passer par là.

Certes cela posera pour la génération d’entrée les mêmes problèmes qu’on a eu lorsque la sécurité sociale a été instituée. Et on s’en est sorti bien ou mal.

 Au demeurant ces fonds de pension vont aussi poser à terme un autre problème,  on en reparlera peut être une autre fois.

 Crypto monnaie

 La confuse séquence Bitcoin pour expliquer la valorisation de ce produit n’a pas contribué à éclairer le public loin s’en faut.

L’unique remarque sensée a été émise par Marc Menant, quand il a comparé la valorisation de cette monnaie à l’évaluation subjective d’un tableau de maître.

Il faut dire qu’il y a une nébuleuse savamment entretenue autour de cette monnaie, de manière à rendre ardue la compréhension du son fonctionnement et éviter ainsi les critiques.

On est un peu perdu et on n’ose pas avouer notre incompréhension, un peu comme ceux qui font semblant de s’extasier devant un tableau d’art moderne même pendu à l’envers, pour ne pas passer pour des abrutis.

Pour ma part ces Bitcoins ressemblent au faux bons du crédit municipal de Bayonne  (affaire Stavisky) version cybercriminalité.

Et même si ce n’est pas le cas, il y a des dizaines d’arguments très sérieux pour le(s) rejeter.

Ils devraient normalement disparaître, mais puisqu’ils ont été créés pour la bêtise humaine,  tant que celle-ci perdurera …

 Bien à vous

 

 

 

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