Ou quand "la presse unanime" (autrement dit le Figaro ) salue le courage du "fils de" :
Qui a lu 1984 sait de quoi il s'agit :
La novlangue, c'est le langage de la com' de "Big Brother" dans le fameux roman de science-fiction de Georges Orwell.
La novlangue, évidemment de bois, a la particularité de retourner le sens des mots, jusqu'au contresens, voire au non-sens : pour cela elle use systématiquement de l'oxymore, à des fins non pas poétiques, mais politiques : ..."cette obscure clarté" nous tombe donc, non pas "des étoiles", comme dans le Cid, mais d' instances de communication gouvernementales, très terre à terre .
Avec un tel traitement de choc, les mots déboussolés perdent leur poids.
Ne reste que le choc ...des photos, qui préfigure la fabrication, à coups de slogans et de symboles, de l'opinion.
L'exemple le plus frappant, dans le roman "1984", de cet usage médiatisé de l'oxymore, jusqu'au non-sens,est cette phrase, affichée un peu partout :
"la liberté, c'est l'esclavage" .
Il est clair que lorsqu' un tel message est martelé plusieurs fois par jour à un corps social, par ailleurs passif, par force, devant un mur ou un écran, l'individu, du moins ce qu'il en reste après formatage, ne sait plus vers quelle valeur se tourner : si "la liberté c'est l'esclavage", alors tout vaut tout, et réciproquement.. La manipulation de l'opinion par les dictateurs de tout poil s'ouvre alors comme un boulevard en terrain conquis néo-barbare.
Aujourd'hui chacun rend hommage à l'étonnante perspicacité de l'auteur de 1984, George Orwell :
On vit dans son ouvrage, en son temps, une critique virulente et visionnaire de ce qui allait devenir "l'empire" communiste, la fameuse URSS. Mais maintenant que le mur est tombé, on se rend bien compte que pour autant, on n'en a pas fini avec ce roman :
A l'Est, rien de nouveau. Le capitalisme, l'ouverture , le marché, n'ont pas changé la donne, les citoyens sont toujours malmenés par une info tronquée. La communication gouvernementale est si "bien" faite que le régime poutinien a de grandes chances de durer aussi longtemps que big Poutine vivra. Et si les successeurs de Mao, en Chine, ont inventé l'oxymoron du communisme capitaliste, ou du capitalisme communiste (au choix ) on s'aperçoit hélas que c'est à peu près tous azimuths que la "politique de l'oxymore" conjuguée à "l'intox" dévore les démocraties : Par ailleurs, la démocratie elle-même n'est-elle pas, dans une majorité d'Etats, réduite à la portion congrue de l'élection au suffrage universel, téléguidé, d'un président-monarque pouvant être reconduit ad vitam aeternam ?
Le mot Démocratie, réduit à peau de chagrin, perd de son sens et donc, de sa valeur. Pour autant, eu égard aux ravages destructeurs du contresens de type novlangue, la réduction d'un mot est un moindre mal :
Car ce qui a décru peut à nouveau croître, ce qui a défleuri refleurira, alors que ce qui a été vidé de sa substance ne peut plus se réïncarner de même. On se souviendra peut-être bientôt de ce que disait Noam Chomsky "La propagande est aux démocraties ce que la violence est aux dictatures", comme d'un âge d'or, une époque de totalitarisme soft des médias, finalement.
Oui, on se souviendra peut-être avec nostalgie de cette époque où la com' officielle "n'"était "que" de la propagande, plus ou moins bien faite et plus ou moins bien étayée par l'occultation systématique des sujets qui fâchent les gouvernants, on regrettera les rares entrefilets sà propos des choses graves, effacées au profit des "thèmes" du jour et des reportages insipides prédigérés se disputant la vedette avec la rubrique "chiens écrasés" (l'équivalent aux USA étant les chroniques de clubs de base-ball).
Car en ce temps-là, dira-t-on, on appellait encore un chat un chat, et même si on cachait les scoops embarrassants sous le tapis de la propagande officielle, ils finissaient par revenir mendier un peu de reconnaissance, parfois sous forme de procès.
Car en ce temps-là, dira-t-on, on avait encore le sens des mots, même si ils s'étriquaient pour laisser passer une page de publicité. Le bon sens était toujours près de chez nous. Certes on n'avait pas les mêmes valeurs, mais on en avait : quand bien même il ne s'agissait que de comparer certaines rillettes à d'autres. On débattait, on n'avalait pas tout les yeux fermés.
Parce qu'on le valait bien ! Pub toujours ...?
.....Peut-être, mais tout de même, parce que je le vaux bien, je ne me suicide pas à cause d'un chef imbécile qui applique de stupides règles de management. Parce que je le vaux bien, je ne crois pas tout ce qu'on me dit. Parce que je le vaux bien, je refuse d'ingérer, d'intégrer l'oxymore officiel qu'on nous a bombardé pendant tout le week-end :
" La lâcheté , c'est le courage " !
Non ! Je refuse de contraindre mon esprit à des contorsions de Valentin le désossé, devant cette Goulue mangeuse de bon sens qu'est la com de l'Elysée !!! Non et non, on ne me fera pas admettre qu'un jeune blondin auquel il ne manque que la goutte de lait suintant au bout du nez a agi avec courage en récitant au 20 heures, dûment coatché, "je pars", après avoir joué les matamores une semaine plus tôt en affirmant "j'irai jusqu'au bout".
La vérité, c'est que PJ a reculé comme un lâche, parce que trop tard, contraint et forcé !
( Preuve que le mot démocratie n'a pas encore perdu, chez nous, toute sa valeur intrinsèque, je peux (encore) écrire ces lignes aujourd'hui ;-)
Cela dit, étant donné le peu de vrai mérite qu'il incarnait, devant la rancoeur de ses pairs du même âge qui ont déjà un mastère et ont sué dans divers petits métiers pour assurer leurs études, que pouvait-il faire d'autre, que renoncer à cette folie des grandeurs ? Et son père, devant l'imminence de la catastrophe sondagière qui l'attend au tournant de novembre, que pouvait-il lui ordonner de mieux que de tourner casaque, au galop et vite fait ! Mais alors, s'il s'agissait de nécessité, qu'on aille pas parler de courage ! Pour Jean Sarkozy, le courage, ç'aurait été de dire non tout de suite à son backchich d'enfant gâté. Le courage, ç'eût été de reconnaître tout de suite cette candidature comme une merdre hénaurme digne du royaume d'UBU !!!
.....En lieu de quoi, comme ce ne fut point reconnu à temps, on gratifia le prince Jean de maturité : encore un bel oxymore !
Nous ne sommes pas dans la Pologne de Jarry, dieu merci, mais la machine à décerveler l'opinion publique par la novlangue tourne à plein temps, déjà, en vue des prochaines échéances électorales !
Pour le moment, elle se heurte encore à quelques résistances : d'étranges citoyens qui ne renoncent pas à hisser le drapeau de l'idéal Républicain se battent pour que le mot "démocratie" ne soit pas à son tour retourné comme un gant et par là, vidé de sa substance. Avec eux, résistons :
Tous, à nos bouchons (d'oreille ). N'écoutons pas les sirènes du Pouvoir, qui n'oeuvrent qu'à Sa seule conservation en nous gavant d'oxymorons.
Résistons, parce que les mots ont un sens et qu' il faut toujours, en toutes circonstances, bon sens garder.